Qui sommes-nous ?

No man is an Iland, intire of itselfe; every man

Is a piece of the Continent, a part of the maine;

If a Clod bee washed away by the Sea, Europe…

John Donne, « Meditation XVII », Devotions Upon Emergent Occasions

Cette revue se propose de combler un vide étonnant.

La plupart des problèmes qui touchent au politique sont traités par les médias, les chercheurs et les décideurs dans des logiques souvent non problématiques, cantonnées au reportage, au pur récit de faits accumulés à l’échelle nationale et sur quelques grandes crises : la crise migratoire, la crise du politique qui passe par une méfiance vis-à-vis de l’État – exacerbé parfois par une exaltation nouvelle de la nation –, les crises économiques, la crise des frontières.

Alors que l’échelle européenne devrait s’imposer pour appréhender ces enjeux d’une manière problématique, elle brille par son absence.

Un espace aussi large démographiquement, riche d’une économie et d’une histoire commune, devrait pourtant être capable de se penser à sa propre échelle, n’ayant recours à des degrés inférieurs que pour se mettre au service d’une compréhension globale.

L’Europe et les Européens ont su produire l’Union européenne, institution complexe, parfois inexplicable, et pourtant omniprésente. À tous l’Europe semble être un thème familier, une évidence avec laquelle il faut composer. Elle est pourtant pour chacun une chose différente, et nul ne pourrait se proposer d’en trouver une explication acceptable.

C’est que l’Union européenne, institution pleinement moderniste, a été construite comme une villa du Corbusier : sans mur porteur.

En donnant l’impression que le marché commun et l’accumulation des normes permettaient d’éviter la gravité du politique, on a postulé que l’Union fonctionnerait comme un engin régulateur de politique plutôt que comme un souffle moteur – c’est ce qui a conduit progressivement à négliger la valeur des piliers sur lesquels elle était bâtie.

Voilà la géopolitique de ce grand continent refoulée, et laissée à d’autres. Quelle meilleure preuve de cet impensé donc que les crises qui se succèdent à l’intérieur et aux frontières de l’Union européenne, et sur lesquelles celle-ci semble manquer de prise et de vision ?

Nous sommes convaincus que le meilleur angle méthodologique et problématique pour remplir ce vide est l’approche géopolitique, qui passe par l’articulation entre différentes échelles et les représentations complexes d’un territoire.

NOTRE LIGNE ÉDITORIALE

Résolument interdisciplinaire, la revue compte parmi ses rédacteurs des étudiants et chercheurs venus d’horizon très différents, de la littérature à l’économie, de la géographie au droit, de l’histoire à la philosophie politique.

Créée en confrontant les idées au-delà des frontières françaises, notre démarche est également pluri-linguistique, ce qui implique que nos analyses soient multi-scalaires : l’étude d’une région ou d’une zone à l’intérieur du continent européen peut parfois se révéler plus utile pour comprendre le tout qu’un instantané « état de l’Union ».

Si notre ligne éditoriale n’est pas politique, le politique est au cœur de nos produits et de notre matériel : mettant en avant des personnalités par des entretiens et sollicitant des praticiens de l’échelle européenne, nous souhaitons tisser des liens entre la recherche universitaire et la décision — à une échelle continentaleScreenshot 2017-08-24 23.44.37