New York. Le secrétaire général des Nations Unies Antonio Guterres a dirigé les célébrations de la Journée du maintien de la paix des Nations Unies, prévue pour le 29 mai. Ce fut une occasion de raisonner sur les perspectives passées et futures de cette méthode d’engagement innovante et critiquée, ainsi que sur le pivot de l’engagement multilatéral visant à résoudre et à stabiliser divers contextes de guerre).1 Rien qu’en 2018, il y a eu au moins 98 décès et plus de 100 000 soldats déployés dans au moins 26 régions en crise. Il y a eu une diminution des effectifs, mais la diminution la plus préoccupante concerne la contribution financière, qui dépend principalement des pays du Nord et du bloc de l’OTAN (1). Un autre point de débat fut celui de l’engagement plutôt positif des organisations régionales participant aux missions de maintien de la paix.

La principale réduction de financement provient de l’administration américaine de Donald Trump, qui a imposé une forte réduction des dépenses en dons aux opérations multilatérales. La première mission qui a connu une forte réduction, dès janvier 2018, fut la MONUSCO en République démocratique du Congo (RDC), la plus importante mission de maintien de la paix en personnel comme en fonds. Trump fait partie d’un monde politique qui a toujours eu un regard critique sur l’utilisation du multilatéralisme en tant qu’instrument de résolution des conflits2. Outre le cas américain, on constate une diminution de l’engagement chez d’autres membres de l’OTAN et en Russie, la Chine étant la seule puissance majeure à avoir au contraire investi massivement dans ce secteur. L’Italie, première contribution militaire dans la zone de l’OTAN et 19ème au monde (1184 troupes engagées), a maintenu un haut niveau d’engagement, surtout dans la formation (à Vicenza et à Brindisi) de troupes et d’agents de maintien de l’ordre dédiés aux missions de maintien de la paix3 malgré une diminution des dépenses consacrées aux missions à l’étranger, les structures de l’Union étant favorisées.

Les investissements financiers sont utilisés pour faire pression sur les pays de la région afro-asiatique. Car ce sont les pays du “Sud” qui sont les principaux contributeurs en effectifs et en personnel. L’Éthiopie (7499 troupes engagées) est le premier pays des forces de l’ONU, suivi du Rwanda (6546) et du Bangladesh (6487)4. Pour ces pays, les missions de maintien de la paix sont essentielles à la fois pour affaiblir tout mécontentement au sein des forces armées et pour pouvoir recevoir des investissements étrangers dans leur mécanisme de défense. Le cas le plus frappant est celui du Burundi, qui est fortement engagé en Somalie dans le cadre de la mission AMISOM. Avec une participation de terrain centrée sur les pays d’Afrique et d’Asie, la tendance au régionalisme dans les missions de maintien de la paix s’intensifie de plus en plus. En Afrique, la Communauté Économique des États d’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) a joué un rôle fondamental dans la définition des programmes de reconstruction d’État au Libéria, en Guinée Bissau et en Côte d’Ivoire dans les années 19905. Dans le même temps, les investissements dans le développement des organisations régionales, en particulier sur le continent africain, se maintiennent à des niveaux constants, confirmés par les dernières estimations. De même, le nombre d’engagements dans des missions non onusiennes a augmenté. Il convient de souligner le cas des alliances ad hoc (le G5 Sahel, par exemple) : bien qu’elles soient minoritaires, la planification et la cohésion stratégique accrues entre un nombre limité de pays contributeurs rendront cette solution très attrayante dans un avenir proche.

Perspectives :

  • Parmi toutes les missions de maintien de la paix, la mission de l’AMISOM est la plus importante en termes d’effectifs (environ 21 000). Les plans de retrait, prévus pour octobre 2019, connaissent un net ralentissement.
  • La Chine se classe au 11ème rang sur la liste des pays contributeurs à l’ONU (2 497 personnes engagées). La première mission qui a vu un contingent de Beijing était la MINUSS au Sud-Soudan.
  • Tous les décès dans les missions de l’ONU ont eu lieu en Afrique, le premier théâtre d’opérations. Sur les 98 victimes en 2018, au moins 27 ont été causées par des “actes hostiles”. La mission MINUSCA en République centrafricaine arrive en première place.
  • Le 30 mai le prix Charlemagne a été accordé à Antonio Guterres, Sécretaire Générale de l’ONU, en tant que « défenseur du modèle européen, pluraliste et démocratique et de la coopération multilaterale ». Il s’agit d’un signe de la part de l’Allemagne de son soutien pour le multilatéralisme et l’ordre global.
Sources
  1. UN honours peacekeepers who ‘paid the ultimate price’, for the sake of others, UN News, 24 mai 2019
  2. .BAYS James, UN peacekeeping faces budget crisis, countries don’t pay share, AlJazeera, 26 mai 2019.
  3. UN: Italy’s role in peacekeeping, Farnesina-MAECI, 29 mai 2019.
  4. Troop and police contributors, United Nations peacekeeping, 30 avril 2019
  5. SMIT Timo, Global and regional trends in multilateral peace operations, 2009-18, SIPRI, 29 mai 2019