D’après le classement FIFA, AllemagneCuraçao, programmé en fin d’après-midi aujourd’hui, 14 juin, est le match le plus déséquilibré de la phase de groupes de la Coupe du monde 2026. Pas moins de 72 places séparent en effet l’Allemagne, 10e au classement mondial et quadruple championne du monde, de Curaçao, 82e. Selon les projections que nous suivons, la Mannschaft est valorisée à 947,0 millions de dollars (soit 0,054 % de SpaceX), l’équipe de l’île la plus peuplée des Caraïbes s’arrêtant à 25,8 millions de dollars

Curaçao participe cette année à sa première Coupe du monde, ce qui en fait également la plus petite nation à avoir jamais disputé la compétition, tant par sa population (environ 150 000 habitants, soit à peu près celle de Grenoble) que par sa superficie, inférieure à celle d’Ibiza.

  • Curaçao, île des Caraïbes, n’est d’ailleurs pas un État souverain. 
  • Le territoire dispose d’un gouvernement et d’un Parlement propres, mais il fait partie du Royaume des Pays-Bas. 
  • Si l’on excepte les sélections britanniques, qui jouent séparément, une seule autre entité non souveraine avait participé à une Coupe du monde avant elle : les Indes orientales néerlandaises (l’actuelle Indonésie), en 1938. Curaçao, en tant que pays comme en tant que sélection nationale, n’existe que depuis 2010, date de la dissolution des Antilles néerlandaises, auxquelles appartenaient également Aruba, Saint-Martin et trois autres îles plus petites.

Comment un pays si peu peuplé a-t-il réussi à se qualifier pour la Coupe du monde ? Il y a essentiellement deux explications. D’abord, la qualification automatique des trois grandes nations nord-américaines – le Canada, les États-Unis et le Mexique – en tant que pays organisateurs, qui a ouvert la voie à des sélections plus modestes, comme Curaçao, ou comme Haïti, de retour au Mondial cette année après 52 ans d’absence, dans l’élargissement de la participation, fortement voulu par le président de la FIFA, Gianni Infantino (si vous ne l’avez pas encore lu,  ce portrait géopolitique vaut le détour). Ensuite, depuis sa création, Curaçao mise massivement sur des joueurs d’origine caribéenne, nés et formés aux Pays-Bas.

  • Il n’est donc pas surprenant que, dans la liste des 26 joueurs convoqués pour ce Mondial, un seul soit né sur l’île : Tahith Chong, originaire de la capitale, Willemstad.
  • Port caribéen par sa géographie, Willemstad ressemble pourtant par son architecture à une petite ville des Pays-Bas, avec ses façades à pignons et ses hauts toits en pente.
  • La ville a été fondée en 1634, lorsque les Néerlandais ont repris l’île aux Espagnols, et a reçu le nom de Willemstad en hommage à Guillaume II d’Orange, alors souverain des Pays-Bas.

Toute cette introduction est une manière un peu détournée de dire que la sélection de Curaçao semble condamnée d’avance, non seulement face à l’Allemagne, un match qui pourrait bien tourner à la démonstration, mais plus largement dans l’ensemble de ce groupe E. L’Équateur et la Côte d’Ivoire, les deux autres équipes de la poule, paraissent elles aussi largement hors de portée.

  • Si, d’un point de vue sportif, Allemagne-Curaçao ne semble pas promettre beaucoup de suspense, il sera intéressant d’observer si la Mannschaft, connue pour ses prises de position politiques, profitera de la scène mondiale pour faire passer un message, peut-être sous la forme d’une protestation contre l’organisation du tournoi. Les sujets ne manqueraient pas : du prix des billets à l’accueil parfois critiqué des États-Unis.

Il y a quatre ans, lors de la dernière Coupe du monde, l’Allemagne avait d’ailleurs été au cœur de l’épisode de contestation le plus marquant de la compétition.

  • Le Mondial au Qatar avait été particulièrement politisé. 
  • L’Iran avait refusé de chanter son hymne national lors de son premier match contre l’Angleterre, en signe de protestation contre le régime des ayatollahs, quelques semaines après la mort de Mahsa Amini
  • Dans le même temps, plusieurs capitaines de sélections envisageaient de porter un brassard en soutien aux droits des personnes LGBTQ+, régulièrement bafoués au Qatar. Mais la FIFA avait finalement interdit ce brassard et menacé de sanctions les joueurs qui l’arboreraient.
  • C’est dans ce contexte que l’Allemagne est entrée en scène. Après les appels de la FIFA à laisser la politique de côté et à « penser au football », les joueurs allemands avaient posé pour la photo officielle avant leur rencontre contre le Japon, une main devant la bouche, offrant l’un des clichés les plus emblématiques de l’histoire récente de la Coupe du monde. « C’est le signe que la FIFA veut nous mettre une muselière », avait ensuite expliqué le sélectionneur, Hansi Flick.

Il est toutefois peu probable que l’Allemagne se livre à une contestation comparable cette année. À la veille de la Coupe du monde, Rudi Völler, le directeur sportif de l’équipe d’Allemagne, a invité les joueurs et le staff à éviter toute manifestation politique pendant le tournoi.

  • Le capitaine de l’équipe, Joshua Kimmich, a lui aussi récemment laissé entendre qu’il souhaitait se tenir à l’écart des débats politiques. « Chacun d’entre nous a une opinion sur certains sujets, mais le simple fait d’avoir une opinion ne fait pas de vous un expert », a-t-il déclaré dans une interview accordée à Sports Illustrated. « C’est aux responsables politiques et aux organisations concernées de prendre position. Penser que nous, les footballeurs, pouvons résoudre ces problèmes ou changer les choses est une erreur. »

Quelques chiffres et points à suivre

  • Hier soir, lors de son match contre le Brésil (1-1), le Maroc est devenu la première équipe de l’histoire de la Coupe du monde à aligner simultanément onze joueurs nés hors du pays qu’ils représentent. Quatre d’entre eux sont d’ailleurs nés en France.
  • Ce soir, à 22 heures, heure française, les Pays-Bas entrent en lice face au Japon. L’équipe néerlandaise fait partie de celles qui alimentent le plus l’imaginaire de la Coupe du monde, pour le meilleur comme pour le pire : c’est en effet la seule nation à avoir disputé trois finales sans jamais remporter le trophée (en 1974, 1978 et 2010). Cette année encore, elle se présente avec une équipe séduisante, même si elle est moins cotée que quatre ou cinq autres favoris. Mais il y a un détail intrigant. L’économiste allemand Joachim Klement, qui a su anticiper les vainqueurs des trois précédentes Coupes du monde (l’Allemagne en 2014, la France en 2018, puis l’Argentine en 2022), est l’un des rares analystes à parier sur une victoire des Pays-Bas.
  • Pourquoi tous les footballeurs portent-ils des chaussures roses ? Au cours de ces premiers jours de compétition, de nombreux spectateurs ont remarqué un détail pour le moins étonnant : la quasi-totalité des joueurs engagés dans cette Coupe du monde semble porter les mêmes chaussures d’un rose fluorescent particulièrement voyant. Pourquoi ? La réponse est toute simple : une question de tendance. Les marques ont massivement misé sur des chaussures fuchsia électrique, car elles anticipaient qu’elles seraient à la mode. L’agence de prospective WGSN, spécialisée dans les tendances de consommation, avait annoncé dès 2024 que cette couleur serait l’une des signatures de l’été 2026. Mais il existe une autre raison. Le rose crée un contraste plus fort avec le vert de la pelouse, ce qui rend les chaussures beaucoup plus visibles. 
  • La dernière polémique du Mondial concerne la langue utilisée lors des conférences de presse. En effet, lors de la conférence de presse précédant le match Brésil-Maroc, plusieurs journalistes ont tenté de poser leurs questions en espagnol, mais ont été sèchement interrompus par l’attaché de presse de la FIFA. Pour cette conférence, l’anglais avait été « retenu » comme langue officielle.
  • Il ne semble pas s’agir, cette fois, d’une discrimination à l’encontre des hispanophones. L’explication est plus prosaïque : les fédérations indiquent à l’avance les langues qui doivent être couvertes par les interprètes et la FIFA organise le dispositif en conséquence. Dans le cas du match Brésil-Maroc, aucun interprète hispanophone n’avait tout simplement été demandé. Plusieurs personnalités ont toutefois souligné l’étrangeté de ne pas prévoir la présence permanente d’un interprète hispanophone. L’espagnol est en effet la langue officielle de l’un des trois pays hôtes et est parlé par des millions de personnes à travers l’Amérique du Nord.