La bourse de Moscou a connu lundi 22 juin sa pire journée (-4,23 %) depuis septembre 2022, lorsque Poutine avait annoncé une mobilisation partielle pour faire face aux contre-offensives ukrainiennes. L’indice MOEX a continué de baisser depuis, terminant la journée de mardi à 2 336 points, soit son niveau le plus faible depuis mars 2023.
- Les marchés russes sont en baisse depuis 15 semaines consécutives, et ne montrent à l’heure actuelle aucun signe de reprise.
- L’action du géant énergétique Gazprom a subi lundi une contraction de 4,4 %, atteignant son niveau le plus bas depuis 2008, tandis que les actions de Rosneft ont connu leur pire journée depuis 2022, chutant de 7,3 %.
- Dans les secteurs les plus touchés, certaines entreprises ont vu leur action perdre plus de 10 %, comme TMK, Rusagro, Cian et Sollers.
L’accélération de la chute du marché boursier russe est due à plusieurs facteurs : l’intensification des frappes ukrainiennes sur les infrastructures énergétiques, le maintien par la Banque centrale d’un taux directeur élevé, la hausse des impôts… Elle reflète également la décision prise par Washington de lever les sanctions sur le pétrole iranien, ce qui devrait contribuer à une baisse du prix du baril et ainsi à une diminution des recettes de l’État.
Les propos tenus lundi 22 par le Premier secrétaire du Parti communiste russe, Guennadi Ziouganov, relatifs au montant de l’épargne de la population, ont alimenté la panique.
- Ziouganov, qui siège à la Douma d’État, a déclaré lors du congrès préélectoral du parti que les citoyens et les entreprises russes détenaient conjointement 130 000 milliards de roubles, et que 30 000 milliards pourraient être « mobilisés » par Poutine en cas de besoin pour renflouer le budget 1.
- Plusieurs investisseurs ont interprété ces déclarations comme un risque de pressions supplémentaires de l’État sur l’épargne privée, mais aussi comme un signe de la dégradation de la situation financière du pays.
- Accusé par d’autres élus et responsables politiques de tenir des propos similaires à ceux des « ennemis étrangers » de la Russie, Ziouganov est revenu sur ses déclarations, précisant qu’il voulait simplement critiquer le modèle économique et les taux d’intérêt de la Banque centrale.
Les investisseurs russes sont également particulièrement préoccupés par le risque d’une crise durable d’approvisionnement en carburant, qui pourrait contribuer à une hausse de l’inflation.
- Les frappes ukrainiennes sur les raffineries, les voies logistiques et les terminaux ont contraint les gouvernements de plus de 50 régions à mettre en place des restrictions sur les ventes d’essence.
- Ces mesures, qui visent à rééquilibrer l’offre et la demande, ont jusqu’à présent eu un effet inverse, poussant les consommateurs à faire des réserves d’essence par crainte d’une pénurie généralisée.
Les entreprises russes (y compris hors secteur énergétique) ont dépensé plus d’un milliard de dollars pour faire face aux attaques ukrainiennes de drones 2. Depuis plusieurs semaines, celles-ci sont autorisées à se fournir en armes de gros calibre (tourelles, radars, artillerie antiaérienne…) pour assurer leur défense.
Sources
- Олег Игнатович et Екатерина Закарьян, « Зюганов предложил изъять вклады россиян. В Госдуме назвали идею бредовой и вредной », Gazeta, 22 juin 2026.
- Alexandra Prokopenko, « Putin’s system is in a state of slow implosion », Financial Times, 24 juin 2026.