Hier, mardi 28 avril, les Émirats arabes unis ont annoncé leur départ de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP), le cartel dont font partie 12 des principaux producteurs de pétrole au monde (à l’exclusion des États-Unis, du Canada et de la Chine).
- À ces membres s’ajoutent 11 autres pays producteurs (dont la Russie) qui, sans adhérer à l’organisation, coordonnent étroitement leur production avec l’OPEP depuis 2016 au sein de la structure informelle appelée l’OPEP+.
- En fixant les quotas de production des pays membres, l’OPEP+, qui contrôle la majeure partie de la production mondiale, joue actuellement un rôle clef dans la régulation des prix sur le marché pétrolier.
Du point de vue des Émirats arabes unis, cette décision revêt une double signification.
- Elle résulte tout d’abord de la dégradation profonde de la situation des Émirats arabes unis eux-mêmes, due à la guerre contre l’Iran.
- Dans le Golfe, c’était le pays qui avait le mieux réussi jusqu’ici à diversifier ses activités pour réduire sa dépendance au pétrole, en attirant la finance, les très riches et la jet set à Dubaï, tout en développant le principal hub mondial pour le transport aérien.
- Or, cet avenir sans pétrole est sérieusement menacé par la guerre contre l’Iran.
- Même si le conflit prenait fin prochainement, la vitrine séduisante serait irrémédiablement endommagée et la confiance dans la stabilité du Golfe serait désormais profondément ébranlée. Les investisseurs risquent de se détourner durablement des Émirats arabes unis.
Dans ce contexte, les Émirats arabes unis auront besoin de pouvoir davantage compter sur leur production pétrolière pour maintenir leur position, notamment pour financer leurs dépenses militaires importantes et leurs interventions extérieures coûteuses. Or, le respect des quotas de production de l’OPEP les en empêche.
Au-delà de cette dimension conjoncturelle, cette décision s’inscrit dans le contexte de la rivalité de plus en plus marquée qui oppose l’Arabie saoudite de Mohammed ben Salmane (MBS) et les Émirats arabes unis de Mohammed ben Zayed (MBZ) depuis plusieurs années.
- Les deux sont en guerre ouverte au sujet de l’avenir du Yémen, MBZ souhaitant favoriser la partition du pays, tandis que MBS entend maintenir son unité.
- Ils soutiennent également des camps opposés au Soudan, où MBZ arme abondamment les milices des Forces de soutien rapide (RSF), génocidaires du Darfour, contre l’armée soudanaise soutenue par MBS.
- En Somalie, MBZ soutient également la partition du pays et l’indépendance du Somaliland, ce que MBS combat aux côtés du gouvernement de Mogadiscio.
- Enfin, MBZ, pionnier des accords d’Abraham, a fait le choix d’une alliance privilégiée avec Israël et les États-Unis, qu’il a maintenue après le 7 octobre 2023, alors que MBS est devenu de plus en plus hostile à Benyamin Netanyahou et prend ses distances avec un Donald Trump, qui vient de l’injurier publiquement.
- MBZ entend donc manifestement contester le leadership incontesté de l’Arabie saoudite dans la région. Il avait jusqu’alors obtenu quelques succès, mais ceux-ci risquent d’être remis en cause par la guerre contre l’Iran.
Si la guerre avait provisoirement relégué cette rivalité au second plan, les pays du Golfe affichant une solidarité, celle-ci est ravivée par la prolongation du conflit et la préparation de l’après-guerre.
- L’Arabie saoudite, qui produit deux fois et demie plus de pétrole que les Émirats arabes unis, domine largement l’OPEP dont elle oriente toutes les décisions. Quitter l’OPEP est donc une étape logique supplémentaire dans la guerre de plus en plus totale qui oppose MBZ à MBS.
Quel peut être l’impact de cette décision sur le marché du pétrole ?
- Cela dépendra de l’effet d’entraînement (ou non) qu’aura la décision des Émirats arabes unis.
- En 2024, les Émirats arabes unis ont représenté 4,1 % de la production mondiale. Si personne ne leur emboîte le pas et si l’OPEP+ tient le choc sans eux, comme cela avait été le cas après le départ du Qatar en 2019, l’impact de leur retrait restera limité.
- Les Émirats arabes unis pourront également bénéficier des prix élevés du pétrole que l’OPEP+ cherchera très probablement à maintenir malgré une éventuelle fin du conflit.
- Si d’autres acteurs majeurs décidaient à leur tour de ne plus respecter les quotas fixés par l’organisation, la situation serait différente.
- Si le détroit d’Ormuz est effectivement rouvert prochainement, les prix pourraient d’abord baisser rapidement et fortement.
- Ce qui serait négatif non seulement pour les pays de l’OPEP, mais aussi pour les Émirats arabes unis. Cela découragerait également les pays consommateurs d’accélérer leur sortie des énergies fossiles.
- À plus long terme, la volatilité accrue des prix sur un marché désormais dérégulé risque cependant de décourager les investissements dans la recherche et l’exploitation de nouveaux puits, ce qui pourrait entraîner une nouvelle flambée des prix.