Depuis le 28 février, les exportations américaines de pétrole brut et de produits pétroliers ont bondi de 17 %. Elles atteignent aujourd’hui près de 13 millions de barils par jour, selon les chiffres du département de l’Énergie, soit un volume supérieur à celui de n’importe quel autre pays.

  • Les exportations américaines ne cessent de croître depuis 2022.
  • Le blocus par l’Iran du détroit d’Ormuz contribue à accélérer cette tendance, en supprimant l’équivalent de 20 millions de barils par jour du marché.
  • Les raffineries du Golfe étant à l’arrêt, les pays importateurs – en Asie notamment, mais aussi en Europe – se tournent davantage vers les États-Unis.

Les producteurs américains ne sont toutefois pas en mesure de compenser à eux seuls la perte des flux pétroliers qui transitaient par le golfe Persique avant la guerre. L’analyste de Kpler Matt Smith estime que les États-Unis peuvent théoriquement exporter au maximum jusqu’à 6,5 millions de brut par jour, contre 3,5 à 4,5 en moyenne ces dernières années. Les exportations devraient toutefois se stabiliser autour de 5,5 millions de barils par jour en raison de contraintes logistiques 1.

Ainsi, l’ajout sur le marché de 1 à 2 millions de barils de brut supplémentaire par jour ne permettrait de couvrir que 5 à 10 % de la perte du détroit d’Ormuz.

  • La guerre contribue déjà à la réorganisation des flux pétroliers et gaziers mondiaux : plusieurs dizaines de super-pétroliers qui se seraient dirigés vers le golfe Persique font désormais route vers les États-Unis pour être chargés 2.
  • De la même manière que l’invasion russe à grande échelle de l’Ukraine, en 2022, a contribué à renforcer la dépendance de l’Europe vis-à-vis du gaz naturel liquéfié américain (GNL), on observe aujourd’hui un phénomène similaire pour le pétrole brut et les produits pétroliers.
  • Ainsi, Kpler estime qu’au cours du mois d’avril, plus d’un tiers du carburant d’aviation consommé en Europe devrait provenir de raffineries américaines — soit deux fois plus qu’en janvier. 

L’instabilité provoquée par la guerre pourrait inciter des nouveaux importateurs à signer des contrats d’approvisionnement de plusieurs années avec des entreprises américaines.

  • L’ampleur de cette réorganisation des flux énergétiques sera déterminée par plusieurs facteurs, dont l’évolution du conflit mais aussi des coûts de fret pour les pétroliers, qui ont déjà augmenté de près de 20 % depuis le début de l’année : un trajet reliant le Golfe des États-Unis à la Chine coûte désormais 16,3 millions de dollars pour un super-pétrolier, contre 13,7 millions en janvier 3.
  • La route reliant les États-Unis à la Chine est désormais à un niveau de prix similaire à celle qui faisait le trajet depuis le Golfe persique avant le début de la guerre (autour de 100 000 dollars par jour).
  • De la même manière, la hausse des exportations américaines sur le moyen et long terme dépendra de la disponibilité et du nombre de navires capables d’acheminer des cargaisons jusqu’aux ports 4.
Sources
  1. Ben German, « Trump’s oil export surge — and ceiling », Axios, 24 avril 2026.
  2. Jamie Smyth, Malcolm Moore, Nassos Stylianou, Dan Clark, Irene de la Torre Arenas et Steven Bernard, « America’s bid for energy supremacy is being forged in war », Financial Times, 25 avril 2026.
  3. « Tanker Market Stabilizing After Recent Turbulence », Hellenic Shipping News, 27 avril 2026.
  4. Christopher Charleston, « US Oil Exports to Hit 5 Million Barrels a Day Amid Global Crunch », Bloomberg, 9 avril 2026.