La conception du « modèle chinois »

La conception du « modèle chinois », source des tensions entre la Chine et les États-Unis

Cet article est la transcription d’une intervention de Zhang Weiying le 14 octobre 2018 à l’Institut de recherches sur le développement de l’Université de Pékin. Le texte a été publié sur le site de l’université puis rapidement supprimé en raison des commentaires et discussions qu’il a suscités. Il est néanmoins toujours disponible sur des blogs ou sites privés et continue d’être commenté en Chine et à l’étranger. En France, Le Monde lui a consacré un article assez long, ainsi que le journal Les Échos qui souligne d’ailleurs que Zhang Weiying a été rejoint par un autre économiste chinois, Sheng Hong, dans une autre tribune publiée dans le Financial Times.

Le but principal de Zhang Weiying est de mettre en garde contre l’emploi de l’argument conceptuel d’un « modèle chinois » qui viendrait expliquer les réussites économiques de la Chine des quarante dernières années et, de ce fait, renforcer opportunément l’image du pouvoir central actuel. Pour cela, il décortique l’argument avec ses outils d’économiste et cherche à rendre à César ce qui lui appartient. Plus largement, il s’inscrit dans un courant d’idées qui se méfie des arguments basés sur une « spécificité chinoise », quels que soient les domaines (économique, politique) dans lesquels ils pourraient être utilisés.

Pour autant, l’auteur, bien que voulant mettre en garde contre les auto-congratulations du Parti, semble reprendre à son compte une compréhension simpliste, voire stéréotypée du « modèle chinois ». Une lecture un peu plus fine de l’article semblerait insinuer que l’auteur est lui-même à son insu en adéquation avec certaines injonctions du modèle chinois (prôner la croissance économique avant l’établissement d’une politique démocratique). Par ailleurs, peu de substance est donnée pour définir ce que serait le modèle chinois, si ce n’est une indication superficielle de l’intervention du Parti dans l’économie : et n’est-ce pas un héritage de l’Union soviétique, plutôt que du modèle chinois ? Qu’en est-il d’une réflexion plus approfondie sur les valeurs gouvernementales à proprement parler de l’État chinois, d’une compréhension du fonctionnement politique de l’appareil étatique ? N’est-ce pas là la source à laquelle puiser pour mieux comprendre le « modèle chinois » ?

Voici une traduction intégrale du texte à partir du chinois, en exclusivité pour Le Grand Continent.


Par Zhang Weiying

Derrière le conflit commercial entre la Chine et les États-Unis on ne trouve pas seulement un conflit entre deux pays. Entre la Chine et les pays occidentaux plus largement, y compris l’Union européenne, l’Angleterre et de nombreux pays où le déficit commercial avec la Chine est moindre, les relations se sont dégradées. Cela signifie que ce conflit n’est pas seulement commercial mais qu’il est plus probablement structurel, et qu’il porte aussi, en arrière-plan, sur le système de valeurs. La question qui vient ensuite est donc encore plus importante et encore plus difficile à régler par des solutions techniques. Afin de mieux comprendre, il est nécessaire de partir de deux points de vue : la compréhension du monde et la compréhension de l’économie chinoise. En premier lieu, il faut interroger le mode de questionnement occidental, puis réussir à comprendre précisément la Chine.

Comprendre le monde

  1. « Pour-contre » et « vrai-faux » des relations internationales

Comprendre le monde revient pour moi à comprendre comment les Occidentaux voient le monde. La première question à se poser est : dans les relations internationales, les relations entre les pays sont-elles des relations d’intérêt ou de valeurs ?

La conception ancienne considère qu’il s’agit de relations d’intérêts et que les conflits d’intérêts génèrent des conflits entre pays. Mais récemment, et surtout depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, les relations internationales ont changé et la question des valeurs s’est ajoutée à celle des intérêts. Lorsque des pays échangent entre eux, ils ne parlent pas seulement d’intérêts mais aussi de ce qu’ils voient comme vrai et faux, tout comme des individus s’entendent sur la base d’une vision commune. De plus, quand valeurs et intérêts sont en contradiction, les valeurs deviennent souvent la force motrice principale. Tel est le progrès de l’humanité depuis une centaine d’années. Si on prend l’exemple des États-Unis et de l’Égypte, la politique de maintien de la paix au Moyen-Orient du gouvernement de Moubarak et les intérêts des États-Unis allaient de pair, c’est pourquoi même en tant qu’autocrate, ses relations avec le gouvernement américain sont restées bonnes. Mais lors de la révolution qui a suivi en Égypte, du fait que les valeurs défendues par le camp révolutionnaire étaient en accord avec celles promues par les États-Unis, le gouvernement américain s’est rangé aux côtés des révolutionnaires même au détriment de ses propres intérêts, et n’a pas aidé Moubarak à réprimer la révolution. Pour compléter ce propos, plusieurs guerres dans l’histoire du monde occidental, y compris les conflits religieux avec l’Islam, ceux entre Catholiques et Protestants etc., ont tous été des conflits où valeurs et intérêts étaient mélangés.

  1. Les valeurs du monde occidental

Ce qu’on appelle valeurs, pour le dire brièvement, c’est la compréhension de la justice, du bien et du mal. Les valeurs du monde occidental reposent principalement sur trois concepts : les droits de l’homme, l’égalité entre les ethnies, et l’aide des pays plus avancés envers les autres.

Le concept des droits de l’homme remonte au penseur anglais Locke pour qui les droits de l’homme sont supérieurs au concept de souveraineté, ce qui a influencé la conception des États-nations du monde occidental récent. Ce qu’on appelait « pays » auparavant désignait plus un groupe ou une dynastie familiale, une dynastie pouvait donc régner sur plusieurs pays. Actuellement de nombreux conflits sont liés au concept des droits de l’homme, et les pays occidentaux considèrent que s’occuper des affaires liées à ces droits ne relève pas de la politique intérieure, mais relève d’une base légale et morale sur laquelle s’appuie l’ONU pour envoyer des forces de maintien de la paix afin d’arrêter des génocides.

L’égalité entre les ethnies après la Seconde Guerre mondiale s’est progressivement affirmée, et sur la base de ces valeurs, les pays d’Europe et surtout d’Europe de l’Ouest, n’ont pas pu refuser d’accueillir des réfugiés, même si cela a engendré une série de problèmes.

« Les plus avancés aident les autres » est aussi un concept forgé après la Seconde Guerre mondiale. Sur ce principe, des pays avec des niveaux de développement différents ont rejoint des organisations internationales sur la base de conditions spécifiques. Au début, la Chine a grandement bénéficié de conditions privilégiées au titre de pays en développement. Par exemple, elle a été le premier bénéficiaire de l’aide de la Banque mondiale à partir de sa politique de réforme et d’ouverture. De même, elle est entrée à l’OMC en tant que pays en développement et donc sous le statut de nation favorisée. A l’inverse, les États-Unis, en tant que pays développé, ont assumé un prix élevé représenté par leur contribution à un cinquième des fonds de l’ONU. Quand le gouvernement actuel de Trump exige un traitement « équitable », il se base sur le stade de développement auquel la Chine est parvenu, et la question de savoir si la Chine est toujours un pays en développement crée une polémique importante.

  1. Comment l’Occident voit la paix

Le monde occidental considère que le commerce, la démocratie et les organisations internationales sont les trois pierres angulaires de la paix mondiale, ce qui est pour eux une leçon de l’expérience tirée des trois derniers siècles de l’histoire. Le commerce fait que les intérêts de chaque pays tendent tous vers le même but ; la démocratie peut empêcher l’hybris de dirigeants ; les organisations internationales incitent chaque pays à dénouer les malentendus et les conflits par la communication.

Le penseur français des Lumières, Montesquieu, a écrit: « L’effet naturel du commerce est de porter à la paix.»1 Le penseur libéral français du XIXème siècle Frédéric Bastiat a écrit : «Si les marchandises traversent les frontières, les soldats ne le feront pas. Si les marchandises ne traversent pas les frontières, les soldats le feront. »2

Le concept de paix démocratique est l’œuvre du philosophe allemand Kant et c’est devenu aujourd’hui un concept enraciné chez les Occidentaux. Dans un ouvrage publié en 20013 , les politologues américains Bruce Russett et John R. O’Neal, en se basant sur des études statistiques de plus de 2000 conflits entre les années 1816 et 2001, ont découvert que le taux de participation de pays démocratiques à des conflits était relativement faible. Quand deux pays s’opposent et que l’un des deux est un pays au système gouvernemental non démocratique, la probabilité qu’un conflit éclate augmente de 50 pour cent. Mais si les pays sont tous deux des pays aux structures démocratiques, la probabilité baisse alors de 50 pour cent. Si on prend en compte également le commerce international et l’économie de marché alors la probabilité d’un conflit diminue. En prenant la démocratie, les forces militaires opposées, les positions de puissance et la croissance économique comme variables de contrôle, ils ont découvert que les pays fortement dépendants du commerce sur une année donnée ont moins de chance d’entrer dans un conflit militaire l’année suivante. Et un pays totalement ouvert au commerce mondial sera encore moins enclin à entrer dans un conflit militaire. En d’autres termes, la paix démocratique4 ne peut advenir que lorsque les deux pays ont tous deux des structures de gouvernement démocratique, alors que la paix commerciale fonctionnera toujours même si seul un pays sur les deux possède une économie de marché. Pour ce qui concerne la paix mondiale, le commerce est donc encore plus important que la démocratie !

Comprendre l’économie chinoise

  1. Comprendre les résultats de la Chine des quarante dernières années

Il importe peu ici de comprendre l’histoire plurimillénaire de la Chine, nous avons seulement besoin de revenir à l’histoire de ces quarante dernières années.

Le décollage économique spectaculaire de la Chine et l’élévation du niveau de vie de la population est indéniable, mais l’explication et la compréhension du phénomène posent encore question. Actuellement deux théories s’opposent pour expliquer la croissance économique des dernières décennies de la Chine : le « modèle chinois » et « le modèle universel ». Le premier considère que les bénéfices du développement économique de la Chine tirent avantage d’un modèle chinois particulier qui s’appuierait sur un gouvernement fort, des politiques de production avisées et des entreprises d’État puissantes. Les seconds considèrent que les résultats extraordinaires de la Chine ont pour base la force du marché et l’esprit d’entreprise associés à une grande créativité et une capacité de prise de risque, ce qui fut le cas pour l’ascension de la France, de l’Angleterre, de l’Allemagne après la Seconde Guerre mondiale, mais aussi le cas du Japon et des « quatre dragons asiatiques » 5. De plus, la Chine a ré-utilisé les techniques accumulées durant trois siècles par les pays développés occidentaux. Dans mon article paru en début d’année et intitulé « Les trois révolutions industrielles que j’ai vécues », j’ai résumé comment la Chine, en quarante ans de réforme et d’ouverture, avait traversé les trois révolutions industrielles que l’Occident avait lui-même vécues sur 250 ans6. L’avantage des pays qui se sont développés récemment est d’avoir évité de nombreuses fausses routes et d’avoir pu directement profiter des fruits techniques que d’autres ont payé au prix d’expériences coûteuses.

Toutefois le « modèle chinois » non seulement ne correspond pas à la réalité et de plus aura des conséquences négatives sur l’avenir de la Chine.

  1. Le « modèle chinois » ne correspond pas à la réalité

D’après le rapport indicatif sur le passage à l’économie de marché7 de l’Institut de recherches économiques national à Pékin, l’indice de l’ensemble de la Chine est passé de 4,4 en 1997 pour atteindre 8,19 en 2014. Et durant cette période, après le plan de relance de 2009 par Wen Jiabao des « 4000 milliards »8, l’indice de libéralisation de marché a baissé légèrement. Mais ce niveau reste très disparate selon les régions. Les provinces comme le Zhejiang, le Guangdong, le Jiangsu etc. sont les plus avancées et globalement le niveau de libéralisation du marché des provinces côtières devance celui des provinces de l’est ou du centre. Toutefois pour ce qui est du PIB, on note qu’avant 2007 son taux de croissance dans les provinces côtières a toujours été supérieur à celui des régions du centre et de l’ouest. Or après 2007 c’est l’inverse qui s’est produit, et c’est dans les provinces de l’ouest qu’il a été le plus élevé, puis dans les provinces du centre et enfin de l’est. Toute une série de preuves attestent que depuis cinq à dix ans le niveau de libéralisation du marché des villes et provinces est lié au taux de croissance du PIB.

Néanmoins pouvons-nous en déduire pour autant qu’il existe un « modèle de l’ouest de la Chine », que les politiques et le système des provinces de l’ouest sont supérieurs à ceux de l’est, et que les provinces du centre et de l’est devraient suivre ce modèle ? Bien sûr que non. La raison en est très simple : la réforme de la libéralisation du marché de l’ouest de la Chine a simplement été plus lente et a bénéficié des avantages des « derniers arrivés ». Le niveau de libéralisation du marché des provinces de l’est de 1997 et 2001 a respectivement dépassé les niveaux de l’ouest en 2006 et de 2014. Utiliser cet indice de l’Institut de recherches économiques national et les statistiques de croissance économique des annales statistiques de la Chine nous permet de voir que, peu importe que ce soit sur ces dix ou quarante dernières années, le taux de croissance du PIB et les « fluctuations » de l’indice de libéralisation du marché sont corrélés. Cela remet en question un éventuel « modèle chinois » : la libéralisation est un processus progressif en mouvement et on ne peut pas en déduire une quelconque relation de cause à effet en se basant uniquement sur un fait économique à un moment précis sans prendre en compte l’histoire.

Bien d’autres preuves tangibles peuvent attester des relations positives entre la croissance économique et la libéralisation. Par exemple, les ratios d’emploi urbain du secteur public ou privé, les ratios de capitaux industriels publics ou privés sont corrélés au taux de croissance du PIB par habitant. Ces données montrent sans exception que les régions où le secteur public est le plus important sont celles où la vitesse de croissance économique est la plus lente. En comparaison, les régions où le secteur privé domine ont des résultats de croissance plus élevés que celles où le secteur public est le plus fort.

La croissance chinoise de ces 40 dernières années s’est appuyée principalement sur des occasions que lui ont apportées les avantages d’être un pays au développement tardif ayant pu profiter des techniques développées ailleurs. Les entrepreneurs chinois et les entreprises occidentales y ont trouvé avantage pour faire de l’argent. Suite à la diminution de ces occasions, le développement à venir repose donc de plus en plus sur l’innovation.

Les économistes utilisent trois indicateurs pour évaluer l’innovation : la concentration de recherche et développement, les brevets, et les ventes des nouveaux produits, qui correspondent aux trois étapes que sont l’investissement, les étapes intermédiaires et la production. D’après ces trois indicateurs, la Chine a encore obtenu de bons résultats durant ces dix dernières années, mais les écarts entre les régions sont énormes. Une analyse chiffrée transrégionale montre que ces trois indicateurs d’innovation sont très nettement liés au niveau de privatisation et à l’urbanisation. A l’inverse, un taux d’emploi public élevé et un nombre important de structures étatiques pour 10 000 habitants sont inversement proportionnels aux indicateurs d’innovation. Donc que ce soit en nombre d’entreprises, en nombre d’actifs, ou bien en capital industriel, en moyenne, là où le secteur public est important, l’innovation est plus faible ; là où le secteur privé est plus important, l’innovation est plus forte.

  1. Les effets néfastes du « modèle chinois »

Les preuves présentées ci-dessus montrent que le « modèle chinois » ne correspond pas à la réalité économique. La croissance des dernières décennies vient du passage à l’économie de marché, de l’esprit entrepreneurial et de l’accumulation technique de l’Occident depuis trois siècles et ne relève pas d’un quelconque « modèle chinois ».

Le plus ennuyeux c’est que vouloir expliquer les résultats économiques récents de la Chine par ce « modèle chinois » est néfaste pour l’avenir de la Chine.

Premièrement, se tromper en interne, c’est la destruction future assurée. Insister aveuglément sur ce modèle chinois cela reviendrait à continuer de renforcer les entreprises d’État en Chine, à élargir le pouvoir du gouvernement et la dépendance à des politiques de production, cela conduirait à tourner le dos au processus de réforme. Tout ce qui aura été fait grâce à ces réformes sera gâché, et cela conduira finalement à la stagnation de l’économie.

Deuxièmement, tromper le monde extérieur risque d’engendrer une résistance. Le « modèle chinois » placerait la Chine dans une catégorie à part un peu effrayante pour l’Occident, ce qui conduirait nécessairement à un conflit. Le monde hostile auquel nous faisons face aujourd’hui n’est pas sans relation avec la lecture erronée que certains économistes, chinois ou étrangers, ont fait des résultats économiques de la Chine de ces dernières décennies. Pour les Occidentaux, ce qu’on appelle le « modèle chinois » serait du « capitalisme d’État », incompatible avec la paix mondiale et le commerce égalitaire. On ne peut absolument pas laisser ce soi-disant modèle se développer sans limite et avancer triomphalement.

Selon Friedrich Hayek, même si la réalité en soi ne peut jamais nous dire ce qui est juste, une mauvaise interprétation de la réalité pourra à l’inverse modifier la réalité et l’environnement dans lequel nous vivons. Quand on regarde quelqu’un qui court vite avec un bras en moins, on pourrait en déduire que la raison pour laquelle il court vite c’est parce qu’il lui manque un bras et naturellement on appellera les autres à se couper un bras. C’est ce que Hayek entend par la modification de la réalité.

Traduction réalisée par Catherine Legeay-Guillon, commentaire par Clémence Lizé et Jessy Périé

Édition : Ariane Bernard, Léo Boitel


NOTES

1. Montesquieu, « De l’esprit des Lois », IV, XX, 1 et 2.

2. Otto Mallery reprendra la formule en 1943 : « Si nous ne souhaitons pas que les soldats traversent les frontières pour faire la guerre, il faut que les biens traversent les frontières pour maintenir la paix. »

3. Travaux de Bruce Russett et John R. Oneal repris dans l’ouvrage de Zeev MAOZ, « Networks of nations : The evolution, structure and impact of international networks, 1816-2001 », Cambridge University Press, 2010.

4. Cette théorie de la paix démocratique trouve son origine chez Kant (« Vers la paix perpétuelle ») et affirme que la démocratisation est facteur de paix. Elle ne fait pas consensus chez les politologues. Lire par exemple “La théorie de la paix démocratique” par Thibault Gerbail, Geolinks.

5. Les quatre dragons asiatiques est une expression qui fait référence à quatre États d’Extrême-Orient à forte croissance industrielle dans la deuxième moitié du XXe siècle : la Corée du Sud, Hong Kong, Singapour et Taïwan.

6. Le romancier et essayiste Yu Hua fait cette même référence dans son essai « Nous vivons sur une gigantesque fracture » ( 余华《我们生活在巨大的差距里》 ; « 文革的中国和今天的中国,好比是欧洲的中世纪和欧洲的现在。一个欧洲人活四百多年才能经历这样两个天壤之别的时代,一个中国人只需四十年就经历了。应该是四百年间的动荡万变,现在浓缩在了四十年之中 .» « La Chine de la Révolution culturelle et la Chine actuelle peuvent se comparer à l’Europe du Moyen-Age et à l’Europe actuelle. Un Européen a eu besoin de quatre siècles pour vivre ces deux périodes si différentes, alors qu’un Chinois n’a eu besoin que de quarante ans. Ces bouleversements qui se sont produits sur quatre cents ans se sont concentrés aujourd’hui sur quarante années. » )

7. En chinois 市场化.

8. Voir l’article du Monde, « La Chine adopte un plan de relance de 455 milliards d’euros », 10 novembre 2008.