Au moins deux événements marquants se sont produits lors des matchs d’hier, 20 juin.
- Tout d’abord, la Tunisie et le Japon ont disputé le 1 000e match de l’histoire de la Coupe du monde, qui s’est soldé par une victoire éclatante des Japonais (4-0). Ce résultat confirme le Japon comme l’une des équipes les plus séduisantes du tournoi, tandis que la Tunisie apparaît comme l’une des plus en difficulté. Le changement d’entraîneur – Hervé Renard a remplacé Sabri Lamouchi il y a quelques jours, alors que la compétition avait déjà commencé – n’a pas suffi à provoquer le sursaut attendu chez les Aigles de Carthage.
- Puis, le Curaçao a décroché son premier point en Coupe du monde en tenant l’Équateur en échec (0-0). Cette performance est d’autant plus notable que l’Équateur est une équipe solide, arrivée dans ce Mondial avec un certain optimisme.
- Après le coup de sifflet final, les images de Dick Advocaat, le sélectionneur de Curaçao, en larmes après cette performance historique, ont fait le tour du monde. « Je suis tellement fier », a-t-il déclaré à la presse. « Nous sommes partis de rien et les joueurs se sont battus comme des lions. Ce soir, il y aura une grande fête sur l’île, et elle est bien méritée. »
- Curaçao est le plus petit pays, tant par sa population que par sa superficie, à avoir disputé une Coupe du monde..
Advocaat, qui avait déjà fondu en larmes lors du premier match contre l’Allemagne, au moment de l’hymne national, est l’entraîneur le plus âgé de l’histoire de la Coupe du monde : il fêtera ses 79 ans dans un peu moins de trois mois. Son parcours ajoute une dimension encore plus romanesque à la présence de Curaçao dans ce Mondial.
- En février dernier, après avoir mené l’équipe à sa toute première qualification pour la compétition, il avait créé la surprise en démissionnant pour rester auprès de sa fille, confrontée à un grave problème de santé.
- Mais la relation entre l’équipe et son successeur n’a jamais vraiment pris et en mai, les joueurs ont réclamé avec insistance le retour d’Advocaat.
Le véritable héros de la rencontre face à l’Équateur a toutefois été le gardien de Curaçao, Eloy Room. Impérial, il a multiplié les arrêts pour décourager une équipe équatorienne qui a pourtant dominé la rencontre de bout en bout. Les Sud-Américains ont monopolisé le ballon pendant près des trois quarts du match, tenté leur chance à 27 reprises, dont 15 tirs cadrés, et généré 2,84 xG (expected goals, un indicateur statistique qui mesure le nombre de buts qu’une équipe était censée marquer au vu de la qualité de ses occasions).
- Le match s’est achevé sur un score nul grâce aux quinze arrêts réalisés par Eloy Room. Il s’agit du plus grand nombre de parades jamais enregistré lors d’un match de Coupe du monde sans prolongation depuis le début de la collecte de ces statistiques, en 1966.
- Âgé de 37 ans, le gardien de Curaçao évolue aujourd’hui en deuxième division américaine, après avoir passé l’essentiel de sa carrière dans l’ombre de l’Eredivisie, le championnat néerlandais. Son exploit, et celui de toute l’équipe de Curaçao apporte aussi une réponse à ceux qui craignaient qu’une Coupe du monde à 48 équipes ne donne lieu à trop de rencontres sans intérêt.
- Le match nul du Curaçao a également été célébré par le roi et la reine des Pays-Bas, présents en tribunes. Après la rencontre, ils sont même descendus dans le vestiaire pour féliciter les joueurs et le staff. Cette attention n’est pas anodine : bien que l’île dispose de son propre gouvernement et de son propre parlement, Curaçao fait toujours officiellement partie du Royaume des Pays-Bas.
Parmi les matchs du jour, il faudra garder un œil sur l’Espagne. Après le surprenant match nul concédé face au Cap-Vert, l’équipe espagnole doit impérativement l’emporter pour envoyer un signal fort de rebond.
- Face à l’Arabie saoudite (coup d’envoi à 18 heures, heure française), Lamine Yamal devrait bénéficier d’un temps de jeu plus important que lors du premier match, où il était entré en jeu pour les vingt dernières minutes. Le joyau espagnol n’est toutefois pas encore à 100 % de ses moyens et le sélectionneur, Luis de la Fuente, a déjà écarté l’idée de le faire jouer toute la partie.
- À 21 heures, la Belgique affrontera l’Iran. Les Diables rouges, dirigés par Rudi Garcia, qui a notamment entraîné Lille, Marseille et Lyon, ont également beaucoup à prouver après leur match nul décevant (1-1) contre l’Égypte lors de leur entrée en lice. Face à une sélection iranienne qui a montré de belles choses contre la Nouvelle-Zélande, les Belges devront afficher un tout autre visage s’ils veulent confirmer leur statut de favoris.
Quelques observations et points d’intérêt
- Lors du match opposant les Pays-Bas à la Suède (5-1), les supporters néerlandais ont sifflé la pause hydratation de la première période. Elle est intervenue alors que leur équipe dominait largement le jeu, venait d’inscrire un deuxième but et semblait en mesure d’en marquer d’autres. Le match se déroulait dans un stade couvert dont la température avoisinait les 20 °C.
- L’impact de ces pauses sur le déroulement des matchs est l’un des sujets de ce Mondial. Si l’on sait qu’elles ont également été introduites pour créer de nouvelles fenêtres publicitaires, le journaliste d’El País David Álvarez a analysé les données des rencontres disputées jusqu’à présent afin de mesurer concrètement leur effet. Il en ressort un constat aussi intéressant que peu réjouissant : dans 78 % des cas, la pause aurait interrompu la dynamique du match en mettant fin à la domination d’une équipe sur l’autre, et dans 43 % des cas, elle aurait même inversé le cours de la rencontre.
- L’entraîneur le plus critique à l’égard des pauses hydratation (et, plus largement, de l’organisation de cette Coupe du monde) est sans doute Marcelo Bielsa. Le sélectionneur uruguayen, connu pour sa méfiance envers les intérêts commerciaux et économiques gravitant autour du football, est revenu sur le sujet hier en conférence de presse : « Quand il a été décidé de découper les matchs en quatre périodes, on n’a pas pensé aux conséquences sur le jeu, mais à d’autres considérations que je ne discuterai ni n’analyserai. » Cette nuit, à minuit, l’Uruguay devra battre le Cap-Vert pour rester dans la course.
- Une déclaration de Jérémy Doku, l’une des stars de l’équipe de Belgique, avant le début de la Coupe du monde, a suscité de vives polémiques. L’ailier belge avait expliqué que sa compagne pourrait accoucher avant la fin de la compétition et qu’il souhaitait être présent à ses côtés. Une remarque qui ne semblait pourtant pas particulièrement controversée. Ces derniers jours, de nombreux commentateurs l’ont néanmoins accusé de manquer d’engagement envers la sélection nationale.
- Les critiques les plus virulentes sont peut-être venues de la journaliste France Pierron : « Tu as la chance de jouer une Coupe du monde, des centaines de joueurs rêveraient d’être à ta place, et tu abandonnerais tout pour aller voir ton enfant ? » Le père ne sert à rien dans ces moments-là, c’est un figurant », a-t-elle déclaré, provoquant une vague de réactions bien au-delà des frontières de la Belgique. Elle s’est depuis excusée. Quoi qu’il en soit, Doku ne jouera pas ce soir contre l’Iran, en raison d’un problème physique. Reviendra-t-il lors du prochain match ou manquera-t-il encore une rencontre pour une raison bien plus heureuse ?