Pietro Figuera


La journée romaine de Poutine a été riche en rencontres, mais sans progrès réels, au-delà des déclarations de façade. D’une part, l’Italie ne peut pas se permettre une trop grande autonomie par rapport aux engagements pris avec l’Union et l’OTAN ; d’autre part, la Russie ne semble pas encore disposée à modifier sa stratégie libyenne, condition nécessaire pour la relance de la triangulation avec Rome sur ce front. Paradoxalement, le dialogue semble pour l’instant plus fructueux avec le Vatican qu’avec l’allié temporairement « souverainiste ».

La délégation russe vient d’être réintégrée à l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe, avec le vote favorable de nombreux pays occidentaux du continent (ainsi que d’autres plus proches de Moscou, comme la Serbie et la Turquie). L’opposition traditionnelle entre les « philo » et « anti » russes s’est cette fois-ci croisée avec d’autres évaluations d’opportunité, telles que celles liées à la possibilité, pour les citoyens russes, de continuer à recourir à des organisations telles que la CEDH. Mais en règle générale, les priorités géopolitiques nationales ont prévalu sur les convergences idéologiques.

La Russie concentre actuellement l’attention des services de renseignement des pays occidentaux, en particulier dans les moments électoraux que Moscou pourrait chercher à influencer. La Russie s’est-elle intéressée à ces élections européennes ? Pas beaucoup. Bien qu’elles aient été une vitrine pour les partis souverainistes, leur impact concret ne modifiera pas les relations entre l’Europe et la Russie. Moscou se contente d’assister au déclin relatif du continent. Un déclin que ces dernières élections semblent remettre en cause.

Après le deuxième tour de l’élection présidentielle, le dimanche 21 avril, Volodymyr Zelensky est devenu le président le plus jeune de l’Histoire de l’Ukraine, et celui dont le score fut le plus haut. Un succès qui découle de certains appuis importants, d’une image dynamique et novatrice et, surtout, d’une campagne électorale bien maîtrisée. La composition de son électorat ne doit toutefois pas induire en erreur : s’il est vrai que pour les russophones de l’Est, le choix de voter pour l’ancien comédien était une fatalité, on ne peut pas dire que son élection signifie nécessairement une amélioration des relations diplomatiques avec la Russie. Même à la lumière de la crise des visas de ces dernières heures, l’idée d’identifier Zelensky en tant qu’homme de Poutine semble sans fondement.

Les élections présidentielles du 31 mars ont confirmé les prévisions des sondages : le comédien Zelen’skyj a remporté le premier tour qui demeure le favori, suivi de loin par Porošenko, candidat à sa propre réélection. Sans la Crimée et une partie du Donbass, la géographie électorale a changé au détriment des russophones, sans pourtant favoriser le président sortant. Une brève synthèse sur cette séquence en vue du 21 avril, date du second tour.

L’adhésion de l’Italie aux Nouvelles routes de la Soie reste au centre des controverses internationales, alimentées à la fois par les États-Unis et par les principaux partenaires européens de Rome. Ces derniers ont cependant déjà ouvert leurs portes à la Chine sans investir l’Union européenne dans leur choix : les doutes sur l’initiative italienne sont justes mais tardifs. Concrètement, le mémorandum d’accord signé par Conte et Xi Jinping ouvre de nombreuses perspectives, et pas seulement pour les entreprises.

La résolution adoptée par le Parlement européen contre la Russie est l’une des plus sévères jamais adoptées. Dans le collimateur, l’ingérence de Moscou en Ukraine, au Moyen-Orient et dans l’Ue elle-même, qui craint de nouvelles manipulations possibles lors des prochaines élections européennes. Mais les plus grandes préoccupations, exprimées seulement en partie dans le document, concernent l’évolution du projet contesté Nord Stream 2. L’analyse du vote de la résolution met en évidence des convergences politiques singulières et une attitude envers la Russie qui varie d’un pays à l’autre. Le cas de l’Italie est peut-être celui qui laisse les réflexions les plus ouvertes.

Bruxelles est en émoi après la découverte, grâce à un scoop de Radio Free Europe, d’une « infiltrée » russe au sein des institutions européennes. Il s’agit d’Elizaveta Peskova, fille du célèbre porte-parole du Kremlin Dmitrij, très loyal de Poutine. La jeune fille a été embauchée par l’eurodéputé français Aymeric Chauprade, ouvertement pro-russes et jusqu’à récemment proche de Marine Le Pen. L’affaire Peskova rouvre le débat sur la sécurité des institutions européennes mais surtout sur les intrusions de Moscou dans la politique de l’Union.

Mi-février, deux événements internationaux importants ont mis l’accent sur l’avenir du Moyen-Orient. Les conférences de Varsovie et de Soči, parrainées respectivement par les États-Unis et la Russie, ont montré deux voies très différentes pour parvenir à une stabilisation régionale : d’une part, la tentative d’encercler l’Iran, à peine dissimulée par l’intention formelle de résoudre la question éternelle israélo-palestinienne ; de l’autre, la mobilisation d’un front hétérogène pour la fin de la guerre en Syrie. L’Europe, qui jusqu’à présent n’a pas été en mesure d’élaborer une stratégie indépendante, se positionne à mi-chemin.

Le Venezuela de Maduro est sans doute l’allié le plus éloigné géographiquement de la Russie et n’est même pas l’un des plus importants en termes économiques et stratégiques. Ces raisons excluent l’intervention militaire officielle à l’appui du régime bolivarien. Toutefois, le rapport tient pour des raisons tactiques : la Russie doit maintenir une base en Amérique latine dans une perspective anti-américaine et rester fidèle à son idéologie contre-révolutionnaire. L’évolution rapide de la situation régionale, à commencer par l’ascension de Bolsonaro au Brésil, nous plonge dans l’inconnu.