Les classements des trois premiers groupes de la Coupe du monde sont désormais connus et les surprises sont nombreuses. La plus belle d’entre elles est sans doute la qualification de l’Afrique du Sud pour les seizièmes de finale, qui débuteront dimanche, une première dans l’histoire du pays.

  • Les Bafana Bafana ont battu la Corée du Sud 1-0, dans un match parfaitement maîtrisé défensivement et en contre-attaque.
  • Avec 4 points en phase de groupes, ils terminent deuxièmes derrière le Mexique.

La défaite est cruelle pour la Corée du Sud, qui abordait le tournoi avec de grandes ambitions et avait montré, lors de ses deux premiers matchs, une équipe séduisante, avec un jeu plaisant et de beaux talents individuels.

  • Avec 3 points, elle est troisième et peut encore espérer être repêchée parmi les meilleures troisièmes, mais ce sera difficile, notamment en raison d’une différence de buts négative (-1).
  • C’est précisément ce critère qui servira à départager les huit troisièmes qualifiés.

La victoire du Mexique dans le groupe A est moins surprenante. La sélection a su tirer pleinement parti de son statut de pays hôte – elle a disputé ses trois matchs à domicile – et s’en sort avec un bilan parfait : trois victoires, zéro but encaissé.

  • L’autre pays hôte, le Canada, s’est lui aussi qualifié dans le groupe B, mais la joie est tempérée.
  • Battu hier par la Suisse, il termine deuxième et perd le droit de jouer ses 16e à domicile.
  • Dimanche, il affrontera l’Afrique du Sud à Los Angeles, tandis que Vancouver accueillera la Suisse, qui a terminé en tête du groupe.

Toujours dans le groupe B, la Bosnie a battu le Qatar 3-1 et termine troisième avec 4 points : sa qualification pour les 16e est quasi certaine.

  • Dans le groupe C, le choc de la soirée opposait le Brésil à l’Écosse et s’est soldé par un score de 3-0.
  • Un résultat à la fois prévisible et surprenant : prévisible, car le Brésil est l’équipe la plus titrée de l’histoire et est favorite à chaque édition ; surprenant, car l’Écosse a vraiment déçu en offrant notamment les deux premiers buts, en perdant bêtement le ballon aux abords de sa surface (un troisième aurait pu s’ajouter si un but n’avait pas été annulé). D’ailleurs, elle ne s’était imposée que de justesse face à Haïti lors des matchs précédents.

Le groupe avec le Brésil et le Maroc était certes difficile, mais l’Écosse n’a pas fait preuve de la ténacité et de la solidité qui la caractérisent habituellement. Elle termine troisième avec 3 points et une différence de buts de -3, ce qui semble exclure toute possibilité de repêchage.

  • Côté brésilien, Vinicius Jr. a encore brillé : il a marqué deux buts hier soir, portant son total à 4 dans ce Mondial, alors qu’il n’en avait marqué que 9 lors de ses 49 matchs précédents en sélection.
  • Sa relation avec Carlo Ancelotti, le sélectionneur de l’équipe, n’y est sans doute pas pour rien : les deux hommes se connaissent bien depuis le Real Madrid, où l’entraîneur italien avait fait de Vinicius un titulaire incontournable.
  • Ancelotti a ce don rare de faire éclore les grands joueurs en leur offrant un cadre libre et fluide pour s’exprimer.

Neymar a lui aussi fait son retour sur le terrain hier soir, après avoir manqué les deux premiers matchs en raison d’une blessure et après une absence de près de trois ans du maillot de la Seleção. Entré en jeu à un quart d’heure de la fin, il a été ovationné par l’ensemble du public brésilien.

  • Après trois matchs, l’empreinte d’Ancelotti sur l’équipe brésilienne est plus visible. C’est une formation pragmatique, capable de s’adapter et d’attendre le moment opportun pour frapper vite et fort. Elle n’a pas la fluidité de l’Argentine ou de la France, qui ont le jeu collectif le plus abouti, mais elle dispose d’une réelle solidité et de quelques talents individuels d’exception.

Dans l’autre match du groupe, le Maroc s’est imposé 4-2 face à Haïti et a confirmé sa place parmi les grandes équipes de ce tournoi, quatre ans après son parcours historique jusqu’en demi-finale. Les Lions de l’Atlas terminent la phase de poules avec 7 points, soit autant que le Brésil, mais sont classés deuxièmes en raison de la différence de buts.

  • Haïti quitte la compétition avec les honneurs : deux buts marqués, les premiers depuis 1974. Pour un pays qui traverse une période historiquement terrible, c’est une victoire à part entière.
  • Six autres matchs sont prévus cette nuit, dont le plus palpitant est celui du groupe F, où les Pays-Bas, le Japon et la Suède se disputent encore la première place.

Quelques observations et points d’intérêt

  • Dans trois des six matchs de cette nuit, un sélectionneur argentin sera sur le banc, alors que l’Argentine n’est pas en lice. Sebastián Beccacece dirige l’Équateur, Mauricio Pochettino les États-Unis et Gustavo Alfaro le Paraguay. L’Argentine est en effet le pays le mieux représenté sur les bancs de touche de ce Mondial, avec pas moins de six sélectionneurs : on y ajoute Lionel Scaloni (Argentine), Marcelo Bielsa (Uruguay) et Néstor Lorenzo (Colombie).
  • Ce qui est encore plus frappant, c’est que tous (à l’exception de Lorenzo) sont originaires d’une même région : la province de Santa Fe. C’est là que se trouve Rosario, ville natale de Messi et de nombreuses autres légendes du football argentin, dont Di María, Batistuta, Mario Kempes, César Luis Menotti.
  • Comment une province grande comme l’Angleterre mais 16 fois moins peuplée (3,5 millions d’habitants) peut-elle produire autant de talents ?
  • La réponse est d’abord culturelle : Rosario est une ville intellectuelle où le football se discute, s’analyse et se débat dans les cafés. Roberto Fontanarrosa, l’un des écrivains argentins les plus aimés, qui a consacré une grande partie de son œuvre au football, en est originaire, et ses textes sont lus dans les écoles.
  • Mais il y a aussi une autre explication, qui tient en un nom : Marcelo Bielsa. Au début des années 1990, lorsqu’il entraîne les Newell’s Old Boys, l’un des deux grands clubs de Rosario, il crée un véritable vivier qui façonnera toute une génération d’entraîneurs. Depuis 30 ans, nul n’a eu plus d’influence sur le football argentin que lui.
  • Pochettino a joué sous ses ordres à Newell’s, puis en sélection nationale. Beccacece et Scaloni ont été les adjoints de Jorge Sampaoli – l’un des « bielsistes » les plus convaincus – lors de la Coupe du monde 2018. Et si la phase de groupes se confirme, les 16e pourraient offrir un derby inédit entre l’Uruguay de Bielsa et l’Argentine de son disciple Scaloni.