Au cours d’une grande cérémonie organisée dans le Grand Palais du Peuple, à Pékin, Xi Jinping a déclaré avec une certaine solennité que le président du gouvernement espagnol, Pedro Sánchez, se trouvait « du bon côté de l’Histoire ».

Dans une forme de reconfiguration complexe, l’Espagne cherche désormais à se positionner aux avant-gardes sur le dossier chinois, en promouvant une collaboration renforcée avec Pékin.

Comment comprendre le projet sanchiste de rapprochement au nom de l’écologie ? Ce texte, dont les analyses sont centrales dans la définition de la politique espagnole, révèle le grand contexte de la quatrième visite de Sanchez en Chine en quatre ans.

L’ordre mondial en vigueur ces dernières décennies est en pleine restructuration et l’horizon stratégique européen doit être redéfini. Le retour des logiques impériales — nostalgiques d’un « grand passé » glorieux — chez les deux grandes puissances nucléaires, la Russie et les États-Unis, ainsi que l’ascension de la Chine et le recul démocratique mondial, en redessinent en profondeur les contours.

L’Union doit savoir interpréter correctement les nouvelles tendances mondiales et les forces en présence. 

Or il y a de nombreuses raisons de croire que le projet politique qu’elle représente est soumis à un encerclement stratégique croissant

L’embrasement du Moyen-Orient provoqué par la guerre menée par les États-Unis et Israël contre l’Iran est le dernier épisode de cette reconfiguration. Et l’énergie occupe, une fois de plus dans l’histoire, le centre de l’échiquier.

Le détroit d’Ormuz est devenu le symbole dramatique du passage très étroit, non seulement géographique mais aussi géopolitique, économique et sécuritaire, que représente la dépendance énergétique vis-à-vis de combustibles fossiles utilisés comme vecteurs de puissance. La riposte iranienne contre les infrastructures énergétiques du Golfe et, surtout, la fermeture du détroit — par lequel transite 20 % du pétrole transporté par voie maritime — ont placé le système économique mondial au bord d’un choc de grande ampleur. La perturbation de l’approvisionnement a en effet été décrite par l’Agence internationale de l’énergie comme potentiellement plus grave que la crise de 1973.

Il est donc probable que la guerre provoque un profond tournant dans le système énergétique mondial. Elle accélérera à moyen terme l’abandon de la dépendance au pétrole et au gaz, en particulier dans les pays asiatiques qui vivent une urgence énergétique qui affecte de plein fouet non seulement leur économie mais aussi leur sécurité nationale. La raison est simple : les alternatives technologiques sont déjà une réalité tangible. Elles sont disponibles dans les domaines de la production d’électricité, du bâtiment et de la mobilité. Et pourtant, la conjoncture révèle crûment à quel point cette grande transition a besoin d’un nouvel élan géopolitique permettant de briser la structure de dépendance aux énergies fossiles qui continue d’étouffer la majorité de l’humanité.

Pour l’Europe, la leçon est claire et sans équivoque. Après la crise découlant de l’invasion russe de l’Ukraine et après la guerre d’Iran, la politique énergétique ne peut plus être envisagée uniquement en termes d’efficacité et de durabilité climatique : elle doit devenir l’axe central de la sécurité et de la souveraineté stratégique.

À un moment où la transition énergétique commence à s’imposer comme une alternative réelle à l’ordre fossile mondial, les centres de pouvoir qui en tirent profit redoublent d’efforts pour prolonger leur domination économique et géopolitique. Il est donc urgent de procéder à une reformulation stratégique qui place l’énergie et le climat au cœur du projet politique européen. Car il ne s’agit plus seulement de préserver les fondements naturels et climatiques de l’existence, mais de garantir l’autonomie matérielle de nos sociétés dans un monde dangereusement instable.

Vers le chaos climatique

L’important rapport scientifique publié en février 2026, The risk of a hothouse Earth trajectory 1, présente une conclusion sans appel et inquiétante : après douze mois consécutifs où la température moyenne de l’atmosphère a dépassé de 1,5 degré les niveaux préindustriels, l’objectif le plus ambitieux fixé dans l’Accord de Paris a déjà été rendu caduc, ou le sera sous peu.

Ce qui est encore plus grave, compte tenu de la dynamique actuelle des émissions mondiales et du contexte géopolitique international, c’est qu’il y a de fortes chances que le seuil de sécurité des 2 degrés soit dépassé d’ici 2045. En effet, l’augmentation de la température de l’atmosphère s’est accélérée. Alors qu’entre 1880 et 1970, l’augmentation par décennie était de 0,05 degré et entre 1970 et 2010 de 0,19 degré, elle a déjà atteint 0,31 degré entre 2010 et 2025, ce qui représente un bond significatif. À moins d’une réduction drastique des émissions mondiales d’ici 2026-2035, ce qui est relativement peu probable au vu des faibles engagements pris par les grands émetteurs, le seuil de 2 degrés sera dépassé dans à peine vingt ans.

Ce scénario signifierait l’échec de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC), adoptée en 1992 lors du sommet de Rio de Janeiro. Celle-ci a structuré la réponse internationale au changement climatique, notamment avec le Protocole de Kyoto en 1997 et l’Accord de Paris en 2015.

L’objectif central formulé par la CNUCC était celui-ci : « éviter toute perturbation anthropique grave du climat de la Terre ». Depuis le premier rapport de synthèse du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), publié en 1990, le niveau d’augmentation de 2 degrés a été retenu comme seuil conventionnel pour interpréter cette notion de perturbation. Il est depuis devenu la référence qui a guidé la communauté scientifique. 

En ce qui concerne la dynamique des émissions, il convient de souligner trois aspects. 

Premièrement, onze ans après l’Accord de Paris, celles-ci continuent d’augmenter, le point d’inflexion n’ayant pas encore été atteint. Deuxièmement, la Chine, premier émetteur mondial, responsable d’environ 30 % des émissions annuelles, s’est fixé des objectifs d’atténuation peu ambitieux à l’horizon 2035, de l’ordre de 7 à 10 % par rapport au pic qu’elle atteindra au cours de cette décennie, de sorte que cette réduction sera « neutralisée » par les augmentations attendues dans d’autres pays grands consommateurs de charbon comme l’Inde, l’Indonésie ou le Vietnam. Troisièmement, les États-Unis, premier émetteur en termes historiques et deuxième émetteur à l’heure actuelle, non seulement se sont déchargés de leurs responsabilités, mais ont lancé une offensive contre les accords climatiques et la transition énergétique, tout en défendant les énergies fossiles.

Pour le système fossile, l’Union, avec ses politiques climatiques et de transition énergétique, s’impose comme un obstacle prioritaire à affaiblir — voire à renverser. 

Emilio Santiago, Jesús Casquete et Antxon Olabe

En conséquence, le scénario le plus réaliste entre 2026 et 2035 est un relatif plateau des émissions mondiales, ou peut-être une légère diminution de celles-ci, plutôt que la courbe de baisse prononcée qui serait nécessaire pour orienter notre trajectoire dans une direction compatible avec l’objectif des 2 degrés.

La trajectoire des émissions entre 1980 et 2025, qui aboutit à ce point, place comme scénario le plus probable, compte tenu des circonstances actuelles, le scénario dit SSP2-4.5, représenté par la ligne jaune ocre, qui conduirait à une augmentation de la température moyenne de 2,7 degrés à la fin de ce siècle.

Grâce à l’Accord de Paris et à la transition énergétique mondiale, les deux pires scénarios climatiques, le SSP5-8.5 et le SSP3-7.0, considérés comme possibles par la communauté scientifique il y a à peine une décennie, peuvent être écartés avec une quasi-certitude. De même, il ressort également que, compte tenu de la situation actuelle, atteindre le scénario climatique le plus optimiste, le SSP1-1.9, est désormais pratiquement impossible.

Sur la base des engagements actuels pris par les différents pays, les modélisations réalisées tant par l’Agence internationale de l’énergie que par le centre de recherche Climate Tracker Initiative prévoient également une hausse de la température d’ici la fin de ce siècle d’environ 2,7 degrés par rapport à celle de l’époque préindustrielle. Et ce, sans tenir compte des éventuels effets de rétroaction positive qui pourraient se déclencher dans le système climatique mondial, une fois que les seuils de 1,5 et 2,0 degrés auront été dépassés. Il n’est donc pas exagéré d’affirmer que la trajectoire actuelle mène au chaos climatique.

Transition énergétique : une révolution en retard

L’un des paradoxes du XXIe siècle est que l’aggravation de la crise climatique coïncide avec un niveau avancé de maturité des possibilités technologiques en matière de décarbonation, condition préalable fondamentale — bien que non unique — à la stabilisation du climat planétaire. La « révolution électrotechnique », selon les termes du centre de recherche Ember, est en train de produire la transformation énergétique la plus disruptive et la plus prometteuse depuis la révolution industrielle.

Cette révolution survient pourtant avec une génération de retard pour pouvoir respecter les engagements de la CCNUCC. De plus, elle se heurte à de puissants intérêts liés aux énergies fossiles qui ont formé un bloc historique — au sens gramscien — d’envergure internationale, qui œuvre sans relâche pour faire dérailler cette transition.

Au cours des dernières décennies, l’énergie solaire photovoltaïque, l’énergie éolienne et, plus récemment, les systèmes de stockage par batterie ont connu une baisse des coûts parmi les plus impressionnantes de l’histoire économique de l’énergie. Dans 80 % des pays du monde, orienter aujourd’hui un panneau vers le soleil est devenu le moyen le plus économique de produire de l’électricité.

À cela s’ajoute l’élargissement notable des processus économiques électrifiables d’une façon rentable. Alors qu’au début de ce XXIe siècle, à peine 25 % de la consommation finale d’énergie était électrifiable, ce chiffre atteint aujourd’hui 70 %, incluant le bâtiment, la mobilité et, de manière naissante, certains processus industriels.

Deux raisons principales expliquent cette disruption des coûts. Premièrement, la morphologie des technologies est modulaire, ce qui les rend très sensibles aux économies d’échelle obtenues grâce à des politiques industrielles résolues, une qualité qui fait de la décarbonation un changement technologique plus proche de celui qu’a représenté l’informatique que des transitions énergétiques du passé. Deuxièmement, le fait de déplacer des électrons est bien plus efficace que de réaliser une combustion. Pour une même surface, le photovoltaïque permet de capter environ dix fois plus d’énergie solaire utile que la photosynthèse. 

Nous ne sommes donc pas face à une petite avancée environnementale, mais à une disruption dans l’histoire de l’énergie.

Les puissances centrales de l’empire fossile ripostent

Le fait que les intérêts du complexe fossile soient confrontés non seulement à une remise en cause généralisée liée à la crise climatique et à la pollution atmosphérique des villes, mais aussi à une alternative technologique supérieure en termes de rentabilité, a déclenché la fureur dans ses centres de pouvoir politique : Washington, Moscou et Riyad. La Russie et l’Arabie saoudite se trouvent aussi en queue de peloton mondial en matière de qualité démocratique, selon le dernier rapport de 2026 de l’institut de recherche Varieties of Democracy, de l’université de Göteborg — respectivement aux 162e et 167e places sur un total de 179 pays. Le processus d’autocratisation que traversent les États-Unis sous Trump les a fait reculer à la 51e place, alors qu’ils se situaient vingt places plus haut en 2017 2.

Une nouvelle Sainte-Alliance s’est ainsi constituée, qui cherche à prolonger son contrôle sur l’une des bases matérielles qui ont soutenu l’architecture géopolitique des XXe et XXIe siècles. En effet, depuis la révolution industrielle, les combustibles fossiles ont constitué l’épine dorsale énergétique qui a soutenu le développement de l’économie mondiale. La transformation en cours est perçue comme une menace pour cette domination mondiale.

Les États-Unis, avec 20 millions de barils par jour, sont le premier pays producteur de pétrole au monde et le plus grand producteur de gaz. L’Arabie saoudite, avec 12 millions de barils, est le deuxième, et la Russie, avec 10 millions, le troisième, en plus d’être la deuxième puissance gazière. 

Il ne s’agit pas seulement de préserver des revenus économiques et des actifs patrimoniaux d’une grande ampleur. Le gaz et le pétrole sont utilisés comme vecteurs de pouvoir, c’est-à-dire comme instruments de coercition stratégique dans un monde où la plupart des nations sont dépendantes des combustibles fossiles. La crise énergétique actuelle, découlant de l’attaque américano-israélienne contre l’Iran, constitue le énième exemple de la grande vulnérabilité des pays contraints d’importer du pétrole et du gaz.

On ne saurait exagérer l’ampleur des enjeux. Selon l’organisation spécialisée dans ce domaine, la Carbon Tracker Initiative, la valeur du capital fossile mondial, comprenant les réserves prouvées commercialement exploitables ainsi que les infrastructures d’offre et de demande et les actifs financiers concernés, dépasse les 90 000 milliards de dollars — un chiffre proche du PIB mondial.

Au vu des enjeux économiques et des réajustements géopolitiques impliqués, on comprend que la décarbonation du système énergétique mondial est bien plus qu’un simple changement technologique. Elle suppose une profonde réorganisation des bases matérielles du pouvoir. Si elle était menée à bien, elle constituerait le plus grand processus de décapitalisation de l’histoire économique en raison des immenses ressources fossiles qui se retrouveraient bloquées.

Aucune autre région que l’Europe n’a poussé plus loin la possibilité de combiner prospérité économique et décarbonation.

Emilio Santiago, Jesús Casquete et Antxon Olabe

Ces dernières années, le centre de la transition énergétique s’est déplacé vers l’Asie, plus précisément vers la Chine. Des technologies conçues à l’origine aux États-Unis et qui ont ensuite atteint leur maturité rentable dans l’Union grâce aux politiques publiques mises en œuvre par l’Erneuerbare Energien Gesetz (« loi sur les énergies renouvelables ») du gouvernement de coalition rouge-vert allemand, ont atteint en Chine leur développement industriel à grande échelle. En effet, ce pays asiatique exerce non seulement un leadership en matière d’innovation, mais domine également entre 60 et 90 % de la capacité industrielle mondiale dans des technologies clefs telles que les panneaux solaires et les batteries, ainsi que le raffinage des minerais critiques. De plus, une voiture sur deux vendue actuellement sur le marché chinois est déjà électrique.

Alors que le noyau dur du système fossile se trouve à Washington, Moscou et Riyad, 80 % de l’humanité, y compris l’Europe, la Chine, l’Inde, le Japon et la Corée du Sud, doit importer la majeure partie de ses besoins en pétrole et en gaz. Ceux qui tirent profit des revenus colossaux et des actifs patrimoniaux issus des ressources fossiles se sont ligués pour faire échouer par tous les moyens la transition énergétique mondiale. Et l’Union, avec ses politiques climatiques et de transition énergétique, s’impose comme un obstacle prioritaire à affaiblir, voire à renverser. Tous les moyens investis à cette fin sont les bienvenus pour les défenseurs géopolitiques des énergies fossiles, y compris la précieuse collaboration des formations populistes de droite qui ont acquis un poids spécifique incontestable sur notre continent au cours du dernier quart de siècle. 

La « fossile-nostalgie » du populisme européen 

Les pays clefs des énergies fossiles, avec en tête les États-Unis, la Russie et l’Arabie saoudite, ne sont pas seuls dans leur volonté de contrecarrer la transformation du modèle énergétique vers des modèles moins agressifs pour le climat et la santé des personnes. Ils comptent sur des alliés de poids au sein même de l’Union : les formations national-populistes, à l’origine du recul démocratique dans les sociétés libérales les plus proches de nous, constituent ainsi une sorte de cinquième colonne du modèle fossile. 

Entre 2000 et 2024, des partis de ce spectre idéologique ont participé à un total de vingt-huit gouvernements dans quinze pays européens. Au Parlement européen, les groupes Patriots for Europe (qui comprend le Fidesz, le Rassemblement national, Vox ou Chega), Europe of Sovereign Nations (avec l’AfD aux premiers rangs) et European Conservatives and Reformists (avec Fratelli d’Italia et les Polonais de Droit et Justice comme figures de proue) représentent un quart de l’électorat.

Tous partagent un dénominateur commun : leur rejet frontal du projet postnational européen, de cette aspiration qui s’est forgée depuis 1951, alors que le cauchemar nazi et l’Holocauste étaient encore récents, avec la création de la Communauté européenne du charbon et de l’acier par le traité de Paris. Ce qui est né comme une communauté économique fondée sur des intérêts partagés a évolué vers une unité politique articulée autour de principes et de valeurs communs, tels que la séparation des pouvoirs ou le respect du pluralisme.

Aujourd’hui, les partis populistes de droite européens, avec le soutien et la logistique de l’administration Trump et de bon nombre de techno-oligarques de leur pays, mettent des bâtons dans les roues de ce projet de civilisation que représente l’Union. Ce projet politique ambitieux repose normativement sur la reconnaissance et la préservation de cette « cité entière » — pour reprendre l’expression de Platon — de près de 450 millions de personnes.

Les propositions des partis d’extrême droite lorsqu’ils sont dans l’opposition, et leurs politiques lorsqu’ils gouvernent, sont dominées par une profonde animosité envers tout ce qui signifie progresser dans la préservation des fondements naturels de l’existence à partir des preuves scientifiques disponibles. Dans leurs programmes et leurs politiques, l’environnement est ancré dans un cadre nationaliste et, la grande majorité du temps, climatosceptique. Ce même cadre entretient une nostalgie de l’hégémonie du charbon et du pétrole en tant que moteurs de l’économie.

Aux États-Unis, Trump, le mouvement ultranationaliste MAGA et un Parti républicain soumis à ces deux forces, en sont des exemples éloquents. Le jour même de son investiture pour son deuxième mandat, le 20 janvier 2025, Trump a signé un total de vingt-six décrets, soit plus que n’importe lequel de ses prédécesseurs dans l’histoire du pays. Jamais un président états-unien ne s’était autant rapproché de la caractérisation hobbesienne du monarque comme quelqu’un qui « par nature, est toujours disposé et capable [in potentia proxima] d’exercer des actes de gouvernement » 3.

Plusieurs de ces décrets s’en prenaient directement à l’agenda climatique et environnemental, toujours au nom d’un prétendu « intérêt national ». Ainsi, l’un d’entre eux annonçait le retrait des États-Unis de l’Accord de Paris de 2015, puis de la CCNUCC elle-même. Un autre permettait de « maximiser de manière efficace et efficiente le développement et la production des ressources naturelles situées sur les territoires tant fédéraux qu’étatiques de l’Alaska », ouvrant ainsi la voie à la politique « drill, baby, drill ». Un troisième visait à renforcer l’exploitation des ressources énergétiques et naturelles disponibles dans les eaux et sur les territoires fédéraux — y compris les terres rares. Il prévoyait également un « véritable choix du consommateur » en supprimant les barrières réglementaires aux véhicules à combustion ; ou, en d’autres termes, en renonçant à promouvoir le véhicule électrique par le biais de « subventions injustes et d’autres distorsions du marché imposées par le gouvernement » 4.

Les affidés de Trump en Europe empruntent la même voie climatosceptique et nostalgique des combustibles fossiles. La section consacrée à la politique énergétique du programme de l’AfD de 2016 soutient que le changement climatique « existe depuis que la Terre existe » et que « le dioxyde de carbone n’est pas un polluant, mais un élément indispensable à toutes les formes de vie ». En opposition ouverte au consensus scientifique, il défend que « la politique climatique repose sur des modèles climatiques hypothétiques basés sur des simulations informatiques du GIEC ».

Les homologues espagnols de l’AfD insistent sur la même ligne. Dans son programme pour les élections législatives de 2023, Vox dénonçait « les lobbies de la religion climatique » et « l’écologisme radical » imposé par les élites de l’Union et des organismes transnationaux. Parmi les mesures proposées figurent la poursuite de l’exploitation des combustibles fossiles et l’annulation de l’interdiction adoptée par l’Union de vendre des voitures à essence et diesel à partir de 2035, ainsi que la prolongation de la durée de vie des centrales nucléaires existantes, toujours dans l’optique d’« atteindre la souveraineté énergétique » 5.

Ces partis défendent généralement avec ferveur les sources d’énergie issues des combustibles fossiles en tant que ressources enfouies dans les profondeurs du territoire national. En revanche, comme le suggère de manière suggestive et provocatrice le chercheur suédois Andreas Malm, les énergies renouvelables — soleil, vent, eau, vagues — circulent d’un endroit à l’autre.

Les formations national-populistes, à l’origine du recul démocratique dans les sociétés libérales les plus proches de nous, constituent une sorte de cinquième colonne du modèle fossile.

Emilio Santiago, Jesús Casquete et Antxon Olabe

À l’exception partielle de l’énergie hydraulique, il n’existe pas d’équivalent renouvelable à notre charbon, notre pétrole, notre gaz, ces choses relevant « d’un héritage matériel ultraprofond qu’il est facile de lier à la mystique du nationalisme patriotique ». Les réserves se trouvent toujours sous le sol national, tandis que le flux dont se nourrissent les énergies renouvelables n’a qu’un lien ténu avec la patrie ; elles n’appartiennent à aucun lieu particulier, elles sont sans racines. Pour ces partis national-populistes, « l’énergie solaire et l’énergie éolienne sont le juif et le musulman de l’énergie » 6.

Les Français du Rassemblement national (RN) s’inscrivent dans cet imaginaire. Dans le programme présidentiel de sa candidate Marine Le Pen pour 2022, le RN s’engage à « mettre un terme aux projets éoliens et à démanteler progressivement les parcs existants ». En Allemagne, l’AfD estime que l’énergie éolienne présente plus d’inconvénients que d’avantages pour les humains, les animaux et le paysage. C’est pourquoi elle propose des consultations citoyennes sur sa construction. En revanche, à titre d’exception qui confirme la règle, pour le Parti de la liberté autrichien (FPÖ), « la transformation de notre système énergétique vers des énergies locales et renouvelables constitue un élément fondamental d’une protection climatique active et est une exigence de notre époque » qui permettrait à l’Autriche de consolider une économie décarbonée d’ici 2050. En ce qui concerne l’énergie éolienne, le FPÖ admet la construction de parcs éoliens, mais uniquement là où leur impact sur les zones habitées et l’environnement est minimisé 7.

Le monde d’hier ne reviendra pas

Les institutions de l’Union n’ont pas su interpréter correctement la situation internationale engendrée par la première présidence de Trump en 2017. La présence d’un climatosceptique déclaré à la Maison-Blanche constituait pourtant un tournant disruptif. Si, comme l’affirmaient les trois derniers secrétaires généraux des Nations unies, la communauté scientifique et le Parlement européen, l’urgence climatique était le problème appelé à définir le XXIe siècle, il aurait fallu maintenir une position propre lorsque, cette année-là, en 2017, les États-Unis ont redéfini leur politique étrangère. En portant l’accent sur la « concurrence entre grandes puissances » (great power competition), ceux-ci ont fait de l’endiguement de la Chine l’axe central de cette politique.

L’Europe s’est pliée aux nouveaux vents venant de l’autre côté de l’Atlantique, au détriment d’une stratégie extérieure centrée jusqu’alors, dans une large mesure, sur la gestion de la crise climatique et la promotion de la transition énergétique, ce qui n’était viable que grâce à une collaboration constructive avec la Chine. L’Union a suivi sans discernement un revirement géopolitique dont le but n’était autre que de préserver l’hégémonie mondiale des États-Unis, entravant, voire empêchant, l’essor économique, technologique et militaire de la Chine. Elle n’a pas su maintenir une position propre et autonome, glissant vers une définition confuse de ses relations avec Pékin, dans lesquelles prévaudrait la méfiance découlant de ce qui était qualifié de « rivalité systémique ».

Alors que les États-Unis commettaient en 2017 leur deuxième faute climatique en sortant de l’Accord de Paris — la première faute ayant eu lieu avec leur retrait du Protocole de Kyoto en 2001 —, Pékin projetait une image de stabilité géopolitique et respectait ses engagements internationaux. La raison en était simple. La Chine avait profité comme nulle autre de la mondialisation économique qui a suivi la fin de la guerre froide, en particulier à la suite de son adhésion à l’Organisation mondiale du commerce en décembre 2001. Le pays asiatique avait sorti huit cents millions de personnes de l’extrême pauvreté en quatre décennies et était passé de la périphérie au centre du système économique, industriel et commercial mondial. Il était donc une nation soucieuse de préserver l’importance du réseau de relations institutionnelles qui structurait le système international 8.

Si la décarbonation était menée à bien, elle constituerait le plus grand processus de décapitalisation de l’histoire économique.

Emilio Santiago, Jesús Casquete et Antxon Olabe

Le second mandat de Trump a aggravé la désorientation européenne.

La nouvelle doctrine définie par la Stratégie de sécurité nationale dirige son hostilité la plus virulente non plus vers Pékin ou Moscou, mais vers le projet politique de l’Union. À la suite de cette offensive dialectique et de la menace faite par la Maison-Blanche d’occuper le Groenland, la boussole européenne est déréglée : l’Union peine encore à trouver un cap pour définir sa relation avec les États-Unis.

Cette désorientation résulte de la difficulté à surmonter la dépendance vis-à-vis des États-Unis qui se fait sentir dans certaines capitales, notamment à Berlin. Plusieurs sondages montrent à quel point une forte nostalgie du « bon vieux temps » prévaut, en particulier dans les milieux conservateurs allemands.

Cette nostalgie n’est toutefois qu’une illusion. Le monde d’hier ne reviendra pas. Les forces politiques aux États-Unis se sont déplacées de manière irréversible. L’Europe doit accepter les faits avec réalisme, abandonner toute naïveté et se tourner vers l’avenir. 

Ce ne sera pas facile. 

D’une part, l’Union doit élaborer une politique de première importance en matière de sécurité et de défense. Ce sursaut est lié à la guerre d’agression et d’usure menée par la Russie contre l’Ukraine, à laquelle l’Europe a, à juste titre, accordé une grande attention. Dans une grande partie des pays de l’Europe centrale et orientale, le sentiment d’insécurité face à la Russie néo-impériale de Vladimir Poutine conditionne de manière décisive leur orientation stratégique.

Réagir à l’encerclement de la coalition fossile

Depuis plus de trois décennies, l’Union est à l’avant-garde mondiale de la décarbonation. 

Elle a été et reste un acteur fondamental de la diplomatie climatique mondiale. Aucune autre région du globe n’a poussé plus loin la possibilité de combiner prospérité économique et décarbonation.

De 1990 à 2025, le PIB européen a augmenté de 70 % en termes réels, tandis que ses émissions de gaz à effet de serre ont diminué de 37 %. Cette baisse est un exemple empirique de découplage mené par des centaines de millions de personnes sur trente-cinq ans. Bien que la Chine ait pris le relais en matière d’innovation technologique et de capacité industrielle verte, aucun autre endroit que l’Europe ne présente un équilibre aussi relatif entre développement économique, performance environnementale, justice sociale et engagement climatique.

Dans les nouveaux centres impériaux, à savoir l’actuelle Maison-Blanche et Moscou, l’Union est perçue comme un projet politique qu’il faut affaiblir afin que leur programme de refondation de l’ordre mondial, fondé sur une domination totale dans leurs sphères d’influence respectives, puisse se concrétiser. 

À ce carrefour difficile, la dépendance énergétique constitue une grave vulnérabilité stratégique. 

Malgré les nombreuses expériences du passé, et bien qu’elle ait ouvert la voie à la compétitivité des énergies renouvelables au cours de la première décennie de ce siècle, la matrice énergétique de l’Union dépend encore à 70 % des combustibles fossiles — dont la grande majorité est importée. Cette vulnérabilité économique et sécuritaire qui est revenue au premier plan à la suite des répercussions de la guerre en Iran, alors que le choc de l’offre de gaz provoqué par l’invasion de l’Ukraine par la Russie en 2022 était encore frais dans les mémoires.

Le projet politique européen se trouve ainsi soumis à un encerclement stratégique croissant de la part de deux puissances agressives qui cherchent, dans le cadre plus large d’une reconfiguration de l’ordre mondial, à faire dérailler la transition énergétique et à préserver ainsi leurs immenses réserves de combustibles fossiles et le pouvoir géopolitique que celles-ci leur confèrent.

L’Europe doit donc repenser ses relations internationales pour survivre et prospérer dans un monde post-atlantiste. Avec le retour des logiques impériales, elle est confrontée à ce qui est peut-être le plus grand défi existentiel qu’elle ait connu au cours des sept décennies écoulées depuis ses origines.

Face à ce grave diagnostic, un regard réaliste s’impose. 

Des idées contre les empires

La vision dénigrante et agressive de l’Europe articulée par la Stratégie de sécurité nationale des États-Unis et les pulsions impériales moscovites découlent de deux courants historiques très profonds. Il faut y répondre. Les idées-forces suivantes peuvent servir de guide. 

Premièrement, l’Union doit sans délai opérer un saut qualitatif dans son processus d’intégration. 

Il est indispensable de contourner la capacité de veto et de blocage interne dont disposent les nations satellites du Kremlin au sein de l’Europe, la Hongrie en tête. Selon des rapports fiables sur la santé de la démocratie dans le monde, ce pays, sous la houlette d’un gouvernement national-populiste dirigé sans interruption depuis 2010 par Viktor Orbán, est devenu l’État membre de l’Union où la démocratie est la plus défaillante. Compte tenu de la difficulté à s’accorder à l’unanimité sur la réponse à apporter aux blocages systématiques face à des crises graves, la voie de la coopération structurée permanente prévue par l’acquis communautaire semble être l’option la plus viable. Dans cette optique, la création récente de l’E6 — Allemagne, France, Italie, Espagne, Pologne et Pays-Bas — visant à accélérer la prise de décision, la compétitivité économique et les progrès en matière de sécurité et de défense est une initiative très prometteuse qui mérite un soutien total.

Ceux qui tirent profit des revenus colossaux et des actifs patrimoniaux issus des ressources fossiles se sont ligués pour faire échouer la transition énergétique mondiale. 

Emilio Santiago, Jesús Casquete et Antxon Olabe

Deuxièmement, les rapports Draghi et Letta doivent réorienter le présent et l’avenir économique de l’Europe. 

Il nous faut une impulsion expansionniste sans précédent, financée par l’émission d’euro-obligations, comme cela a été fait récemment pour l’aide à l’Ukraine. Une injection structurelle de ressources servirait à réduire les déficits critiques en matière de sécurité et de défense européennes, à combler le fossé technologique actuel avec la Chine et les États-Unis et à renforcer le modèle social du continent, ingrédient clef de la cohésion sociale et expression maximale de nos valeurs. Cette approche économique devrait également garantir les investissements requis par la grande adaptation climatique qui devra se déployer dans les années à venir.

Troisièmement, comme nous l’avons déjà souligné, l’Europe devrait redéfinir ses relations internationales. 

Dans un contexte qui évolue rapidement vers une logique de hard power, elle ne peut pas faire cavalier seul, assiégée par des prédateurs impériaux. Si les relations avec les puissances dites moyennes sont nécessaires, elles ne suffisent pas.

La Chine est plutôt aujourd’hui, un facteur de prévisibilité géopolitique et l’épicentre de la grande transformation du système énergétique. L’Union a intérêt à adopter une approche coopérative de grande envergure stratégique avec ce pays asiatique, articulée autour de la transition énergétique, de l’action climatique responsable, de relations commerciales sur un pied d’égalité et de la défense d’un monde fondé sur les règles, le multilatéralisme et le système des Nations unies.

Enfin, le cas de l’Espagne permet de tirer quelques enseignements pour mieux définir notre cap. L’économie de ce pays a affiché ces dernières années des performances remarquables par rapport aux autres pays de l’OCDE. Or, il est communément admis qu’une partie de ce succès est due à son engagement résolu en faveur de la transition énergétique, en particulier au formidable déploiement des énergies renouvelables depuis 2018. Celui-ci a favorisé des prix de l’électricité plus compétitifs, ce qui a à son tour contribué à attirer d’importants investissements.

Cet engagement n’était pas le fruit de l’improvisation. Il s’est inscrit dans un cadre stratégique sur le climat et l’énergie placé, dès le départ, au cœur du projet politique du gouvernement de coalition progressiste.

Après près de huit ans d’existence, cette expérience recèle des éléments très utiles pour une Europe sociale et engagée sur le plan climatique. Maintenant que les tambours de guerre résonnent de nouveau au Moyen-Orient, elle permet également d’élaborer une culture de la paix.

Le rapprochement sino-européen à venir

Le rapprochement entre l’Europe et la Chine que nous défendons n’implique pas de partager des valeurs et des modèles de société. Il implique de partager, de manière réaliste, des intérêts communs découlant de l’appartenance à un monde plein de turbulences, de conflits et de guerres qui, de surcroît, glisse comme un somnambule vers la catastrophe climatique.

L’Europe est fille des Lumières et d’une modernité où les droits individuels, les libertés politiques, la formation démocratique de la volonté populaire, l’État de droit, la protection des minorités, la propriété privée, la cohésion sociale et le respect scrupuleux des droits de l’homme font partie d’un patrimoine civilisationnel auquel nous nous identifions fièrement et auquel nous ne pouvons renoncer. Cependant, cela ne nous donne pas le droit de considérer d’autres modèles de société et d’autres valeurs depuis une supposée position de supériorité philosophique ou morale.

Une nouvelle Sainte-Alliance s’est constituée. Elle cherche à prolonger son contrôle sur l’une des bases matérielles qui ont soutenu l’architecture géopolitique des XXe et XXIe siècles. 

Emilio Santiago, Jesús Casquete et Antxon Olabe

Sans nier les nombreuses périodes sombres qui ont marqué leurs parcours historiques, l’Europe et la Chine sont les dépositaires de deux civilisations anciennes. En tant que telles, elles ont vu s’élever et s’effondrer des empires, des dynasties et des régimes politiques. 

Elles sont unies par le respect de la connaissance issue de l’observation empirique de la nature et par l’attachement à la vérité, c’est-à-dire à la science, ce que le réformateur et stratège Deng Xiaoping appelait « rechercher la vérité à partir des faits ». Leurs traditions culturelles sont différentes, mais complémentaires.

La première est l’héritière de la raison discursive socratique, fondement de l’orientation éclairée par la délibération démocratique. La seconde est dépositaire d’un héritage confucéen et taoïste fondé sur l’harmonie et l’équilibre entre la nature et la société, source d’inspiration, par conséquent, pour faire face à la crise écologique planétaire 9.

Ces deux civilisations ont connu sur leurs territoires de nombreuses invasions, guerres, catastrophes, misère et souffrances. Elles ont appris par leur propre expérience que rien n’est plus précieux que la paix, la prospérité et la cohésion sociale de leurs sociétés. Elles disposent donc non seulement de ressources économiques, industrielles et technologiques, mais aussi de visions du monde et de valeurs pour unir leurs efforts afin d’empêcher le monde de s’enfoncer dans une spirale d’autodestruction. 

En d’autres termes, les dirigeants politiques, philosophiques et culturels de la Chine et de l’Europe possèdent l’expérience historique nécessaire pour garder une vision à long terme lorsqu’il s’agit de comprendre les menaces auxquelles l’humanité est confrontée en ce XXIe siècle turbulent, parmi lesquelles l’urgence climatique occupe une place centrale.

La nouvelle souveraineté stratégique européenne

Pour synthétiser notre analyse, nous soutenons que l’Europe est confrontée à une convergence de risques systémiques qui ne pardonneront plus aucun retard. 

Les risques climatiques et énergétiques ne peuvent être envisagés par deux agendas distincts. Ils constituent, en réalité, deux dimensions complémentaires d’un même programme d’émancipation à portée civilisationnelle : la transition vers un nouveau système énergétique mondial dont la réalisation permettra trois avancées historiques :  stabiliser une trajectoire climatique planétaire aujourd’hui très préoccupante, libérer d’immenses possibilités économiques dont bénéficieront les majorités sociales et apaiser un système international de plus en plus conflictuel en raison du caractère dominateur avec lequel les ressources fossiles sont utilisées. En d’autres termes, pacification géopolitique, stabilité climatique et forte impulsion à l’innovation et au développement économique au profit des majorités sociales.

À cet égard, la récente crise déclenchée dans le golfe Persique a rappelé une vérité dérangeante : tant que l’Europe dépendra structurellement des flux fossiles externes, son autonomie stratégique restera toujours relative. Sans souveraineté énergétique, l’Europe sera vulnérable face aux puissances impériales qui ont placé le concept de « domination » au cœur de leur doctrine énergétique.

La transition n’est donc plus uniquement une question de politique climatique et économique. Elle se situe au cœur même de la souveraineté stratégique européenne — car elle touche au cœur même de notre sécurité.

Dans ce contexte, la relation de l’Europe avec la Chine prend une signification renouvelée qui transcende la logique conventionnelle de concurrence entre puissances : une coopération à long terme et pragmatique entre deux pôles géopolitiques, économiques et technologiques qui concentrent des capacités décisives pour éviter le chaos climatique et reconfigurer le système énergétique mondial. L’Europe apporte un cadre réglementaire avancé, une expérience pionnière en matière de politiques de décarbonation et un modèle social qui intègre cohésion et durabilité. La Chine, quant à elle, dispose de l’échelle industrielle, de la capacité de déploiement et du contrôle des chaînes de valeur technologiques qui déterminent aujourd’hui le rythme de la transition.

L’intérêt des deux parties converge en plus vers leur vulnérabilité commune face à un ordre fossile qu’elles ne contrôlent pas seulement, mais qui constitue une grave menace pour leur sécurité. Il s’agit donc de mettre en place un axe, sinon européen, du moins axé sur la responsabilité climatique et la coopération énergétique, qui permette d’accélérer la transition, d’éviter les pires scénarios climatiques et de contribuer au renforcement du système multilatéral et au rôle central des Nations unies.

En fin de compte, la question est simple dans sa formulation et décisive dans ses conséquences : soit l’Europe place l’action climatique et la souveraineté énergétique au cœur de son projet politique et de son action extérieure — ce qui passe par une redéfinition de ses relations avec la Chine —, soit l’encerclement stratégique fossile croissant de la part de la Russie et des États-Unis nous conduira non seulement à un appauvrissement relatif, mais aussi à une dépendance et une vulnérabilité persistantes face à un régime énergétique déstabilisateur. Cette situation pourrait se solder par la régression du projet politique européen. 

Agir avec l’ampleur, l’ambition et l’intelligence stratégique qu’exige ce moment historique est probablement la tâche la plus importante à laquelle l’Union ait été confrontée depuis sa fondation.

Sources
  1. William J. Ripple et al., « The risk of a hothouse Earth trajectory », One Earth, vol. 9 (2), 20 février 2026.
  2. « Unraveling The Democratic Era ? », V-Dem Institute, 2026.
  3. Thomas Hobbes, Du Citoyen, trad. Philippe Crignon, Paris, Flammarion, 2010 [1642].
  4. « Executive Order 14162 of January 20, 2025 : Putting America First in International Environmental Agreements », Maison-Blanche, 20 janvier 2025 ;  « Executive Order 14153 of January 20, 2025 : Unleashing Alaska’s Extraordinary Resource Potential », Maison-Blanche, 20 janvier 2025 ; « Executive Order 14154 of January 20, 2025 : Unleashing American Energy », Maison-Blanche, 20 janvier 2025.
  5. « Programm für Deutschland. Das Grundsatzprogramm der Alternative für Deutschland », Alternative für Deutschland, Stuttgart, 2016, pp. 156, 170 ; « Un programa para lo que importa. Programa electoral para las Elecciones Generales del 23J de 2023 » Vox, 2023, p. 117.
  6. Andreas Malm et Zetkin Collective, Piel blanca, combustible negro. Los peligros del fascismo fósil. Madrid, Capitán Swing, 2024, pp. 333-334.
  7. « M la France. 22 mesures pour 2022 », Rassemblement national, 2022 ; « Zusammen. Für unser Österreich. Regierungsprogramm 2017-2022 », Freiheitliche Partei Österreichs, p. 169 et 179. ; Handbuch freiheitlicher Politik, FPÖ Bildunginstitut, 2013 [4e éd.], p. 59.
  8. Antxon Olabe Egaña, « China, la dinastía roja », Política Exterior, vol. 32, nº 185, septembre-octobre 2018.
  9. Antxon Olabe Egaña, « The EU-China Climate Agreement : Building Success at the Crucial Glasgow Summit », Real Instituto Elcano, 2020.