Selon le média d’investigation danois Danwatch, la compagnie pétrolière américaine Greenland Energy, proche de Donald Trump, a débarqué du matériel de forage sur la côte est du Groenland sans l’autorisation des autorités 1

Le gouvernement de Nuuk a réagi par un « avertissement ferme », rappelant que toute opération logistique devait être approuvée au préalable par l’autorité des ressources minières 2

La chronologie reconstituée aujourd’hui par le Guardian 3 laisse entrevoir une stratégie de dissimulation géopolitique qui utilise des lacunes dans les procédures administratives et réglementaires pour imposer un fait accompli sur le terrain. 

  • En juin, un représentant de Greenland Energy a affirmé à tort disposer déjà du feu vert nécessaire. Un malentendu que le président du groupe texan a ensuite attribué à un excès d’« enthousiasme », mais qui a encore une trace sur le compte officiel de la compagnie sur X (« La valse logistique a commencé ! Ce remorqueur a quitté le Danemark pour Nuuk, avant de mettre le cap sur notre projet situé dans le bassin de Jameson Land. »). 
  • En juillet, sans aucune autorisation officielle, les opérations de Greenland Energy ont commencé sur le territoire. Un remorqueur a tiré une barge jusqu’au rivage de Jameson Land et y a déchargé une douzaine de conteneurs. Le gouvernement groenlandais a estimé qu’il « ne serait pas proportionné » d’exiger leur retrait, tout en précisant que la demande d’autorisation était toujours en cours d’instruction.
  • Le Groenland a cessé de délivrer des licences pétrolières en 2021 pour des motifs écologiques, et les puits projetés paraissent tomber dans une zone protégée par la convention de Ramsar sur les zones humides.

Loin de marquer une pause, l’entreprise a accéléré son calendrier.

  • Un navire transportant 300 conteneurs de matériel doit appareiller du Canada le 12 septembre et le forage du premier puits est prévu pour le mois d’octobre.
  • La compagnie a publié le 6 août sur son compte X, un post affirmant qu’« une mise en service de l’OPW-1 [le nom de code du premier puits d’exploration] est toujours prévue pour le quatrième trimestre 2026 ».
  • Jeff Landry, l’envoyé spécial de Trump, qui souhaite « faire du Groenland une partie des États-Unis », est même allé jusqu’à affirmer que Greenland Energy pourrait commencer à exploiter du pétrole dès l’an prochain.

La singularité de Greenland Energy tient à sa proximité avec le projet trumpiste d’annexion du Groenland, ce que son président et principal actionnaire, Larry Swets, dément pourtant.

  • Créée en 2025 au Texas et négociée sous le symbole GLND, la société affirme, sans qu’aucune étude indépendante ne l’étaye, que 1 000 milliards de dollars de brut se trouveraient sous la péninsule de Jameson Land, à l’est de l’île. 
  • Elle prévoit d’y consacrer 60 millions de dollars, après en avoir levé environ 70 pour l’exploration

Autour de ce projet gravitent plusieurs personnalités proches du président américain.

  • Elle a engagé Phil McGraw, plus connu sous le nom de son émission de télévision « Dr Phil », et qui est aujourd’hui membre de la Commission sur la liberté religieuse voulue par Donald Trump, afin de réaliser une série documentaire sur ces « pionniers des temps modernes ».
  • Elle a également nommé un vétéran de l’US Navy, qui travaille sur le bouclier antimissile Golden Dome, que Trump juge « vital », à son conseil d’administration.

Le fait accompli place le gouvernement autonome du Groenland devant deux options inconfortables. 

  • Accorder l’autorisation reviendrait à renier le moratoire écologique de 2021.
  • La refuser pourrait fournir à Trump un prétexte pour relancer sa stratégie de pression sur le Groenland et le Danemark.

Cet incident s’inscrit dans une séquence plus large d’expansion territoriale révisionniste.

  • La doctrine Donroe dite de « sécurité hémisphérique » prétend que les États-Unis devraient contrôler l’ensemble de leur environnement stratégique continental, de la Terre de Feu à l’Arctique, face à la Chine et à la Russie.
  • Elle s’est d’abord traduite frontalement lorsqu’en janvier 2025, selon le Financial Times, Trump a eu un échange téléphonique très tendu avec la Première ministre danoise, Mette Frederiksen, lui affirmant que « le Groenland était à lui » 4.
  • Face au net refus de Copenhague et de Nuuk, et à la fermeté des opinions publiques européennes, Washington a ensuite changé de méthode, avec la nomination fin 2025 de Jeff Landry comme envoyé spécial et des opérations d’influence plus discrètes mobilisant des ressources importantes y compris des services secrets.

Si Donald Trump n’a pas renoncé à ses objectifs — il a même relancé des messages provocateurs sur Truth Social —, il semble désormais privilégier une pression directe sur une population de moins de 60 000 habitants, de manière à contourner l’échelon danois. 

Loin de rapprocher le Groenland de Washington, cette pression a resserré sa coopération avec Copenhague. 

  • Une large majorité de Groenlandais, 85 % selon Bloomberg, rejettent tout rattachement aux États-Unis 5.
Sources
  1. « Without permission, US oil company has just shipped equipment to Jameson Land », Danwatch, 2026.
  2. 80 Mile PLC har flyttet camp til Nerlerit Inaat, naalakkersuisut, 30 juillet 2026.
  3. Tom Burgis, « Greenland issues « strong warning » as Trump-linked oil firm prepares to drill », The Guardian, 8 août 2026
  4. Richard Milne, Gideon Rachman, James Politi, « Donald Trump in fiery call with Denmark’s prime minister over Greenland », Financial Times, 24 janvier 2025.
  5. Kati Pohjanpalo, Sara Sjolin, Sanne Wass, «  Greenlanders Reject Trump With 85 % Against Joining US  » Bloomberg, 28 janvier 2025.