De la contradiction

Entre l’échelle nationale et l’échelle européenne se joue le futur du Movimento Cinque Stelle, entretien exclusif à Salvatore merlo, auteur du scoop de la journée

 

Groupe d’études géopolitiques : Hier vous avez publié sur Il Foglio un scoop qui a été repris depuis par la plupart de la presse internationale. Pourriez-vous nous expliquer en quoi il consiste ?

Salvatore Merlo : Grâce à mes sources, j’ai pu faire état d’une rumeur qui commençait à circuler dans les milieux politiques romains, particulièrement animés dans cette période de négociations en vue de la création d’un nouveau gouvernement. Le Mouvement cinq étoiles semblerait avoir l’intention, manifestée pour le moment avec beaucoup de prudence, de sortir de l’alliance avec l’UKIP de Farage au Parlement Européen, pour chercher à constituer un groupe européen avec Emmanuel Macron lors des prochaines élections européennes.

En quoi s’agit-il d’une nouveauté ?

Le rapport du Movimento avec l’Union européenne n’a jamais été très clair. Avant de s’allier avec le parti responsable du Brexit, le Mouvement cinq étoiles avait paru sur le point de signer une alliance avec l’ALDE, le groupe libéral très européiste. Cette démarche avait échoué. Dans cette séquence, nous pourrions nous retrouver face à la volonté d’attraction beaucoup plus marquée du Président français et du nouveau chef politique du Movimento, Luigi Di Maio.

Pourtant, en Italie, tout semblait indiquer que le Mouvement cinq étoiles était en train de négocier avec le parti néonationaliste de Matteo Salvini, la Ligue du nord. Comment pourrait-on concilier cette tendance contradictoire : une alliance avec Le Pen sur l’échelle nationale et avec Macron sur l’échelle européenne ?

En effet. La Ligue du nord est un parti très étroitement lié avec Marine Le Pen. Matteo Salvini propose une vision très critique de l’Europe, fortement influencée par une vision identitaire. L’appareil dirigeant de la Ligue a été le premier à s’inquiéter de cette nouvelle possible alliance. Giancarlo Giorgetti n’a pas caché par exemple, comme je le reportais dans le papier, sa crainte de voir exploser une contradiction insoluble qui pourrait bloquer la création d’un gouvernement que le Movimento est le premier à vouloir créer.

Dans votre papier, vous attribuez à un haut responsable du Mouvement cinq étoiles une volonté dégagiste à l’échelle européenne qui pourrait rapprocher, comme nous le notions dans nos dernières publications, la démarche du Movimento de celle de Macron.

Mes sources me confirment qu’il y a une vraie intention du Movimento de se rapprocher au parti européen que Macron formera contre les vieux partis socialistes et démocrates-chrétiens sur l’échelle européenne. Simplement, elles insistent sur le fait que cette alliance devrait avoir lieu après la création du gouvernement.

Doit-on voir dans un risque de pasokisation la principale raison de l’impossibilité actuelle d’une alliance entre le Parti Démocratique (PD) et le Movimento 5 Stelle ? Le PD préfère-t-il stratégiquement rester dans l’opposition pour continuer à exister ?

Pour l’instant, je crois que l’alliance ne peut pas fonctionner parce que le PD ne souhaite absolument pas contribuer à donner la victoire au Mouvement cinq étoiles. La ligne de Renzi est assez simple pour le moment et consiste à dire : « Le Mouvement cinq étoiles a gagné les élections, on en prend acte — ce qui implique que nous sommes à l’opposition. »

La révélation a été publiée sur Il Foglio, peut-être le seul journal à avoir été frontalement opposé au Movimento pendant la campagne, en présentant sa démarche comme anti-démocratique et anti-constitutionnelle. Avez-vous eu l’impression qu’il s’agissait d’une simple coïncidence ou bien y a-t-il une tentative de créer un contexte politique précis ?

J’ai l’impression qu’il y avait beaucoup de personnes sur le même coup au même moment. Je pense par exemple à l’entretien d’aujourd’hui du Corriere della Sera à Shahin Vallée. Nous avons été les premiers surtout grâce à la qualité de nos sources qui nous ont permis d’y arriver avec certitude avant les autres. Ce qui est certain c’est que la création d’un contexte politique est loin d’être établie. Il faudrait pour cela du temps, la déclaration officielle d’un responsable du Mouvement pourrait sûrement accélérer le processus, ce qui était sans doute redouté par la Ligue du Nord.

La création d’un contexte politique favorable à cette alliance aurait pu avoir reçu, au moins formellement, un coup d’arrêt avec la publication, cet après-midi, d’un communiqué de presse de l’Europe En Marche qui demandait aux médias de ne pas contribuer à la propagation des fake news au sujet de leur intention d’engager le dialogue avec le Movimento. Quelle est votre réponse à cette déclaration désormais retirée ?

Je ne pense pas que cette déclaration, d’ailleurs depuis retirée, aurait vraiment pu arrêter un processus qui me semble désormais déclenché : l’européanisation de la politique nationale. Je revendique l’exactitude de mes sources, ma reconstruction ne doit pas être considérée une fake news. Je remarque que sans doute pour la première fois des moments centraux de la politique nationale, comme la création d’un gouvernement, semblent dépendre de dynamiques situées sur une échelle européenne