Bruxelles. Ursula von der Leyen, ancienne ministre de la Défense allemande, a été élue présidente de la Commission européenne par le Parlement européen. La faible majorité de 9 voix (383 voix sur 374 requises) a fait sensation1, éclipsant un discours sincère (en partie en français) qui touchait à trois points centraux : changements climatiques, changement démographique et marché du travail2. Une partie était inévitablement consacrée à la délicate question des migrations, qui doit s’accompagner d’une politique cohérente pour l’Afrique, comme l’ont mentionné de nombreux députés européens présents à la réunion. Lors de son passage à la tête du ministère allemand de la Défense, von der Leyen a doté la diplomatie de la République fédérale d’une vision géopolitique claire, permettant à Berlin de se doter d’un véritable rayonnement en Afrique, et plus particulièrement dans le Sahel occidental. La présence militaire allemande au Mali et au Niger peut également être considérée comme une compensation pour les troupes françaises de l’opération Barkhane3.

Depuis la réunification allemande, la République fédérale d’Allemagne a développé une ligne diplomatique dans laquelle le potentiel économique a compensé une certaine fragilité de la pensée géopolitique. Cependant, les gouvernements d’Angela Merkel ont, et surtout au cours de ces dernières années, rompu avec ce passé récent en essayant d’établir un mécanisme de défense ainsi qu’une gestion efficace des crises humanitaires dans le contexte des crises internationales4. Sur le dossier africain, Ursula von der Leyen, avec Heiko Maas, ministre des Affaires étrangères, a développé plusieur points clé : processus de pacification, coopération au développement, collaboration avec la société civile5. L’objectif ultime reste évidemment la maîtrise des flux migratoires, à laquelle il faut toutefois ajouter la nécessaire maîtrise des ambitions diplomatiques et géopolitiques des autres acteurs concernés. L’exemple habituel est le Sahel occidental, où l’Allemagne participe à la « préparation du Niger », avec des investissements dans la coopération au développement et dans des entreprises privées du secteur de l’énergie (la gestion des migrations ne semble être qu’une perception externe), avec le contingent allemand (984 soldats) de la mission MINUSMA au Mali. La présence allemande à Bamako est une tentative numériquement stérile pour compenser la présence française beaucoup plus profondément enracinée (plus de 3000 soldats) de l’opération Barkhane.

C’est principalement via l’action de l’axe France-Allemagne qu’Ursula Von Der Leyen a été sélectionnée comme candidate à la présidence de la Commission principalement. En effet, von der Leyen est née et a grandi dans un environnement politique – mais aussi personnel – très francophile6. Pourtant, paradoxalement, sa figure pourrait conduire à une dyscrasie entre Paris et Berlin sur le système de défense européen, principal point de désaccord entre l’Elysée et la chancellerie allemande. De même, la politique de gestion des conflits sur le continent africain, qui n’a pas été mentionnée ouvertement dans son discours, pourrait être un dossier difficile sur certains points comme l’asymétrie des priorités stratégiques ou l’intégration à des structures extracommunautaires (notamment l’OTAN), tandis que la présence constante d’autres acteurs internationaux (USA, Russie, Chine, Émirats Arabes Unis, Inde) sur le continent pourraient affaiblir toute tentative de la nouvelle Commission européenne de construire une prospective africaine à long terme. A cet égard, la figure de l’Espagnol Josep Borrell, Haut représentant de l’Union et figure éminente des pays méditerranéens – toujours très liés aux flux migratoires en provenance du continent –, sera très importante.

Perspectives :

  • Dans la partie centrale du discours, von der Leyen a traité la question des migrations comme une nécessité structurelle de l’Europe, dans une tentative d’équilibre entre les droits de l’homme, universels et fondamentaux, et la sécurité dans la gestion des frontières. Dans ce contexte, la réforme du traité de Dublin est essentielle. Il est intéressant de noter la référence à l’évolution démographique, qui peut également être compensée par intégration des immigrants.
  • Il sera très intéressant de comprendre la position de la Commission européenne sur le commerce des armes, déjà évoqué par le président Juncker, notamment en ce qui concerne la condamnation des ventes d’armes à l’Arabie saoudite. La nécessité de mettre en place un projet européen commun de défense doit également inclure la réglementation de l’exportation d’équipements d’armement.
Sources
  1. HUBLET François, von der Leyen sur le fil, Le Grand Continent, 17 juillet 2019.
  2. Le Positionnement von der Leyen, Le Grand Continent, 16 juillet 2019.
  3. Germany’s new Africa policy, DW, 28 mars 2019.
  4. Africa Policy Guidelines, Federal Foreign Office, 27 mars 2019.
  5. Germany’s new Africa policy, DW, 28 mars 2019.
  6. Le Positionnement von der Leyen, Le Grand Continent, 16 Juillet 2019.