Asie Intermédiaire


Mi-février, deux événements internationaux importants ont mis l’accent sur l’avenir du Moyen-Orient. Les conférences de Varsovie et de Soči, parrainées respectivement par les États-Unis et la Russie, ont montré deux voies très différentes pour parvenir à une stabilisation régionale : d’une part, la tentative d’encercler l’Iran, à peine dissimulée par l’intention formelle de résoudre la question éternelle israélo-palestinienne ; de l’autre, la mobilisation d’un front hétérogène pour la fin de la guerre en Syrie. L’Europe, qui jusqu’à présent n’a pas été en mesure d’élaborer une stratégie indépendante, se positionne à mi-chemin.

Les tensions diplomatiques qui agitent le Golfe arabo-persique entre, d’une part, l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis, et de l’autre, le Qatar, pourraient se déplacer sur les terrains de football. En effet, des rumeurs font l’état d’un intérêt de Mohammad ben Salman pour le club anglais de Manchester United. Dans le sillage de Doha et d’Abou Dhabi, Riyad pourrait s’appuyer sur un puissant vecteur de soft power.

Un an exactement après le tour asiatique de son père, le roi Salman, le prince héritier Mohammed bin Salman a tenu une série de réunions de haut niveau du 17 au 22 février dans certains des principaux pays de la région. Le Pakistan, la Chine et l’Inde ont été les étapes de ce tour très attendu dans les milieux diplomatiques et d’affaires. Son but était de redorer l’image internationale du prince et du royaume saoudien lui-même, marquée par les critiques féroces qui ont surgi au lendemain du meurtre de Jamal Khashoggi.

Selon un rapport de Berlin Economics, un accord de paix sur le Haut-Karabagh aurait des conséquences économiques très positives sur les deux pays en conflit, surtout pour leurs besoins complémentaires qu’une collaboration étroite aiderait à résoudre. Dans un contexte de rapprochement entre les deux pays, le rapport peut donner une base d’inspiration pour le parcours vers la paix.

Le sommet de Varsovie du 13 et 14 février a rassemblé 60 pays en présence du Vice-président et Secrétaire d’État américains. Le dossier iranien y a eu la part belle, signant la fracture entre les États-Unis et les européens , ces derniers s’opposant toujours à la stratégie de « pression maximale » de l’administration Trump, mais signant également le réchauffement israélo-arabe à la faveur d’une hostilité commune à la République Islamique.

Au Tadjikistan, le gouvernement ne parvient pas à imposer son autorité sur la région autonome du Gorno-Badakhshan (GBAO), contrôlée par les “Autorités”, une poignée d’hommes influents à la tête de réseaux politiques et de milices armées. À l’approche de la passation de pouvoir, une transition mal contrôlée pourrait inciter les “Autorités” à se soulever de nouveau. L’instabilité dans le GBAO, décrit comme un des lieux les plus “stratégiquement sensibles” de l’Asie Centrale, pourrait menacer les équilibres dans toute la région.

Le voyage du pape François à Abou Dabi était un rendez-vous très attendu, non seulement en raison de sa forte charge morale et spirituelle, mais aussi et surtout en raison de ses innombrables implications géopolitiques : du thème de la protection des chrétiens au Moyen-Orient aux relations avec l’Islam en passant par l’actualité de la région et la valeur que les Émirats eux-mêmes ont donné à cette rencontre historique. En particulier, ce dernier aspect pourrait attester d’un rôle accru d’Abou Dabi dans la dynamique politique régionale.

Le 23 janvier, le numéro un de la diplomatie française, Jean-Yves Le Drian, déclarait devant la commission des Affaires étrangères de l’Assemblée nationale que le SPV, dispositif spécial très attendu qui prévoit le maintien de transactions entre les compagnies européennes et la République islamique en évitant d’utiliser le dollar, serait très bientôt en vigueur.

Le processus de paix pour la résolution du conflit du Nagorno-Karabagh est entré dans une nouvelle phase suite à la déclaration des premiers ministres arméniens et azéris affirmant « préparer les populations à la paix ». À Erevan et Bakou, plusieurs signaux témoignent d’une volonté d’avancer dans le processus, mais des résistances nationales pourraient constituer un obstacle important à une solution pacifique.