Rome. Le 14 mai, le gouvernement a présenté au Parlement italien un rapport sur l’exportation d’équipements d’armes pour l’année 2018 en vertu de la loi n°185/1990. Ce rapport témoigne du fait que, bien que les autorisations accordées aient été fortement réduites, la clientèle reste constante. Parmi elle, les acteurs non membres de l’OTAN et les pays extra-UE se distinguent avant tout, soulignant un problème de légitimité pour la durabilité des principes du droit international en la matière1. Le Qatar reste le principal importateur d’armes d’Italie, suivi du Pakistan et de la Turquie. Pour les pays de l’OTAN, la première position est celle du Royaume-Uni. En ce qui concerne les directives essentielles en matière de commerce des armes, Rome suit la tendance internationale, au centre de laquelle se trouvent l’Afrique du Nord et le Moyen-Orient. Un point de débat, cependant, est certainement le retard dans la communication du rapport, avec la transparence effective et l’efficacité de ce document annuel dans le cadre de la législation italienne.

Les autorisations et licences ont été réduites de moitié en 2018 par rapport à 2017 (de 10 à 5,2 milliards d’euros). Cependant, le nombre de clients reste inchangé (84 pays en 2018, 85 en 2017), et plus de 70% sont des pays hors OTAN ou Union Européenne. L’opinion publique a beaucoup entendu parler des bombes italiennes utilisées au Yémen : outre ce cas unique, statistiquement peu significatif, il existe un risque croissant que l’Italie alimente de nombreuses crises internationales, y compris par l’envoi d’armes (un cas typique est celui du Pakistan, l’un des principaux clients, en crise diplomatique constante avec l’Inde)2.

Parmi les nombreuses confirmations, celle de Leonardo en première position en tant qu’entreprise exportatrice (plus de 3,2 milliards d’autorisations), suivie de très loin par RWM Italia (près de 300 millions d’euros) et MBDA Italia (234 millions d’euros)3. La prédominance de ces entreprises s’explique par le fait que la nature des armements est principalement composée d’aéronefs, de blindés et d’explosifs, laissant relativement peu de place aux armes à feu et aux armes légères (Small Arms and Light Weapons, SALW) représentées notamment par Beretta, en sixième position, a près de 50 millions de licences. Avec le renouvellement mondial des dépenses militaires et un marché florissant, l’un des facteurs de préoccupation concerne l’efficacité de la législation nationale en matière d’exportation des armements.

En vertu de la loi no 185/1990, le rapport annuel sur les exportations d’armes doit se référer à l’année précédente et doit être présenté et examiné au Parlement au plus tard à la mi-avril. Cette année, il y a eu un retard anormal qui a alimenté un débat sans fin sur l’efficacité de la législation italienne4. Un projet de texte serait parvenu aux commissions parlementaires compétentes dès juin 2018, tout en respectant les délais, et aurait ensuite enregistré un retard d’environ un mois pour la présentation officielle. Indépendamment de la raison de ce retard, le débat de ces dernières années a également insisté pour que le document soit véritablement transparent, d’un point de vue méthodologique et juridique. Les groupes de réflexion et les associations humanitaires ont émis des doutes sur des rapports de plus en plus longs et complexes, mais avec peu de contenu réellement pertinent. Le risque que court la politique et la législation italiennes n’est pas seulement celui de soutenir les régimes et les guerres, mais aussi celui de voir les efforts généreux consentis dans les années 1990 s’affaiblir (de la loi 185/1990 à la loi 374/1997 sur l’interdiction de la vente et de la production des mines antipersonnel)5. À cela s’ajoute le problème d’une politique génerellement « oecuménique », qui a permis à Rome de traiter avec tout le monde, même sur le front des armes, sans pourtant peser réellement dans les différents scénarios de guerre.

Perspectives :

  • La situation italienne confirme la corrélation entre le marché des armes et celui des hautes technologies, l’un des piliers technologiques et productifs du matériel d’armement. L’Italie, qui a toujours été un pays exportateur, tend à concevoir de plus en plus le marché de l’armement comme un aspect nécessaire de son industrie. De cette manière, toutefois, les efforts visant à convertir une partie du secteur militaire au secteur civil risquent d’être compromis.
  • L’Afrique subsaharienne n’est pas très touchée par le marché italien des armes. Certains clients se confirment, comme le Nigeria et l’Angola, et il y a une très forte baisse dans des pays comme le Cameroun, ce qui était une nouveauté l’année dernière. Le Niger, avec lequel l’Italie a signé un accord, très discuté, de coopération militaire, n’est pas présent dans le rapport.
  • Le problème des exportations d’armes vers l’Arabie saoudite n’est pas récent. Les exportations vers Riyad, qui sont toujours très limitées, ont diminué. Déjà en 2005, Sergio Mattarella, alors ministre de la Défense, avait dénoncé d’éventuelles critiques de la législation italienne concernant précisément les armes envoyées dans le Golfe Persique.
GEG – Cartographie pour Le Grand Continent
Sources
  1. MASSARIOLO Antonio, Export armi: l’Italia continua a fornire bombe all’Arabia Saudita, IlBoLive, Università di Padova, 15 mai 2019.
  2. Armi, export italiano dimezzato. I paesi extra NATO tra i maggiori acquirenti, La Repubblica, 13 mai 2019.
  3. MASSARIOLO Antonio, Export armi: l’Italia continua a fornire bombe all’Arabia Saudita, IlBoLive, Università di Padova, 15 mai 2019.
  4. Documento LXVII n.2, Senato della Repubblica, 14 mai 2019.
  5. ROSA Alessandro, L’Italie a-t-elle encore les moyens de sa projection géopolitique ? Analyse du cas Djibouti, Le Grand Continent, 14 mai 2019