Mourir pour Kaliningrad ?

Contexte et histoire de l’espace géopolitique plus compliqué de la région balte théâtre de l’exercice Zapad 2017

par Alexandre Marquis Van de Velde

 

Alors que l’exercice russe Zapad 2017 («Запад », « Occident » en français) déchaine les passions dans les capitales européennes et que les ministres française et allemande de la Défense dénonce une « stratégie d’intimidation » de Moscou, il devient urgent de remettre cet évènement dans son contexte géopolitique.

« Les rapports russo-baltes ne pouvaient, au début de l’indépendance, qu’être conflictuels, otages des traumatismes de l’histoire et de revendications identitaires fortes » [1] . Dans l’imaginaire des dirigeants russes, les États baltes ont toujours fait partie de la Russie sinon lorsque cette dernière fait preuve de faiblesse. La menace russe était donc potentiellement présente après 1991 pour les Baltes et les Polonais. « Rejoindre l’Otan et les structures occidentales leur est donc apparu comme la seule garantie possible de leur indépendance » [2] . Cela ne sera effectif que des années plus tard. Entre-temps, de fortes tensions séparaient les États baltes et la Russie. La suspicion de velléités territoriales était réciproque. On observait une « peur de Moscou de voir se créer une alliance de la Baltique à la mer Noire, regroupant les États baltes, la Pologne et l’Ukraine, qui entraînerait sa mise à l’écart définitive de l´Occident » [3] .

L’histoire d’un espace conflictuel

L’oblast (ie la province) de Kaliningrad était déjà la première ligne de défense pendant la guerre froide en cas d’agression occidentale. La région avait donc le statut de zone militaire fermée et ses capacités de défense – et d’agression – sont montées en puissance jusqu’à la fin des années 1980. Pour les Américains et les occidentaux, le contrôle soviétique puis russe sur l’enclave n’est qu’administratif et non de jure [4] . Mais c’était surtout un point de conflit potentiel : « Kaliningrad’s incertain legal status and a heavy military presence there were cause of potential friction between the oblast and its neighbours » [5] .

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De multiples initiatives ont néanmoins été mises en oeuvre pour permettre d’intégrer l’oblast au tissu économique de la Baltique et, plus largement, de l’Europe. L’arrivée de Poutine au pouvoir a permis la prise de conscience que les problèmes de Kaliningrad ne pouvaient être réglés qu’avec une coopération plus forte avec l’UE et un apaisement avec l’OTAN [6] . Cela se traduisait par une recherche d’association avec l’OTAN (concrétisée avec l’Acte fondateur de 1997), le rehaussement du rôle de l’OSCE pour contrer l’OTAN et l’usage fort de la place permanente russe au Conseil de sécurité de l’ONU [7] . Susanne Nies, interviewée par le groupe d’études géopolitiques en mars, observait une détente entre les États baltes et la Russie, celle-ci n’étant plus perçue comme une menace directe [8] . Il s’agissait de ramener l’enclave russe à une situation socio- économique permettant la stabilité de l’espace baltique et une plus forte intégration. Apparemment un traité sur le devenir de l’enclave aurait dû être signé entre la Pologne et l’URSS, mais cela est resté lettre morte.

La sortie de la guerre froide ?

L’importance de la région changea avec la proposition finlandaise de 1997 de donner une « dimension septentrionale » à la communauté européenne. Mais les investissements de la communauté restèrent faibles [10]. Des points de vue européen et russe, la dimension septentrionale a créé beaucoup de tensions interétatiques. D’un point de vue militaire, les États limitrophes et l’OTAN se trouvèrent rassurés en constatant la nouvelle doctrine de la flotte baltique de 2001, cantonnée à un rôle côtier et de soutien. Cependant, les tensions, en dépit de leur irrégularité, perdurèrent. La méfiance de Moscou, de Washington et des capitales européennes empêcha toute normalisation durable des relations. La simple question ethnique déchaîne encore toutes les passions. Il est en effet bon de rappeler que les États baltes possèdent une minorité russe non négligeable, notamment la Lituanie. Ces ethnies russes sont parfois considérées comme étant de seconde zone. Le Kremlin usa de cet argument pour mettre à mal l’adhésion des États baltes à l’UE et à l’OTAN. Sans succès. C’est ce dernier point qui cristallisa l’antagonisme entre la Russie et l’Occident.

L’adhésion de la Pologne d’abord en 1999 ne fut marquée que par quelques déclarations virulentes. L’axe de politique extérieure suivant l’alignement de la Russie avec les positions américaines et européennes dans la continuité de l’acte Russie-OTAN de 1997 était menacé. Malgré cela, on note la persistance des relations Russie-OTAN. La Russie continua de collaborer avec l’OTAN comme pour l’exercice Avaria 2004 ou l’opération Active Endeavor en Méditerranée. Mais, du fait de la tension suivant le conflit au Kosovo, les candidatures baltes, jusque-là restées sans réponse, retrouvèrent une certaine pertinence. Bien que considérés comme des territoires impossibles à défendre pour l’OTAN, les États baltes adhérèrent à l’organisation en 2004 non sans avoir suscité mouvements de troupes et menaces de déployer des missiles balistiques. La dissuasion entre ainsi en compte et reste une rhétorique toute actuelle.

En 2007, l’administration Bush prévoyait le déploiement de dix intercepteurs en Pologne et d’un radar en République Tchèque. Le déploiement d’intercepteurs en Pologne fut justifié comme dirigé contre la menace iranienne et la véhémence d’Ahmadinejad. Le résultat fut surtout l’encerclement de la Russie par les missiles antibalistiques américains. Selon Franck Tétart, plusieurs raisons poussent Moscou à s’opposer au bouclier antimissile américain. C’est d’abord empêcher la remise en cause de la dissuasion nucléaire russe. Mais le déploiement d’un tel système dans une ancienne zone d’influence russe paraît également inacceptable. Moscou durcit ainsi sa posture en menaçant de déployer des missiles Iskander (Code OTAN SS-26 Stone) à Kaliningrad et en mettant en état d’alerte les forces aériennes de la Fédération. Ce missile quasibalistique de nouvelle génération a la particularité d’être difficilement intercepté [11] et d’avoir une portée de 500 kilomètres (ou 2000 pour sa variante K) ce qui en faisait une menace certaine pour l’Europe. « Kaliningrad, l’une des régions les plus militarisées pendant la guerre froide, serait-elle donc destinée à redevenir un avant-poste militaire russe face à des installations « occidentales » perçues comme hostiles ? » s’interrogeait ainsi Franck Tétart [12] .

Le nouveau dispositif militaire russe

En 2012, quelques jours avant les élections présidentielles du 4 mars, le premier ministre Vladimir Poutine annonçait un vaste plan de modernisation des forces armées russes, pour plus de 500 milliards d’euros lors de la décennie à venir. Le budget en 2013 est annoncé à 2 346 milliards de roubles, soit une hausse de 25,8 % comparé à 2012. La progression sera ensuite de 18,2 % en 2014 et de 3,4 % en 2015 [13]. Les forces armées russes ont alors été repensées, professionnalisées, modernisées et réorganisées [14] . La période d’obsolescence des forces armées russes est révolue. Celles-ci se dotent de matériels modernes, sous l’impulsion de la réforme militaire de 2012. Les forces armées possèdent toujours une capacité de projection non négligeable – le conflit syrien l’a rappelé tout récemment.

Néanmoins, cette modernité répond à une doctrine militaire différente des pays occidentaux mettant l’accent sur l’opérabilité, la robustesse et la facilité d’entretien des matériels. Les forces armées russes utilisent des matériels âgés mais éprouvés et modernisés. On citera par exemple, la série des Flankers (Su-27 et dérivés de Soukhoï), le Kamov-50 et ses dérivés et autres Su-24M et Su-25SM-KM. À partir de 2008, le groupe aéronaval de la Baltique comporte notamment des chasseurs bombardiers dérivés de la série des Flankers, des corvettes de la classe Steregouchtchi et peut-être à terme les nouvelles frégates classe Amiral Gorchkov dotées de capacités de furtivité passive. Il en était de même pour les premières unités robotisées de l’Armée, Platform-M15 . Kaliningrad aurait également reçu des batteries du nouveau missile surface-air S-400. Enfin, l’effort tant technologique que budgétaire se poursuit encore aujourd’hui [16]. Mais il faut l’appréhender d’une manière relative. Tout d’abord, l’effort budgétaire doit être mis en perspective. Les 69,2 milliards de dollars du budget de la défense russe étant bien moindres que les 611 milliards alloués à la défense américaine. De même l’effort budgétaire ne pèse pas de la même manière sur les finances d’un État. En 2016, le budget de la défense russe représentait 5,3% du PIB, une proportion équivalente aux États-Unis ces dernières années mais à comparer au budget de 12% du PIB pour l’Arabie saoudite. De plus, la tendance est au réarmement que ce soit en Asie ou en Europe. L’évolution des budgets de la défense est un bon moyen pour appréhender les ambitions militaires des États et l’état de leurs relations. Ainsi, on constate à la vue des nouvelles dotations des forces armées russes que celles-ci s’éloignent de la tradition du nombre et de la saturation pour adopter un emploi des matériels et hommes plus qualitatif.

La séquence du Maïdan

Un autre changement peut également être constaté. Depuis le Maïdan, la région et l’opposition Russie-OTAN ont connu une escalade verbale et de provocations réciproques. Au milieu de cet « imbroglio géopolitique », on peut citer le survol “agressif“ par un Su-24 d’un navire de l’U.S. Navy en avril 2016. Alain Délétroz du Centre de politique de sécurité de Genève affirme que les tensions sont « sérieuses » et qu’il y aurait 22 bataillons mobiles russes stationnés actuellement dans l’enclave [17]. Par ailleurs, une « aventure militaire » pourrait être possible si les dirigeants russes se sentaient menacés en interne.

De même, l’interdiction du passage de Suwalki par les forces russes et biélorusses pourrait empêcher l’accès à l’OTAN des Républiques baltes faiblement défendues tandis que les missiles russes déployés à Kaliningrad bloqueraient le passage par la mer. L’annexion de la Crimée et la guerre du Donbass ont constitué un « réveil » pour les forces de l’OTAN. Mais la tension militaire dans l’espace baltique remonte à quelques années auparavant.

La Russie mène de nombreux exercices militaires dans l’enclave et l’espace baltique. Le nombre d’occurrences augmente avec le nombre d’exercices de l’OTAN également menés dans la zone. En mai 2010 « des manœuvres de la Flotte de la Baltique, des troupes aéroportées et de l’Armée de l’air ont commencé sur le territoire de la région de Kaliningrad, sous la direction du commandant du district militaire de l’Ouest » [18]. Cet exercice avait pour vocation de tester les capacités de défense des forces en présence puisqu’il s’agissait de patrouiller à la frontière, de protéger les voies maritimes, de détecter et de détruire les sous-marins et navires de l’ennemi fictif19. Les exercices russes dans la région en 2013-2014 permettant de valider des scenarii et des tactiques d’emploi de matériels se veulent aussi symboliques et une mise en garde à l’OTAN qui effectuait les exercices Saber Strike et Baltops à la même période.

Ce genre d’évènement se manifeste relativement souvent dans la région depuis 2004. En juin 2016, l’exercice OTAN Anaconda, réunissait 31 000 soldats de 24 pays. « Ces manœuvres ne sont pas les plus importantes dans l’histoire de l’OTAN […] l’exercice Trident Juncture avait mobilisé 36.000 hommes, 60 navires et 200 avions, tandis qu’en 2002, 40.000 soldats ont participé à l’exercice Strong Resolve » [20]. Un exercice similaire a été tenu par la Russie la même année mobilisant 80 000 soldats de l’Organisation du Traité de Sécurité Collective (OTSC). Mais l’importance n’est pas tant dans les effectifs alignés par les puissances locales que dans le nombre croissant d’occurrences et les manœuvres menées. Ainsi, le scénario de cet exercice prévoyait-il la défense de « l’Union des Bleus » contre de « petits hommes verts » de « l’Union des Rouges », une terminologie somme toute peu inspirée.

L’exercice Anaconda avait notamment pour but de centrer les débats de juillet sur Kaliningrad, date à laquelle les responsables de l’OTAN se réunissaient à Varsovie. Selon Dmitri Trenin, le sommet de l’OTAN à Varsovie en juillet 2016 entérine une nouvelle confrontation entre la Russie et l’OTAN après une période de calme relatif [21]. Le sommet de Varsovie a accueilli le Monténégro témoignant ainsi d’une volonté de poursuivre l’élargissement de l’alliance. Un même constat peut être fait après le sommet de Bruxelles. On peut également noter que l’OTAN s’investit de plus en plus dans la défense aérienne des États baltes avec la rotation d’escadrons des États membres depuis 2004 (mission permanente Baltic Air Policing) ou encore l’exercice Spring Storm en 2016.

En janvier 2017, l’OTAN décide de l’envoi de troupes mécanisées de l’U.S. Army et de la Bundeswehr en Pologne et dans les États baltes (plus de 2000 chars, obusiers et véhicules sont déployés selon les observateurs). Cela sera concrétisé par l’opération Iron Wolf qui, dans le cadre de l’exercice Saber Strike de 2017 fit passer en Lituanie le bataillon multinational basé en Pologne. « En octobre dernier, le gouvernement américain avait annoncé le renforcement de sa présence en Europe en 2017 dans le cadre de l’opération Atlantic Resolve, en réaction aux agissements de la Russie dans le conflit ukrainien et à l’annexion de la Crimée, en mars 2014 » [22] . L’escalade se poursuit alors. Des responsables américains estiment même que la Russie prépare l’invasion des États baltes pour « tester Donald Trump » ou l’avènement d’une guerre hybride dans la région comme en Ukraine [23]. De telles craintes sont récurrentes. L’exercice sino-russe Joint Sea de juillet 2017 en Mer baltique a eu d’autres conséquences. « Chaque année, les armées russes et chinoises mènent des manœuvres conjointes. Mais jusqu’à présent, jamais des navires de guerre chinois ne sont allés jusque dans des eaux européennes » [24] .

Bien qu’il ne fut qu’un exercice maritime entre quelques bâtiments des marines russes et chinoises, la symbolique est donc beaucoup plus forte. Des observateurs voient ainsi Beijing comme venant épauler Moscou face à l’OTAN. L’exercice Zapad-17 mené conjointement par la Russie et la Biélorussie ce mois de septembre ne devrait qu’amplifier les craintes. L’exercice inquiète, en dépit des déclarations rassurantes et des invitations d’observateurs des pays de l’OSCE, des pays riverains et de l’OTAN émises de Minsk. Le scénario de l’exercice prévoit des entraînements à la lutte antiterroriste et la préparation d’un plan de défense contre la coalition des États fictifs de Lubenia, Vesbaria et Veyshnoria. Cet exercice devrait aussi s’étendre du Belarus à la péninsule de Kola avec une partie importante des opérations dans la région de Saint-Pétersbourg. Officiellement l’exercice devrait satisfaire les exigences de transparence et de sécurité prévues par la Convention de Vienne de l’OSCE (prévention des risques, présence d’observateurs, nombre limité de soldats et de matériel, etc…).

Pourtant l’anxiété occidentale s’explique par la proximité des zones d’opérations avec le passage de Suwalki, le possible maintien d’hommes et de matériels dans la zone et le risque d’incidents et de provocation entre les deux “camps“. Il est vrai que cet exercice sera, en termes de soldats, le plus important depuis sa précédente version en 2013. Au total, ce sont 100 000 personnels militaires qui sont impliqués en Russie et au Belarus selon le Ministère de la Défense de Lituanie. Officiellement, l’exercice verrait le déploiement de 12 700 soldats, 7 200 venant des forces biélorusses et 5 500 venant des forces armées russes. La Pologne, la Lituanie et certains officiels de l’OTAN craignent que cet exercice soit une répétition générale avant d’éventuelles hostilités ou, dans le pire des cas, un stratagème pour masquer une invasion bien réelle du passage puis des États baltes. Néanmoins, Jens Stoltenberg, secrétaire général de l’organisation atlantique s’est montré rassurant en arguant du partage d’information et de la communication permanente entre l’organisation, Moscou et Minsk.

Malgré les difficultés rencontrées par l’OTAN, il resterait hasardeux pour Moscou et Minsk de lancer une opération contre les États baltes. Ces pays sont difficiles à défendre, l’article 5 de l’organisation est fréquemment remis en question, la cohésion des États-membres s’étiole, prendre Suwalki et tenir en respect les troupes de l’OTAN serait facile pour la Russie25. Mais il demeure que la Russie et ses alliés n’ont pas intérêt à entrer en guerre ouverte avec l’Occident ni même de véritable intérêt à occuper certains territoires de la région baltique. De même, défier militairement l’OTAN ne peut marcher qu’un temps. Ce serait alors condamner le retour de la Russie comme puissance incontournable sur la scène internationale, ce que désirent ardemment ses dirigeants. Il faut donc appréhender cet exercice non pas comme un acte de guerre en préparation mais comme une démonstration de force visant à montrer que la Russie et ses alliés peuvent toujours déployer rapidement et sur une large zone des troupes et de nouveaux matériels en 2017, et que l’opposition OTAN-Russie se maintient en Mer baltique

Kaliningrad est aujourd’hui un espace de tensions  

Kaliningrad a conservé sa qualité « d’instrument de négociation pour la Russie face au projet unilatéral des États-Unis de déploiement militaire en Europe centrale » [26] . Peer Lange, expert allemand sur les questions stratégiques dans l’espace baltique, déclinait en 1993 l’importance de Kaliningrad de quatre manières :

  1. Il s’agirait d’une tête de pont de la puissance russe face à l’OTAN qui paraît toujours menaçant pour Moscou.
  2. La présence militaire permettrait de se prémunir des appétits territoriaux des États limitrophes.
  3. Cette même présence servirait de moyen de pression pour servir les intérêts russes dans la région.
  4. Enfin, cette présence peut s’inscrire sous le signe de l’apaisement et de la coopération avec les États voisins.

Selon ces options, le rôle de l’enclave russe change. Il s’agit soit d’une place forte de la défense russe, soit d’un moyen de contrôler ses voisins ou alors d’un lien avec l’Occident [27] . La zone renoue avec sa vocation stratégique, en particulier depuis 2015. Les forces s’y trouvant ont été modernisées et possèdent des capacités de dissuasion, d’interception, de reconnaissance et d’agression largement accrues en dépit d’effectifs bien plus faibles qu’en 1991. L’oblast de Kaliningrad reste donc un instrument de politique étrangère de premier ordre. Kaliningrad a toujours été sujette à des tensions depuis l’effondrement de l’URSS, servant de menace pour le Kremlin au moment où la Russie se sentait menacée.

Mais aujourd’hui, la présence importante des forces atlantistes et russes laisse craindre un dérapage. Les multiples exercices s’y déroulant rappellent qu’il s’agit d’un point de friction entre deux ensembles cherchant la prééminence militaire dans la région. Mais il convient de préciser que le regain de tension n’est pas que conjoncturel ou circonstancié. Même si on observe un “après Crimée“, le durcissement des relations OTAN-Russie est surtout dû à un changement du rapport de force. L’expansion des forces de l’OTAN en Europe de l’Est est perçue par Moscou comme une pression sur son espace sécuritaire et non pas comme un moyen de protéger la Pologne et d’autres États d’un appétit impérial russe qui n’est plus d’actualité. Si la situation de Kaliningrad a connu des hauts et des bas, compte tenu de la situation actuelle, il convient aujourd’hui de chercher à apaiser ces tensions rapidement avant qu’un point de non-retour ne soit atteint.

Les provocations et pressions exercées des deux côtés ainsi que la présence toujours plus forte de forces militaires dans la région ne vont malheureusement pas dans ce sens. De même, une opposition si forte a des conséquences nécessairement néfastes. Tant que la tension ne redescendra pas, le statu quo actuel ne fera que brider le développement, le commerce, les investissements tout en empêchant une normalisation pourtant vivement souhaitée dans les deux “camps“. On ne peut qu’insister sur le doute à adopter face à certaines rhétoriques, notamment celles de la Pologne et de la Lituanie qui sont plus qu’alarmistes et électoralistes.

Que ce soit à l’Ouest ou à l’Est, rien de nouveau ! L’opposition demeure historique et régulière bien que l’élargissement de l’OTAN ait conduit cette organisation à entrer directement en friction avec la Russie et l’OTSC. Ainsi, parler de « stratégie d’intimidation » élude une partie du problème. Évidemment, il s’agit d’intimidation. Que serait la dissuasion militaire si elle n’intimidait pas ? Mais rappelons aussi que la dissuasion répond aussi très souvent au principe de réciprocitéScreenshot 2017-08-24 23.44.37


1 Susanne Nies, « Quelle sécurité pour la région Baltique ? »

2 Ibidem, p.3

3 Ibidem, p.4

4 Apparemment un traité sur le devenir de l’enclave aurait dû être signé entre la Pologne et l’URSS, mais cela est resté lettre morte.

5 Richard J. Krickus, The Kaliningrad Question, p.3

6 Denis Dafflon, L’avenir de Kaliningrad dans la nouvelle Europe : isolement ou intégration ? p.28

7 Ibidem, p.45

8 Susanne Nies, « Quelle sécurité pour la région Baltique ? »

9 Notamment par la Banque européenne de Reconstruction et de Développement

10 On peut citer quelques initiatives qui permirent certaines améliorations : la Technical Aid to the Commonwealth of Independent States depuis 1991, le European Neighbourhood and Partnership Instrument entre 2007 et 2013 ou même l’initiative Nida de 2000

11 Vol quasibalistique à une altitude en deçà des capacités d’interception des batteries Patriot américaines et utilisation de capacités de furtivité active (réflecteurs métalliques polyédriques)
12 Frank Tétart, « Kaliningrad, tête de pont de l’armée russe face au bouclier antimissile américain ? », p.2

13 « Moscou augmente le budget de la défense », La Tribune de Genève, 18 juillet 2012, consulté le 25 avril 2017

14 « Bilan en cours de la réforme de l’armée russe », Études Géostratégiques, 27 octobre 2012, consulté le 25 avril 2017

15 « Géopolitique de la Russie et de son environnement », Diploweb, 24 janvier 2016, p.318

16 « Les dépenses militaires russes sont en hausse », La Tribune de Genève, 27 avril 2017, consulté le jour même

17 Géopolitis « Kaliningrad, 3ème Guerre mondiale ? » du 26 février 2017

18 Communiqué du Ministère de la Défense russe du 9 mai 2010

19 Manon Masset, « Kaliningrad : exercices militaires de grande envergure », Le Courrier de Russie, 10 juin 2014, consulté le 25 avril 2017

20 « Anaconda contre « Union des Rouges » : grosses manœuvres occidentales face à la Russie », L’Obs, 7 juin 2016, consulté le 25 avril 2017

21 Dmitri Trenin, « Russie/OTAN : maîtriser la confrontation », Politique étrangère 2016/4 (Hiver)

22 « Débarquement américain dans l’Est de l’Europe », Courrier international, 13 janvier 2017, consulté le 25 avril 2017

23 « Kaliningrad, 3ème Guerre mondiale ? », Géopolitis, du 26 février 2017

24 Heike Schmidt, « Exercices militaires russo-chinois au nez de l’Otan en mer Baltique », RFI, 24 juillet 2017

25 Les forces terrestres seraient bloquées au-delà du fin passage de Suwalki. De même, il serait difficile pour l’OTAN d’intervenir par les voies aériennes et maritimes de par la forte capacité A2AD (Anti-Access Area-Denial) permise par les matériels de l’oblast de Kaliningrad et de la flotte de la Baltique (ndlr)

26 Frank Tétart, « Kaliningrad, tête de pont de l’armée russe face au bouclier antimissile américain ? », p.14 27 Franck Tétart, Géopolitique de Kaliningrad : une île russe au sein de l’Union européenne élargie, p.93

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