Points clefs
  • Aujourd’hui, trois quarts de la population mondiale vivent dans des pays importateurs d’énergies fossiles. Le coût de cette dépendance s’élève à 1 700 milliards de dollars en 2024, un chiffre qui devrait s’élever si le prix du carburant augmente : pour chaque hausse de 10 dollars du prix du baril de pétrole, les dépenses mondiales nettes d’importation augmentent d’environ 160 milliards de dollars par an.
  • Les énergies propres offrent une solution durable permettant de se passer des combustibles fossiles importés pour le transport routier, le chauffage et la production d’électricité. 
  • L’« électrotech » s’est déjà suffisamment développée pour que le parc mondial de véhicules électriques permette d’éviter une consommation de pétrole équivalente à 70 % des exportations iraniennes en 2025. La croissance mondiale du solaire en 2025 pourrait à elle seule remplacer la production d’électricité au gaz correspondant à l’ensemble des exportations de GNL transitant par le détroit d’Ormuz sur une année.
  • Au-delà du choc immédiat, la crise du détroit d’Ormuz est sur le point de transformer les marchés de l’énergie. La crise actuelle a mis en évidence la dépendance de l’Asie au pétrole et donc sa vulnérabilité énergétique : le continent vit ainsi son « moment Ukraine ».

1 — Les insuffisances liées aux énergies fossiles 

La fermeture du détroit d’Ormuz a paralysé la principale voie commerciale mondiale de transport de combustibles fossiles. Ses répercussions montrent la profondeur de la dépendance globale vis-à-vis de ces ressources.

Ormuz : le goulot d’étranglement le plus vulnérable au monde

Malgré son étroitesse et sa faible profondeur, c’est par le détroit d’Ormuz que transite un cinquième du pétrole et du GNL mondiaux. La région du Golfe au sens large, aujourd’hui à la portée de drones produits à bas coût, représente 29 % de la production mondiale de pétrole et 17 % de la production de gaz. C’est aussi une zone incontournable pour le commerce des engrais, de l’aluminium, du soufre et de l’ammoniac.

Aucun autre passage aussi étroit n’accueille une telle concentration de marchandises dans le système de circulation mondiale des matières premières. 

Alors que la crise de 2022 concernait l’Europe et le gaz, celle que nous traversons actuellement touche l’Asie et le pétrole. 

En effet, 80 % du pétrole et 90 % du GNL transitant par le détroit d’Ormuz sont destinés aux marchés asiatiques. Cela représente environ 40 % de la demande asiatique en pétrole et plus d’un quart des importations de GNL de la région. Le Japon, la Corée du Sud, l’Inde et la Thaïlande dépendent tous de cette source d’approvisionnement majeure. Mais cette dépendance s’étend au-delà des pays les plus tributaires du détroit d’Ormuz. 

L’exposition est mondiale et le montant de ces importations est vertigineux. 

Chaque année de dépendance aux importations de combustibles fossiles est une année supplémentaire d’exposition à un système qui a maintes fois démontré son manque de fiabilité. 

Daan Walter, Sam Butler-Sloss et Dave Jones

La dépendance aux énergies fossiles, une défaillance mondiale et onéreuse

Trois quarts de la population mondiale vivent dans des pays importateurs nets de combustibles fossiles. 

Cinquante pays importent plus de la moitié de leur énergie primaire sous cette forme, comme l’Espagne, l’Italie et l’Allemagne, qui importent plus des deux tiers de leur énergie. Pour le Japon et la Corée, ce pourcentage dépasse 80 % ; pour l’Inde, il est de 37 %, et pour la Chine, il avoisine le quart.

La dépendance au GNL ne cesse de croître. 

Environ 60 % de la population mondiale vit dans des pays importateurs nets de GNL. Dans au moins neuf pays, les importations de GNL représentent plus de 10 % de l’approvisionnement énergétique total. Taïwan est le pays le plus exposé, avec 24 %, suivi du Japon (20 %) et de la Corée du Sud (17 %). Cette dépendance s’est accrue dans plusieurs pays après la guerre en Ukraine, ce qui aggrave aujourd’hui l’impact de la fermeture du détroit d’Ormuz.

À l’échelle mondiale, le GNL du Golfe a moins d’importance que son pétrole. 

Le GNL ne représente en effet que 0,9 % de l’énergie primaire mondiale, alors que le pétrole en fournit 9 %. Une analyse des données de l’Agence internationale de l’énergie (AIE) réalisée par Ember montre que 79 % de la population mondiale vit dans des pays importateurs de pétrole. En 2023, 62 pays importaient 99 % ou plus de leur pétrole, et 89 pays en importaient plus de 80 %, dont l’Espagne (99 %), le Japon (99 %), l’Allemagne (96 %), la Turquie (92 %) et l’Inde (87 %).

Cette dépendance a un coût particulièrement élevé. 

Les importateurs nets ont dépensé 1 700 milliards de dollars pour leurs achats d’énergie fossile en 2024. Plus de 3 % du PIB de deux cinquièmes de la population mondiale (92 pays) sont consacrés à l’achat de combustibles fossiles à l’étranger. 

Et à mesure que les prix augmentent, la facture s’alourdit. Pour chaque augmentation de 10 dollars par baril du prix du pétrole, ces coûts s’élèvent d’environ 160 milliards de dollars par an. Pour chaque augmentation d’un dollar par million d’unités thermiques britanniques (MMBtu) du prix du GNL, les coûts nets mondiaux d’importation augmentent d’environ 20 milliards de dollars par an.

Les conséquences d’une hausse des prix liée aux ruptures d’approvisionnement 

La conséquence immédiate d’une rupture d’approvisionnement est une hausse des prix. 

Celle-ci se répercute sur l’ensemble de l’économie, touchant aussi bien les importateurs que les exportateurs, tout en frappant plus durement les économies les plus faibles.

Le choc des prix se répercute déjà sur l’ensemble de l’économie des énergies fossiles. Prenons l’exemple de l’Europe : le prix du kérosène, dont une grande partie est importée directement du Moyen-Orient, a augmenté de 70 % depuis le début de la guerre ; le prix de l’essence de 30 %, suivant la tendance du brut ; le gaz en gros de 61 %. Le fioul domestique, qui touche en premier lieu les ménages ruraux, a connu une hausse encore plus forte. L’éthylène, matière première de base pour les plastiques et les produits chimiques, a augmenté de 20 % ; l’urée, utilisée pour les engrais, de 27 %.

Une production nationale ne permet d’ailleurs guère d’échapper à cette hausse. Les prix du pétrole étant fixés à l’échelle mondiale, une crise telle que la fermeture du détroit d’Ormuz affecte à la fois les producteurs et les importateurs. 

Au Texas, l’une des plus grandes régions exportatrices de pétrole au monde, les prix de l’essence ont augmenté de plus de 25 % depuis le début de la guerre. Cette hausse est plus importante que celles observées jusqu’à présent dans des pays importateurs de pétrole comme le Royaume-Uni et la France. 

Ce choc mondial des prix touche tout particulièrement les plus démunis. Aux États-Unis, les ménages les plus modestes peuvent consacrer jusqu’à 20 % de leur revenu disponible à l’énergie. Des économies plus fragiles, comme la Namibie, la Thaïlande ou la République démocratique du Congo, consacrent plus de 7 % de leur PIB aux importations de combustibles fossiles. Lorsque l’offre se raréfie, les pays les plus développés s’assurent l’approvisionnement dont ils ont besoin, au risque de faire monter les enchères — et, ce faisant, ils excluent les plus démunis du marché.

La crise de 2022 en est un exemple marquant. Alors que les importations nettes de GNL de l’Europe ont augmenté de près de 60 % pour compenser la perte du gaz russe, des pays comme le Bangladesh, le Pakistan ou l’Inde ont réduit cet apport extérieur de 13 à 17 %. Cette diminution n’est pas le fruit d’un choix délibéré. Ils ont simplement été affaiblis par le jeu de la surenchère et la loi du marché.

Les détracteurs affirment que les technologies électriques ne font que remplacer une dépendance par une autre : après le pétrole saoudien, place aux panneaux solaires chinois. Mais c’est confondre la location et la propriété.

Daan Walter, Sam Butler-Sloss et Dave Jones

Une volatilité structurelle, loin de se résumer à un phénomène épisodique 

La fermeture du détroit d’Ormuz est la deuxième crise majeure liée aux énergies fossiles survenue en quatre ans. 

S’agit-il d’une simple succession de malchances ou sommes-nous entrés dans un monde où de telles crises sont devenues structurellement plus probables ?

Les changements en cours confortent plutôt cette dernière hypothèse. 

L’évolution de la feuille de route énergétique des États-Unis en est la preuve. Au début des années 2010, ils étaient le premier importateur mondial de pétrole. Aujourd’hui, ils sont exportateurs nets. La pax americana, le cadre de sécurité longtemps garanti par les États-Unis à l’économie mondiale et fondé sur un approvisionnement constant et adéquat en combustibles fossiles, semble s’effriter et le système qui a permis cet approvisionnement pendant près de sept décennies commence à se fissurer.

Cela suffirait déjà à nous inquiéter. 

Mais cette situation s’accompagne d’une détérioration plus générale de nos systèmes d’approvisionnement. Alors que les conflits armés sont en hausse au niveau mondial, les droits de douane et l’instabilité commerciale sont à leur niveau le plus élevé depuis des décennies. Les indices de volatilité du pétrole atteignent des niveaux jamais observés depuis le début du millénaire, excepté en 2022. À mesure que le monde devient moins prévisible, le risque de dépendance devient de moins en moins tolérable. Le système d’exploitation des combustibles fossiles, fondé sur des échanges commerciaux continus via une poignée de goulots d’étranglement, devient donc de plus en plus instable.

2 — L’électrotech, une nouvelle alternative 

Autrefois, il existait peu d’alternatives à la dépendance aux énergies fossiles. Aujourd’hui, on dispose de technologies électriques : véhicules électriques, énergie solaire, énergie éolienne, batteries et pompes à chaleur. Grâce à elles, les pays peuvent réduire de manière abordable leur consommation de combustibles importés dans l’ensemble de l’économie. Pour beaucoup, cela permet déjà d’amortir le choc de la crise. 

N’importe quel pays peut accéder à l’indépendance énergétique grâce à l’électrotech 

Si les alternatives à la dépendance aux énergies fossiles étaient peu nombreuses jusqu’à récemment, on dispose aujourd’hui de technologies électriques permettant de réduire de manière abordable la consommation de combustibles importés dans l’ensemble de l’économie.

Trois leviers permettent d’accomplir l’essentiel du travail :

  • l’énergie solaire et l’énergie éolienne, qui peuvent se substituer à la production d’électricité issue des combustibles fossiles importés ;
  • les véhicules électriques, qui peuvent remplacer le pétrole importé utilisé dans le transport routier ;
  • les pompes à chaleur, qui peuvent remplacer le gaz et le pétrole importés destinés au chauffage. 

Si ces trois sources d’énergie étaient déployées à grande échelle pour remplacer les énergies fossiles, les pays importateurs pourraient réduire leurs coûts d’environ 70 %.

Le principal levier aujourd’hui, ce sont les véhicules électriques. Leur prix est compétitif par rapport à celui des voitures à moteur thermique et elles sont facilement produites. Remplacer le pétrole importé utilisé dans le secteur du transport routier par des véhicules électriques permettrait de réduire les coûts des importateurs de plus d’un tiers, soit environ 600 milliards de dollars par an. 

Le deuxième levier le plus important est celui des énergies renouvelables, qui permettrait de réduire la facture des importations d’un cinquième.

Les détracteurs affirment que les technologies électriques ne font que remplacer une dépendance par une autre : après le pétrole saoudien, place aux panneaux solaires chinois. Mais c’est confondre la location et la propriété. Une fois installés, les panneaux solaires produisent de l’électricité pendant trente ans, sans coût de combustible, sans risque de hausse de prix ni de rupture d’approvisionnement. Un véhicule électrique, une fois acheté, fonctionne à l’électricité domestique, qui peut provenir en grande partie de l’éolien et du solaire locaux. Les combustibles fossiles, en revanche, nécessitent des importations continues. Chaque baril, chaque cargaison, chaque flux dans les pipelines doit se répéter indéfiniment. 

Les pays qui ont la clairvoyance d’investir dès maintenant dans les technologies électriques seront sans aucun doute les mieux à même de surmonter la prochaine crise.

Daan Walter, Sam Butler-Sloss et Dave Jones

L’électrotech, un éventail d’outils déjà aptes à amortir les crises du fossile 

Dans le domaine de l’électrotech, quatre ans est un laps de temps considérable. 

Depuis la crise énergétique de 2022, ces technologies sont devenues moins chères, plus performantes et plus facilement accessibles. Elles ont déjà atteint une échelle suffisante pour amortir en partie le choc du détroit d’Ormuz. 

Le prix des panneaux solaires a diminué de moitié depuis 2022. Les installations solaires ont presque triplé en quatre ans. Le prix des batteries a quant à lui baissé de 36 %. Le déploiement annuel de batteries de réseau est sept fois plus élevé aujourd’hui. 

Le coût total de l’énergie solaire déployable (panneaux et batteries compris) n’est plus que de 76 $/MWh pour les pays qui importent en franchise de droits. Les véhicules électriques atteignent de plus en plus la parité de prix avec les voitures à combustion et leurs ventes ont doublé depuis 2022. 

  • À elle seule, la croissance de la production solaire mondiale en 2025 pourrait remplacer une quantité d’électricité produite au gaz équivalente à la totalité du GNL exporté via le détroit d’Ormuz cette année-là. En effet, en 2025, 82 millions de tonnes de GNL ont transité par le détroit ; utilisées dans des centrales à gaz, elles auraient pu produire environ 600 TWh d’électricité. Selon l’Agence internationale de l’énergie, la production solaire mondiale avait augmenté de plus de 600 TWh la même année. 
  • Selon les estimations, les ventes mondiales de véhicules électriques devraient permettre de remplacer 1,7 million de barils de pétrole par jour à l’échelle mondiale en 2025, contre 1,3 million de barils en 2024. Ce chiffre est encore loin des 20 millions de barils par jour que représente l’ensemble de la demande de pétrole transitant par le détroit d’Ormuz, mais il est du même ordre de grandeur que les 2,4 millions de barils par jour exportés par l’Iran.

Dans de nombreux pays, le déploiement rapide des véhicules électriques a déjà pour effet de freiner la croissance de la demande de pétrole. Sans cette vague d’électrification, les besoins en essence seraient nettement plus élevés, notamment dans les pays asiatiques. 

39 pays affichent désormais une part des ventes de véhicules électriques supérieure à 10 %, contre seulement quatre en 2019. 

Dans toutes les régions, de nombreux marchés émergents ont dépassé les économies avancées en termes de parts de ventes de véhicules électriques : en 2025, le Vietnam (38 %) et l’Uruguay (27 %) affichaient une part des ventes de véhicules électriques supérieure à la moyenne de l’Union européenne (26 %). La Thaïlande (21 %), l’Inde (4 %), le Mexique (6 %) et le Brésil (9 %) affichent désormais une part supérieure à celle du Japon (3 %). La même année, la part en Indonésie a atteint 15 %, dépassant pour la première fois celle des États-Unis (10 %). La Chine, quant à elle, a pour la première fois dépassé les 50 % de part de marché en 2025.

La crise actuelle donne un nouvel élan à cette tendance. La hausse et la volatilité des prix des carburants renforcent en effet les arguments économiques en faveur de l’adoption des véhicules électriques, ce qui favorise leur adoption plus rapide et consolide leur rôle dans la limitation de la croissance future de la demande de pétrole.

Les économies réalisées grâce aux véhicules électriques sont déjà une réalité. Avec un baril de pétrole à 80 dollars, la Chine économise ainsi plus de 28 milliards de dollars par an grâce à son parc actuel de véhicules électriques, l’Europe environ 8 milliards de dollars et l’Inde 600 millions de dollars.

L’éolien et le solaire vont encore plus loin. Parmi les pays importateurs nets de charbon et de gaz en 2024, la réduction de la facture d’importation se chiffre en dizaines de milliards : environ 60 milliards de dollars pour la Chine, 9 milliards pour l’Allemagne et le Brésil, et entre 5 et 7 milliards pour l’Espagne, le Royaume-Uni et le Japon.

3 — Les conséquences à long-terme 

Au-delà du choc immédiat, la crise du détroit d’Ormuz est sur le point de transformer les marchés de l’énergie de trois manières différentes. 

Le « moment Ukraine » de l’Asie 

L’invasion à grande échelle de l’Ukraine par la Russie en 2022, a incité l’Europe à agir pour réduire sa dépendance aux combustibles fossiles russes. Quatre ans plus tard, le conflit entre les États-Unis et Israël d’une part, et l’Iran d’autre part, pousse l’Asie à réduire sa dépendance vis-à-vis du pétrole et du gaz importés. Les chiffres sont similaires : en 2021, l’Europe importait environ un tiers de ses besoins en gaz de Russie ; en 2025, l’Asie importait 40 % de ses besoins en pétrole par le détroit d’Ormuz.

Mais l’Asie aborde cette phase avec un atout dont l’Europe ne disposait pas. 

Les énergies solaire et éolienne, les batteries et les véhicules électriques sont en effet bien moins chers et plus facilement accessibles qu’en 2022, ce qui rend la transition bien plus abordable. Alors que les importations de combustibles fossiles entraînent une fuite indéfinie de capitaux, le développement d’une industrie nationale des technologies électriques permet de conserver ces dépenses sur le territoire. Des pays comme l’Inde et le Vietnam montrent déjà la voie. Pour l’Asie, il ne s’agit pas seulement de surmonter une crise, mais aussi de transformer la dépendance aux énergies fossiles en atout économique.

Le système d’exploitation des combustibles fossiles, fondé sur des échanges commerciaux continus via une poignée de goulots d’étranglement, devient de plus en plus instable.

Daan Walter, Sam Butler-Sloss et Dave Jones

Croissance révolue et fin prochaine de la demande de GNL en Asie

Comme nous le soulignions l’année dernière dans notre rapport « La Révolution électrotech 1 », une lutte oppose le gaz et le solaire pour l’avenir de la production d’électricité en Asie. La fermeture du détroit d’Ormuz a considérablement affaibli les arguments en faveur du GNL.

L’un des ces arguments avançait que le GNL serait le combustible de transition de l’Asie : plus propre que le charbon, il s’agirait d’une matière sûre et disponible en grande quantité. Cette thèse apparaît aujourd’hui bien moins convaincante.

Désormais, les pays asiatiques seront plus prudents lors de la mise en place d’infrastructures d’importation à long terme d’une matière première dont le prix peut flamber de manière spectaculaire et dont l’approvisionnement peut être irrégulier. 

Dans le même temps, l’électrotech est déjà moins coûteuse. Grâce à la baisse des prix de l’énergie solaire et des batteries, l’Asie peut désormais s’approvisionner en énergie solaire déployable à moins de 80 dollars le MWh, sans coût de combustible ni risque de fluctuation des prix, contrairement au GNL dont les prix sont dictés par la prochaine crise géopolitique. Les contrats à long terme portant sur le GNL deviennent donc un passif, et non plus un actif. 

L’imminence d’un pic de la demande en pétrole 

Depuis plusieurs années, l’Agence internationale de l’énergie révisait sans cesse à la baisse ses prévisions concernant la date à laquelle la demande de pétrole atteindrait son pic. Il y a dix ans, elle n’envisageait aucun pic avant 2050. Elle a ensuite tablé sur la fin des années 2030, puis sur 2030. Ses dernières prévisions situent ce pic en 2029, à environ 106 millions de barils par jour (mb/j), soit à peine plus que les 104 mb/j de 2025. Même la Chine, le plus grand marché en croissance pour le pétrole au cours de la dernière décennie, a vu sa demande baisser en 2025, les véhicules électriques ayant modifié les habitudes de consommation.

La crise d’Ormuz accélère cette tendance. 

Elle freine directement la demande de pétrole et renforce considérablement les incitations à s’en détourner complètement. L’Agence internationale de l’énergie a déjà revu à la baisse ses prévisions de croissance de la demande de pétrole pour 2026, qui ne s’élèverait plus qu’à 0,6 million de barils par jour. Et ce ne sera sans doute pas la dernière révision. Comme c’est souvent le cas, une crise peut précipiter l’arrivée du pic. Le monde pourrait même l’avoir atteint cette année même. Pendant un certain temps, la demande pourrait simplement osciller autour de ce niveau. 

Mais si la fermeture du détroit d’Ormuz se prolonge, ce plateau pourrait rapidement se transformer en un déclin structurel. 

Conclusions

Le détroit d’Ormuz finira par rouvrir. Les prix baisseront à nouveau et la crise ne fera plus la une des journaux. 

Cependant, la logique structurelle de la crise restera inchangée et de prochains chocs énergétiques, inévitables, sont à prévoir. 

Chaque année de dépendance aux importations de combustibles fossiles est une année supplémentaire d’exposition à un système qui a maintes fois démontré son manque de fiabilité. La technologie permettant de mettre un terme à cette dépendance est à notre portée. Il nous reste donc à savoir combien de crises il nous faudra traverser avant de changer de système de manière résolue. Les pays qui ont la clairvoyance d’investir dès maintenant dans les technologies électriques seront sans aucun doute les mieux à même de surmonter la prochaine crise.

Sources
  1. Kingsmill Bond, Daan Walter et Sam Butler-Sloss, The Electrotech Revolution, Ember, 16 septembre 2025.