Alessandro Rosa


Au lendemain du sommet d’Addis-Abeba, une période de détente apparente entre les acteurs de la Corne de l’Afrique a été inaugurée. Dans l’esprit du traité de paix historique de septembre 2018 entre l’Ethiopie et l’Erythrée et du prix Nobel de la paix à Abiy Ahmed, un rapprochement est en cours entre la Somalie et le Somaliland (l’ancienne Somalie britannique). Ahmed et Farmajo devaient proposer une visite conjointe à Hargheisa, mais ils ont reçu le rejet du président du Somaliland, Muse Bihi. Malgré cela, la base d’une pacification semble assez solide.

Le sommet annuel des chefs d’État et de gouvernement de l’Union africaine s’est tenu à Addis-Abeba les 9 et 10 février. Face à une excellente participation, dont celle du Secrétaire général des Nations unies Antonio Guterres, l’événement éthiopien a été marqué par le difficile objectif « Faisons taire les armes », le principal slogan de l’Agenda 2063, voulu par le Président de la Commission africaine Moussa Faki Mahamat. Le point focal de la réunion a été fortement marqué par les conflits armés, de la Libye à la République centrafricaine, et par la cristallisation des projets de réforme que le nouveau président de l’UA, le Sud-Africain Cyril Ramaphosa, souhaite relancer.

2020 a commencé avec un certain nombre de nouveaux développements importants dans les relations dans l’Afrique des Grands Lacs  : les opérations militaires conjointes dans les provinces orientales de la République démocratique du Congo n’étaient qu’un premier pas vers une plus grande convergence dans certains scénarios dans la région. À Luanda, en Angola, les chefs d’État de l’Angola, de la RDC, du Rwanda et de l’Ouganda se sont réunis pour poursuivre le dialogue et éviter de dangereuses escalades, notamment entre Kagame et Museveni. Pendant ce temps, au Burundi, le parti au pouvoir, le CNDD-FDDD, inaugure des manœuvres importantes en vue des élections présidentielles de cette année.

Au lendemain de la conférence de Berlin sur la Libye, l’embargo sur les armes et le cessez-le-feu révèlent des signes de plus en plus criants d’effondrement. La nécessité de définir une feuille de route pour une reconstruction institutionnelle complète de la Libye a fait place à des dossiers spécifiques, comme le siège de Tripoli par la GNA à Haftar, ou l’état des puits de pétrole. Dans ce contexte, la communauté africaine, face à une forte ingérence étrangère, affronte le scénario libyen avec plus d’insistance, à travers le Sommet d’Alger et celui de Brazzaville.

Le 19 janvier 2020, la conférence de Berlin s’est tenue pour trouver les bases d’un futur accord politique pour la paix et la stabilisation en Libye. Les réactions à la fin de la réunion ont été d’un optimisme prudent, en raison notamment des incertitudes, dues à la volatilité du contexte. La Conférence de Berlin est née principalement pour tenter de faire avancer les choses avec une position unique de la part de l’Union européenne. Il faut cependant replacer cela dans le contexte d’un débat qui touche également l’autre organisation régionale, qui est le protagoniste de la Conférence  : l’Union africaine.

Hage Geingob a été réélu président de Namibie, suite à l’élection présidentielle du 27 novembre. Le renouvellement du mandat du candidat de la SWAPO, parti historique de Sam Nujoma, n’a pas surpris, malgré les scandales de corruption et une situation économique qui inquiète certains investisseurs internationaux, dans un pays traditionnellement défini comme stable sur les plans politique et social.

L’élection présidentielle du 24 novembre en Guinée-Bissau, alors que le pays traverse une situation de crise politique profonde, sont un test nécessaire pour comprendre la résilience d’un pays de facto bloqué à partir de 2015, après la démission contestée du Premier ministre Pereira, voulue par Vaz, le premier président dans l’histoire du pays à terminer son mandat. De la guerre civile du milieu des années 1990 aux élections d’aujourd’hui  : montée et crise du PAIGC.

Dans la province de l’Ituri, à l’est de la République démocratique du Congo, une série d’opérations militaires conjointes des armées des pays des Grands Lacs contre les embuscades des milices liées aux FDA (Force démocratiques alliées – Allied democratic forces) a été lancée. Il s’agit d’une opération d’envergure, comme d’autres précédentes, mais c’est un premier pas pour la diplomatie de Félix Tshisekedi, après une période d’abandon des avant-postes de l’Est. Récemment, la nouvelle de la mort de 10 civils est arrivée. La population civile réclame un engagement accru, mais les tensions entre le Rwanda et l’Ouganda pourraient limiter le spectre d’action.

Les 23 et 24 octobre, a eu lieu le sommet Russie-Afrique, rendez-vous fondamental pour la diplomatie moscovite, qui voit depuis des années le continent noir comme un potentiel scénario d’expansion. Outre les limites claires d’un pays qui a toujours eu du mal à ignorer le continent, il y a la ferme volonté de définir des scénarios distincts au niveau de la coopération et de l’énergie, les deux fondations sur lesquelles Poutine veut agir. Quelles sont les perspectives pour la «  PoutineAfrique  »  ?

Pour le Burkina Faso le 15 octobre est une date spéciale. Cela correspond à l’anniversaire du coup d’État contre le président Thomas Sankara, tué le 15 octobre 1987. Le « Che Guevara africain », l’un des hommes politiques africains les plus aimés et les plus discutés du siècle dernier, a été le point de référence pour l’émancipation de son pays et de l’ensemble du continent en termes de dette souveraine et de lutte contre le néocolonialisme. Après 32 ans, cependant, la présidence de Kaboré témoigne d’une souveraineté de plus en plus fragile, en proie à des tensions constantes dues aux foyers du terrorisme islamiste dans le nord.