Hier, l’attention était rivée sur le match opposant la France à la Norvège, présenté comme le choc de cette phase de groupes, et qui devait enfin voir s’affronter Kylian Mbappé et Erling Haaland. Mais, du moins pour les spectateurs neutres, l’affiche a tourné court.

  • Déjà assurée de sa qualification pour les seizièmes de finale, la Norvège a choisi de ménager l’ensemble de ses titulaires. 
  • De son côté, la France avait aligné son équipe et s’est imposée sans difficulté (4-1), validant ainsi la première place du groupe. Les Bleus affronteront la Suède en seizièmes de finale, mardi 30 juin, avec la perspective, en cas de victoire, d’un huitième de finale contre l’Allemagne.

Le duel entre Mbappé et Haaland était également très attendu, comme un face-à-face entre deux prétendants au Ballon d’Or, la plus prestigieuse récompense individuelle du football. Mais la large victoire française (4-1) a rappelé une évidence : le Ballon d’Or est déjà dans les rangs des Bleus, et c’est Ousmane Dembélé, lauréat de la dernière édition, qui le détient.

  • Dembélé a inscrit trois buts, chacun plus beau que le précédent.
  • Jusqu’à présent, Dembélé n’avait jamais vraiment trouvé sa place en équipe de France, où il était resté un joueur de complément. Mais cette Coupe du monde semble marquer un tournant. Avec quatre buts inscrits lors de ses deux derniers matchs, il a déjà égalé son total cumulé des cinq années précédentes sous le maillot des Bleus.
  • Sa technique et son intelligence en font aujourd’hui un élément essentiel de l’attaque française. Avec Mbappé, Olesi et Doué, il forme un quatuor presque jazzistique qui ne se distingue pas tant par des automatismes parfaitement rodés que par la créativité, l’instinct et l’inspiration.

La surprise de la journée est toutefois venue du groupe H, dont les matchs se sont déroulés en pleine nuit en Europe. En tenant en échec l’Arabie saoudite (0-0), le Cap-Vert s’est qualifié, à la surprise générale, pour les seizièmes de finale, en terminant deuxième de son groupe avec seulement trois points. Peu importe que la récompense soit un duel face à l’Argentine de Lionel Messi, championne du monde en titre.

  • Pour le Cap-Vert, c’est un exploit historique. L’archipel de 500 000 habitants participait en effet à sa première Coupe du monde. Son parcours apporte également un démenti à ceux qui dénonçaient l’élargissement du tournoi à 48 équipes.
  • Composée en grande partie de joueurs évoluant dans les deuxièmes divisions européennes, l’équipe cap-verdienne est sortie invaincue d’un groupe comprenant l’Espagne, l’Uruguay et l’Arabie saoudite. Lors de cette dernière journée, elle a même laissé une meilleure impression que l’équipe saoudienne, pourtant soutenue depuis des années par des investissements massifs et qui organisera la Coupe du monde 2034.

Cet exploit n’aurait toutefois pas été possible sans l’effondrement de l’Uruguay. Double championne du monde, l’équipe uruguayenne faisait figure de favorite pour accompagner l’Espagne au tour suivant. Elle quitte la compétition sans la moindre victoire, ce qui constitue l’une des plus grandes désillusions de cette phase de groupes.

  • Le pays cherche désormais les responsables, et le sélectionneur, Marcelo Bielsa, se retrouve au centre des critiques. Selon plusieurs médias locaux, une fracture se serait ouverte avec ses joueurs avant même le match contre l’Espagne, et plusieurs cadres de l’équipe remettent en cause l’intensité de ses entraînements ainsi que ses choix tactiques.

Le groupe G s’est également achevé sur un scénario intense. L’Égypte et l’Iran se disputaient la deuxième place, derrière la Belgique.

  • La ville de Seattle, qui accueillait le match, célébrait la Pride ce week-end, et le comité d’organisation avait initialement prévu de faire de cette rencontre un « Pride Match ». 
  • Toutefois, l’homosexualité étant criminalisée en Égypte comme en Iran, les deux fédérations avaient menacé pendant des mois de retirer leurs équipes si des manifestations liées à la Pride étaient organisées dans le stade. 
  • Fidèle à sa ligne d’équilibre, la FIFA a maintenu son discours en faveur d’une Coupe du monde inclusive, autorisant les drapeaux arc-en-ciel dans les tribunes, tout en garantissant que les événements officiels liés à la Pride se dérouleraient en dehors de l’enceinte.

Sur le terrain, les tensions sont restées uniquement sportives. L’Égypte et l’Iran se sont quittés sur un match nul (1-1). Les Iraniens ont manqué un penalty, ont trouvé la barre transversale à deux reprises dans les dernières minutes, puis ont cru arracher la qualification sur un but inscrit dans les ultimes secondes, finalement refusé pour un hors-jeu de quelques centimètres.

  • Grâce à ce match nul, l’Égypte termine deuxième de son groupe et affrontera l’Australie en seizièmes de finale. Un match qui semble même plus favorable que celui de la Belgique, qui, en terminant première, pourrait affronter la Corée du Sud, le Sénégal ou l’Algérie, trois adversaires plus redoutables, du moins en théorie. 
  • L’Iran, lui, termine troisième avec trois points et une différence de buts nulle. La qualification de l’équipe parmi les meilleurs troisièmes est toutefois suspendue aux résultats des derniers groupes.

Dans ce qui est sans doute la Coupe du monde la plus éprouvante de son histoire, entre les bouleversements géopolitiques et l’accueil hostile que l’équipe estime avoir reçu de la part des autorités américaines, l’Iran garde espoir de réaliser un exploit inédit : se qualifier pour la première fois pour la phase à élimination directe d’une Coupe du monde.

Quelques observations et points d’intérêt 

  • À quelques centaines de mètres du stade Akron de Guadalajara, où l’Espagne et l’Uruguay se sont affrontés hier, se trouveraient au moins vingt-deux fosses communes contenant les corps de victimes des cartels de la drogue.
  • Avant chaque match de la Coupe du monde qui se tient dans cette enceinte, les familles des disparus organisent des marches et des rassemblements. Elles dénoncent le fait que l’on puisse célébrer le football alors que des milliers de corps reposeraient dans le sous-sol environnant.
  • Beaucoup d’entre elles appartiennent au collectif de citoyens Guerreros Buscadores de Jalisco, qui sillonne le Mexique depuis des années pour fouiller jardins, terrains et pâturages à la recherche des dépouilles de leurs proches disparus. Selon les autorités mexicaines, au moins 130 000 personnes sont portées disparues aujourd’hui en raison de la violence liée aux cartels.
  • La région de Guadalajara, dans l’État de Jalisco, est sans doute la plus durement touchée par cette violence. C’est le fief du Cártel de Jalisco Nueva Generación, considéré comme l’un des cartels les plus puissants et les plus meurtriers du pays. Selon les autorités mexicaines, il serait responsable d’environ 75 % des homicides liés aux cartels depuis 2017. Parmi les victimes, on compte non seulement des membres d’organisations rivales, mais aussi des civils, des militants des droits humains et des défenseurs de l’environnement.
  • En février dernier, la police a tué son chef, « El Mencho », enterré aujourd’hui à une dizaine de minutes en voiture du stade Akron. Sa mort a déclenché une guerre interne qui a fait plus de 70 victimes à ce jour. Toutefois, depuis quelques mois, la situation s’est apaisée alors que les cartels ont également intérêt à ce que le tournoi se déroule sans incident, les retombées économiques du tournoi étant considérables.
  • Pour les Buscadores, ce contraste est difficile à accepter. Ils voient des moyens considérables mobilisés pour l’organisation de la Coupe du monde, tandis que leur combat est largement ignoré : « Le gouvernement a dépensé des millions de pesos sans prêter attention aux mères ni aux disparus. Il nous manque des médecins légistes, des enquêteurs, des moyens », dénonçait une « mère chercheuse » avant la rencontre entre le Mexique et la Corée du Sud, disputée il y a quelques jours à Guadalajara.