Ce mardi 16 juin à 21 heures, c’est enfin au tour de la France, vice-championne du monde, d’entrer dans la compétition. Elle affronte le Sénégal, un adversaire qu’elle retrouve 24 ans après le match inoubliable de 2002, où Papa Boupa Diop avait surpris le monde entier (et les champions en titre, Zidane et ses coéquipiers) en offrant aux Lions de la Teranga une victoire spectaculaire.
- « La plupart de mes joueurs n’étaient même pas nés il y a 24 ans », a fait remarquer Didier Deschamps lors d’une conférence de presse, balayant d’un revers de main l’idée d’une revanche à prendre.
- Néanmoins, lorsque la France affronte sur le terrain des pays qui ont subi la colonisation, les matchs ne sont jamais anodins et prennent souvent la forme, lors des Coupes du monde, d’une sorte de loi du talion.
- Notons cependant que le bilan des Bleus est jusqu’ici parfaitement équilibré, avec deux victoires (contre l’Algérie en 2014 et le Maroc en 2022) et deux défaites (contre le Sénégal en 2002 et la Tunisie en 2022).
Deschamps, minimisant la portée de la rencontre, a également déclaré que le premier match n’avait rien de déterminant. On ne peut lui donner tort : il y a tout juste 4 ans, l’Argentine perdait son match d’ouverture contre l’Arabie saoudite, un adversaire peu redoutable, avant de devenir championne du monde au nez et à la barbe des Français.
Mais, soyons juste : la France est l’une des favorites de la compétition, et il serait décevant qu’elle ne démarre pas du bon pied. D’autant qu’au sein de ce groupe I, les obstacles sont nombreux : outre le Sénégal, la Norvège s’impose comme un adversaire à craindre. L’Irak, avec son équipe partie de loin, promet de mettre les bouchées doubles. Inutile, donc, de se compliquer la vie.
- Les conditions météorologiques feront partie intégrante du match.
- La rencontre prendra place à New York, à 15 heures, heure locale, où la vague de chaleur suscite déjà des inquiétudes du côté du staff.
- Signe du destin sans doute, les températures ont baissé ces dernières heures, et devraient avoisiner les 25 °C lors de la rencontre, avec une humidité modérée (entre 50 et 65 %) : l’alerte est levée. Il fera chaud, sans pour autant que l’atmosphère soit suffocante.
La France dispose sans aucun doute de l’un des meilleurs effectifs du tournoi. Fort d’une expérience de 14 ans à la tête des Bleus, Deschamps a toujours su renouveler l’équipe avec beaucoup de souplesse, en la rajeunissant et en la dynamisant continuellement grâce à l’arrivée de nouveaux talents (comme la France est capable d’en produire, et toujours en abondance).
- La France entre en lice avec le Ballon d’or en titre, Ousmane Dembélé, et peut-être déjà le prochain, Michael Olise.
- Le jeune ailier a définitivement explosé cette saison, avec 22 buts et 31 passes décisives sous les couleurs du Bayern Munich, avant de signer un magnifique triplé lors du dernier match amical de préparation de la France face à l’Irlande du Nord. S’il réalise une grande Coupe du monde et que les Bleus vont loin, il figurera parmi les favoris pour le prochain Ballon d’or.
- À chaque ligne, la France peut s’appuyer sur l’un des meilleurs joueurs du monde : Mike Maignan dans les buts, William Saliba en patron de la défense, Aurélien Tchouaméni au milieu de terrain, sans parler d’une attaque composée uniquement de joueurs de classe mondiale.
- Et puis il y a Kylian Mbappé. Un capitaine dont le charisme et la régularité avec laquelle il est reçu à l’Élysée lui donnent désormais presque le poids d’un dirigeant politique. Sur le terrain, c’est surtout son extraordinaire instinct de buteur qui comptera : il a inscrit 42 buts lors de sa dernière saison avec le Real Madrid CF et a toujours été un moteur pour les Bleus en Coupe du monde. Il est le plus jeune joueur de l’histoire à avoir marqué au moins 10 buts dans la compétition et, lors de la précédente édition, il avait terminé meilleur buteur avec 8.
- Il sera intéressant de voir quel rôle joueront Désiré Doué et Rayan Cherki, deux des jeunes talents les plus prometteurs du football européen.
- Quoi qu’il en soit, la France dispose d’un mélange de talent et d’expérience largement suffisant pour espérer vivre un grand été.
Les débuts de l’Irak (cette nuit à minuit face à la Norvège) et de son buteur Aymen Hussein sont également très attendus.
- Il s’agit d’un joueur dont on a beaucoup parlé la semaine dernière : à son arrivée à Chicago, il avait été retenu et interrogé pendant 7 heures à l’aéroport avant d’être finalement autorisé à entrer sur le territoire américain.
- L’Irak porte avec lui une histoire difficile. Dernière équipe à avoir décroché sa qualification pour la Coupe du monde, il a dû surmonter les conséquences de la guerre pour atteindre le tournoi.
- En mars dernier, la sélection a ainsi mis 3 jours pour rejoindre le Mexique, où se disputait son dernier barrage de qualification contre la Bolivie : l’espace aérien irakien étant fermé, les joueurs ont dû rallier par la route la Jordanie depuis Bagdad afin de pouvoir prendre un avion.
- C’est d’ailleurs Aymen Hussein qui a inscrit face à la Bolivie le but décisif de la qualification, un exploit qui lui a valu d’être célébré dans son pays comme un héros national.
- Son parcours est une histoire de résilience et de reconstruction, l’une des plus marquantes de cette Coupe du monde. Né dans le nord de l’Irak, dans une région ravagée par les attaques de l’État islamique, il a perdu son père dans un attentat revendiqué par Al-Qaïda en 2008, avant que son frère ne disparaisse sans laisser de traces six ans plus tard. Pour lui, le football a été bien plus qu’un refuge : une véritable échappatoire et une raison d’espérer.
Observations et points d’intérêt
- Marcelo Bielsa (ancien entraîneur de l’Olympique de Marseille et actuel sélectionneur de l’Uruguay, qui a fait match nul 1-1 la nuit dernière contre l’Arabie saoudite) est depuis toujours un personnage anticonformiste et anti-système. Dans cette Coupe du monde déjà très controversée, il a d’ailleurs exprimé à plusieurs reprises son mécontentement à l’égard de la FIFA. Sa dernière initiative est devenue virale : lors de la séance photo officielle du tournoi, Bielsa a posé le regard tourné vers le sol, alors que les joueurs et les membres des staffs affichent habituellement un sourire ou prennent une pose décontractée face à l’objectif.
- Dès 2024, lors de la Copa América organisée aux États-Unis, Bielsa avait déjà dénoncé les insuffisances de l’organisation. Et cette année, son Uruguay a lui aussi rencontré des difficultés pour entrer sur le territoire américain, comme beaucoup d’autres sélections. La Celeste, qui a établi son camp de base au Mexique, devait rejoindre les États-Unis dimanche, 24 heures avant son match contre l’Arabie saoudite. Mais en raison de problèmes administratifs, le vol a été retardé et l’équipe n’est arrivée que quelques heures avant le coup d’envoi.
- Si l’Uruguay a finalement réussi à entrer aux États-Unis malgré ces difficultés, la mère du gardien du Cap-Vert n’a pas eu cette chance. Hier, pour sa toute première participation à une Coupe du monde, le Cap-Vert a arraché un match nul historique face à l’Espagne, l’un des grands favoris du tournoi. Son gardien, Vozinha, a été élu homme du match, mais il a confié après la rencontre sa tristesse de ne pas pouvoir partager ce moment avec sa mère, qui n’a pas été en mesure d’obtenir un visa pour les États-Unis. En janvier, l’administration américaine a en effet décidé que les ressortissants du Cap-Vert, comme ceux de plusieurs autres pays, devraient verser une caution pouvant atteindre 15 000 dollars avant de pouvoir se rendre aux États-Unis, en plus des frais de visa. La mère de Vozinha n’a donc pas été en mesure de finaliser sa demande.
- Avec des matchs de Coupe du monde disputés en fin d’après-midi et en soirée aux États-Unis, le reste de la planète est contraint de veiller tard pour soutenir ses équipes. Mais quel pays sacrifiera le plus d’heures de sommeil pour suivre ses héros ? Un utilisateur de Reddit s’est amusé à faire les calculs et est arrivé à une conclusion : au moins pendant la phase de groupes, ce sera l’Algérie. Les Fennecs affronteront les champions du monde en titre, l’Argentine, cette nuit à 2 heures du matin, avant de retrouver la Jordanie à 4 heures, puis l’Autriche à 3 heures lors de leurs deux autres rencontres de groupe.
- La première sélection a déjà changé d’entraîneur dans cette Coupe du monde. Après la lourde défaite 5-1 concédée lundi soir face à la Suède, la Tunisie a décidé de se séparer de son sélectionneur, Sabri Lamouchi, ancien milieu de terrain de l’France. Selon les médias tunisiens, Lamouchi aurait été impliqué dans une altercation avec plusieurs joueurs, membres du staff et supporters au retour de l’équipe à l’hôtel après la rencontre. Pour le remplacer, la fédération a fait appel à Hervé Renard, ancien sélectionneur de l’équipe de France féminine et de l’Arabie saoudite lors de la dernière Coupe du monde au Qatar. Il est rare qu’un sélectionneur soit limogé en pleine Coupe du monde, mais ce n’est pas une première. On ne compte que quatre précédents : l’Écosse avait changé d’entraîneur durant l’édition 1954, tandis que l’Arabie saoudite, la Corée du Sud et la Tunisie l’avaient fait lors du tournoi de 1998. La Tunisie détient ainsi ce curieux record du plus grand nombre de changements de sélectionneur en pleine Coupe du monde, tandis que l’édition organisée en France en 1998 reste la plus impitoyable pour les entraîneurs.