Didier Deschamps est le seul, avec le Brésilien Mario Zagallo et l’Allemand Franz Beckenbauer, à avoir remporté la Coupe du monde à la fois comme joueur et comme sélectionneur. Dans les deux rôles, il n’a toutefois presque jamais créé le spectacle.

  • Joueur, il était un milieu de terrain discret ; sélectionneur, il a toujours prôné un football prudent, privilégiant avant tout la solidité défensive.
  • Depuis qu’il est devenu sélectionneur de la France en 2012, il a obtenu de très bons résultats – une finale perdue à l’Euro et deux finales mondiales, une gagnée et une perdue –, mais on lui a souvent reproché de ne pas avoir fait jouer une équipe débordante de talent offensif de façon spectaculaire.
  • En 2018, il avait aligné Matuidi, un milieu axial, comme ailier gauche afin de garantir l’équilibre du milieu de terrain. En 2022, il avait certes affiché quatre attaquants, mais seulement sur le papier, puisque le meneur de jeu, Griezmann, jouait en réalité un rôle de relayeur, chargé de structurer l’équipe plutôt que de se projeter vers l’avant.
  • « Le reproche constant est que Deschamps n’a jamais vraiment lâché le frein à main », écrivait Michael Cox dans The Athletic.

Cette année, tout a changé. La France a marqué 13 buts lors de ses quatre premiers matchs de Coupe du monde, joue avec quatre véritables attaquants et semble enfin libérée.

Hier, 30 juin, elle a gagné contre la Suède 3-0. Il ne s’agit pas d’une simple victoire : l’équipe de France a dominé son adversaire sur tous les plans, et on a eu le sentiment d’assister à sa meilleure prestation depuis des années. Les Bleues ont rendu facile un match qui, dans les faits, ne l’était pas.

  • Face à une Suède solide, physique et très prudente en défense (elle joue avec cinq défenseurs regroupés près de son but), le risque était de ne pas trouver d’espaces pour attaquer.
  • Mais la France n’a même pas semblé se soucier de ce risque : elle a su créer des espaces là où il n’y en avait pas, déstabilisant l’adversaire par la vitesse hypnotique de sa possession de balle et la qualité technique exceptionnelle de ses combinaisons.
  • Les quatre véritables attaquants – Barcola, Ousmane Dembélé, Randal Kolo Muani et Kylian Mbappé – ont fait le spectacle : ce dernier a inscrit un doublé, portant son total à 6 buts dans ce tournoi et à 18 buts en 18 matchs de Coupe du monde avec l’équipe de France, soit autant que Lionel Messi. Il devient ainsi le co-meilleur buteur de l’histoire de la compétition.
  • C’est Michael Olise qui a le plus brillé hier. Il a notamment touché un poteau sur une reprise acrobatique spectaculaire en première mi-temps, délivré deux passes décisives et a fait tourner l’équipe grâce à une qualité technique et une vision du jeu remarquables.
  • La France a donné l’impression d’être injouable, et l’entraîneur suédois Graham Potter l’a confirmé après la rencontre : « Ils exploitent très bien les couloirs. Il faut défendre toute la largeur du terrain et, vu la qualité de leurs ailiers, il faut doubler le marquage sur les côtés – mais ils ont aussi un sacré attaquant au centre ».
  • En huitièmes de finale, la France affrontera le Paraguay, une équipe qui a déjà livré  une excellente performance défensive face à l’Allemagne. Pour contenir la France, il faudra toutefois faire bien davantage.

Les autres matchs d’hier ont confirmé deux tendances.

  • La Norvège est une équipe à prendre au sérieux. Elle a battu la Côte d’Ivoire 2-1, et affrontera dimanche le Brésil.
  • Le Mexique, porté par l’énergie de son public, peut aller loin. Il a battu l’Équateur 2-0. Il n’a pas encore affronté d’équipe de premier plan, mais son bilan reste impressionnant : 4 matchs, 4 victoires, 8 buts marqués, 0 encaissé. Jusqu’à présent il a atteint son meilleur résultat en Coupe du monde (les quarts de finale) lors des deux précédentes éditions organisées sur son sol, en 1970 et 1986. Les huitièmes de finale se joueront également au stade Azteca, où le Mexique reste invaincu depuis 2013.

Quelques observations et points d’intérêt

En huitièmes de finale, le Mexique affrontera le vainqueur du match de ce soir entre l’Angleterre et la République démocratique du Congo. Pour la sélection africaine, le simple fait d’en être arrivée là constitue déjà un résultat historique.  

  • Avant cette édition, elle n’avait participé qu’à la Coupe du monde 1974, où elle avait été éliminée dès la phase de poules sans marquer de but.
  • Cette année, la RDC prend sa revanche : elle a inscrit ses premiers points en Coupe du monde, remporté sa première victoire et s’est qualifiée pour les phases finales en tant que meilleure troisième : « Nous méritons de jouer contre l’Angleterre », a déclaré l’attaquant Yoane Wissa, qui évolue justement en Angleterre, à Newcastle.

Pour le pays, chaque match de cette Coupe du monde est bien plus qu’une fête : c’est l’un des rares moments d’unité nationale.

  • La RDC est en effet un pays extrêmement divisé. Son immense territoire, environ dix fois plus grand que celui de l’Angleterre, abrite des centaines de communautés ethniques différentes. Quatre langues nationales ont été adoptées pour favoriser la cohésion.
  • De profondes fractures politiques et sociales subsistent. Le pays a été le théâtre de guerres pendant des décennies et une grande partie de son territoire échappe encore aujourd’hui au contrôle du gouvernement de Kinshasa.
  • Les provinces du Nord et du Sud-Kivu, y compris les grandes villes de Goma et Bukavu, sont partiellement occupées par le mouvement rebelle M23, soutenu par le Rwanda, qui y administre une zone parallèle. Elles sont séparées de la capitale Kinshasa par près de 2 500 kilomètres de forêt tropicale.
  • Pendant ce Mondial, les Congolais ont chanté ensemble, célébré dans la rue des résultats extraordinaires, comme le match nul contre le Portugal ou la victoire contre l’Ouzbékistan. Qu’ils vivent en zone occupée ou non, tous affichent leur fierté. En un sens, le football a accompli ce que la politique tente de faire depuis des décennies : unir le pays.
  • Veron Mosengo Omba, président de la Fédération congolaise de football, s’est dit profondément marqué par ces scènes : « Même dans les zones occupées de l’Est du Congo, on voit des gens descendre dans la rue pour danser. C’est incroyable ».