Charles Nonne


Après avoir boudé la région durant les années 2000, la France semble vouloir réinvestir diplomatiquement et économiquement l’Europe du sud-est. La dernière initiative en date a eu lieu fin février, lorsque la Ministre française des Affaires européennes Nathalie Loiseau s’est rendu à Belgrade, en prélude à une visite d’Emmanuel Macron dans la capitale serbe en juillet. Malgré les attentes suscitées par ce «  réinvestissement  », les capitales balkaniques reprochent à Paris sa frilosité sur l’élargissement de l’Union. Une fiche importante en occasion de la rencontre à Berlin, aujourd’hui 29 avril, avec les dirigeants des pays balkaniques co-organisée par l’Allemagne et la France, qui maintiennent des approches différentes vis-à-vis la région.

Albanie, Monténégro et Serbie sont tous trois frappés depuis l’hiver par une vague de contestations citoyennes. Parfois chaque semaine, des milliers de manifestants se rassemblent dans les capitales et les centres régionaux pour contester le pouvoir en place. Si les revendications relèvent le plus souvent du pouvoir d’achat, de la corruption et du changement démocratique, les mouvements sont très disparates et varient fondamentalement d’un pays à l’autre.

Le Parlement grec vient d’approuver par 153 voix contre 146 l’accord dit de Prespa, qui permet à l’ancienne République yougoslave de Macédoine (ARYM) de se renommer «  République de Macédoine du Nord  ». Avec cet acte final, Athènes lève son veto à l’adhésion de Skopje à l’OTAN et à l’Union européenne et met fin à un conflit de près de trente ans.

L’ancien Premier Ministre macédonien Nikola Gruevski, qui avait fui la Macédoine en novembre pour éviter son incarcération après une condamnation pour abus de pouvoir, est toujours à Budapest. Accueilli le 13 novembre par Viktor Orbán, bénéficiaire de l’asile politique, il y a reçu une complaisance bienveillante de la part des autorités hongroises, ainsi que de l’embarras de l’Union.

La Roumanie s’apprête à présider le Conseil de l’Union du 1er janvier au 30 juin 2019. Cette tâche, qui requiert du pays assurant la présidence de grandes compétences en négociation, une organisation très lourde et une excellente formation de ses cadres, est pour Bucarest une charge très importante. Le pays demeure attaqué pour ses résultats décevants concernant la corruption et l’État de droit, et ses divisions politiques internes risquent de porter atteinte à son travail.

Refroidi par l’échec relatif du référendum du 30 septembre, le gouvernement au pouvoir à Skopje joue le tout pour le tout pour arracher une révision constitutionnelle au Parlement macédonien et modifier le nom du pays. En effet, la Grèce refuse de qualifier son voisin septentrional de “Macédoine”, et bloque ainsi l’intégration européenne de cette dernière. Si l’”ancienne république yougoslave de Macédoine” venait à échouer à modifier sa Constitution et donc à changer de nom, le pays serait exposé à de nouvelles vulnérabilités.

Au lendemain des élections nationales du 7 octobre en Bosnie-Herzégovine, l’heure est à la célébration pour les nationalistes. Dans ce petit pays muni d’un système institutionnel particulièrement complexe, de très difficiles tractations sont requises pour la moindre décision sensible. Les nouvelles institutions issues du dernier scrutin risquent de mettre en avant des points de vue irréconciliables, dans une Bosnie qui commence à perdre foi en ses chances d’intégrer l’Union.