Il y a eu des éditions de la Coupe du monde où cinq buts suffisaient pour terminer en tête du classement des buteurs. Hier, dès son deuxième match, Messi a inscrit son cinquième but de cette édition, et quelques heures plus tard, Mbappé et Haaland ont marqué leur quatrième. Ces chiffres illustrent à eux seuls l’impact que les grands joueurs ont sur cette Coupe du monde et la régularité impressionnante avec laquelle ils portent leurs sélections.

  • Messi, Mbappé et Haaland ont tous les trois qualifié leurs équipes pour les seizièmes de finale avec une journée d’avance.
  • Leurs performances pourraient presque passer pour une évidence, mais elles ne le sont pas : ces chiffres sont historiques. Avec son doublé d’hier, Messi a dépassé Klose et devient meilleur buteur de l’histoire de la Coupe du monde, avec 18 réalisations. 
  • Mbappé a égalé l’ancien record de 16 buts, en seulement 16 matchs sous le maillot de l’équipe de France.
  • Haaland, qui dispute sa première Coupe du monde cette année, est devenu le sixième joueur de l’histoire à marquer lors de chacune de ses deux premières apparitions dans le tournoi.

Au-delà des records individuels, cette journée restera dans les mémoires pour une autre raison : il s’agit du premier match de Coupe du monde suspendu à cause des intempéries. Alors que la France et l’Irak se trouvaient aux vestiaires à la mi-temps, un orage menaçant la région de Philadelphie a déclenché le protocole américain en vigueur pour les événements sportifs en plein air : si un éclair est détecté dans un rayon de 13 kilomètres, le match est suspendu pendant 30 minutes et les tribunes sont évacuées. À chaque nouvel éclair, le décompte repart de zéro.

  • Résultat : la mi-temps de FranceIrak a duré 131 minutes.
  • Le match, qui avait débuté à 23h, s’est finalement terminé en même temps que NorvègeSénégal, qui lui avait commencé à 2h du matin.

Si les orages l’épargnent, la soirée d’aujourd’hui sera clef, notamment pour les équipes africaines. Deux d’entre elles sont en lice : le Ghana contre l’Angleterre (22h) et la République démocratique du Congo contre la Colombie (4h). Elles joueront leur qualification, mais aussi pour montrer que la place plus importante accordée aux équipes africaines dans cette Coupe du monde est méritée.

  • Aucun continent n’a autant profité de l’élargissement à 48 équipes.
  • Au Qatar, l’Afrique disposait de 5 places sur 32. Cette année, elle en a obtenu 9 directement, plus une dixième grâce à la victoire de la République démocratique du Congo sur la Jamaïque lors d’un match de barrage en mars.
  • La CAF réclamait depuis des années une meilleure représentation, jugeant injuste de ne disposer que de 5 places pour 54 membres, quand la CONMEBOL en obtenait 4 (plus un barrage) pour seulement 10.
  • La FIFA a longtemps répondu que les équipes sud-américaines avaient remporté 9 fois la Coupe du monde, contre 3 demi-finales pour l’Afrique.
  • Depuis, l’Amérique du Sud a ajouté un dixième titre, et l’Afrique a atteint sa première demi-finale.

Alors, où en sont les dix équipes africaines de ce tournoi ?

  • La Tunisie est en plein naufrage : deux défaites avec quatre buts d’écart chacune, un entraîneur limogé entre les deux matchs, et une élimination déjà actée avant même le dernier match.
  • L’Afrique du Sud et le Sénégal (1 et 0 point) peuvent encore y croire, mais doivent impérativement gagner.
  • Le Cap-Vert et la République démocratique du Congo, pourtant parmi les équipes les moins cotées, ont créé la surprise en accrochant respectivement l’Espagne et l’Uruguay, puis le Portugal.
  • L’Égypte, le Maroc, la Côte d’Ivoire et le Ghana semblent bien partis, avec au moins une victoire chacun.
  • L’Algérie, elle, est dans une position délicate après sa défaite 0-3 contre l’Argentine, et devra éviter la défaite contre l’Autriche.

Cette nuit, on saura mieux si l’Afrique peut ambitionner de placer 5 ou 6 équipes en seizièmes de finale, un seuil décrit comme le minimum nécessaire pour justifier l’élargissement de sa représentation.

Quelques observations et points d’intérêt

  • S’il y a une « célébration » qui est déjà devenue le symbole de cette Coupe du monde, c’est bien le « Row » des supporters norvégiens. Le mot signifie « ramer » et la chorégraphie est exactement celle-là : les supporters assis imitent un coup de rame collectif au rythme des tambours, précédé par le souffle d’un cor viking – le signal pour tendre les bras vers l’avant et se mettre à ramer ensemble.
  • La chorégraphie a fait ses débuts en mars, lors du match amical nul contre la Suisse, et depuis, elle est devenue l’emblème des supporters norvégiens, reproduite à chaque occasion. Ils l’ont faite par milliers à Times Square, transformant la place en un immense drakkar.
  • Hier, ils l’ont partagée avec les joueurs après la victoire contre le Sénégal, pour fêter leur qualification. Un supporter a soufflé dans un cor depuis les tribunes, puis le capitaine Martin Ødegaard a frappé un grand tambour – et supporters et joueurs ont ramé à l’unisson.
  • Ce soir, on retrouvera également dans les tribunes Michel Kuka Mboladinga, le supporter le plus célèbre de la République démocratique du Congo, qui affronte la Colombie à 4 heures du matin. Mboladinga s’est fait connaître lors de la dernière Coupe d’Afrique des nations : à chaque match de son équipe, il se tenait debout et immobile dans les tribunes, vêtu d’une tenue élégante et colorée, le bras levé.
  • Il incarnait Patrice Lumumba, figure politique majeure qui, dans les années 1950, a joué un rôle décisif dans l’indépendance du Congo vis-à-vis de la Belgique. La pose de Mboladinga reproduit celle de la statue de Lumumba à Kinshasa.
  • Ce soir sera sa première apparition à la Coupe du monde : absent lors du match contre le Portugal, il effectuait alors la quarantaine obligatoire imposée en raison de l’épidémie d’Ebola qui sévit dans son pays.