Asie septentrionale


Mike Pompeo a rencontré mardi 14 Mai à Sotchi le ministre des affaires étrangères russe Sergueï Lavrov et Vladimir Poutine. Les hommes d’État se rencontraient pour la première fois depuis la publication de l’enquête du procureur Robert Mueller portant sur l’ingérence russe dans la campagne présidentielle américaine de 2016. Malgré la volonté de relancer un dialogue constructif entre les deux puissances, la visite de Pompeo est intervenue dans un contexte de tensions sur de nombreux dossiers. Alors que la normalisation des relations russo-américaine semble être hors d’atteinte dans un futur proche, la Russie et les États-Unis cherchent davantage à définir des normes pour éviter une confrontation directe dans le futur.

Vladimir Poutine a signé, le mercredi 1er mai, un texte de loi qui établit une feuille de route pour garantir le bon fonctionnement de Runet, le web russe, isolé du reste du monde. Selon les législateurs, le but de cette loi est de pouvoir déconnecter Runet du World Wide Web en cas de « menaces ou attaques étrangères ». De nombreux doutes subsistent sur la capacité de la Russie à atteindre son objectif. Les opposants à Vladimir Poutine en Russie estiment que cette loi vise à renforcer encore davantage la censure du Kremlin sur internet.

Après le deuxième tour de l’élection présidentielle, le dimanche 21 avril, Volodymyr Zelensky est devenu le président le plus jeune de l’Histoire de l’Ukraine, et celui dont le score fut le plus haut. Un succès qui découle de certains appuis importants, d’une image dynamique et novatrice et, surtout, d’une campagne électorale bien maîtrisée. La composition de son électorat ne doit toutefois pas induire en erreur : s’il est vrai que pour les russophones de l’Est, le choix de voter pour l’ancien comédien était une fatalité, on ne peut pas dire que son élection signifie nécessairement une amélioration des relations diplomatiques avec la Russie. Même à la lumière de la crise des visas de ces dernières heures, l’idée d’identifier Zelensky en tant qu’homme de Poutine semble sans fondement.

Le 16 avril 2019, la justice russe a jugé Frode Berg, un retraité norvégien arrêté en décembre 2017, accusé d’avoir transmis des informations secrètes sur l’armée russe au gouvernement norvégien. L’affaire contribue à aggraver les relations entre les deux pays, dans un contexte de soupçons croissants. Signaux faibles d’équilibres en mutation dans la région Baltique.

Les élections présidentielles du 31 mars ont confirmé les prévisions des sondages : le comédien Zelen’skyj a remporté le premier tour qui demeure le favori, suivi de loin par Porošenko, candidat à sa propre réélection. Sans la Crimée et une partie du Donbass, la géographie électorale a changé au détriment des russophones, sans pourtant favoriser le président sortant. Une brève synthèse sur cette séquence en vue du 21 avril, date du second tour.

Le 14 mars 2019, une loi régissant la relocalisation du siège social de la banque russe International Investment Bank (IIB) depuis Moscou vers Budapest a été votée par le parlement hongrois. L’accord entre la Russie et la Hongrie, qui garantit de nombreuses immunités exceptionnelles à la banque, à ses activités et à ses employés, pose des sérieux problèmes de sécurité au pays mais aussi à l’Union Européenne.

La résolution adoptée par le Parlement européen contre la Russie est l’une des plus sévères jamais adoptées. Dans le collimateur, l’ingérence de Moscou en Ukraine, au Moyen-Orient et dans l’Ue elle-même, qui craint de nouvelles manipulations possibles lors des prochaines élections européennes. Mais les plus grandes préoccupations, exprimées seulement en partie dans le document, concernent l’évolution du projet contesté Nord Stream 2. L’analyse du vote de la résolution met en évidence des convergences politiques singulières et une attitude envers la Russie qui varie d’un pays à l’autre. Le cas de l’Italie est peut-être celui qui laisse les réflexions les plus ouvertes.

Bruxelles est en émoi après la découverte, grâce à un scoop de Radio Free Europe, d’une « infiltrée » russe au sein des institutions européennes. Il s’agit d’Elizaveta Peskova, fille du célèbre porte-parole du Kremlin Dmitrij, très loyal de Poutine. La jeune fille a été embauchée par l’eurodéputé français Aymeric Chauprade, ouvertement pro-russes et jusqu’à récemment proche de Marine Le Pen. L’affaire Peskova rouvre le débat sur la sécurité des institutions européennes mais surtout sur les intrusions de Moscou dans la politique de l’Union.