Strasbourg.  Elizaveta Peskova est une étudiante en droit de 21 ans à Paris, largement suivie sur les réseaux sociaux, qui effectue depuis quelques mois un stage au siège du Parlement européen à Bruxelles. Jusqu’à présent, rien d’étrange : il peut sembler qu’il s’agit simplement de l’un des nombreux jeunes qui poursuivent légitimement leurs ambitions.

Mais Peskova est la fille de Dmitrij Peskov, le porte-parole du Kremlin qui a suivi fidèlement le président russe Poutine depuis sa première accession au pouvoir en 2000. Depuis novembre dernier, « Liza » est l’assistante parlementaire d’Aymeric Chauprade, membre de la Commission des Affaires Étrangères et de la Sous-commission pour la Défense et la Sécurité, ainsi que de la Commission pour la coopération entre l’Union et la Russie.

Les faits ont été révélés le 25 février par Radio Free Europe (3) et ont immédiatement suscité de nombreuses controverses, en particulier de la part des responsables politiques des États baltes, très sensibles sur les risques d’intrusion russe dans la politique et les institutions européennes. « Je pourrais citer de nombreux jeunes citoyens européens intelligents (…) qui méritent beaucoup plus un stage au Parlement européen « , a déclaré sur Twitter l’ancien président de la République estonienne Toomas Ilves. Plus dur encore est Petras Auštrevičius, un député letton d’Alde, selon lequel le stage serait « une grande honte » pour le Parlement européen (1).

Chauprade, l’eurodéputé français qui a repris Peskova, était déjà connu pour avoir fait partie du groupe d’observateurs internationaux envoyés en Crimée pour vérifier la régularité du référendum sur l’indépendance de la péninsule, et pour avoir épousé les arguments russes dans ces circonstances. Élu dans les rangs du Front National, Chauprade a quitté le parti de  Marine Le Pen, l’accusant d’être entourée de collaborateurs antisémites, pour rejoindre plus tard le groupe Europe de la liberté et de la démocratie directe (Eldd), qui comprend l’Ukip britannique de Farage et les Italiens du Mouvement 5 étoiles. Pour défendre son choix d’engager Peskova, Chauprade a affirmé sa détermination à séparer les affaires personnelles et familiales, accusant ses critiques de russophobie.

Au-delà des accusations réciproques, certaines des craintes soulevées semblent sans fondement (4). Bien sûr, le fait que Peskova soit devenu l’assistant d’un député européen ouvertement pro-russe est plus qu’une simple coïncidence. Pourtant, le Parlement européen a approuvé sa demande de stage sans problèmes. Mais surtout, les risques sécuritaires auxquels les institutions seraient confrontées seraient moindres qu’on ne peut l’imaginer, étant donné que les assistants parlementaires n’ont pas accès aux documents confidentiels. Il ne semble pas non plus probable que des fuites se produisent par l’action de personnes ayant des liens familiaux bien connus et qui sont maintenant sous les projecteurs.

L’affaire Peskova a éclaté peu de temps après que l’hebdomadaire italien L’Espresso (2) a lancé une enquête sur les liens suspects entre la Ligue et le Kremlin. Signe évident de l’intensification de l’affrontement politique en vue des prochaines élections européennes : l’une des questions les plus brûlantes pourrait être celle des relations avec la Russie. Nous n’atteindrons peut-être pas les extrêmes politiques d’un Russiagate européen, mais il est probable que les accusations de manipulation russe se multiplieront dans les mois à venir.

Perspectives :

  • 23 – 26 mai 2019: élections pour le renouvellement du Parlement européen.
  • 31 juillet 2019: expiration de la dernière prolongation des sanctions de l’Ue contre la Russie.

Sources :

  1. Outrage over EP job for daughter of Putin spokesman, EU Observer, 26 février 2019.
  2. Quei 3 milioni russi per Matteo Salvini: ecco l’inchiesta che fa tremare la Lega, L’Espresso, 21 février 2019.
  3. Exclusive: Daughter Of Putin’s Spokesman Working In European Parliament, Radio Free Europe/Radio Liberty, 25 février 2019.
  4. Daughter of Putin spokesman works for ally of Nigel Farage, The Guardian, 25 février 2019.

Pietro Figuera