Golfe Persique. La saisie, le 19 juillet, par l’Iran du pétrolier battant pavillon britannique Stena Impero dans le golfe Persique relance à Londres le débat sur la capacités de la Royal Navy à sécuriser les voies de communication maritime autour desquelles s’articule le commerce international.1.

En effet, la saisie du Stena Impero intervient dans un contexte spécifique, marqué par l’accroissement des tensions entre l’Iran et les États-Unis des suites du retrait unilatéral états-unien de l’accord sur le nucléaire iranien (PAGC). Si elle est présentée comme acte légal par les autorités de Téhéran, elle se veut surtout une réponse claire à la saisie, cette fois-ci par des Royal Marines britanniques, d’un pétrolier iranien en route pour la Syrie2, l’Iran mettant par la même en scène sa capacité à agir au cœur de ses approches maritimes, une capacité présentée comme se situant au cœur de la doctrine stratégique iranienne3. On peut interroger la pertinence de l’action engagée par les britanniques à Gibraltar, dont l’exécution avait vraisemblablement été consentie sans prendre préalablement en compte les inévitables réactions iraniennes.

L’incapacité de l’unique frégate britannique présente dans le golfe Persique, la Montrose, à s’interposer entre les navires des Gardiens de la révolution islamique et leur proie, le Stena Impero4, rappelle l’importance pour une nation dépendante du commerce internationale de disposer de suffisamment de bâtiments de surface pour garantir la liberté de navigation. Or, le Royaume-Uni souffre en la matière d’un dénuement relatif : alors qu’elle disposait autrefois de 14 frégates Broadsword et de 14 destroyers Sheffield, elle doit désormais se contenter de 13 frégates Duke et de six destroyers Daring, ce nombre réduit d’unités entraînant de fait une disponibilité moins importante. Certes, les Daring sont plus lourdement armés que les Sheffield qu’ils remplacent ; ils n’en possèdent pas pour autant le don d’ubiquité.

Le constat est sans appel : le Royaume-Uni et la Royal Navy ne disposent simplement pas de suffisamment de bâtiments pour garantir la sécurité du commerce international à destination des îles britanniques. Cette nouvelle ne devrait pourtant surprendre personne tant les avertissement s’étaient multipliés ces dernières décennies, un rapport du Royal United Services Institute (RUSI) comportant dès 2010 l’avertissement suivant : « sauf réception de crédits supplémentaires, la Royal Navy ne sera bientôt plus en mesure d’assurer la sécurité des voies commerciales maritimes vis-à-vis des pirates, terroristes et puissances étrangères ennemies. »5 Deux ans plus tôt, les britanniques avaient confirmé l’acquisition de six Daring, au lieu des 12 unités prévues initialement. Ces donnés sont confirmées par la Banque Mondiale, selon laquelle le Royaume-Uni consacrait ainsi 3,6 % de son PIB à sa défense en 1989, contre 1,7 % aujourd’hui.

Perspectives :

  • Le Royaume-Uni n’est pas la seule puissance navale européenne désarmée : la Marine nationale française doit elle aussi composer avec un nombre réduit de bâtiments de surface car, si deux frégates de classe Suffren ont bien été remplacées par deux unités similaires de classe Horizon, seules huit FREMM succèderont aux neuf Cassard et Georges Leygues, tandis que cinq Frégates de défense et d’intervention (FDI) se substitueront aux cinq Frégates La Fayette (FLF). De manière plus significative, les 17 avisos D’Estienne d’Orves n’ont à ce jour été remplacés que par six frégates légères Floréal !
  • Les voies de communication maritime, ou Sea Lines of Communication (SLOCs) déterminent la bonne marche du commerce international. Le détroit d’Ormuz est, dans ce contexte, d’une importance stratégique majeur puisqu’il lie le golfe Persique à l’océan Indien via le Golfe et la mer d’Oman et permet donc l’exportation des ressources énergétiques locales. Pourtant et alors que ces ressources sont consommées par de nombreux puissances internationales, peu de marines militaires s’occupent aujourd’hui de sécuriser ces flux, laissant reposer ces efforts sur les États-Unis, le Royaume-Uni ou encore la France.
Sources
  1. DOWARD Jamie, UK too weak to address strategic threats, warns MPs’ committee, The Guardian, 21 juillet 2019
  2. LONGLEY Alex, What’s Next for the Oil Tanker Seized by British Forces, Bloomberg, 5 juillet 2019
  3. DECIS Hugo, l’Iran dans ses approches maritimes, Le Grand Continent, 17 juin 2019
  4. SPECIA Megan, KIRKPATRICK David, Iran’s Seizure of British Vessel Further Roils Gulf Region, The New York Times, 19 juillet 2019
  5. Royal Navy ‘dangerously weak’, says RUSI, BBC, 23 aout 2010