Téhéran. L’attaque des tankers Front Altair et Kokuka-Courageous intervient dans un contexte géopolitique et géostratégique contraint : d’une part, elle se produit près d’un mois après de premiers incidents remarqués1 ; d’autre part, elle a coïncidé avec le déplacement en Iran du Premier ministre Shinzo Abe, « envoyé spécial de Donald Trump » en Iran2. Plus largement, cet événement doit être considéré dans le cycle de tensions rouvert par le retrait états-unien du PAGC/JCPoA en ce qu’il contribue à antagoniser plus avant Téhéran et Washington.

Si aucun élément factuel ne permet d’attribuer ces différentes attaques à l’Iran, ces développements inquiétants et forts susceptibles de conduire à un nouveau conflit ouvert au Moyen-Orient sont néanmoins l’occasion d’interroger les capacités navales iraniennes, Téhéran étant notamment pointée du doigt par Washington3. En effet et alors que les golfes Persique et d’Oman font partie de ces voies de communication maritimes – ou sea lines of communication (SLOCs) – situées au cœur des stratégies navales internationales, la capacité de l’Iran à « fermer le détroit d’Ormuz »4 constitue aujourd’hui un enjeu géopolitique et géostratégique majeur.

La marine de la République Islamique d’Iran n’est aujourd’hui pas une priorité stratégique de Téhéran5 et s’articule principalement autour de deux dimensions : la surface, où elle aligne une poignée de frégates légères – on parlerait plus volontiers de corvettes – et l’espace sous-marin où, en sus de trois Kilo de conception russe, fiables mais datés, elle dispose de sous-marins de poche conçus localement. Or et si ces moyens ne permettraient pas d’opposer une résistance sérieuse à l’US Navy ou à une coalition de flottes occidentales désireux d’opérer dans le golfe Persique, elles permettraient néanmoins la mise en place de stratégies de déni d’accès – ou A2/AD – efficaces, via la neutralisation du commerce international, mais aussi de faire planer sur les principaux bâtiments adverses un risque limité mais continu, l’Iran étant susceptible d’opposer le nombre et la mobilité de ses systèmes à la masse et à la puissance de feu des armées occidentales6.

La fermeture du détroit d’Ormuz et la neutralisation du commerce maritime transitant par le golfe Persique représenteraient néanmoins pour l’Iran des mesures de la dernière chance et constituent en ce sens une forme de dissuasion conventionnelle aboutie mais limitée7. À travers elles, Téhéran s’assure une capacité de nuisance extrêmement importante qu’elle n’aurait pourtant intérêt à utiliser qu’en ultime recours, son économie reposant en grande partie sur l’exportation du pétrole et du gaz et donc, sur le maintien ouvert des SLOCs.

Perspectives :

  • Incapable d’assurer la survie effective du PAGC/JCPoA au retrait états-unien, l’Europe peine à jouer un rôle dans la question iranienne, le dialogue s’orientant de plus en plus vers un échange exclusif entre Washington et Pékin. Sur ce terrain comme ailleurs, l’Union Européenne souffre de sa très faible autonomie stratégique et économique.
  • Si l’Iran n’a pas sur le plan naval la capacité d’intervenir en dehors de ces seules approches maritimes, elle dispose dans le golfe Persique et dans une moindre mesure dans le golfe d’Oman d’une capacité de nuisance importante appuyée sur un large éventail de moyens.
  • Même limité, un conflit dans le golfe Persique aurait un impact conséquent sur l’économie internationale et limiterait la possibilité pour la plupart des puissances locales d’exporter leurs ressources énergétiques vers l’Europe, les Etats-Unis et la Chine. En ce sens, l’apaisement des tensions doit être une priorité absolue de la communauté internationale.