Selon une étude du Center for Strategic and International Studies (CSIS), l’armée américaine a utilisé plus de 1 000 missiles Tomahawk, un nombre équivalent de JASSM, des missiles longue portée tirés depuis les airs, et entre 1 000 et 1 400 missiles Patriot depuis le début de la contre l’Iran le 28 février 1.

Il faudrait entre 1 à 4 ans à l’armée américaine pour reconstituer ses stocks.

  • Durant les 39 jours de phase active du conflit, les États-Unis ont frappé 13 000 cibles en Iran, en utilisant principalement des missiles et des bombes.
  • Avec environ 1 000 sorties quotidiennes, les premiers jours de l’opération Epic Fury ont constitué la campagne aérienne la plus intense depuis l’opération Tempête du désert, en 1991.
  • L’armée américaine a ainsi épuisé une part importante de ses munitions offensives, mais également de ses munitions utilisées par des systèmes de défense anti-aérienne pour protéger ses bases et ses alliés dans la région.

Malgré un épuisement significatif de plusieurs munitions critiques, le CSIS estime que les États-Unis disposent de suffisamment de missiles pour poursuivre la guerre contre l’Iran — que ce soit dans le cadre d’une nouvelle campagne aérienne, ou bien d’un éventuel déploiement de troupes au sol. 

  • La diminution du nombre de projectiles (missiles et drones) lancés par l’Iran sur Israël et les pays du Golfe entre le début de la guerre et l’entrée en vigueur du cessez-le-feu fait penser que les États-Unis n’auraient pas besoin de consommer autant de munitions antiaériennes dans une nouvelle phase du conflit. 
  • De plus, l’armée américaine a déployé au cours des dernières semaines des technologies anti-drones ukrainiennes — comme la plateforme Sky Map et les systèmes Merops 2 — sur certaines de ses bases. Celles-ci sont beaucoup moins coûteuses que les missiles tirés par les systèmes Patriots et THAAD notamment.

Si l’armée américaine aurait des réserves suffisantes de munitions pour reprendre la guerre contre l’Iran, une reprise du conflit pourrait toutefois contribuer à diminuer la capacité des États-Unis à dissuader la Chine d’envahir Taïwan.

  • Un conflit de haute intensité contre l’Armée populaire de libération (APL) dans le détroit de Taïwan nécessiterait beaucoup plus de munitions que la guerre contre l’Iran, et pourrait s’accompagner de pertes militaires américaines considérables 3.
  • En 2023, un exercice de simulation réalisé par le CSIS avait conclu que l’armée américaine aurait suffisamment de munitions jugées « essentielles » pour seulement un mois. Pour les missiles antinavires LRASM, les réserves se comptent en jours 4.
  • Washington a également transféré depuis les frappes contre l’Iran de juin 2025 plusieurs systèmes de défense antiaérienne depuis le Pacifique, notamment la Corée du Sud, afin de les rediriger vers le Moyen-Orient.

Depuis 2022, plusieurs républicains désormais dans l’administration, comme J.D. Vance et Elbridge Colby notamment, avaient mobilisé l’argument d’un affaiblissement de la posture des États-Unis vis-à-vis de la Chine pour appeler à mettre fin l’assistance militaire à l’Ukraine et aux « guerres sans fin » (« forever wars ») au Moyen-Orient.

  • En avril 2024, lors d’un discours au Sénat, l’actuel vice-président américain avait déclaré : « Nous ne fabriquons pas assez d’armes de défense aérienne et les Européens non plus. Les Israéliens en ont besoin […] Les Ukrainiens en ont besoin […] Nous pourrions, Dieu nous en garde, en avoir besoin. Et les Taïwanais en auraient besoin si la Chine les envahissait. C’est pourquoi, au lieu de se surcharger, l’Amérique devrait se concentrer sur la diplomatie ».
  • Or, depuis son retour au pouvoir, Trump a eu recours à la force militaire comme aucun président avant lui : en moins d’un an, il a ordonné plus de frappes aériennes (637) que Joe Biden (555) durant la totalité de son mandat.
Sources
  1. Mark F. Cancian et Chris H. Park, Last Rounds ? Status of Key Munitions at the Iran War Ceasefire, CSIS, 21 avril 2026.
  2. David Jeans, « US turns to Ukrainian counter-drone tech after Iran attacks, sources say », Reuters, 22 avril 2026.
  3. Alexander Ward, Shelby Holliday et Yoko Kubota, « Iran War Complicates Contingency Plans to Defend Taiwan, Some U.S. Officials Say », The Wall Street Journal, 23 avril 2026.
  4. Conflict in the Western Pacific and the Defense Industrial Base, CSIS, 2023.