Des images satellites montrent que la Russie a envoyé le mois dernier un cargo transportant du matériel militaire destiné à la base aérienne de Hmeimim, dans le nord-ouest de la Syrie 1. Ce ravitaillement – le premier depuis décembre 2024 – suggère que Moscou conserve sa présence militaire dans le pays malgré la chute du régime de Bachar el-Assad.

  • Le matériel a été transporté par le Sparta, un cargo dont le propriétaire, SC South LLC, est placé sous sanctions américaines en raison de ses activités en lien avec le ministère de la Défense russe.
  • Le navire a été chargé dans le port de Saint-Pétersbourg, puis a traversé la Méditerranée escorté par deux bâtiments militaires russes, dont la frégate Amiral Kazatonov, avant d’arriver à Tartous au début du mois de mai.
  • L’armée russe avait retiré l’an dernier ses navires de la base, située à 70 kilomètres au Sud de Hmeimim, mais a conservé une force de plusieurs centaines d’hommes dans le pays.

Ahmed al-Charaa s’est rapproché des pays européens et des États-Unis depuis son arrivée au pouvoir début 2025, tout en conservant des liens avec Moscou. Après un hiatus de plusieurs mois, Damas a finalement autorisé Moscou fin octobre à reprendre ses vols militaires vers Hmeimim, tout en appelant à l’extradition d’el-Assad et de plusieurs membres de son entourage, actuellement réfugiés à Moscou.

Fin janvier, al-Charaa s’est rendu pour la deuxième fois à Moscou, où il a rencontré Poutine, seulement trois mois après un déplacement à la Maison-Blanche.

  • Le maintien d’une présence militaire russe en Syrie constitue un revers pour l’administration américaine, dont plusieurs responsables espéraient que la chute d’el-Assad fin 2024 priverait Moscou de ses bases dans le pays.
  • C’est notamment depuis Hmeimim que l’armée russe avait mené sa campagne de bombardement contre les opposants de l’ancien dictateur, durant la guerre civile, provoquant des milliers de victimes dont certaines au sein des rangs d’al-Charaa.
  • En 2017, le ministère de la Défense russe avait affirmé avoir « grièvement blessé » al-Charaa, qui se faisait alors appeler par son nom de guerre al-Joulani, et plusieurs de ses commandants lors d’une frappe dans la province d’Idlib, au nord du pays 2.

Aron Lund, un expert de la Syrie à l’Agence suédoise de recherche pour la défense, estime que le régime syrien considère toujours la Russie comme une puissance capable de lui offrir une certaine protection. Celle-ci serait plus stable que le soutien apporté jusqu’à présent par l’administration Trump, qui ne peut « être considéré comme acquis », selon Lund.

  • Lors d’un appel avec Donald Trump dimanche 31 mai, al-Charaa a demandé la levée des sanctions américaines, qui freinent la reprise économique et les investissements 3.
  • Si Trump a levé l’an dernier une partie de ses sanctions sur la Syrie et abrogé en décembre le Caesar Act, la Syrie est toujours désignée comme un État « soutenant le terrorisme » par Washington.
  •  Cette désignation entraîne des restrictions sur l’aide étrangère américaine, les exportations de matériel de défense et certaines transactions financières.