Die Mitte – Gouverner au centre

Hélène Miard-Delacroix, Professeur des Universités à Sorbonne Université, est spécialiste de l’Allemagne contemporaine, de l’histoire de la construction européenne et de la social-démocratie au XXe siècle. Auteur, entre autres, de Partenaires de choix ? Le Chancelier Helmut Schmidt et la France (1993), du Défi européen. Histoire Franco-allemande de 1963 à nos jours (2011) et d’une biographie de Willy Brandt, elle est présidente du conseil scientifique de la Bundeskanzler-Willy-Brandt-Stiftung et intervient régulièrement dans les médias français.

Contexte. 24 septembre 2017 – 5 mars 2018, 162 jours : jamais l’Allemagne n’était restée aussi
longtemps sans gouvernement puisque le “record” de 2013 était dépassé dès le mois de décembre, comme le soulignait alors le Spiegel. L’échec d’une première coalition “jamaïcaine” réunissant chrétiens-démocrates, écologistes et libéraux avait en effet prolongé le suspens, dommageable pour le leadership allemand et l’avancée des initiatives franco-allemandes en Europe. Les résultats semblent également participer du caractère exceptionnel de cette session électorale, caractérisée par le plus bas score jamais obtenu par le Parti social-démocrate (SPD) au Bundestag (20,5%) et une victoire sans précédent de l’Alternative für Deutschland (AfD) (13,5%). 


Groupe d’Etudes Géopolitiques : Que signifie, au niveau institutionnel, un tel délai pour la constitution du gouvernement ? Faut-il y voir un trait caractéristique d’un système complexe et délicat, ou simplement un dysfonctionnement passager dû à des résultats électoraux exceptionnels ?

Hélène Miard-Delacroix : Le système institutionnel allemand pose le principe que la constitution du gouvernement ne peut se faire qu’après l’accord d’une majorité de députés au Bundestag. La formation du gouvernement est donc assez différente du processus français, où elle relève du chef de l’exécutif, en attendant un soutien au parlement, qui depuis 2002 est élu quelques mois après le président de la République. En Allemagne, le fait que le gouvernement soit nommé par la « base » des députés implique donc un certain temps de formation, qui peut paraître long aux yeux des Français, mais pas nécessairement aux autres Européens.

Les rédacteurs de la Loi fondamentale en 1949 ne savaient pas quel type de paysage partisan l’Allemagne fédérale allait avoir. Lorsqu’ils ont prévu le système parlementaire, ils n’excluaient pas que le paysage serait morcelé, ce qu’il était en effet dans un pays qui sortait à peine de la Seconde Guerre mondiale. Ce paysage partisan ne s’est concentré qu’en 1953 à la faveur de la clause des 5%, qui interdit l’accès au Parlement aux partis ayant reçu moins de 5% des suffrages. Ainsi ont émergé un grand parti de droite, l’Union Chrétienne Démocrate, et son allié bavarois l’Union Chrétienne Sociale (CDU-CSU), un grand parti de gauche, le parti social-démocrate allemand (SPD) et un petit parti libéral au milieu, le parti liberal-démocrate (FDP). Institutionnellement, il est déjà normal qu’il y ait besoin d’un certain temps entre l’élection du Bundestag, la réunion de celui-ci, et l’entrée en fonction d’un gouvernement. C’est là une donnée incontournable de l’histoire politique allemande. Souvent dans le passé, on savait à l’avance comment allait se former la coalition, puisque les partis entraient en campagne en montrant la couleur des alliances qu’ils entendaient conclure. Ce n’était pas toujours le cas cependant : en 1969, quand Willy Brandt devient chancelier, il retourne l’accord entre les libéraux et les chrétiens-démocrates. Le rapport de force, à deux voix près, permettait en effet la naissance d’une coalition de centre-gauche. Nous sommes ici dans la dimension purement structurelle du problème du délai de formation du gouvernement.

Il ne faut pas oublier que c’est une vision française que de décrire la constitution allemande comme un système complexe et délicat. Il faut, très simplement, que des groupes parlementaires s’entendent sur un programme commun. Face à la situation actuelle, on peut à nouveau se demander : est-elle un dysfonctionnement, et est-elle passagère ? Si on prend la constitution à la lettre, tout a fonctionné, et il n’y a eu aucune crise institutionnelle. Il n’y avait pas de majorité très claire, les négociations ont donc pris un certain temps.

En 2013 déjà il y avait eu des pourparlers d’approche (Sondierungen), entre la CDU d’Angela Merkel et les Verts. Ils avaient vite constaté que ça ne marcherait pas entre eux. Le fait qu’on soit allé d’abord vers une coalition jamaïcaine (CDU, Verts et FDP) mais que celle-ci n’ait pas fonctionné n’est donc ni exceptionnel, ni un véritable dysfonctionnement. C’est simplement une conséquence du système au regard d’un paysage partisan morcelé. Le problème est que, jusqu’ici, on n’avait jamais eu un tel morcellement des forces au Parlement. Il est devenu impossible pour un grand parti d’envisager de gouverner avec un petit parti d’appoint. Ce qui déclenche ce dysfonctionnement, ce n’est donc pas vraiment le système institutionnel, mais la conjoncture. Nous allons peut-être cependant avoir à nous y habituer dans les années qui viennent.

Le SPD, plus ancien parti d’Allemagne, peut-il survivre à ses divisions, exacerbées par la participation à la Grande coalition ? Si le parti éclate, qui pourrait le remplacer ?

Je pense qu’il faut se garder des conjectures sur ce sujet. Il est extrêmement difficile d’avoir en Europe, une vision ne serait-ce qu’à six mois de l’évolution des forces électorales. La situation est quelque peu instable (labil en allemand). L’électorat change régulièrement d’avis et se détourne des grands piliers du régime parlementaire. Si le SPD venait à disparaître, ce serait la fin du plus vieux parti d’Allemagne, fondé en 1873, issu de tout le mouvement ouvrier au XIXe siècle, ce serait dramatique. Cette opinion est évidemment partagée par les chrétiens-démocrates. Tous ceux qui sont des démocrates raisonnables en Allemagne refusent que le SPD disparaisse, car il occupe dans le paysage et la pensée politiques un espace qui a une tradition et une solidité de sociologie électorale. Parti ouvrier à l’origine, il est aussi devenu le parti des classes moyennes, des professeurs, etc. Il y a une cohérence sociologique de ce parti qui s’appuie sur sa tradition. S’il venait à disparaître, cela ferait un grand trou dans l’offre politique allemande.

« Il y a toujours eu des ailes dans le SPD, qui se retrouvent dans des groupes, comme le « Seeheimer Kreis », la branche plus « à droite » du parti. »

Le parti est en effet divisé, mais ce n’est pas non plus nouveau. Prenons de la profondeur historique. A l’époque des années 1970, il y avait au sein du SPD une vraie division entre une aile conservatrice, qu’on qualifierait aujourd’hui de sociale-libérale, autour du chancelier Helmut Schmidt, et une aile plus ouvriériste, qui n’était plus marxiste depuis le tournant de Godesberg 1, mais qui demeurait proche des syndicats.

Il ne faut donc pas croire à une nouveauté absolue. Il y a toujours eu des ailes dans le SPD, qui se retrouvent dans des groupes, comme le « Seeheimer Kreis », la branche plus « à droite » du parti. En remontant encore plus loin, il y a depuis les années 1960 une différence de point de vue entre les jeunes socialistes, les « Jusos », et la direction plus âgée du parti. A l’époque de Brandt, juste après 1968, c’était déjà le cas, et ce phénomène s’est poursuivi pendant le mandat d’Helmut Schmidt.

Traditionnellement, les Jusos sont plus radicaux dans la pensée de gauche et dans leurs exigences. Il pourrait y avoir une aspiration de l’électorat de l’aile droite vers la CDU, qui ne cesse de se rapprocher du centre, ce qui est aussi un effet de la Grande coalition. En revanche, les plus à gauche seraient prêts à chercher des accords avec Die Linke. L’évolution de ce parti a été assez inattendue. Sa ligne était très post-RDA, en transportant dans ses valises tout un passé très lourd, stalinien, puis marxiste-léniniste. Die Linke a cependant réussi à s’en débarrasser pour devenir un parti de gauche radicale comme on en voit autre part en Europe. L’éclatement du SPD n’est pas une perspective à exclure, même s’il est difficile d’y croire dans l’immédiat.

Est-ce qu’on peut parler d’un déclin des partis traditionnels en Allemagne ? Peut-on le comparer à celui qui a lieu en France ou en Italie ?

En effet, il y a une tendance qu’on observe dans les différents pays d’Europe à la crise des partis traditionnels, qui se caractérisent par leur stabilité idéologique, leurs modes d’organisation et de transmission de valeurs. J’essaie de rendre compte, en Allemagne et ailleurs, de l’instabilité et de la versatilité d’un certain nombre d’électeurs depuis une vingtaine d’années. L’effondrement du bloc de l’Est a détruit la « famille » communiste, qui avait des branches dans différents pays d’Europe. Cet événement a rendu orpheline une partie de l’électorat qui avait des habitudes partisanes très stables. Cette perte radicale d’un parti entier a mis en quelque sorte cet électorat en orbite, à la recherche d’une offre différente.

A Sciences Po en 1990, on donnait déjà des cours sur la lassitude face à la politique en Allemagne (Politikverdrossenheit). On accusait déjà les partis d’être des machines autocentrées, auto-justifiées sans idées, qui assuraient surtout la maitrise de prébendes et la perpétuation de la domination d’un petit nombre de personnes sur certains postes.

Cette fatigue s’est manifestée de manière très radicale en Italie, avec Berlusconi dans les années 1990. Lorsque j’étais jeune, il y avait en Italie un parti chrétien-démocrate, un parti socialiste et un parti communiste italien. Tous ont été balayés par l’arrivée de Berlusconi. Une des craintes actuelles des Allemands est une évolution jusqu’à atteindre la situation italienne.

Ce qui s’est passé en France en 2017 a été observé avec attention et inquiétude en Allemagne, mais cette inquiétude s’est vite calmée, parce qu’a émergé une force politique complètement inconnue, mais dirigée par une personnalité politique qui impose le respect, qui a eu le courage de porter haut une campagne sur l’Europe, alors que tout le monde versait des tombereaux d’horreurs sur celle-ci. La victoire de Macron a un peu masqué cette inquiétude, mais c’était le sentiment majoritaire pendant toute la campagne en Allemagne.

La GroKo faisait débat à la base du SPD, mais qu’en est-il dans le pays ? Affecte-elle la confiance en la démocratie dans le pays ?

Je ne pense pas qu’on doive se disputer sur la nature démocratique ou non de la Grande coalition. Elle est démocratique en soi. On ne pouvait pas former un gouvernement autrement, et les élus du peuple l’approuvent. Certains estiment même que le processus conduisant à sa formation est encore plus démocratique qu’auparavant. Comme en 2013 a été organisée la consultation de la base du SPD a posteriori alors même que la validation de l’accord de coalition avait eu lieu dans un congrès du parti. Avait-on vraiment besoin d’un vote de la base, alors que les députés qui devaient l’approuver avaient déjà été élus par le peuple ?

Sur l’aile droite de la CDU et de la CSU, il y a eu beaucoup de grognements pour signifier que l’accord était trop inspiré par la politique du SPD, et de même au SPD, de nombreux militants ont considéré que le SPD perdait son âme en entrant dans la coalition. C’est avant tout une question de perspective, et il est tout à fait normal que des voix discordantes s’élèvent quand deux partis aux positions relativement éloignées à l’origine s’allient autour d’un programme unique.

Certaines voix appelaient les deux grands partis à profiter de cette législature pour se redonner un profil partisan différent l’un de l’autre. Il y a eu une prise de conscience que la reconduction de la Grande coalition conduit à un effacement des différences, voire à une quasi-interchangeabilité. C’est l’argument principal de Die Linke, tout comme de l’AfD.

On a beaucoup décrit le SPD comme le parti le plus résolument pro-européen en Allemagne. En a-t-il toujours été ainsi ?

L’orientation pro-européenne du SPD date des années 1960. La CDU est aussi un parti pro-européen. C’est d’ailleurs par le biais de l’Europe que les prolégomènes de la Grande coalition ont été conclus entre les deux partis cette année. Ils ont tous deux commencé par s’entendre sur le point sur lequel ils partagent les vues les plus similaires.

Affiche pour la réélection de Gerhard Schröder en 2002

Pour trouver un SPD qui ne soit pas pro-européen, il faut remonter assez loin. En 1945, le SPD était certes pour une coopération pacifique avec les voisins, mais le premier chef du parti, Kurt Schumacher, était parfaitement hostile au plan Schuman, et à cette conception de l’Europe qu’il qualifiait de « capitaliste, cléricale et cartellistique ». On se trouve à l’époque de l’orientation marxiste du SPD, avant le tournant de Godesberg de 1959, et l’adhésion à l’économie de marché. Schumacher considérait que l’ancrage à l’Ouest que constituait la construction européenne pour la RFA constituait un obstacle à une possible réunification. Son successeur, Erich Ollenbauer 2acceptera les traités de Rome. A partir du programme de Godesberg en novembre 1959, et du grand discours d’Herbert Wehner 3en 1961, qui promeut l’alliance avec les États-Unis, le SPD est parfaitement européen.

Les Grandes coalitions se sont multipliées sous le mandat de Merkel. (2005-2009, 2013-2017) Elles n’ont pas nécessairement changé la donne au niveau européen. Qu’attendre de cette réédition de la Grande coalition ?

Angela Merkel au congrès de la CDU à Hannovre en 2007

L’influence qu’a eue le SPD au niveau européen lors de la dernière Grande coalition n’est pas vraiment discernable de celle de la CDU, car ce n’est pas sur les questions européennes qu’il y a une différence entre ces partis. Contrairement à ce que croient beaucoup de Français, le SPD n’est pas moins hostile aux déficits que la CDU : le SPD est aussi pour une bonne gestion des finances publiques. Il y a une approche un peu plus solidaire que la ligne de Schäuble 4, qui laisse espérer une plus grande proximité avec les États-membres les plus faibles, mais le SPD n’a pas changé la donne entre 2013 et 2017. Il n’y a pas non plus de raison que ça change avec la reconduction de cette nouvelle coalition. Cependant on peut noter un petit sursaut de fierté, notamment chez les conservateurs, piqués au vif par le fait que la France soit redevenue une force de proposition. Cela pourrait amener l’Allemagne à faire preuve de plus d’initiative.

L’Allemagne d’aujourd’hui est confrontée à une crise démographique, qui explique en partie le virage identitaire d’une partie de l’électorat. Comment pourra-t-elle continuer à assurer un rôle moteur en Europe dans ce contexte ?

Le lien entre le vieillissement de la population et la droitisation, voire un virage identitaire, ne me semble pas prouvé empiriquement. Il me semble que dans les études, on voit que l’électorat âgé est au contraire plus fidèle que les jeunes, habitués à l’inconstance politique. Ce ne sont pas que des personnes âgées qui votent AfD : le virage identitaire est aussi l’affaire des générations plus jeunes. En revanche la perception d’un certain nombre de problèmes liés au vieillissement et à l’immigration souligne une fragilité parmi l’électorat allemand, derrière la vigueur économique du pays. Il s’agit d’une relation indirecte, comme dans un jeu de billard à plusieurs bandes.

Je crois que le rôle moteur de l’Allemagne en Europe peut aussi s’exercer, durant le mandat à venir, sur des questions de coopération en matière de sécurité intérieure, dont on a vu les limites lors des attaques terroristes en Europe. Ce sont là des questions et des thèmes, qui sans être « identitaires » touchent aux programmes des partis populistes actuels.

Y a-t-il un danger dans le fait que l’AfD soit désormais la principale force d’opposition au Bundestag ?

L’AfD est au Bundestag la principale force d’opposition. L’application du système électoral allemand a donné 94 députés à un parti d’extrême droite : dans un autre système cette force serait moins représentée. Le Bundestag lui donne une caisse de résonnance, car c’est là que se fait la vie politique en Allemagne. Être au Bundestag permet de faire entendre ses idées, de les diffuser, de les formaliser, etc. Est-ce que cela va donner au parti une légitimité plus large, cela reste à voir. Cela fait un peu drôle de voir l’extrême droite dans une telle position, mais il ne faut pas oublier qu’il s’agit d’un effet secondaire de la conclusion de l’accord de grande coalition.

La présence au Bundestag donne une voix, mais aussi des fonds substantiels. Le parti peut maintenant distribuer un grand nombre de postes à des fidèles. Chaque député a ses collaborateurs, qui sont aussi sous le regard des journalistes. Peut-être que dans les quatre ans qui viennent, un certain nombre d’électeurs va se rendre compte qu’il n’est pas raisonnable de confier leur voix à un groupe parlementaire de députés populistes. Nous devrons garder l’œil rivé sur le Bundestag.

Peut on comparer la situation allemande à celle de l’Autriche d’aujourd’hui (sous une coalition droite-extrême droite) : est-ce une prédiction de ce qui pourrait arriver dans quatre ans en Allemagne ?

Cela semble moins envisageable en Allemagne pour le moment. Sur le papier, ce qui a amené la situation politique en Autriche, c’est la pratique du Proporz, c’est-à-dire l’arrangement perpétuel entre les deux grandes forces politique pour se répartir les postes importants, dans une sorte de grande coalition permanente. Ainsi, la grande coalition en elle-même porte la graine d’un détournement des électeurs vers d’autres formations politiques contestataires.

On peut aussi s’interroger sur l’évolution du FDP, dont le FPÖ (Parti de la liberté d’Autriche) est à l’origine le parti-frère, qui a évolué du libéralisme vers l’extrême droite populiste. Le FDP va-t-il rester fidèle à la position que lui avait imprimée Hans-Dietrich Genscher, celle d’un parti entre le SPD et la CDU, porte-voix des entrepreneurs et des PME, héritier du libéralisme allemand depuis le XIXe siècle, mettant en avant la liberté des individus et la liberté d’entreprendre ? Pendant la campagne de l’année dernière, un certain nombre de prises de position du FDP, qui avait été exclu du Bundestag en 2013, ont pu laisser craindre une dérive vers la droite d’une partie du FDP. Il y a une tendance inquiétante, qui se caractérise par l’euroscepticisme light du président du parti Christian Lindner.

« La formule consistant à critiquer le manque de charisme des Allemands est ce qu’ils appellent une Parole, c’est-à-dire un mot creux ».

L’Allemagne est-elle une puissance sans charisme ? C’est en tout cas ce qu’affirme Laurent Wauquiez en parlant d’Angela Merkel. Qu’en pensez vous ?

A cela, je répondrais que Laurent Wauquiez peut se demander quel est l’intérêt du charisme sans puissance. Les propos de Laurent Wauquiez se placent dans le contexte français où le chef du parti de droite doit surjouer la posture de l’homme fort et énergique. En outre, la personne de Merkel n’est pas le pays en son entier. Par tradition, les Français accusent les Allemands de manquer de charisme, ce qui est selon moi un critère sans pertinence dans la politique allemande. L’Allemagne est en effet une puissance économique avant tout, mais est-ce qu’un pays en tant que tel peut disposer d’un charisme ? La formule consistant à critiquer le manque de charisme des Allemands est ce qu’ils appellent une Parole, c’est-à-dire un mot creux, et avec le passé de l’Allemagne, le charisme est une catégorie qui provoque plus de méfiance que d’adhésion. On peut aussi se demander s’il faut vraiment avoir du charisme pour être une force motrice. Pour moi, le reproche du manque de charisme relève d’une vision erronée de ce qu’est la politique. Celle-ci peut même renvoyer à un passé nauséabond, dans lequel le prétendu charisme était le critère principal de la légitimité. L’Allemagne, qui reconnaît la légitimité légale et rationnelle de ses dirigeants, que d’aucuns en France, trouvent ennuyeuse, n’est donc pas dépourvue d’intérêt 

Propos recueillis par Pierre Mennerat et Etty Januel


 

  1. Voté en 1959, le programme de Godesberg marque un tournant décisif dans l’histoire du SPD qui renonce dès lors à son programme marxiste et révolutionnaire pour se tourner vers le réformisme et l’intégration dans le bloc de l’Ouest.
  2. Erich Ollenhauer (1901-1963) a dirigé le SPD de 1952 à 1963.
  3. Herbert Wehner (1906-1990) a été membre du Parti communiste de 1927 à 1942 puis du Parti social-démocrate après la guerre. Il a notamment été ministre des Relations avec l’Allemagne de l’Est (Bundesminister für gesamtdeutsche Fragen).
  4. Né en 1942, Wolfgang Schäuble est un membre de la CDU. Il a notamment été ministre de l’Intérieur puis des Finances en 2009.

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