Ormuz. Le Royaume-Uni, qui a essayé de sauver l’accord sur le nucléaire avec l’Iran (JCPOA) aux côtés de la France et de l’Allemagne, se retrouve dans une position délicate avec la crise des tankers. En effet, cette crise confirme que la relation bilatérale avec les Etats-Unis occupe une place privilégiée dans la politique étrangère de Londres. Le 4 juillet, les autorités britanniques ont arraisonné le pétrolier iranien Grace 1 dans le détroit de Gibraltar, à la demande des Etats-Unis selon le ministre des Affaires étrangères et futur Haut représentant de l’Union Josep Borrell, et ce sans consulter l’Union Européenne. En retour, l’Iran a saisi le 19 juillet le pétrolier Stena Impero dans le détroit d’Ormuz1. Du point de vue iranien, on considère qu’il n’y avait « pas d’autre choix que de réagir et de rappeler au Royaume-Uni que nous ne sommes pas en 1953 »2. L’enjeu pour l’Iran est d’être considéré comme une nation souveraine et indépendante, au même titre que les autres puissances, sur la scène internationale. Ces arraisonnements réciproques de pétroliers s’inscrivent dans une stratégie plus globale d’intimidation et d’affirmation de pouvoir, en vue d’arriver à la table des négociations en position de force. De même, l’arrestation des binationaux, envisagée comme une monnaie d’échange, constitue un levier pour peser dans la négociation.

Le nouveau premier ministre britannique Boris Johnson est un ardent défenseur du Brexit et un atlantiste convaincu. Va-t-il faire le choix de s’aligner sur la position américaine qui privilégie une politique de pression maximale sur l’Iran, mettant ainsi à mal les efforts de l’Union pour maintenir l’accord nucléaire, ou s’engager à préserver le JCPOA ? Londres tente de trouver un équilibre entre une politique transatlantique et une stratégie qui ne soit pas en totale contradiction avec la politique européenne. Tout ça, dans le contexte des négociations à venir sur le Brexit, qui implique à la fois une reconfiguration des rapports entre Londres et l’Europe, ainsi que de nouvelles relations commerciales avec les Etats-Unis3.

Alors que la politique américaine de pression maximale sur l’Iran ne rencontre pas les effets escomptés et que la situation s’est grandement complexifiée, les forces en présence semblent obligées de privilégier une solution diplomatique, pour éviter un conflit ouvert. Dans ce contexte, M Johnson pourrait jouer un rôle stratégique clé en étant un intermédiaire entre l’Europe et les Etats-Unis, afin de réengager des négociations efficaces. Plus largement, le choix britannique constitue un véritable test quant à la possibilité de l’émergence d’une Europe politique et de sa capacité diplomatique.

Sources
  1. DECIS Hugo, Dans le golfe Persique, le Royaume-Uni désarmé, Le Grand Continent, 26 juillet 2019
  2. BOZORGMEHR Najmeh, ‘Eye for eye’ ideology behind Iran’s seizure of UK tanker, Financial Times, 21 juillet 2019
  3. ZAKS Dmitry, Iran Poses Loyalty Test for ‘British Trump’ Johnson, Bourse & Bazaar, 25 juillet 2019