24 octobre : La transition énergétique en Europe

Le Mardi de l’Europe du 24 octobre était consacré à la transition énergétique

La production d’électricité renouvelable en Europe : une situation hétérogène

Cf. La géopolitque européenne de l’électricité en cartes ( https://legrandcontinent.eu/2017/10/21/la-geopolitique-europeenne-de-lelectricite-en-six-cartes/ )

 

En matière de transition énergétique l’UE semble plutôt bien partie. Pour la production d’électricité européenne globale, on est passé de 10% d’énergies renouvelables en 2004 à 20% en 2015. La Suède a déjà atteint ses objectifs de 40% d’énergies renouvelables, et poursuit donc des taux encore plus hauts. La croissance de la production électrique renouvelable des pays de l’UE est constante, notamment en éolien. Apparemment la situation est optimale, pourquoi en débattre ? Il semble peut-être que les objectifs retenus par les directives européennes pas très ambitieux.

 

Cependant on note que les énergies fossiles représentent encore près de 50 % de la production d’électricité au niveau de l’UE, ce qui nuance le ton triomphal adopté. France et Suède se distinguent par un recours modéré aux énergies fossiles, tandis que les Pays-Bas et la Pologne les utilisent massivement.

Le nucléaire représente environ un quart de la production électrique, la France étant le pays qui y a le plus recours. En Allemagne on trouve encore des centrales malgré la décision de sortir du nucléaire, prise après 2011.

On a donc a donc affaire à un tableau un peu biaisé par les institutions européennes qui ont une tendance à l’autocongratulation alors que la situation du renouvelable est très hétérogène au sein de l’UE. Il est toutefois important de noter qu’il s’agit d’un ensemble de directives européennes contraignantes : si on ne respecte pas les engagements, il y aura des amendes. C’est ensemble qu’on se met d’accord sur une série de critères qui nous engagent vraiment (contrairement à la COP 21 basée sur le volontariat)

 

Une carte illustre ensuite le profil de la production électrique dans l’UE (2 icones rappellent pour chaque pays les principales sources d’énergies), que l’on constate être très diversifié.

L’hydroélectrique est présente dans les montagnes des pays du Sud et du Nord de l’UE et logiquement absente de la plaine. Elle représente 10% de la production. L’hydroélectricité n’est plus une énergie dans lesquels les États investissent aujourd’hui pour d augmenter la production. Les investissements dans le domaine sont stagnants depuis des années.

L’énergie éolienne est plutôt présente sur la façade atlantique (Royaume-Uni, Danemark, où elle représente 50% de la production électrique, Portugal) . On assiste à un véritable « boom de l’éolien », aussi bien onshore qu’offshore.

L’électricité d’origine solaire ne représente que 3,5 % de la production électrique européenne : un rôle minime, relativement plus important dans quelques pays du Sud de l’Europe (Italie, Grèce, Malte). Un graphique illustre aussi une importante et étonnante baisse de la capacité électrique solaire, liée à un changement dans les mécanismes de rachat, et à un encouragement de l’autoconsommation, qui rend moins rentable la revente d’électricité aux réseaux de distribution nationaux par les propriétaires de panneaux photovoltaïques.

Est alors posée la question des pays importateurs nets d’électricité : ne faussent-ils pas le jeu en produisant certes beaucoup de renouvelable sur leur sol, puis en important de l’extérieur une électricité moins propre pour subvenir à leurs besoins ? L’énergie renouvelable est consommée et achetée prioritairement avant les autres formes d’électricité, souvent à cause d’une volonté politique (Ex. Prix subventionnés de l’électricité).

On propose l’exemple de l’Allemagne et de la France : quand le vent souffle fort en Allemagne, la France achète de l’électricité à bas prix. Dans les périodes de calme plat, la France vend la sienne (principalement nucléaire) en vend Outre-Rhin

Une remarque tend à démontrer la baisse structurelle du prix de l’énergie en Europe comme un phénomène majeur. La tendance montre en effet que l’UE améliore son efficacité énergétique depuis quelques années, mais le PIB n’augmente pas assez vite pour absorber les surplus dégagés. Faute d’une croissance économique suffisante, il semble donc qu’on assiste à une situation de surcapacité énergétique relative en UE.

La Transition énergétique : un objectif fédérateur pour l’Europe ?

L’idée de répartir équitablement, et en fonction des capacités de chacun entre 27 pays la croissance de l’énergie renouvelable peut constituer un enjeu fédérateur et démocratique dans l’UE, qui remet aussi en cause le « leadership » du couple Franco-Allemand : La France et l’Allemagne, le couple qu’on a tendance à mettre en avant, ne sont pas du tout le couple de meilleurs élèves en matière de transition énergétique, certes pas pour les mêmes raisons : Les pays qui nous tirent vers le haut et montrent l’exemple sont des pays dits « périphériques »

Est ensuite évoquée une organisation de grands projets européens (ex. parc éolien offshore, etc.) à la place d’objectifs pays par pays. Les activités soutenues par le FEDER (Fonds Européen de Développement Économique Régional) incluent des projets d’énergies renouvelables. Cependant Jamais l’Europe ne financera l’ensemble d’un projet.

Le projet TREVE (Témoignage de la Révolution Énergétique, un Voyage Européen) devait présenter un article du Grand Continent (https://legrandcontinent.eu/2017/10/18/les-echelles-de-la-transition/) ce soir, mais aucun membre n’est présent.

Une remarque souligne que le problème n’est pas tant qu’il y a trop peu de pétrole et de ressources, mais plutôt que c’est leur usage qui fait problème. Cette remarque prend pour exemple la politique ambitieuse de subvention du solaire dans les années 1990-2000, qui a du être revue à la baisse, les particuliers ayant acheté en masse des panneaux solaires, qui a l’époque étaient finalement assez peu rentables. Le prix de rachat du MWh à ces producteurs indépendants est aujourd’hui bien moins attirant.

Puis l’intervenant illustre le paradoxe classique de l’économie environnementale : Le fait d’affirmer qu’on « arrête le pétrole » entraine une baisse momentanée du coût du pétrole, et donc une hausse à court terme de la consommation. Toute augmentation de la part des énergies renouvelables risquerait donc d’entrainer une baisse conjoncturelle du prix du baril.

Le développement des énergies renouvelables se fait évidemment en corrélation avec le prix du baril. Ainsi une certaine accélération de l’équipement se fait au moment où le prix du baril a explosé. Mais contrairement aux énergies fossiles se pose le problème technique majeur du stockage et du transport de l’énergie dans l’éolien et le solaire (l’hydroélectrique représentant un cas à part)

Mais la transition énergétique n’est pas seulement une question technique et économique, c’est un enjeu politique. Par exemple, en ayant investi dans le photovoltaïque durant la décennie passé, on en retire les fruits dix ans après. Le seul moyen pour une R&D de longue durée, c’est un soutien des États et de l’Europe. Les États agrégés ensemble se sont mis d’accord pour s’astreindre à des objectifs, aussi peu exigeants soient ils finalement. Cependant aucun parti ne se fait élire purement sur des thèmes énergétiques

La question se pose de l’opportunité d’harmoniser et de fixer des standards européens. La France, pays du nucléaire, a-t-elle les mêmes intérêts stratégiques que l’Allemagne, la Suède, etc. ? La question énergétique est un point sur lequel il est difficile de lâcher du lest, tant il touche au cœur les intérêts nationaux.

L’énergie en Europe : un outil géopolitique (GEG-X)

Cf. Stratégie énergétique Européenne https://legrandcontinent.eu/2017/10/24/lenergie-de-la-defense/

Les institutions européennes, qui sont, rappelons-le, nées grâce à la volonté de gestion commune des ressources énergétiques (CECA, Euratom) défendent trois positions concernant l’énergie dans l’UE :

  • La création d’un marché intérieur concurrentiel, enjeu économique à l’origine du projet.
  • La sécurisation des approvisionnements, enjeu géopolitique et de défense majeur
  • Le développement de modes de production plus durables : un simple vœu pieux il y a quarante ans, devenu aujourd’hui une perspective réaliste.

Mais le prix de l’électricité pour les ménages diffère en fonction des pays : au mix énergétique danois, le plus cher en Europe, s’oppose la Bulgarie, où l’énergie est très bon marché. Ce problème s’oppose déjà à la création d’un marché commun de l’énergie.

La plupart des entreprises intervenant dans la filière énergétique sont encore possédées par les États : ces dernières prennent des décisions contradictoires parfois expresses (Ex. Siemens et EDF développent des réseaux sciemment concurrents). Le seul point positif est l’interconnexion des réseaux. La France échange beaucoup de son énergie produite, achète de l’électricité aux Allemands, ou leur en revend selon les périodes. En effet le choix français du chauffage électrique consomme énormément. En Hiver, la France n’est pas autosuffisante, mais le reste du temps, elle est exportatrice nette d’énergie.

La situation énergétique de l’UE a des conséquences géopolitiques, comme l’augmentation de la dépendance énergétique européenne : La France ne produit que 2,5 jours de sa production annuelle de pétrole.

Cf. Perspectives Européennes sur le Gaz https://legrandcontinent.eu/2017/10/24/le-gaz-enjeu-strategique-en-une-carte/

Se pose alors la question du choix des fournisseurs d’énergies fossiles d’une Europe loin de l’autosuffisance  : la diversification des fournisseurs permet en effet de minimiser les risques géopolitiques. La Russie et la Norvège sont les principales sources des importations de gaz naturels, tandis que les imports de carburants liquides viennent principalement de Russie, de Colombie, des États Unis et des pays Arabes. Des projets de pipelines sensés diversifier les itinéraires d’approvisionnement, notamment en contournant le territoire russe, ont échoué, puisque faute d’entreprises européennes leaders dans ce secteur, on a finalement utilisé des équipements russes pour acheminer du gaz russe.

Il y a d’ailleurs une notable différence entre le gaz et le pétrole. Le transport du pétrole est relativement facile, et peut emprunter des vecteurs divers. Si on peut transporter le Gaz par bateau, cela coûte plus cher et est plus risqué : Les pays qui exportent du pétrole sont plus facilement éloignés, on peut en changer au gré des aléas géopolitiques. Les approvisionnements gaziers offrent moins de flexibilité.

Ces contraintes géographiques deviennent alors des données géopolitiques de premier plan : la nécessité de décarboner notre énergie émane aussi d’une volonté de mener une politique d’autonomie géopolitique. Contre exemple intéressant, les circuits d’approvisionnement en uranium de la France sont relativement garantis, et ils favorisent grandement l’industrie française (ex. au Niger). Une fois de plus, ce n’est pas le carburant qui risque de faire défaut, la question première étant celle des équipements.

Cependant se pose toujours la question de la substituabilité des carburants fossiles, en particulier dans le domaine des transports, d’abord à cause de leur rôle dans le changement climatique. Sont évoquées les problèmes liés à la transformation des infrastructures nécessaires pour l’usage du bioéthanol, ou même les défauts des batteries, qui ont un impact environnemental non neutre. Les voitures électriques ne semblent pas viables à très grande échelle pour se substituer aux carburants fossiles.

Un participant remarque que si l’on parle d’ « énergies propres », c’est en général parce qu’elles n’émettent pas de Gaz à effet de serre, mais cela n’implique en rien une véritable propreté. On peut citer le besoin de terres rares pour produire des éoliennes, le lithium des batteries. Est-il donc possible d’augmenter la part des énergies renouvelables jusqu’à 100 % ?

L’hydraulique aujourd’hui semble être face à une impasse. Il y a des vallées qu’on inonderait pas ou plus en France : car le coût social pour le pays est estimé trop élevé par rapport au gain énergétique. Les grands projets de l’éolien en haute mer se heurtent au problème de la corrosion due au sel. La question de la « temporalité » dans le Nucléaire est aussi évoquée : il s’agit d’une rare industrie dans laquelle une équipe peut travailler pendant toute sa carrière sur une seule unité de production, de sa construction à son démantèlement. Le nucléaire impose un rythme différent de celui des sources d’énergie renouvelable.

Une remarque pointe qu’avec l’augmentation rapide de la population mondiale et le fait que les Hommes ne veulent pas, au niveau mondial, consommer moins d’énergie, il n’y a pour le moment pas d’alternative au nucléaire, et qu’aujourd’hui on pourrait difficilement faire autrement. Les projets de fusion nucléaire pour la production d’énergie sont aujourd’hui peu avancés (il faudrait attendre un bond dans le domaine des matériaux semi-conducteurs).

La question est donc celle de l’aversion au risque des populations, des décideurs, qui n’est la la même en France et en Allemagne. Est ce que dans les 20 prochaines années EDF (Dont la dette courante est de 52 Millions d’€) ou surtout l’État aura l’argent et la volonté politique pour faire face aux coûts du renouvellement du parc nucléaire ? Il ne s’agit pas là d’un choix par défaut, ce devra être un choix délibéré de donner beaucoup d’argent, sans doute à perte. Une objection montre qu’on a bien investi il y a dix ans dans le solaire alors que ça paraissait absurde économiquement, pour atteindre aujourd’hui un système plus viable.

L’initiative Enercoop est évoquée : ce fournisseur français d’énergie renouvelable, basé sur un système coopératif sensé produire 100% d’électricité renouvelables, espère contrôler 2% du marché de l’électricité, ce qui reste minime et insuffisant.

Ainsi le choix politique d’un mix énergétique au niveau européen nécessite une attitude très volontariste, et pas simplement une décision par défaut qui reconduirait une situation critiquable. Les perspectives dans le domaine sont cependant, comme on l’a vu, vastes et variées. La transition énergétique est donc au cœur du projet européen de demain