L’état de l’Union

Dans son premier discours sur l'état de l'Union, Ursula von der Leyen a pris la parole pendant plus d’une heure devant le Parlement européen. Ce discours mérite d’être étudié de près, car les annonces auront des effets réels, et les tendances identifiées permettront d’interpréter les grands moments de la politique continentale des prochains mois.

Ursula von der Leyen, discours sur l'état de L'Union

Pour son premier discours sur l’état de l’Union, Ursula von der Leyen a pris la parole pendant plus d’une heure devant le Parlement européen pour « présenter sa vision et ses priorités pour l’année à venir ». Il s’agissait de proposer un aggiornamento de la base programmatique, explicitée dans un autre discours que nous avions largement commenté, de sa « commission géopolitique ». Pour cela, la présidente de la Commission est partie de la séquence exceptionnelle du Covid-19 pour défendre le bilan de la relance économique du Recovery Plan et affirmer sa volonté de bâtir une Union de la santé. Elle a également souhaité revenir sur le Green deal, la mesure clé de son action politique, avec une annonce sur l’objectif de réduction des émissions pour 2030, porté à « au moins 55 % ». Ce long discours (8,179 mots), construit, avec des références à une relance culturelle, notamment par un « nouveau Bauhaus européen » (littéralement : « la maison de construction »), a été écrit pour chercher une position d’équilibre dans un moment d’instabilité institutionnelle, de volatilité du consensus et de fragilité évidente (le mot apparaît 14 fois) — dans un passage politiquement intéressant, Ursula von der Leyen affirme toutefois être consciente qu’elle propose « trop pour certains et pas assez pour d’autres ». Ce discours mérite d’être étudié de près, car les annonces auront des effets réels, et les tendances lourdes qui sont identifiées permettront d’interpréter les grands moments de la politique continentale des prochains mois. Nous avons décidé de le publier intégralement, afin de permettre à nos lecteurs d’y accéder directement, en le commentant pour proposer des éléments de contexte, des analyses ou des perspectives.

Monsieur le Président,

Mesdames et Messieurs les députés,

Exercice constitutionnel très répandu dans de nombreuses démocraties occidentales, le Discours sur l’état de l’Union européenne n’est pas une disposition du traité de Lisbonne mais le fruit d’un accord-cadre sur les relations entre le Parlement et la Commission. Depuis 2010, il est prononcé par le président de la Commission européenne devant les députés européens chaque année, au mois de septembre. C’est un moment de dialogue inter-institutionnel entre le Parlement, la Commission et (plus indirectement) le Conseil qui vise à faire un bilan de l’année passée et préparer le programme de travail communautaire pour l’année suivante. 

L’un des esprits les plus courageux de notre époque, Andreï Sakharov — un homme tant admiré par ce Parlement — parlait toujours de sa foi inébranlable dans la force cachée de l’esprit humain. Au cours de ces six derniers mois, les Européens ont montré toute cette force. Nous l’avons vu avec les soignants qui ont emménagé dans les maisons de retraite pour s’occuper des malades et des personnes âgées ; avec les médecins et les infirmières qui sont devenus des membres de la famille pour les malades arrivés à leur dernier souffle ; avec tous les travailleurs de première ligne qui jour et nuit, semaine après semaine, ont pris des risques pour nous tous.

Leur empathie, leur courage et leur sens du devoir nous inspirent. Et je voudrais commencer ce discours en leur rendant hommage.

Leurs histoires sont aussi très révélatrices de l’état de notre monde et de l’état de notre Union. Elles témoignent de la puissance de l’humain et du sentiment de deuil qui subsisteront longtemps dans notre société. Et elles nous révèlent la fragilité de tout ce qui nous entoure.

Un virus mille fois plus petit qu’un grain de sable nous a rappelé combien la vie peut être vulnérable. Ce virus a mis à nu les failles de nos systèmes de santé et les limites d’un modèle qui privilégie la richesse plutôt que le bien-être.

Il a mis en lumière la fragilité de notre planète, que nous constatons chaque jour avec la fonte des glaciers, les feux de forêts et, aujourd’hui, une pandémie mondiale.

Il a changé la façon même dont nous nous comportons et communiquons – en nous obligeant à garder nos distances, le visage derrière un masque.Il nous a montré à quel point notre communauté de valeurs est fragile en réalité — et la rapidité avec laquelle elle peut être remise en question dans le monde, et même ici, dans notre Union. Mais nos citoyens veulent sortir de ce monde du coronavirus, sortir de cette fragilité, sortir de l’incertitude. Ils sont prêts à changer et prêts à aller de l’avant. Et, pour l’Europe, le moment est venu d’agir. Pour l’Europe, le moment est venu de montrer la voie à suivre afin de sortir de cette fragilité pour acquérir une vitalité nouvelle. C’est de cela dont je veux parler aujourd’hui.

Mesdames et Messieurs les députés,

Si je tiens ces propos, c’est parce que, ces derniers mois, nous avons redécouvert la valeur de ce que nous avons en commun.

En tant que personnes, nous avons tous sacrifié une part de notre liberté individuelle pour la sécurité des autres. Et en tant qu’Union, nous avons tous partagé une partie de notre souveraineté pour le bien commun. Nous avons transformé la peur et les divisions entre États membres en confiance dans notre Union. Nous avons montré ce qui est possible lorsque nous nous faisons confiance les uns aux autres et que nous faisons confiance à nos institutions européennes.

Et ainsi, nous choisissons non seulement de réparer et de nous rétablir ici et maintenant, mais aussi de créer un mode de vie meilleur pour le monde de demain.

C’est la raison d’être de l’instrument de relance NextGenerationEU. Nous avons maintenant l’occasion de façonner le changement plutôt que de le subir suite à une catastrophe ou à un diktat venu d’ailleurs.

De sortir plus forts de l’épreuve en créant des perspectives pour le monde de demain, et non pas en établissant simplement des plans d’urgence pour le monde d’hier.

Nous avons tout ce qui est nécessaire pour y parvenir. Nous avons balayé les vieilles excuses et les zones de confort qui nous ont toujours retenus. Nous avons la vision, nous avons le plan, nous avons les investissements. Il est désormais temps de nous mettre au travail.

Ce matin, j’ai envoyé au président Sassoli et à la chancelière Merkel – qui représente la présidence allemande – une lettre d’intention décrivant les projets de la Commission pour l’année à venir. Je ne présenterai pas toutes les initiatives aujourd’hui, mais je souhaite aborder les points sur lesquels notre Union doit se concentrer au cours des douze prochains mois.

SORTIR DE LA CRISE ENSEMBLE : TENIR LES PROMESSES DE L’EUROPE

Mesdames et Messieurs les députés, Les Européens souffrent encore.

C’est une période de profonde anxiété pour des millions de citoyens qui s’inquiètent de la santé de leur famille, de l’avenir de leur emploi ou simplement de survivre jusqu’à la fin du mois. La pandémie – et l’incertitude qui l’accompagne – n’est pas terminée. Et la relance en est encore à ses débuts. Notre première priorité est donc de nous aider mutuellement à sortir de la crise. D’être là pour ceux qui en ont besoin.

Grâce à notre économie sociale de marché sans égale, l’Europe est précisément à même de le faire. Il s’agit avant tout d’une économie humaine qui nous protège contre les grands risques de la vie – la maladie, les accidents de la vie, le chômage ou la pauvreté. Elle offre une stabilité et nous aide à mieux absorber les chocs. Elle crée des opportunités et de la prospérité en promouvant l’innovation, la croissance et des conditions de concurrence équitables.

Jamais cette promesse durable de protection, de stabilité et d’opportunité n’a été plus importante qu’aujourd’hui. Permettez-moi de vous expliquer pourquoi.

Premièrement, l’Europe doit continuer à protéger les vies et sauver les emplois.

C’est d’autant plus important au milieu d’une pandémie qui ne montre aucun signe d’affaiblissement. Nous savons à quelle vitesse le nombre de cas peut augmenter et échapper à tout contrôle. Nous devons donc continuer à affronter cette pandémie avec la plus grande prudence, la plus grande responsabilité et la plus grande unité.

Au cours des six derniers mois, nos systèmes de santé et nos travailleurs ont fait des miracles. Chaque pays s’est efforcé d’agir le mieux possible pour ses citoyens.

Et l’Europe a fait davantage ensemble que jamais auparavant.

Lorsque des États membres ont fermé leurs frontières, nous avons créé des voies réservées pour les marchandises. Lorsque plus de 600 000 citoyens de l’UE ont été bloqués dans toutes les parties du monde, l’Union les a rapatriés. Lorsque certains pays ont décrété des interdictions d’exportation pour des produits médicaux essentiels, nous y avons mis fin et nous avons veillé à ce que le matériel médical essentiel arrive là où il était nécessaire.

Nous avons travaillé avec les industriels européens pour accroître la production de masques, de gants, de tests et de respirateurs.

Notre mécanisme de protection civile a permis à des médecins roumains de traiter des patients en Italie ou à la Lettonie d’envoyer des masques à ses voisins baltes.

Et nous avons réalisé tout cela sans disposer des pleines compétences.

C’est pour moi une évidence : nous devons construire une Union européenne de la santé qui soit plus forte.

Pour commencer à concrétiser cette idée, nous devons maintenant tirer les premiers enseignements de la crise sanitaire. Nous devons faire en sorte que notre nouveau programme « L’UE pour la santé » résiste à l’épreuve du temps. C’est pourquoi j’avais proposé d’augmenter les financements, et je suis reconnaissante à ce Parlement d’être prêt à se battre pour obtenir davantage de fonds et pour remédier aux coupes budgétaires opérées par le Conseil européen.

Nous devons aussi améliorer notre état de préparation et notre gestion des crises liées aux menaces sanitaires transfrontalières. Dans un premier temps, nous proposerons de renforcer le rôle et les pouvoirs de l’Agence européenne du médicament et de l’ECDC — notre centre de prévention et de contrôle des maladies.

Dans un deuxième temps, nous créerons une agence de recherche et de développement biomédicaux avancés au niveau européen, comme cela existe aux États-Unis. Cette nouvelle agence appuiera notre capacité et notre préparation face aux menaces et aux situations d’urgence transfrontalières, qu’elles soient d’origine naturelle ou intentionnelle. Nous avons besoin de réserves stratégiques pour réduire la dépendance de notre chaîne d’approvisionnement, notamment pour les produits pharmaceutiques.

Dans un troisième temps, il est plus manifeste que jamais que nous devons examiner la question des compétences en matière de santé. Et je pense qu’il s’agit là d’une tâche noble et urgente pour la Conférence sur l’avenir de l’Europe.

Le ton général du discours est moins politique que celui prononcé lors de la prise de fonction d’Ursula von der Leyen. Cela témoigne d’une réorientation stratégique de la Commission sur le jeu institutionnel interne et sa relation avec le Parlement à l’aune d’un leadership très exacerbé du pôle intergouvernemental dans le cadre de la présidence allemande du Conseil de l’Union, puis de la France en 2022. À ce titre, et contrairement à son habitude, Ursula von der Leyen n’a pas prononcé le terme “géopolitique” une seule fois.

Et puisque nous avons connu une crise mondiale, nous devons en tirer des enseignements pour le monde entier. C’est pourquoi, avec le Premier ministre Conte et la présidence italienne du G20, je convoquerai l’année prochaine un Sommet mondial de la santé en Italie.

Les Européens verront ainsi que notre Union est là pour protéger chacun d’entre nous. Et c’est exactement ce que nous avons fait en ce qui concerne les travailleurs. Lorsque j’ai pris mes fonctions, j’ai promis de créer un instrument pour protéger les travailleurs et les entreprises des chocs externes.

Parce que mon expérience de ministre du Travail et des Affaires sociales m’avait appris que ces dispositifs sont efficaces. Grâce à eux, les personnes gardent leur emploi, les entreprises, leurs compétences, et les PME, leur activité. Ces PME sont le moteur de notre économie et elles seront le moteur de notre reprise.

C’est la raison pour laquelle la Commission a créé le programme SURE ; je tiens d’ailleurs à remercier cette Assemblée d’avoir travaillé sur la proposition en un temps record.

Si l’Europe a, jusqu’à présent, évité le chômage massif que l’on observe ailleurs, c’est en grande partie grâce aux dispositifs de chômage partiel dont près de 40 millions de personnes ont bénéficié.

Cette rapidité et cet objectif commun permettront à 16 pays de recevoir bientôt quelque 90 milliards d’euros du programme SURE pour soutenir les travailleurs et les entreprises. De la Lituanie à l’Espagne, ces fonds apporteront un peu de tranquillité d’esprit aux familles qui ont besoin de ce revenu pour se nourrir ou pour payer leur loyer. Et ils contribueront à protéger des millions d’emplois, de revenus et d’entreprises dans toute notre Union.

C’est la véritable solidarité européenne en action. Et cela traduit le fait que dans notre Union, la dignité du travail doit être sacrée. Mais la vérité est que, pour trop de personnes, le travail ne paie plus.

Le dumping salarial détruit la dignité du travail, pénalise l’entrepreneur qui paie des salaires décents et fausse la concurrence loyale sur le marché unique. La Commission présentera donc une proposition législative en vue d’aider les États membres à mettre en place un cadre pour les salaires minimum. Chacun doit avoir accès à un salaire minimum, que ce soit au titre d’une convention collective ou d’un salaire minimum légal.

Je suis une fervente partisane de la négociation collective et la proposition respectera pleinement les compétences et les traditions nationales. Nous avons vu dans nombre d’États membres comme un salaire minimum bien négocié assure l’emploi et l’équité, tant pour les travailleurs que pour les entreprises qui les apprécient vraiment. Le salaire minimum fonctionne – et il est temps que le travail paie.

La deuxième promesse de l’économie sociale de marché est celle de la stabilité. L’Union européenne et ses États membres ont réagi à une crise inédite par une réponse sans précédent.

En montrant qu’elle était unie et à la hauteur de la tâche, l’Europe a apporté la stabilité nécessaire à nos économies. La Commission a immédiatement déclenché la clause dérogatoire générale pour la première fois de notre histoire.

Nous avons assoupli nos règles en matière de fonds européens et d’aides d’État. Nous avons autorisé plus de 3 trillions d’euros d’aide en faveur des entreprises et de l’industrie : des pêcheurs en Croatie et des agriculteurs en Grèce, aux PME en Italie et aux travailleurs indépendants au Danemark.

La Banque centrale européenne a pris des mesures décisives dans le cadre de son programme d’achats d’urgence face à la pandémie, le PEPP. La Commission a proposé, en un temps record, NextGenerationEU et un budget remanié. Il combine investissements et réformes indispensables.

Le Conseil l’a approuvé en un temps record.

Cette Assemblée s’emploie à voter sur le projet avec la plus grande célérité.

Depuis fin août, le Parlement et la présidence allemande du Conseil de l’Union mènent d’intenses négociations dans le cadre de trilogues (avec la Commission) afin de s’entendre sur une position de compromis. Dans les faits, la marge de manœuvre politique du Parlement est restreinte, mais l’approbation du CFP par les eurodéputés se concentre sur un nombre limité de points de négociation clés. Les discussions vont dans le sens d’un accroissement des montants de certains programmes essentiels et du déploiement d’un calendrier, que le Parlement souhaite contraignant, pour la création de nouvelles ressources propres destinées au remboursement de l’emprunt commun. Dans son discours, Ursula von der Leyen est allée dans le sens de la position défendue par l’hémicycle en désapprouvant les faibles montants proposés par le Conseil sur certains programmes, comme EU4Health. À ce stade des négociations, il semble toutefois désormais difficile d’envisager une réorientation significative des volumes de crédits.

Pour la première fois – et pour des temps exceptionnels – l’Europe a mis en place ses propres instruments communs pour compléter les stabilisateurs budgétaires nationaux.

Préalable à l’emprunt de 750 milliards d’euros pour le fonds de relance, l’avis législatif du Parlement européen sur la décision ressources propres devrait être rendu aujourd’hui. Il va permettre au Conseil d’adopter la décision pour envisager sa mise en exécution rapide. L’exercice n’est pas aisé pour le Parlement européen qui n’est pas impliqué dans la procédure de validation du fonds de relance (ratification par les Etats membres de l’Union selon leurs dispositions constitutionnelles) mais souhaite faire pression sur un ensemble de dispositions qui ont trait à l’ensemble du paquet budgétaire. S’il est essentiel que le Parlement fasse valoir sa légitimité en utilisant le CFP comme levier pour l’ensemble de l’accord, l’hémicycle européen se retrouve toutefois coincé entre la menace d’un blocage institutionnel qui ne pourrait être que partiel et son acceptation de l’accord en dépit du franchissement de nombreuses lignes rouges qu’il avait fixées.  

C’est un moment d’unité remarquable pour notre Union. C’est là une réalisation qui devrait susciter notre fierté collective. Il nous faut désormais maintenir le cap. Nous avons tous vu les prévisions. Nous pouvons nous attendre à ce que nos économies redémarrent après une baisse de 12 % du PIB au deuxième trimestre.

Pour 2020 le FMI prévoit une contraction économique de -10,2 % pour la zone euro, -7,8 % pour l’Allemagne, -12, % pour la France, -12,8 % pour l’Italie et l’Espagne et respectivement +6 %, +5,4 %, 7,3 %, +6,3 % et 6,3 % pour 2021. Au premier trimestre 2020, le PIB de l’euro avait augmenté de 3,6 % dans la Zone euro, et avait diminué de 3,2 % en moyenne dans l’Union.

Mais, tout comme le virus, l’incertitude persiste – ici en Europe et dans le monde. Ce n’est donc sûrement pas le moment de retirer notre soutien.

Une politique de soutien reste nécessaire à nos économies, et il nous faudra trouver un délicat équilibre entre appui financier et viabilité budgétaire. À plus long terme, un renforcement de l’Union économique et monétaire constitue le meilleur moyen d’assurer la stabilité et la compétitivité.

La confiance dans l’euro n’a jamais été aussi grande. L’accord historique sur NextGenerationEU illustre le soutien politique dont celui-ci bénéficie.

Selon l’Eurobaromètre de novembre 2019, 76 % des citoyens de la zone euro estimaient que l’euro est bénéfique à l’Union européenne, et 65 % qu’il est bénéfique pour leur pays.

Nous devons maintenant profiter de cette occasion pour mener des réformes structurelles dans nos économies et parachever l’union des marchés des capitaux et l’union bancaire.

L’avènement de l’Union des marchés des capitaux peine à se concrétiser malgré de nombreuses initiatives. La dépendance de l’économie européenne à l’égard des banques est une vulnérabilité exacerbée par le contexte de déséquilibre économique engendré par le Covid-19 et à laquelle la Commission souhaite apporter une réponse. Tout juste nommée, Mairead McGuinness aura un rôle particulièrement important à jouer pour faire avancer ce dossier complexe.

Des marchés financiers profonds et liquides sont essentiels pour garantir l’accès des entreprises aux financements dont elles ont besoin pour se développer et investir dans la reprise et dans l’avenir. Et il s’agit également d’une condition préalable au renforcement du rôle international de l’euro. Alors mettons-nous au travail pour mener à son terme ce projet générationnel.

Au dernier trimestre 2017, la monnaie européenne était utilisée en tant que moyen de paiement international dans 36 % des cas, contre 40 % pour le dollar. L’euro remplit donc son rôle d’intermédiaire des échanges, même si plus de 85 % des importations de pétrole des pays de l’UE sont réglées en dollars et non en euros, ce que critiquait le Sénat en octobre 2018. Néanmoins, en 2017, seulement 20 % des réserves de change mondiales étaient libellées en euro, contre 63 % en dollar. Enfin, en tant qu’unité de compte, l’euro reste peu utilisé pour fixer les prix de référence sur la plupart des marchés. Au bout du compte, la BCE évalue que la place internationale de l’euro n’a jamais été aussi basse (mesurée par la moyenne de la part de l’euro dans les réserves de changes et différents types d’échanges de titres) : celle-ci a perdu 3 points de pourcentage depuis 2008 et est estimée à 22 % en 20171.

Mesdames et Messieurs les députés, la troisième promesse durable est la promesse d’opportunité.

La pandémie nous a rappelé beaucoup de choses que nous avions peut-être oubliées ou que nous tenions pour acquises.

Elle nous a rappelé combien nos économies sont liées, et combien un marché unique pleinement opérationnel est essentiel à notre prospérité et à notre capacité d’agir. Le marché unique est synonyme d’opportunité – il permet au consommateur d’en avoir pour son argent, à l’entreprise de vendre où elle veut en Europe et à l’industrie de renforcer sa compétitivité internationale.

Et il offre à nous tous la possibilité de tirer le meilleur parti des libertés que nous, Européens, chérissons. Il offre à nos entreprises la possibilité d’atteindre la taille dont elles ont besoin pour prospérer et leur sert de refuge dans les périodes difficiles. Nous comptons chaque jour sur lui pour rendre nos vies plus faciles – et il nous est indispensable pour gérer la crise et recouvrer nos forces. Donnons-lui un coup de pouce.

Nous devons abattre les obstacles au marché unique. Nous devons alléger les formalités administratives. Nous devons accélérer la mise en œuvre et le contrôle de l’application des règles. Et nous devons rétablir les quatre libertés – dans leur intégralité et aussi vite que possible.

Le bon fonctionnement de l’espace Schengen de libre circulation constitue un élément fondamental à cet égard. Nous travaillerons avec le Parlement et les États membres pour mettre cette question au premier rang de nos priorités politiques et nous proposerons une nouvelle stratégie pour l’avenir de Schengen.

Grâce à un marché intérieur fort, l’industrie européenne a longtemps fait tourner notre économie, assurant des conditions d’existence stables à des millions de personnes et créant les mécanismes sociaux autour desquels nos communautés sont construites.

Nous avons présenté notre nouvelle stratégie industrielle en mars pour faire en sorte que l’industrie puisse conduire la double transition écologique et numérique. Les six derniers mois n’ont fait qu’accélérer cette transformation, à un moment où le paysage concurrentiel mondial change radicalement. C’est pourquoi nous actualiserons notre stratégie industrielle au cours du premier semestre de l’année prochaine et nous adapterons notre cadre de concurrence, qui doit évoluer lui aussi.

PROPULSER L’EUROPE VERS L’AVENIR : CONSTRUIRE LE MONDE DANS LEQUEL NOUS VOULONS VIVRE

Mesdames et Messieurs les députés,

Toutes ces mesures permettront à l’Europe de se redresser. Mais alors même que nous progressons ensemble, nous devons aussi nous propulser vers le monde de demain. Il est d’autant plus urgent d’accélérer qu’il y va de l’avenir de notre fragile planète.

Le gel d’une grande partie de l’activité mondiale durant les périodes de confinement n’a pas interrompu le réchauffement dangereux de notre planète. Tout autour de nous en témoigne : les évacuations de maisons causées par l’effondrement d’un glacier du Mont Blanc, les incendies qui ravagent l’Oregon, la sécheresse d’une exceptionnelle gravité qui détruit les cultures en Roumanie.

Mais la nature a également fait son retour dans nos vies.

Notre santé mentale et notre bien-être physique avaient besoin d’espaces verts et d’air pur. Nous savons que le changement est nécessaire – et nous savons aussi qu’il est possible.

Le pacte vert pour l’Europe est le projet qui nous permettra de mener à bien cette transformation. Il se concentre sur un objectif : faire de l’Europe le premier continent climatiquement neutre d’ici à 2050. Mais nous n’atteindrons cet objectif que si les choses changent – nous devons agir plus vite et mieux.

Nous avons examiné en profondeur chaque secteur pour voir à quelle vitesse nous pourrions agir et comment nous pourrions le faire d’une manière responsable et fondée sur des données probantes.

Nous avons organisé une vaste consultation publique et effectué une analyse d’impact approfondie.

Sur cette base, la Commission européenne propose de porter l’objectif de réduction des émissions pour 2030 à au moins 55 %.

La Commission était particulièrement attendue sur l’affermissement de ses engagements pour atteindre l’objectif de neutralité carbone de l’Union en 2050, entériné dans la loi climatique proposée par la Commission en mars. L’objectif de 40 % de réduction des émissions de CO2 d’ici 2030 avait été critiqué pour son insuffisance à engager à temps les acteurs économiques et industriels dans la transition écologique à mener les réformes technologiques qui s’imposent, comme dans les secteurs aéronautique et automobile qui ont été particulièrement exposés pendant la crise sanitaire. 

Je reconnais que cette augmentation de 40 % à 55 % est trop importante pour certains et insuffisante pour d’autres. Mais notre analyse d’impact montre clairement que notre économie et notre industrie peuvent y faire face.

Et elles-mêmes en ont la volonté. Pas plus tard qu’hier, j’ai reçu de 170 chefs d’entreprise et investisseurs – de PME mais aussi de quelques-uns des plus grands groupes mondiaux – une lettre appelant l’Europe à fixer un objectif d’au moins 55 %.

Notre analyse d’impact montre clairement que la réalisation de cet objectif mettrait résolument l’UE sur la voie de la neutralité climatique d’ici à 2050 et du respect de ses obligations découlant de l’accord de Paris.

Et si d’autres suivent notre exemple, le monde pourra maintenir le réchauffement climatique en dessous de 1,5 degré Celsius. J’ai pleinement conscience que bon nombre de nos partenaires sont loin de cet objectif – et je reviendrai plus tard sur le mécanisme d’ajustement carbone aux frontières.

Selon le rapport spécial du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) sur le réchauffement planétaire de 1,5°C, il est possible de limiter le réchauffement à 1,5 °C, reconnu par les parties de la COP21 comme la trajectoire haute à ne pas dépasser sous peine de subir les effets irréversibles du changement climatique. Mais “cela impliquerait de réduire les émissions mondiales de dioxyde de carbone d’environ 45 % par rapport aux niveaux de 2010 d’ici à 2030 et d’atteindre un bilan nul en 2050”. A cet égard, la Commission s’inscrit donc en conformité avec les scénarios du GIEC et les termes de l’Accord de Paris. La mise en oeuvre de ces mesures et l’infléchissement effectif de la trajectoire de CO2 ne constituent néanmoins pas une garantie de limiter le réchauffement climatique, compte tenu notamment des incertitudes géologiques actuelles.

Mais pour nous, l’objectif de 2030 est ambitieux, réalisable et bénéfique pour l’Europe. Nous pouvons le faire. Nous avons déjà montré que nous en étions capables.

Alors que les émissions ont chuté de 25 % depuis 1990, notre économie a crû de plus de 60 %.

La différence est que les moyens technologiques, les compétences et les investissements sont aujourd’hui plus nombreux. Et nous sommes déjà engagés sur la voie d’une économie circulaire avec une production neutre en carbone.

La notion de découplage est aujourd’hui fondamentale pour comprendre la façon dont les organisations internationales et l’Union européenne conçoivent la transition écologique. Depuis la formulation explicite du découplage comme objectif en 2001 par l’OCDE, la Commission européenne et l’ONU ont focalisé leurs discours de lutte contre le changement climatique autour de la dissociation de l’empreinte carbone et du développement. Entendu comme rapport entre croissance du PIB et solde d’émissions carbone issues de la production d’énergie sur un territoire donné, sa concrétisation est à considérer avec prudence, car on occulte volontiers les délocalisations d’émissions, la couverture partielle de l’empreinte carbone et la divergence d’intérêts entre secteurs économiques. 

À l’échelle mondiale, depuis 2013, les émissions de CO2 augmentent légèrement moins vite que la croissance économique, mais la corrélation entre activité économique et impact carbone reste élevée. En témoignent les chiffres de 2008, lorsque la crise économique mondiale a brutalement réduit la demande énergétique mondiale et par là même les émissions de CO2. La poursuite de cette tendance au découplage relatif repose donc sur le déploiement massif d’énergies propres, à l’abandon des sources de production d’énergie les plus polluantes et le gain constant d’efficacité dans la production énergétique comme manufacturière.

Forte de cette conviction, la présidente de la Commission conçoit la mise en cohérence de la croissance économique (a fortiori post-crise sanitaire) et de la lutte contre le changement climatique comme un changement systémique des politiques européennes via la mise en conformité des lois européennes avec l’objectif de neutralité carbone, l’adoption de nouvelles mesures contraignantes de régulation ou de compensation des émissions de CO2, et par l’incorporation du facteur climat dans les outils économiques actuels que sont la taxe et le marché. À cet égard, l’instauration d’une taxe carbone aux frontières, la hausse du prix du carbone, et le durcissement des conditions d’échange de quotas portent en théorie la promesse de plus forte contrainte des acteurs économiques et industriels, la mise au pas des partenaires économiques et commerciaux de l’Union, à l’abri de risques majeurs comme la fuite du carbone et la délocalisation des émissions de CO2.

De plus en plus de jeunes militent pour le changement. De plus en plus d’éléments prouvent que ce qui est bon pour le climat est bon pour l’économie et bon pour nous tous.

Et nous avons solennellement promis de ne laisser personne de côté pendant cette transformation. Notre Fonds pour une transition juste nous permettra de soutenir les régions qui auront à subir un changement plus important et plus coûteux.

Nous avons tout pour réussir. Il est maintenant de notre responsabilité de tout mettre en œuvre pour atteindre notre objectif.

Mesdames et Messieurs les députés,

La réalisation de ce nouvel objectif permettra de réduire notre dépendance à l’égard des importations d’énergie, de créer des millions d’emplois supplémentaires et de réduire de plus de moitié la pollution atmosphérique.

Pour y arriver, nous devons commencer maintenant.

D’ici l’été prochain, nous réviserons toute notre législation sur le climat et l’énergie afin de l’adapter à l’objectif de 55 %.

Nous améliorerons l’échange de droits d’émission, promouvrons l’utilisation des énergies renouvelables, améliorerons l’efficacité énergétique et réformerons la fiscalité sur l’énergie.

Mais la mission du pacte vert pour l’Europe va bien au-delà de la réduction des émissions.

Elle vise à assurer une modernisation systémique de notre économie, de notre société et de notre industrie. Elle a pour vocation de rendre plus fort le monde dans lequel nous vivons.

Notre consommation actuelle de matières premières, d’énergie, d’eau et de denrées alimentaires ainsi que notre utilisation des sols ne sont pas durables.

Nous devons traiter différemment la nature ; nous devons changer notre façon de produire et de consommer, de vivre et de travailler, de manger et de nous chauffer, de voyager et de transporter.

Nous nous attaquerons donc à tout, aux produits chimiques dangereux comme à la déforestation et à la pollution. Il s’agit d’un plan pour une vraie reprise. C’est un plan d’investissement pour l’Europe. Et c’est là que NextGenerationEU changera véritablement la donne.

Premièrement, 37 % de NextGenerationEU seront consacrés directement aux objectifs de notre pacte vert pour l’Europe.

Et je veillerai à ce que la finance verte passe également à la vitesse supérieure.

Nous sommes les leaders mondiaux de la finance verte et le plus grand émetteur d’obligations vertes dans le monde. Nous faisons œuvre de pionnier en élaborant une norme de l’UE solide en matière d’obligations vertes.

Et je peux annoncer aujourd’hui que nous fixerons un objectif consistant à lever 30 % des 750 milliards d’euros de NextGenerationEU au moyen d’obligations vertes.

L’article 2, paragraphe 1. c. de l’Accord de Paris prévoit de rendre « les flux financiers compatibles avec un profil d’évolution vers un développement à faible émission de gaz à effet de serre et résilient aux changements climatiques ». Cette phrase en apparence anodine est lourde de conséquences, et a mis depuis la finance durable au centre de l’attention des dirigeants politiques. Ces dernières années ont vu l’explosion du marché des obligations vertes, porté tant par les émetteurs corporates que souverains. Cependant, le manque de standardisation des méthodes d’émission et de suivi font craindre la multiplication des cas de greenwashing : le travestissement de projets non durables par des Etats ou entreprises afin de donner une image trompeuse de responsabilité environnementale. Plus largement, la notion même d’obligation souveraine verte peut poser question quant au principe d’universalité budgétaire qui empêche a priori le fléchage des dépenses. Lire plus

Deuxièmement, NextGenerationEU devrait investir dans des projets européens phares ayant le plus grand impact : l’hydrogène, la rénovation et la création d’1 million de bornes de recharge électrique.

La production d’hydrogène à partir d’énergie renouvelable permettrait notamment le couplage entre systèmes gaziers et électriques. D’immenses investissements dans les infrastructures continentales sont prévus pour assurer ce couplage et décarboner progressivement les industries, la logistique et le transport public européen. L’Allemagne et le Portugal comptent mettre à profit leurs présidences successives du Conseil de l’UE pour concrétiser ce plan dans des projets. Lire plus

Permettez-moi d’expliquer comment cela pourrait fonctionner : il y a deux semaines, en Suède, a débuté la phase d’essai d’un projet pilote unique de production d’acier sans énergie fossile. De l’hydrogène y sera utilisé à la place du charbon pour produire de l’acier propre.

Cela montre le potentiel de l’hydrogène pour soutenir notre industrie au moyen d’une nouvelle licence d’exploitation propre.

Si ce vecteur énergétique est considéré comme le chaînon manquant vers la neutralité climatique en 2050, une diffusion à grande échelle de l’hydrogène décarboné, produit à partir d’électrolyse de l’eau, dans le secteur industriel ne devrait être possible qu’après 2030, notamment pour des raisons économiques. Lire plus

Je veux que NextGenerationEU crée de nouvelles vallées européennes de l’hydrogène pour moderniser nos industries, alimenter nos véhicules et redonner une nouvelle vie aux zones rurales. Le deuxième exemple concerne les bâtiments dans lesquels nous vivons et travaillons.

Nos bâtiments génèrent 40 % de nos émissions. Ils doivent devenir plus économes, moins coûteux et plus durables.

Je veux que NextGenerationEU crée de nouvelles vallées européennes de l’hydrogène pour moderniser nos industries, alimenter nos véhicules et redonner une nouvelle vie aux zones rurales. Le deuxième exemple concerne les bâtiments dans lesquels nous vivons et travaillons.

Nos bâtiments génèrent 40 % de nos émissions. Ils doivent devenir plus économes, moins coûteux et plus durables.

Et nous savons que le secteur de la construction peut même être transformé en puits de carbone, et cesser dès lors d’être une source de carbone, si l’on utilise des matériaux de construction organiques tels que le bois et des technologies intelligentes telles que l’intelligence artificielle.

Le rôle de la rénovation thermique des bâtiments, qui figurait déjà dans le Green Deal, a été réaffirmé par Ursula von der Leyen et Frans Timmermans pour la décarbonation de l’économie européenne et la relance de l’emploi dans les territoires. La “vague de rénovation” souhaitée par la Commission vise à doubler le rythme de rénovation annuel des bâtiments (de 1 % à 2 %), alors que 75 % du parc européen est considéré aujourd’hui comme énergétiquement inefficace, et construit avant l’instauration de réglementations sur la performance des bâtiments.

La place du bâtiment dans la transition énergétique est d’autant plus critique que la hausse durable des températures estivales et la multiplication des vagues de chaleurs contribuent fortement à la croissance de la demande énergétique mondiale. Le refroidissement de l’air et la climatisation, pour des usages résidentiels, commerciaux ou tertiaires, représentent aujourd’hui 20 % de la consommation d’électricité des bâtiments, eux-mêmes concentrant environ 40 % des émissions de CO2 mondiales. L’impératif écologique représente ici une opportunité concrète de création de croissance durable, au plus près de l’empreinte carbone des Etats membres. Cette perspective reste néanmoins conditionnée à l’efficacité les incitations financières aux ménages, à la formation des professionnels et plus généralement à la lisibilité des cadres réglementaires nationaux.

Je veux que NextGenerationEU déclenche une vague de rénovation européenne et fasse de notre Union un leader de l’économie circulaire.

Mais il ne s’agit pas seulement d’un projet environnemental ou économique : il doit s’agir aussi d’un nouveau projet culturel pour l’Europe. Chaque mouvement a son propre cachet. Et nous devons donner à notre changement systémique sa propre esthétique – pour combiner style et durabilité.

C’est pourquoi nous allons créer un nouveau Bauhaus européen – un espace de co-création dans lequel les architectes, les artistes, les étudiants, les ingénieurs, les designers travaillent ensemble pour réaliser cet objectif.

Un monde servi par une économie qui réduit les émissions, stimule la compétitivité, réduit la précarité énergétique, crée des emplois gratifiants et améliore la qualité de vie.

Un monde dans lequel les technologies numériques servent à bâtir une société plus saine et plus verte.

Cela ne pourra se faire que si nous agissons ensemble, et je veillerai tout particulièrement à ce que les plans de relance ne nous fassent pas seulement sortir de la crise, mais nous aident aussi à propulser l’Europe vers le monde de demain.

Mesdames et Messieurs les députés,

Imaginez-vous un instant vivre cette pandémie sans le numérique. Devoir observer une quarantaine – isolés de votre famille et de votre communauté, coupés du monde du travail – ou encore, éprouver de grandes difficultés à vous approvisionner. En fait, il n’est pas si difficile d’imaginer que cela s’est produit il y a cent ans, lors de la dernière grande pandémie.

Un siècle plus tard, les technologies modernes permettent aux jeunes de suivre un enseignement à distance et à des millions de gens de travailler en restant à la maison. Elles permettent aux usines de continuer à tourner, aux entreprises de vendre leurs produits et aux administrations publiques de fournir, à distance, des services publics essentiels aux citoyens. L’innovation et la transformation numériques réalisées en quelques semaines auraient pris des années en d’autres circonstances.

Nous atteignons les limites de ce qu’il est possible de faire avec les moyens analogiques. Et cette accélération ne fait que commencer.

Nous devons faire de la décennie qui s’ouvre la « décennie numérique » de l’Europe.

Nous avons besoin d’un plan commun pour l’Europe numérique, avec des objectifs clairement définis pour 2030, notamment en matière de connectivité, de compétences et de services publics numériques. Nous devons aussi nous doter de principes clairs : le droit au respect de la vie privée et à la connectivité, la liberté d’expression, la libre circulation des données et la cybersécurité.

Mais l’Europe doit montrer la voie à suivre dans le domaine du numérique, sinon elle sera contrainte de s’aligner sur d’autres acteurs qui fixeront ces normes pour nous. C’est pourquoi nous devons agir vite.

Il y a trois domaines sur lesquels nous devrions, selon moi, nous concentrer.

Premièrement, les données.

En ce qui concerne les données à caractère personnel – dans le commerce entre entreprises et consommateurs – l’Europe a été trop lente et dépend désormais des autres.

Il ne faut pas que cela se répète avec les données industrielles. La bonne nouvelle, c’est que, dans ce domaine, l’Europe est encore en tête – nous avons la technologie, et surtout l’industrie.

Mais la course n’est pas gagnée pour autant. Le volume de données industrielles dans le monde quadruplera au cours des cinq prochaines années, et les opportunités qu’elles offrent croîtront au même rythme. Nous devons donner à nos entreprises, PME et start-ups, ainsi qu’à nos chercheurs, les moyens d’exploiter pleinement leur potentiel. Les données industrielles valent de l’or lorsqu’il s’agit de mettre au point de nouveaux produits et services.

La réalité, malheureusement, est que 80 % des données industrielles sont collectées mais ne sont jamais utilisées. C’est du gaspillage.

Une véritable économie des données serait, en revanche, un puissant moteur d’innovation et de création d’emplois. Nous devons donc préserver ces données dans l’intérêt de l’Europe et les rendre largement accessibles. Il nous faut des espaces de données communs, par exemple dans les secteurs de l’énergie ou des soins de santé. Cela renforcerait les écosystèmes d’innovation où les universités, les entreprises et les institutions de recherche bénéficieraient d’un accès sécurisé aux données et pourraient collaborer sur cette thématique.

C’est pourquoi, dans le cadre de NextGenerationEU, nous allons créer un « cloud » européen, fondé sur Gaia X.

Le deuxième domaine sur lequel nous devons concentrer nos efforts, c’est la technologie – et en particulier celle de l’intelligence artificielle.

Le niveau l’investissement européen en matière d’IA reste significativement moindre qu’aux États-Unis ou en Chine. Lire plus

Qu’il soit question d’agriculture de précision, de diagnostics médicaux plus fiables ou de conduite autonome sécurisée, l’intelligence artificielle nous ouvrira de nouveaux mondes. Mais ces mondes ont aussi besoin de règles.

La bataille des normes est devenue un élément essentiel du débat sur la souveraineté. L’Union figure sur ce terrain au rang des trois grandes puissances capables d’exercer une influence normative significative dans la lutte pour la définition des règles du jeu de la mondialisation. L’idée de pérennisation de “l’effet Bruxelles” sur les données ou le numérique en général était donc assez présente dans le discours.

Nous, en Europe, nous voulons un socle de règles qui place l’humain au centre. Les algorithmes ne doivent pas être une boîte noire, et il faut des règles claires si quelque chose tourne mal. La Commission proposera un instrument législatif à cet effet l’année prochaine.

Il portera notamment sur la maîtrise de nos données à caractère personnel, qui nous échappe trop souvent aujourd’hui. Chaque fois qu’une application ou un site web nous propose de créer une nouvelle identité numérique ou de nous connecter facilement via une grande plateforme, nous n’avons aucune idée de ce que deviennent nos données, en réalité.

C’est pourquoi la Commission proposera bientôt une identité électronique européenne sécurisée.

Une identité fiable, que tout citoyen pourra utiliser partout en Europe pour n’importe quel usage, comme payer ses impôts ou louer un vélo. Une technologie qui nous permettra de contrôler quelles données nous partageons et l’usage qui pourra en être fait.

Le troisième point concerne les infrastructures.

Il faut que les connexions de données suivent l’évolution rapide que connaît notre société.

Si nous cherchons à créer une Europe de l’égalité des chances, il est inacceptable que 40 % des habitants des zones rurales n’aient toujours pas accès à une connexion à haut débit rapide.

Ce type de connexion est désormais indispensable pour pouvoir télétravailler, apprendre à domicile, acheter en ligne et, de plus en plus, utiliser de nouveaux services importants. Sans connexion à haut débit, il est pratiquement impossible de développer ou de gérer une entreprise efficacement.

Les connexions rapides représentent une chance unique – mais aussi un préalable – pour revitaliser les zones rurales. Ces dernières en ont absolument besoin pour tirer le meilleur parti de leur potentiel et attirer davantage de personnes et d’investissements.

Le coup de fouet que NextGenerationEU va donner à l’investissement est une occasion unique de stimuler la croissance jusqu’au moindre village. C’est pourquoi nous voulons concentrer nos investissements sur la connectivité sécurisée et sur le déploiement de la 5G, de la 6G et de la fibre.

NextGenerationEU est aussi une occasion unique d’élaborer une approche européenne plus cohérente en matière de connectivité et de déploiement d’infrastructures numériques.

Aucun de ces objectifs n’est une fin en soi – ce qui est en jeu, c’est la souveraineté numérique de l’Europe, à petite et à grande échelle.

Dans cet esprit, je suis heureuse d’annoncer un investissement de 8 milliards d’euros dans la prochaine génération de superordinateurs – une technologie de pointe « made in Europe ».

Nous voulons aussi voir l’industrie européenne développer ses propres microprocesseurs de prochaine génération, qui nous permettront d’utiliser des volumes de données croissants en économisant l’énergie et en toute sécurité.

Voilà de quoi sera faite la « décennie numérique de l’Europe » !

La Commission a publié la semaine dernière la mise à jour triennale de la liste des matières premières critiques – à laquelle s’ajoute pour la première fois le lithium, métal particulièrement stratégique pour la transition écologique et ses applications, comme dans le secteur énergétique ou dans l’automobile pour la fabrication de batteries. Les matières premières critiques comme les métaux rares sont des ressources finies, aussi inégalement situées dans le monde que les hydrocarbures sur lesquels repose l’économie telle que nous la connaissons. Autour d’elles s’est structuré un marché mondial à la pression concurrentielle croissante, polarisé entre un nombre limité d’acteurs en position de force, parmi lesquels la Chine, qui produit aujourd’hui 95 % des terres rares consommées dans le monde. Selon l’OCDE, l’Union dépendrait de 75 à 100 % d’importations pour son approvisionnement en matières premières critiques. Pour faire face à cette dépendance sans compromettre les ambitions industrielles et énergétiques de l’Europe, la Commission envisage d’une part de lancer avant la fin de l’année une alliance industrielle pour construire les modalités de son autonomie stratégique et de sa “résilience”, notamment dans la perspective de l’adoption de critères financiers spécifiques aux matières premières dans sa Taxonomie. D’autre part, la Commission a mis l’accent sur l’importance du recyclage des métaux stratégiques et la recherche de substituts dans son Plan d’action, dans la continuité de l’ambition relative à l’économie circulaire du Green Deal. Le programme Horizon 2020 portera un cadre dédié au soutien au recyclage à partir de 2021. Voir plus

Mesdames et Messieurs les députés,

Si l’Europe veut aller de l’avant et avancer rapidement, nous devons balayer nos hésitations.

L’enjeu, c’est de donner à l’Europe davantage de prise sur son avenir.

Nous avons tout ce qu’il faut pour y parvenir. Et le secteur privé attend désespérément d’y contribuer, lui aussi.

Avec les nouveaux pôles numériques qui voient le jour un peu partout, de Sofia à Lisbonne ou Katowice, il n’y a jamais eu de meilleur moment pour investir dans les entreprises technologiques européennes. Nous avons les personnes, les idées et la force d’une Union pour réussir.

C’est la raison pour laquelle nous investirons 20 % du budget de NextGenerationEU dans le numérique.

Nous voulons ouvrir la voie, une voie européenne, de l’ère numérique : une voie qui repose sur nos valeurs, notre force, nos ambitions mondiales.

L’intensification des usages du numérique s’accompagne d’une explosion de l’empreinte environnementale du secteur. En France, les émissions du secteur numérique pourraient augmenter de 60 % d’ici 2040 à politique constante, du fait de la hausse du trafic de données, elle-même résultant de la multiplication des équipements terminaux et des infrastructures de stockage de données. L’exemple de la technologie 5G illustre clairement les débats sur l’empreinte carbone du numérique dans la lutte contre le changement climatique. Si elle présente une meilleure efficacité énergétique que les générations mobiles précédentes, elle implique un renouvellement des équipements terminaux et pourrait entraîner une multiplication des usages (vidéo 4K, puis 8K, cloud gaming, voiture autonome…). L’efficacité énergétique de la 5G commence à être débattue, et la question de la soutenabilité de la consommation du numérique doit être prise en considération dans l’élaboration des politiques publiques européennes. La lutte contre l’obsolescence programmée, l’augmentation de la durée de vie de certains équipements, la régulation des forfaits Internet et le recours aux énergies renouvelables pour alimenter les infrastructures énergivores sont autant de pistes qui doivent être explorées parallèlement à l’investissement dans des technologies innovantes. 

UNE EUROPE PLEINE DE VITALITÉ DANS UN MONDE FRAGILE

Mesdames et Messieurs les députés,

L’Europe est résolue à profiter de cette période de transition pour construire le monde dans lequel nous voulons vivre. Bien sûr, cela ne s’arrête pas à nos frontières.

La pandémie a mis en évidence à la fois la fragilité du système mondial et l’importance que revêt la coopération pour relever les défis collectifs.

Face à la crise que connaît le monde, certains choisissent le repli sur soi. D’autres s’emploient activement à déstabiliser le système.

L’Europe choisit de tendre la main.

Notre vision du leadership, ce n’est pas une propagande qui sert nos intérêts. Il ne s’agit pas de faire passer l’Europe d’abord. Il s’agit plutôt d’être les premiers à répondre à l’appel lorsque cela s’avère nécessaire.

Durant la pandémie, des avions européens ont livré des milliers de tonnes d’équipements de protection dans le monde entier, du Soudan à l’Afghanistan, de la Somalie au Venezuela.

Aucun d’entre nous ne sera en sécurité tant que nous ne serons pas tous en sécurité, et ce, peu importe l’endroit où que nous vivions, ou ce que nous possédions.

Un vaccin accessible, abordable et sûr est le moyen le plus prometteur d’assurer notre sécurité.

Au début de la pandémie, il n’y avait pas de financement, pas de cadre mondial pour le développement d’un vaccin contre le coronavirus, juste une course pour être le premier à se le procurer.

C’est le moment où l’UE est intervenue pour organiser une réponse mondiale. Avec la société civile, le G20, l’OMS et d’autres partenaires, nous avons réuni plus de 40 pays pour lever 16 milliards d’euros pour financer la recherche sur des vaccins, des tests et des traitements pour le monde entier, démontrant ainsi le pouvoir mobilisateur inégalé de l’UE.

Mais trouver un vaccin ne suffit pas. Nous devons veiller à ce que les citoyens européens et ceux du monde entier y aient accès.

Faut-il craindre une accès inégal aux stocks de vaccins ? On peut considérer que la compétition entre les États est bien réelle, mais qu’il s’agit avant tout d’une compétition économique et de prestige, plus qu’une véritable « compétition pour la survie » entre États. Ainsi ce qu’il y a la clef pour ceux qui parviendront à développer le « premier » ou le « meilleur » vaccin consistera essentiellement en un retour financier conséquent et un apport aux équipes de recherche, à l’entreprise pharmaceutique, ainsi qu’à l’État concerné d’un gain de prestige considérable. Il s’agira également d’un élément de fierté nationale pour le ou les pays concernés, qui s’appuieront sur ce succès pour vanter la qualité de leur recherche scientifique de pointe. Lire plus

L’UE a adhéré ce mois-ci au mécanisme mondial COVAX et a apporté une contribution de 400 millions d’euros pour que des vaccins sûrs deviennent accessibles non seulement à ceux qui en ont les moyens mais à tous ceux qui en ont besoin.

Le nationalisme vaccinal met des vies en danger. La coopération en matière de vaccins les sauve.

Malgré un accès qui sera forcément inégal, les risques de pénurie prononcée semblent modérés. Car il faut avoir à l’esprit que les campagnes de vaccination qui seront menées dans le cadre du Covid-19 dépendent d’un certain nombre de paramètres : capacité de production, facteurs sociétaux et logistiques, etc. Lire plus

Mesdames et Messieurs les députés,

Nous sommes fermement convaincus de la force et de la valeur de la coopération au sein d’organismes internationaux.

C’est avec une Organisation des Nations unies forte que nous pourrons trouver des solutions à long terme à des crises comme celles que connaissent la Libye ou la Syrie.

C’est avec une Organisation mondiale de la santé forte que nous pourrons mieux nous préparer et réagir aux pandémies mondiales ou aux épidémies locales – coronavirus ou Ebola.

Et c’est avec une Organisation mondiale du commerce forte que nous pourrons garantir une concurrence équitable pour tous.

Mais il faut aussi reconnaître qu’il n’a jamais été aussi urgent de revitaliser et de réformer le système multilatéral. Une paralysie insidieuse a gagné notre système mondial. De grandes puissances se retirent des institutions ou bien les prennent en otage pour servir leurs propres intérêts.

Toutes ces voies sont sans issue. Oui, nous voulons du changement. Mais du changement en construisant et non en détruisant.

C’est pourquoi je veux que l’UE prenne la tête du mouvement de réforme de l’OMC et de l’OMS, afin de les adapter au monde d’aujourd’hui.

Ici, Ursula von der Leyen rappelle les principaux points de la doctrine de relations extérieures européenne appelant à un positionnement plus géostratégique de l’Union ainsi qu’à la recherche d’une plus grande réciprocité dans les relations commerciales internationales. Elle dénonce la prise en otage des institutions internationales et appelle à une réforme du système multilatéral, notamment de l’OMS et de l’OMC. Dans sa critique du système de gouvernance chinois, elle a notamment fait référence à la doctrine présentée dans le document stratégique sur les relations UE-Chine en 2019 qui définissait la Chine à la fois comme “partenaire de coopération” et “rival systémique”.

Mais nous savons que les réformes multilatérales prennent du temps et, dans l’intervalle, le monde va continuer de tourner.

Il ne fait aucun doute que l’Europe doit prendre clairement position et intervenir rapidement sur les questions internationales.

La dernière réunion en date des dirigeants UE-Chine a eu lieu il y a deux jours.

Les relations sino-européennes sont fortement structurées par l’asymétrie et un manque de réciprocité. Les modalités et les conséquences de la montée en puissance de la Chine induisent un revirement stratégique et sécuritaire, qualifié en 2019 par la Commission de « rival systémique ». Nous avons amplement analysé la réunion virtuelle entre les dirigeants européens et chinois du 14 septembre ici

La relation que l’Union européenne entretient avec la Chine est à la fois l’une des plus importantes sur le plan stratégique et l’une de celles qui comportent le plus de défis.

Dès le début, j’ai dit que la Chine était un partenaire de négociation, un concurrent économique et un rival systémique.

Nous avons des intérêts communs sur des questions telles que le changement climatique – et la Chine s’est montrée disposée à coopérer en entamant un dialogue à haut niveau. Toutefois, nous attendons de la Chine qu’elle respecte les engagements qu’elle a pris dans le cadre de l’Accord de Paris et qu’elle donne l’exemple.

Il reste encore beaucoup à faire en ce qui concerne l’accès équitable aux marchés pour les entreprises européennes, la réciprocité et la surcapacité. Notre partenariat en matière de commerce et d’investissement reste déséquilibré.

Et il est incontestable que les systèmes de gouvernance et de société que nous promouvons sont très différents. Nous croyons à la valeur universelle de la démocratie et aux droits de l’individu.

L’Europe a elle aussi ses problèmes – pensons par exemple à l’antisémitisme. Mais nous en débattons dans la sphère publique. Non seulement la critique et l’opposition sont acceptées, mais elles sont protégées par la loi.

Nous devons donc toujours dénoncer les violations des droits de l’homme lorsqu’elles se produisent et où que ce soit, à Hong Kong ou chez les Ouïghours.

Mais qu’est-ce qui nous retient ? Pourquoi même de simples déclarations sur les valeurs de l’UE sont-elles retardées, édulcorées ou prises en otage pour d’autres motifs ?

Lorsque les États membres reprochent à l’Europe d’être trop lente, je leur demande de se montrer courageux et de passer enfin au vote à la majorité qualifiée – du moins en ce qui concerne les droits de l’homme et la mise en œuvre de sanctions.

Cette Assemblée a, à maintes reprises, appelé l’Europe à se doter d’un équivalent de la « loi Magnitsky » – et je peux annoncer que nous allons maintenant présenter une proposition.

Nous devons compléter notre boîte à outils.

Mesdames et Messieurs les députés,

Que ce soit à Hong Kong, à Moscou ou à Minsk : L’Europe doit prendre position clairement et rapidement.

Je veux le dire haut et fort : l’Union européenne est du côté du peuple biélorusse.

Nous sommes tous émus par l’immense courage de ceux et celles qui se sont rassemblés pacifiquement sur la place de l’indépendance ou qui ont participé à la courageuse marche des femmes.

Les élections qui les ont fait descendre dans la rue n’ont été ni libres ni équitables et la façon brutale dont le gouvernement a réagi a été honteuse.

Les Biélorusses doivent être libres de décider eux-mêmes de leur avenir. Ils ne sont pas de simples pions sur un échiquier.

L’Union a condamné les violences et a appelé pour de nouvelles élections. Les contacts fréquents entre la candidate de l’opposition Tikhanovkskaya et des dirigeants européens reflètent le positionnement de l’Union alors que Loukachenko a refusé de répondre à des appels téléphoniques du président français ou de la chancelière allemande. L’Union avait levé des mesures restrictives à l’encontre de 170 particuliers et quatre entreprises en 2016 mais compte maintenant imposer des sanctions contre 20 hauts responsables biélorusses soupçonnés de fraude électorale et de répression contre les manifestants. Les pays européens ne disposent cependant que de peu de leviers pour faire pression sur Loukachenko et l’adoption de sanctions risquent de représenter seulement un acte symbolique. Lire plus

À ceux qui plaident en faveur de liens plus étroits avec la Russie, je dis que l’empoisonnement d’Alexei Navalny avec un agent chimique neurotoxique n’est pas un acte isolé. Nous avons pu observer ce type de pratiques en Géorgie et en Ukraine, en Syrie et à Salisbury – sans parler de l’ingérence électorale dans le monde entier. 

Les critiques à l’égard de la Russie étaient particulièrement directes. La relance du projet de european Magnitsky act – un cadre similaire à celui adopté aux États-Unis permettant de sanctionner les personnes responsables de violations des droits de l’homme – a été accueillie positivement par le Parlement européen qui défend ardemment cette mesure. Fait notable, Ursula von der Leyen a notamment plaidé pour le passage à la majorité qualifiée dans le domaine des sanctions relatives aux violations des droits de l’homme.

Ces pratiques ne changent pas – et ce n’est pas un gazoduc qui va les faire changer.

L’affaire Navalny a repolarisé l’échiquier politique national allemand dans l’approche du projet Nord Stream 2. Le 4 septembre, deux jours après qu’Angela Merkel ait affirmé que l’opposant russe avait été empoisonné par un produit de la famille du novitchok, Norbert Röttgen a déclaré « Poutine ne comprend qu’un seul langage : celui du gaz et de l’argent », ajoutant que « finaliser Nord Stream 2 serait pour Poutine la confirmation qu’il peut continuer à faire la même politique qu’aujourd’hui. C’est pourquoi l’Europe doit décider d’arrêter Nord Stream 2 ». Les chefs de file écologistes appellent également à l’arrêt du projet. Katrin Goering-Eckardt, Co-présidente du groupe Alliance 90 / Les Verts au Bundestag, estime que l’empoisonnement devrait conduire l’Allemagne à dire que « Nord Stream 2 n’est plus quelque chose que nous pouvons poursuivre conjointement avec la Russie ». Lire plus

La Turquie est un voisin important et le sera toujours. Mais si nous sommes géographiquement proches, la distance entre nous semble ne cesser de croître. Oui, la Turquie se situe dans une région qui connaît des troubles. Et oui, elle reçoit des millions de réfugiés, pour l’accueil desquels nous versons une aide financière considérable. Mais rien de tout cela ne justifie les tentatives d’intimidation de ses voisins.

Nos États membres, Chypre et la Grèce, pourront toujours compter sur une solidarité totale de l’Europe pour protéger leurs droits légitimes en matière de souveraineté.

La présidente de la Commission adopte dans son discours une rhétorique de la désescalade plutôt que de la confrontation une position intermédiaire, entre la France et l’Allemagne. Pour rappel, alors que la France déployait des chasseurs Rafale en Méditerranée orientale, le Bundesregierung appelait au mois d’août conjointement « Paris, Athènes et Ankara » à tout mettre en œuvre pour éviter l’escalade. Nous avons analysé cette séquence et le positionnement allemand à travers la formule de « l’honnête courtier », qui date de Bismarck. Lire plus

La désescalade en Méditerranée orientale est dans notre intérêt mutuel. À cet égard, le retour des navires d’exploration vers les ports turcs ces derniers jours est une étape dans la bonne direction. Il était nécessaire pour créer l’espace indispensable au dialogue. Il n’y a qu’une voie à suivre : se garder d’agir unilatéralement et reprendre les pourparlers en toute bonne foi, car c’est la voie qui mène vers la stabilité et les solutions durables.

Mesdames et Messieurs les députés,

L’Europe doit réagir de manière plus ferme aux événements qui se déroulent sur la scène internationale, mais elle doit aussi approfondir et améliorer ses partenariats avec ses amis et alliés.

Et elle doit commencer par revitaliser les partenariats établis de plus longue date.

Nous ne sommes peut-être pas toujours d’accord avec les décisions récentes de la Maison-Blanche. Mais nous chérirons toujours l’alliance transatlantique — fondée sur des valeurs et une histoire communes, et sur un lien indéfectible entre nos peuples.

Anthony Garner, l’ambassadeur des États-Unis auprès de l’Union de l’ère Obama, a fait dans les colonnes du Grand Continent l’état des lieux en dix points des relations transatlantiques à l’ère Trump. Lire plus

Quoi qu’il arrive à la fin de cette année, nous sommes donc prêts à élaborer un nouvel agenda transatlantique pour renforcer notre partenariat bilatéral – que ce soit dans le domaine du commerce, de la technologie ou de la fiscalité.

Et nous sommes prêts à travailler ensemble à la réforme du système international que nous avons construit ensemble, avec des partenaires partageant les mêmes valeurs, dans nos propres intérêts et dans l’intérêt du bien commun.

Nous devons prendre un nouveau départ avec de vieux amis – de part et d’autre de l’Atlantique et de part et d’autre de la Manche.

La scène qui s’est déroulée dans ce même hémicycle, quand nous nous sommes dit au revoir sur la mélodie de « Ce n’est qu’un au revoir » en nous tenant par la main, était éloquente. Elle montrait que l’affection portée au peuple britannique ne faiblira jamais.

En revanche, chaque jour qui passe voit vraiment faiblir les chances de conclure un accord à temps. Les négociations sont toujours difficiles. Nous y sommes habitués.

Et la Commission a, en la personne de Michel Barnier, le négociateur le plus compétent et le plus expérimenté, pour nous guider parmi ces écueils.

Cependant, les négociations n’ont pas progressé comme nous l’aurions souhaité. Il nous reste désormais très peu de temps.

Comme toujours, cette Assemblée sera la première informée et elle aura le dernier mot.

Dans son discours, Ursula von der Leyen a été particulièrement attentive à sa relation avec le Parlement. Consciente du caractère fragile de sa majorité parlementaire, la présidente de la Commission n’ignore pas que les eurodéputés ont eu le sentiment d’être marginalisés pendant les six derniers mois de gestion de crise. Au-delà de l’approbation formelle des perspectives budgétaires, l’exécutif européen doit amorcer un rééquilibrage de l’échiquier interinstitutionnel européen s’il veut s’assurer l’adhésion du Parlement sur ses projets de long terme. Le Parlement étant co-législateur à égalité avec le Conseil de l’UE dans le cadre de la procédure législative ordinaire, la validation et la mise en oeuvre des propositions législatives de la Commission seront dépendantes de la majorité sur laquelle elle peut s’appuyer. Cette volonté de valoriser le travail parlementaire peut être envisagée dans une perspective de clôture de “l’état de crise” de l’UE et de retour progressif à un policy-making “normal”. La présidente ne s’est toutefois pas avancée sur l’énumération de gages concrets pour les parlementaires. Sa capacité effective à soutenir les positions du Parlement sera donc un élément déterminant pour la suite de son mandat.

Et je peux vous assurer que nous continuerons à vous tenir informés en permanence, tout comme nous l’avons fait pour l’accord de retrait. Les négociations sur cet accord ont duré trois ans et nous y avons travaillé sans relâche. Ligne après ligne, mot après mot.

Et ensemble, nous avons réussi. Le résultat préserve les droits de nos citoyens, les intérêts financiers, l’intégrité du marché unique – et surtout l’accord du Vendredi saint. L’UE et le Royaume-Uni ont convenu que c’était le meilleur et le seul moyen d’assurer la paix sur l’île d’Irlande.

Et nous ne reviendrons jamais là-dessus. Cet accord a été ratifié par cette Assemblée et par la Chambre des communes.

Il est impossible de le modifier unilatéralement, de l’ignorer ou de cesser d’en appliquer les dispositions. C’est une question de droit, de confiance et de bonne foi.

Et ce n’est pas seulement moi qui le dis – je vous rappelle les paroles de Margaret Thatcher :

« Le Royaume-Uni ne viole pas les traités. Ce serait mauvais pour la Grande-Bretagne, mauvais pour les relations avec le reste du monde et mauvais pour tout futur traité commercial ».

Ce qui était vrai à l’époque l’est toujours aujourd’hui.

La confiance est le fondement de tout partenariat solide.

Avare de références dans ce discours, Ursula von der Leyen a toutefois cité Margaret Thatcher. Ce choix n’est pas un hasard et participe d’une sémantique qui ne se limite pas au seul rejet de la position britannique actuelle relative au Brexit. Il s’agit également d’une volonté de réhabilitation de la doctrine européenne thatchérienne – principalement axée sur la réalisation du marché commun – à l’aune des fortes tensions politiques exprimées lors des négociations budgétaires du mois de juillet. L’ambition géopolitique et ses orientations presque régaliennes très affirmées par la Commission depuis sa prise de fonction ont ainsi cédé du terrain aux thématiques de relance économique et d’approfondissement du marché unique. 

L’Europe sera toujours prête à établir des partenariats solides avec ses voisins les plus proches.

Cela commence par les Balkans occidentaux.

Il y a six mois, la décision d’ouvrir des négociations d’adhésion avec l’Albanie et la Macédoine du Nord a réellement été historique.

En effet, l’avenir de toute cette région est bien dans l’UE. Nous partageons la même histoire et la même destinée.

Les Balkans occidentaux font partie de l’Europe, ils ne sont pas seulement une escale sur la route de la soie.

Nous présenterons bientôt un plan de relance économique pour les Balkans occidentaux, axé sur un certain nombre d’initiatives régionales d’investissement.

Et nous serons également présents pour les pays du partenariat oriental et pour nos partenaires dans le voisinage méridional, afin de les aider à créer des emplois et à relancer leurs économies.

Lorsque j’ai pris mes fonctions, ma toute première visite à l’extérieur de l’Union européenne a été pour l’Union africaine, et ce choix s’est imposé tout naturellement. Il s’est imposé naturellement, et le message était clair, parce que nous ne sommes pas seulement voisins, nous sommes des partenaires naturels.

Trois mois plus tard, lors d’une nouvelle visite avec l’ensemble du Collège, nous avons établi nos priorités pour notre nouvelle stratégie avec l’Afrique. Il s’agit d’un partenariat fondé sur l’égalité, qui offre aux deux parties des perspectives et des responsabilités communes.

L’Afrique sera un partenaire essentiel pour bâtir le monde dans lequel nous voulons vivre – tant en ce qui concerne les questions liées au climat que le numérique ou le commerce.

Alors que l’Afrique apparaît comme une préoccupation principale de la Commission von der Leyen, le partage de compétences entre les organes de la diplomatie européenne (Commission, Service européen pour l’action extérieure, Directions générales) et la multiplication des interlocuteurs rendent difficile la mise en place d’une action cohérente. Olivier Vallée revient dans cette analyse sur les relations Union-Afrique. 

Mesdames et Messieurs les députés,

Nous continuerons à croire en des relations commerciales ouvertes et équitables à travers le monde. Non comme une fin en soi – mais comme un moyen d’apporter la prospérité à nos pays et de promouvoir nos valeurs et nos normes. Plus de 600 000 emplois en Europe sont étroitement liés aux échanges commerciaux avec le Japon. Et l’accord que nous avons récemment conclu avec le Viêt Nam a permis de garantir des droits historiques à des millions de travailleurs sur place.

Nous ferons usage de notre puissance diplomatique et de notre influence économique pour négocier des accords qui font la différence – des accords prévoyant, par exemple, des zones maritimes protégées en Antarctique. Il s’agirait de l’un des plus grands actes de protection de l’environnement de l’histoire.

Nous constituerons des coalitions extrêmement ambitieuses sur des questions telles que

l’éthique numérique ou la lutte contre la déforestation – et nous développerons des collaborations avec tous les partenaires partageant les mêmes idées – des démocraties asiatiques à l’Australie, l’Afrique, les Amériques et à tout autre pays souhaitant y adhérer.

Nous œuvrerons à une mondialisation juste. Mais nous ne pouvons pas la considérer pour acquise. Nous devons mettre l’accent sur l’équité et sur l’égalité des conditions de concurrence. Et l’Europe ira de l’avant – seule ou avec des partenaires souhaitant se joindre à elle.

Nous travaillons, par exemple, actuellement à un mécanisme d’ajustement carbone aux frontières.

Le carbone doit avoir son prix – parce que la nature ne peut plus en payer le prix.

Ce mécanisme d’ajustement carbone aux frontières devrait inciter les producteurs étrangers et les importateurs de l’UE à réduire leurs émissions de carbone, tout en veillant à l’égalité des conditions de concurrence d’une manière compatible avec les règles de l’OMC.

Longtemps promu par la France sans grand succès, l’ajustement carbone aux frontières de l’Union européenne était au programme de la plupart des partis politiques en mai dernier lors des élections européennes. L’ajustement carbone aux frontières, au-delà d’une mesure technique ravivant la compétitivité des entreprises européennes, doit engager une remise en question profonde de la politique commerciale de l’Union pour répondre à l’urgence climatique. Lire plus

Le même principe s’applique à la fiscalité numérique. Nous mettrons tout en œuvre pour parvenir à un accord dans le cadre de l’OCDE et du G20. Mais il ne fait aucun doute que, si l’accord conclu ne permet pas la mise en place d’un système fiscal équitable procurant des recettes durables à long terme, l’Europe présentera une proposition en ce sens au début de l’année prochaine.

Nous souhaitons que l’Europe joue, au niveau mondial, le rôle de défenseur de l’équité.

UNE NOUVELLE VITALITÉ POUR L’EUROPE

Mesdames et Messieurs les députés,

Si l’Europe veut jouer ce rôle vital dans le monde, elle doit également faire naître une nouvelle vitalité sur le plan interne.

Et pour pouvoir aller de l’avant, nous devons à présent surmonter les divergences qui nous ont empêchés d’avancer.

L’accord historique sur l’instrument pour la relance NextGenerationEU montre qu’il est possible de dépasser ces divergences. La rapidité avec laquelle nous avons pris des décisions en matière de règles fiscales, d’aides d’État ou concernant l’instrument SURE est la preuve que, malgré ces divergences, nous pouvons agir.

Alors, agissons.

La question de la migration a fait l’objet de discussions suffisamment longues.

La migration a toujours existé en Europe – et elle existera toujours. Au fil des siècles, elle a défini nos sociétés, enrichi nos cultures et façonné nombre de nos vies. Et il en sera toujours ainsi.

Comme nous le savons tous, la crise migratoire de 2015 a causé des divisions nombreuses et profondes entre les États membres – certaines des cicatrices qu’elle a laissées sont toujours visibles aujourd’hui.

Des mesures importantes ont été prises depuis lors. Mais il reste encore beaucoup à faire.

Si nous nous montrons tous prêts à faire des compromis – sans toutefois accepter la moindre compromission par rapport à nos principes – nous pouvons trouver des solutions.

La semaine prochaine, la Commission présentera son nouveau pacte sur la migration.

Quelques jours avant le discours sur l’état de l’Union, la Commission a annoncé avoir avancé la présentation du prochain pacte migratoire au 23 septembre, alors que le camp de Moria, symbole de l’action européenne en la matière, a été emporté par les flammes la semaine dernière. Si le détail des propositions reste à définir, les premiers éléments de ce dossier ultrasensible semblent très axés sur une approche sécuritaire. Margaritis Schinas, le commissaire européen en charge de ces questions était déjà un membre clé de la Commission Juncker. Nul doute qu’il se souvient de l’échec de la politique de quotas qui avait été élaborée pour gérer l’afflux migratoire du printemps 2015. La Commission est donc très attendue sur la question du partage de la charge des arrivées de demandeurs d’asile dans l’Union, notamment le nouveau système européen de gouvernance de la migration qui remplacera le règlement de Dublin. Sa capacité à assurer la mise en oeuvre effective de cet épineux dossier sera un des principaux enjeux des années à venir.

Nous adopterons une approche axée sur l’humain et empreinte d’humanité. Le sauvetage des vies humaines en mer n’est pas optionnel. Et les pays qui remplissent leurs obligations juridiques et morales ou qui sont plus exposés que les autres doivent pouvoir compter sur la solidarité de toute notre Union européenne.

Nous prévoirons un lien plus étroit entre l’asile et le retour. Nous devons établir une distinction claire entre les personnes qui ont le droit de rester et celles qui ne jouissent pas de ce droit.

Nous prendrons des mesures pour lutter contre les passeurs, pour renforcer les frontières extérieures, pour approfondir les partenariats extérieurs et pour créer des voies légales d’accès.

En outre, nous veillerons à ce que les personnes qui ont le droit de rester soient intégrées et se sentent les bienvenues.

Elles ont un avenir à bâtir – et des compétences, de l’énergie et du talent.

Je pense ainsi à Suadd, cette réfugiée adolescente syrienne arrivée en Europe et qui rêvait de devenir médecin. En trois ans, elle a obtenu une bourse prestigieuse du Collège royal de chirurgie en Irlande.

Je pense aussi à ces médecins réfugiés libyens et somaliens qui ont proposé leurs compétences médicales au moment où la pandémie frappait la France.

Mesdames et Messieurs les députés, si nous songeons aux épreuves que ces personnes ont surmontées et à ce qu’elles ont accompli, nous n’avons pas d’autre choix que de nous montrer capables de gérer ensemble la question de la migration.

Les images du camp de Moria nous rappellent douloureusement que l’Europe doit agir dans l’unité.

Nous devons tous intensifier nos efforts en la matière et prendre nos responsabilités – et c’est précisément ce que fera la Commission. La Commission travaille actuellement à l’élaboration d’un plan en vue d’un projet pilote mené conjointement avec les autorités grecques, pour installer un nouveau camp sur l’île de Lesbos. Nous pouvons apporter notre aide dans le cadre des procédures d’asile et de retour et améliorer sensiblement les conditions de vie des réfugiés.

Mais soyons clairs : si nous intensifions nos efforts, nous attendons de tous les États membres qu’ils intensifient eux aussi leurs efforts.

La migration constitue un défi européen et c’est l’ensemble de l’Europe qui doit faire sa part.

Nous devons rétablir la confiance entre nous et aller de l’avant ensemble.

Et cette confiance est au cœur même de notre Union et de notre façon de faire les choses ensemble.

Elle est ancrée dans nos valeurs fondatrices, dans nos démocraties et dans notre communauté de droit – pour reprendre le terme utilisé par Walter Hallstein.

Il ne s’agit pas d’un terme abstrait. L’état de droit contribue à protéger les citoyens du règne de la loi du plus fort. Il est le garant de nos droits et libertés les plus élémentaires, au jour le jour. Il nous permet d’exprimer nos opinions et d’être informés par une presse libre.

Avant la fin du mois, la Commission adoptera le premier rapport annuel sur l’état de droit, couvrant tous les États membres.

Il s’agit d’un outil de prévention permettant de détecter rapidement les problèmes et de trouver des solutions.

Nous souhaitons qu’il s’agisse d’un point de départ pour la Commission, le Parlement et les États membres, afin que les engagements pris ne soient pas remis en cause.

La Commission attache la plus haute importance à l’état de droit. C’est pourquoi nous veillerons à protéger les fonds disponibles au titre de notre budget et de l’instrument NextGenerationEU contre toutes les formes de fraude, la corruption et les conflits d’intérêts. Il s’agit d’un point non négociable.

Sur les mécanismes de protection de l’état de droit, notamment budgétaires, les déclarations d’Ursula von der Leyen étaient vagues malgré une intention affichée d’en faire “un point non négociable”. Très controversé, ce sujet a été l’un des principaux points de blocage des négociations du mois de juillet et demeure pour le moment sans issue. On constate notamment que les conclusions du Conseil étaient elles-mêmes volontairement ambiguës, permettant aux camps des défenseurs de l’état de droit comme aux pays visés par les éventuelles sanctions de se déclarer victorieux. De fait, le document appelait la Commission à “proposer des mesures en cas de manquement” malgré les propositions déjà présentées en 2018. Celles-ci envisageaient que l’acte d’exécution d’une suspension de paiement soit considéré comme adopté à moins que le Conseil ne la rejette dans un délai d’un mois selon les règles de la majorité qualifiée inversée. De plus, les chefs d’état et de gouvernement ont limité d’emblée la portée du futur dispositif en précisant que les mesures seront adoptées par le Conseil statuant à la majorité qualifiée. Dès lors, selon l’interprétation de la Commission, mais surtout du Conseil, les prochaines étapes peuvent conduire aussi bien à un abandon de la conditionnalité qu’à un renforcement important mais rien n’indique aujourd’hui quelle orientation sera privilégiée. On peut s’attendre à ce que le Parlement européen, très incisif sur cette problématique, en fasse une priorité dans les mois à venir.

Toutefois, les derniers mois nous ont également rappelé à quel point l’état de droit pouvait être fragile. Nous avons le devoir de faire preuve d’une vigilance permanente afin de protéger l’état de droit et de lui permettre de prospérer.

Les atteintes à l’état de droit ne peuvent être tolérées. Nous continuerons à défendre l’état de droit et à défendre l’intégrité de nos institutions européennes, qu’il s’agisse de la primauté du droit européen, de la liberté de la presse, de l’indépendance du pouvoir judiciaire ou de la vente de « passeports dorés ». Les valeurs européennes ne sont pas à vendre.

Mesdames et Messieurs les députés,

Ces valeurs sont plus importantes que jamais. Je formule cette affirmation, car lorsque je pense à l’état de notre Union, ce sont les paroles de JohnHume – l’un des grands Européens malheureusement décédés cette année – qui me viennent à l’esprit.

Si de nombreuses personnes vivent en paix aujourd’hui sur l’île d’Irlande, c’est en grande partie parce que John Hume croyait, d’une manière indéfectible, en l’humanité et en la résolution des conflits.

Il avait l’habitude de dire que le conflit était une question de différence et que la paix était une question de respect de la différence.

Et comme il l’a si justement rappelé en 1998 devant cette Assemblée : « Les visionnaires européens ont décidé que la différence n’est pas une menace, la différence est naturelle. La différence est l’essence même de l’humanité ».

Ces mots sont plus importants aujourd’hui qu’ils ne l’ont jamais été.

Parce que, lorsque nous regardons autour de nous, nous nous demandons où est l’essence de l’humanité quand trois enfants du Wisconsin voient leur père être la cible des balles la police alors qu’ils sont assis dans leur voiture.

Nous nous demandons où est l’essence de l’humanité lorsque des citoyens vêtus de costumes antisémites défilent ouvertement dans nos rues à l’occasion du carnaval ?

Où est l’essence de l’humanité lorsque, tous les jours, des Roms sont exclus de la société et que d’autres personnes sont repoussées simplement à cause de leur couleur de peau ou de leurs croyances religieuses ?

Je suis fière de vivre en Europe, dans cette société ouverte, fondée sur des valeurs et prônant la diversité.

Pourtant, même ici dans cette Union – de telles histoires font partie de la réalité quotidienne de tant de citoyens.

Et cela nous rappelle que les progrès en matière de lutte contre le racisme et la haine sont fragiles – dans ce domaine, les avancées sont durement gagnées, mais très facilement perdues.

C’est la raison pour laquelle l’heure du changement a sonné.

Il est temps à présent de construire une Union véritablement antiraciste – en condamnant le racisme, mais aussi en agissant.

La Commission va présenter un plan d’action pour commencer à concrétiser ce projet.

Dans ce cadre, nous proposerons d’étendre la liste des infractions prévues par la législation de l’UE à toutes les formes de crimes de haine et de discours de haine – qu’ils se fondent sur la race, la religion, le genre ou la sexualité.

La haine est toujours de la haine – et personne ne devrait s’en accommoder. Nous renforcerons nos lois en matière d’égalité raciale là où des lacunes subsistent.

Nous utiliserons notre budget pour lutter contre la discrimination dans des domaines tels que l’emploi, le logement ou les soins de santé.

Nous deviendrons plus sévères en matière d’application de la législation en cas de retard de mise en œuvre.

Parce que dans cette Union, la lutte contre le racisme ne sera jamais optionnelle.

Nous améliorerons l’éducation et les connaissances sur les causes historiques et culturelles

du racisme.

Nous nous attaquerons aux préjugés inconscients, qu’ils soient le fait des citoyens, des institutions, voire des algorithmes.

En outre, la Commission désignera son tout premier coordinateur en matière de lutte contre le racisme afin d’accorder à cette question une attention prioritaire et de travailler directement avec les citoyens, la société civile et les institutions.

Mesdames et Messieurs les députés,

Nous ne ménagerons pas nos efforts pour construire une Union de l’égalité.

Une Union dans laquelle vous pouvez être qui vous êtes et aimer qui vous voulez – sans crainte de récrimination ou de discrimination.

Parce qu’être soi-même n’est pas une question d’idéologie.

C’est votre identité.

Et nul ne pourra jamais vous la retirer.

C’est la raison pour laquelle je souhaite être claire – les « zones sans LGBTQI » sont des zones sans humanité. Et elles n’ont pas leur place dans notre Union.

Afin de veiller à ce que nous soutenions l’ensemble de la communauté, la Commission proposera bientôt une stratégie visant à renforcer les droits des LGBTQI.

Dans ce cadre, je plaiderai également en faveur de la reconnaissance mutuelle des relations familiales dans l’UE. Si vous êtes parent dans un pays, vous êtes parent dans tous les pays.

CONCLUSION

Mesdames et Messieurs les députés,

Voici le monde dans lequel nous voulons vivre.

Le monde où nous sommes unis dans la diversité et l’adversité. Où nous travaillons ensemble pour surmonter nos différences – et où nous nous soutenons dans les moments difficiles.

Le monde plus fort, plus respectueux et plus sain de demain que nous construisons aujourd’hui pour nos enfants.

Mais pendant que nous essayons d’apprendre la vie à nos enfants, nos enfants nous apprennent ce qu’est la vie.

Cette année nous a montré à quel point cela est vrai.

Nous pouvons parler des millions de jeunes qui demandent un changement pour une planète plus saine.

Ou des centaines de milliers de magnifiques arcs-en-ciel de solidarité affichés aux fenêtres de toute l’Europe par nos enfants.

Mais il y a une image qui m’est restée en tête au cours de ces six derniers mois. Une image qui saisit le monde à travers les yeux de nos enfants.

C’est l’image de Carola et de Vittoria. Les deux jeunes filles jouant au tennis sur les toits de la Ligurie en Italie.

Il n’y a pas que le talent et le courage des filles qui ressort de cette image.

C’est surtout la leçon qui se cache derrière. Une leçon de ne jamais se laisser bloquer par les obstacles sur son chemin, ne jamais se faire freiner par les conventions, et de toujours saisir le moment.

Voici ce que Carola, Vittoria et tous les jeunes d’Europe nous apprennent chaque jour sur la vie. Ceci est la prochaine génération d’Européens. NextGenerationEU.

Cette année, l’Europe a suivi leur exemple et a fait un bond en avant ensemble.

Quand il a fallu trouver une voie pour notre avenir, nous n’avons pas laissé les vieilles conventions nous freiner.

Quand nous avons senti la fragilité autour de nous, nous avons saisi le moment pour donner une nouvelle vitalité à notre Union.

Et quand nous avons eu le choix de faire cavalier seul comme par le passé, nous avons utilisé toute la force des 27 pour donner à tous les 27 une chance pour l’avenir.

Nous avons montré que nous sommes ensemble dans cette histoire et que nous en sortirons ensemble.

Mesdames et Messieurs les députés,

L’avenir sera ce que nous en ferons. Et l’Europe sera ce que nous voulons qu’elle soit.

Cessons donc de la rabaisser. Et travaillons pour la construire. Pour la rendre forte. Et pour bâtir le monde dans lequel nous voulons vivre.

Vive l’Europe !

Sources
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