Milàn Czerny


Rarement un discours du président russe avait été aussi attendu. Alors que certains espéraient des positionnements tranchés à l’occasion de son allocution pour la Parade de la Victoire sur la Place Rouge, Vladimir Poutine a poursuivi sa stratégie de brouillage, perpétuant ses falsifications et prenant bien soin de ne rien dire de ses intentions sur la guerre en Ukraine.

S’il est encore difficile de prévoir ce qu’il en sera de l’Ukraine dans quelques semaines, un autre État a quant à lui déjà totalement perdu sa souveraineté  : la Biélorussie. Point aveugle de cette crise alors qu’elle est au cœur de la stratégie russe, la vassalisation de Minsk est surtout une menace grave pour la sécurité européenne. Elle mérite d’être étudiée de près.

D’abord la carte, ensuite le territoire. Avant d’envahir l’Ukraine, Poutine a voulu la raser des esprits. Nous commentons ligne à ligne les points saillants de son discours fleuve de lundi soir, dans sa première traduction en français.

Déploiement militaire, cyber-attaques. Ce début d’année 2022 est marquée par une démonstration de force de la Russie face à laquelle nous ne savons pas bien comment réagir. Pour interpréter ces manœuvres, il faut peut-être se replonger dans le temps long de la diplomatie russe, aux racines tsaristes et soviétiques, où se forge un concept  : la continuité entre la force et la diplomatie.

Deux visions du monde, deux visions du droit  : le cadre normatif permet-il seul d’expliquer l’évolution des relations entre l’Union et la Russie, de partenaires en 2000 à rivaux en 2021  ? Pas uniquement. Face à la contestation russe de ce modèle, l’Union européenne a été incapable de repenser son autoreprésentation dans ses relations avec Moscou et de considérer que son approche pouvait être tenue pour un défi géopolitique vu de Moscou.

Comment comprendre l’action de l’opposant russe Alexeï Navalny et le sens de son retour en Russie  ? En revenant, il rompt ce qui compte le plus aux yeux du Kremlin  : la stabilité et les processus de routine.

Une synthèse en 10 points.

En 2020, le Kremlin avait prévu de se focaliser sur la politique intérieure après six ans marqués par les coups d’éclats sur la scène internationale en Ukraine ou en Syrie, afin de remobiliser la population russe. Plusieurs imprévus entravant la capacité du régime à exalter l’opinion publique ont toutefois joué les trouble-fête cette année et continueront à rythmer l’année 2021 du Kremlin.