La Mer noire en Europe

Dans cet article, le chercheur Ludwig Roger explique comment, de « grande mer d’Asie », la Mer Noire est progressivement devenue, grâce à une géopolitique continue d’élargissement, un « lac européen ». Ce papier original revient sur la relation entre ces deux espaces, le pourtour de la mer noire et l’Europe continentale, depuis la bataille de Mantizikert, pour montrer que la politique européenne vis-à-vis de cette « Europe du Sud-Est » a toujours été la même depuis deux siècles. Mais cette la Politique orientale en UE, au vu des évolutions récentes en Turquie, ou même en Ukraine, ne devrait-elle pas être réformée ?


  1. L’Occident et la Mer Noire : Temps long et forces profondes

Dans une note du quinze septembre 1980, quelques mois avant l’adhésion de la Grèce à la Communauté, un fonctionnaire de la Commission note dans son rapport : « L’Histoire est autrement présente dans cette région du monde où les points de référence ne sont pas 1789 ni 1870, mais 1071 et, à la rigueur, 1453 »1.

1071, la défaite de Mantzikert et le déferlement de l’envahisseur Turc sur l’Empire romain d’orient, 1453, la chute de Constantinople qui va mener dans la région un nouvel Empire, l’empire ottoman. À la vieille de l’intégration de la Grèce dans la Communauté, les tensions entre Athènes et Ankara puisent leurs racines dans le passé impérial de ces deux nations tout en restant assujetties à l’ombre d’un autre Empire, l’Union soviétique. Par rapport à la Méditerranée, la Mer Noire ne marque pas une frontière nette entre Asie et Europe, le cas turc –à cheval entre Méditerranée orientale et région Mer Noire- illustre cette problématique. Ce qui en fait un espace à part, c’est son statut de « zone » en transit, de marge entre plusieurs continents, mondes, civilisations et Empires. Nous l’appelons Europe du Sud-est ou région Mer Noire, mais derrière cette réalité se cachent les Balkans de Castellan,2 le Danube maritime, les steppes ukrainiennes de Grousset3, les échelles levantines, la région du Caucase. Ce qui est certain, et accepté par la Communauté scientifique4, c’est que Europe du Sud-est et région Mer Noire sont intimement liées et forment un seul espace. Cet espace entre Asie et Europe, entre Islam et Chrétienté, entre monde slave et Hellénique, Russie et Europe est la scène d’un processus particulier, d’une fascination et d’un rejet d’un seul objet, l’Europe et la civilisation qu’elle a portée et qu’elle porte encore. L’Europe du Sud-est et l’espace Mer Noire se définissent surtout par leur rapport à l’Occident en général et à l’Europe en particulier.

Les peuples qui vivent dans cet espace ont tous, à un moment, voulu être en Occident, la proximité géographique le permettait. La région Europe du Sud-est/Mer Noire est tout entière traversée par cette tension. Que l’on songe, en 1698, à Pierre qui revient d’Europe en Russie après en avoir fait le tour pour ramener dans son pays la technologie et la culture européenne. La Turquie à partir du XIXe siècle et le Tanzimat. La construction d’État nation dans les Balkans et le Caucase sur les modèles européens, le désir de ces jeunes États de rejoindre les structures occidentales après la Guerre froide.

Le « Concert européen »5, s’est bien sûr intéressé à cette « périphérie », sa première réelle intervention, il le fait avec l’indépendance de la Grèce en 1830. Puis la Guerre de Crimée qui fait passer cet espace dans le droit international européen6. Mais pour les capitales d’Europe occidentale, il s’agissait, non pas « d’intégrer » cette périphérie, mais d’en contrôler les évolutions, d’y établir le droit européen, d’empêcher qu’un Empire y devienne trop puissant et menace les intérêts occidentaux. Avec le reflux de l’Empire ottoman, c’est l’Empire des Tsars puis de Staline, la Russie, qui va faire l’objet de toutes les attentions de l’Occident. Contenir la poussée russe, établir un cordon sanitaire autour de la Russie soviétique, voilà l’objectif des Concerts européens puis atlantiques.

Pour l’Organisation du traité de l’Atlantique nord, la Mer Noire était une composante du groupement tactique de défense de l’Europe du Sud. La Mer Noire était alors vue comme l’espace de lancement de toute opération soviétique en Méditerranée7. D’où la nécessité de contrôler la seule voie de sortie, le Bosphore. Et pour cela, Turquie et Grèce devaient être soutenues, la Turquie étant la première ligne de défense en cas d’attaque soviétique, la Grèce et la VIe flotte américaine prêtes à intervenir. Les « frères siamois »8 du containment ont la mission de maintenir la garde autour du Bosphore et dans l’Europe du Sud-est. Ainsi, en cas d’une attaque terrestre venant de Bulgarie sur Istanbul, combinée à une avancée des forces maritimes soviétiques vers les Dardanelles, la Grèce en menaçant le flanc des forces du Pacte de Varsovie devait couper les lignes d’approvisionnement de toute armée venant camper sous les murs d’Istanbul. Pour exécuter une telle mission, l’armée grecque ne devait pas craindre de voir sa base opérationnelle de Salonique menacée par des troupes avançant le long du Vardar. C’est là que la neutralité yougoslave entre en jeu et que les mouvements de troupes soviétiques en Roumanie sont sous surveillance9. Mais pour l’OTAN et les États-Unis, la garde de toute cette région joue aussi pour la protection des champs pétrolifères du Moyen-Orient. La Turquie jouant le rôle de barrière contre toute tentative de pénétration soviétique en Iran

De son côté, quel regard l’Europe communautaire, porte-t-elle sur cette Europe du Sud-est qui s’étend à ses portes ?

Dans un document interne, en septembre 1959, la Commission pose la portée et l’utilité des accords d’association comme avant tout « politique » : « Certes dans un avenir plus ou moins lointain, et au fur et à mesure que le pays en voie de développement améliore sa situation grâce à l’aide de la Communauté, il peut se révéler une source d’approvisionnement ou un débouché digne d’intérêt. On peut aussi prévoir que des accords successifs d’association permettront une diffusion plus rapide et générale des conceptions économiques sur lesquelles se fonde la Communauté »10. « Par ailleurs, la sécurité même des États membres leur commande de ne pas laisser persister à la périphérie de la Communauté des pays en état de sous-développement »11.

Dans une note du 24 août 1961, le Conseil déclare que cet accord « a pour objectif de renforcer les liens politiques et spirituels qui unissent traditionnellement la Grèce et les six États membres de la Communauté par de nouveaux liens économiques destinés à parfaire leur union. Il constitue également une reconnaissance de l’importance politique et géographique qu’occupe la Grèce dans le monde libre et des progrès accomplis par elle pour la stabilisation et le développement de son économie ainsi que pour le relèvement du niveau de vie du peuple hellénique »12.

L’impact des accords d’association fut à la fois interne et externe, à la fois économique et politique.

Entre 1959 et 1963, la Communauté développe dans un environnement européen changeant une nouvelle politique pour assurer son extension et se donner les moyens d’organiser l’Europe libre autour d’elle. La question qui se posait en 1957 était de savoir comment la Communauté pouvait se fondre dans l’Organisation Européenne de Coopération Economique (OECE). Les demandes de la Grèce et de la Turquie de l’Association ont été l’occasion d’inverser la formulation du problème, comment maintenant les États non membres de la CEE vont-ils pouvoir s’arrimer au Marché commun ?

À cette stratégie essentiellement centrée sur le rôle de la CEE en Occident, s’ajoute une dimension bien plus importante. La mise en place d’Accords d’associations avec deux nations bordant le Rideau de fer et se partageant le contrôle d’un point stratégique comme les Détroits de la Mer Noire, permet à la Communauté de jouer un rôle dans la défense de l’Occident contre l’expansion soviétique tout en établissant l’influence de l’Europe communautaire en Europe du Sud-est.

La Commission, dès 1960, en utilisant adroitement l’article 237 du Traité de Rome qui traite de la question de l’association, a réussi à développer une politique cohérente vis-à-vis des pays tiers européens.

La Communauté, à travers sa politique d’Association, a mis en place des réseaux de dépendance dans l’objectif bien conscient de rompre l’isolement de cette partie de l’Europe et de créer ainsi des liens « organiques » avec la CEE et au-delà avec le bloc occidental. De leur côté, de la Grèce en 1960 à Chypre en 1970, mettent en avant la nécessité pour eux de créer des liens avec « l’Europe », sous-entendu l’Europe occidentale, dans l’objectif d’échapper à leur condition de pays en voie de développement mais aussi d’éviter de se retrouver à la merci de l’influence soviétique. Seul « l’accrochage » à l’Europe des Six puis des Neuf, peut amener au développement et à l’indépendance.

Comment pouvait-il en être autrement ? L’Europe, coupée en deux par le Rideau de fer, était un arrière-plan trop important politiquement pour que des accords entre la principale organisation économique occidentale et des États longeant la séparation entre les deux blocs relèvent de l’anecdote. En outre, ni Athènes ni Ankara ne peuvent songer à rompre ce lien avec la CEE, car il avait en effet rendu trop dépendante leurs économies au Marché commun. Un arrêt des échanges avec un pôle qui représentait plus de 50% de son commerce extérieur aurait eu des conséquences incalculables sur l’économie grecque et turque. La doctrine de l’Association, énoncée par la Commission au début des années 1960, trouve ici toute sa justification, ces deux nations étant désormais solidement arrimée à la Communauté et au-delà, à l’Occident. Ainsi, la politique communautaire repose essentiellement sur la « doctrine de l’Association » mise au point au début des années 1960, qui doit permettre à terme d’aligner les pays associés sur les standards économiques et politiques de la Communauté. En d’autres termes, assurer la diffusion du modèle économique capitaliste et du modèle politique libéral.

La Communauté, en tant que membre du « Monde libre »13, assure sa part dans la défense des intérêts occidentaux dans la région. Le maintien de la Turquie et de la Grèce dans le giron communautaire est vu comme une des conditions sine qua non pour assurer la stabilité du front Sud-est de la Guerre froide14. La Communauté développe une approche de cette « Europe périphérique », comme partie du Continent européen dont l’isolement à terme pourrait présenter un premier pas vers la submersion communiste. À la différence de l’Espagne et du Portugal, dictatures fascistes, Grèce et Turquie sont sur la voie de la démocratie, elles présentent donc un terrain propice à « l’expansion » de la Communauté. De plus, en attachant ces deux nations à la CEE, on s’assure que celles-ci ne seront pas tentées de rejoindre l’autre organisation économique européenne, l’Association européenne de libre-échange. Ici, la Communauté non seulement sert l’Occident dans son ensemble mais aussi elle-même en « s’aménageant une sphère d’influence »15. Ainsi est définie, en tout cas par les services de la Commission, la volonté de la Communauté d’établir avec Ankara et Athènes des Accords devant à terme amener ces deux nations à l’adhésion.

L’association suivie de l’élargissement fait franchir à la Communauté un pas considérable sur la voie de son avenir politique ; ce progrès tient à ce que la CEE, considérée par certains comme une institution à vocation exclusivement économique, traite la question de l’élargissement avant tout sur la nature du régime politique des candidats.

Certes, il faut le rappeler, ce fut toujours le désir de l’institution que d’élargir son rôle en matière d’affaires extérieures, en témoigne la note d’Émile Noël, secrétaire général de la Commission, à la veille du Sommet de Paris de 1972 : « une vision globale des relations extérieures communautaires s’impose qui ne soit plus limitée aux relations commerciales au sens étroits du terme mais qui englobe tous les aspects des relations économiques extérieures et tienne compte des relations politiques »16.

Cette position se traduit par une diplomatie prudente : bien qu’Athènes doive devenir membre et pas la Turquie, la Commission se refuse à prendre parti. Bruxelles ne veut pas prendre le risque de voir les Turcs tourner le dos à l’Occident. La politique de la Commission en Méditerranée orientale et Europe du Sud-est a des objectifs très clairs : lutter contre toutes tentatives de pénétration soviétique, maintenir la Turquie dans le camp occidental, préserver les positions économiques de l’Europe des Neuf.

Sous les habits du « doux commerce » est mise en place une véritable stratégie géopolitique.

Pendant toute la durée de la Guerre froide, c’est la garde de ces détroits qui a légitimé l’investissement de l’Occident en général et de la Communauté en particulier en Turquie. C’est la crainte de fragiliser le front Sud-est de l’OTAN qui passait par la Thrace turque qui amena la CEE à intervenir dans la crise de Chypre. C’est la peur de la submersion par les Communistes qui amena la Grèce vers l’Europe des Neuf. C’est le même calcul et la crainte de voir la péninsule Balkanique complètement étouffée par la puissance soviétique qui ouvrirent à Athènes les portes du Marché commun. Pendant toute la Guerre froide, l’antique région pontique fut coupée en deux – en deux car la mer Égée fait partie sans aucun doute de ce complexe géopolitique. L’importance que la Grèce, depuis le Grand élargissement de 2004, accorde à une politique communautaire dans la Mer Noire l’illustre bien17. Comme l’Europe après la guerre froide s’est retrouvée dans « son histoire et sa géographie »18, il en est tout à fait de même pour l’antique région pontique. L’espace Mer Noire se présente comme un espace en/de transition, avec les Balkans à l’Ouest et le Caucase à l’Est où, sous l’influence de l’Occident des États nations sont encore en construction. La Communauté, pendant toute la Guerre froide, est restée confinée au rideau de fer. Elle a établi des ponts avec les pays de la région dans le cadre d’une Ostpolitik visant à infiltrer le bloc, à le rendre friable et ainsi éloigner les pays du Bloc de la tutelle de Moscou. Plus au sud, le long du front Sud-est de la Guerre froide, elle tentait avec ses moyens de résoudre le problème de Chypre et se placer entre Turcs et Grecs pour éviter un affaiblissement du bloc occidental au sud des Balkans et sur le verrou des Dardanelles19. En 1991, les défis de l’Europe du Sud-est vont soudainement s’étendre vers l’Est, englobant les pays riverains de la Mer Noire.

La parenthèse qui court de 1945 à 1991 a vu un Empire se former sur ses rivages, contrôler l’arrière-pays et diviser cet espace en deux. L’effondrement de l’Union soviétique en 1991 transforme à nouveau la région Mer Noire, et pour la première fois depuis 1917, la possibilité existe de voir l’Occident s’implanter non seulement à l’Ouest de la mer mais aussi à l’Est20. De nouveau la périphérie Sud-est de l’Europe pourrait connaitre un épisode d’unité et, pour la première fois depuis l’Empire romain de Trajan, sous la direction occidentale.

2. 1991 : Tout change, rien ne change en Mer Noire 

En 1993, par sa Déclaration de Bruxelles et le projet Transport Corridor Europe-Caucase-Asie (TRACECA), l’Union européenne – après l’Union de l’Europe Occidentale- est le premier des grands ensembles Occidentaux à marquer son intérêt pour l’espace Mer Noire : il s’agit à terme d’unir par le rail et par les routes le Vieux Continent à son « Far East ». Et ainsi, d’assurer « l’indépendance politique et économique des pays d’Asie centrale en améliorant leurs capacités d’accès aux marchés européens »21. On comprend que derrière cette déclaration se trouve la même « doctrine » qui l’avait amenée à ouvrir son marché à la Grèce et la Turquie : attacher par les liens du commerce des pays tiers à la Communauté pour en renforcer l’indépendance.

L’Union décèle donc tout de suite le potentiel stratégique que recèle la Mer Noire pour accéder à l’Asie centrale, si elle ne « régionalise » pas cette politique à son échelle22, c’est justement parce que la Mer Noire n’est une « région » valable que connectée à l’Asie centrale. 

Ce n’est qu’en 2007 que l’Union développe une approche régionale pour la Mer Noire. Le 11 avril 2007, la Commission a produit une communication : La synergie de la Mer Noire – Une nouvelle initiative de coopération régionale. La Synergie de la Mer Noire, est lancée suite aux démarches de la Roumanie, la Bulgarie et la Grèce, soutenue par l’Allemagne et assumée par la Commission européenne23.

Le modèle politique choisi pour la synergie s’inspire de la dimension septentrionale, mise en œuvre par l’Union européenne à l’initiative de la Finlande à la fin des années 1990. Cette initiative avait pour objectif de développer une interdépendance positive entre les pays riverains de la mer Baltique, qu’ils soient membres de l’Union, candidats ou partenaires. En d’autres termes, la dimension septentrionale s’attache à nouer des « solidarités de fait » dans différents domaines pour renforcer la stabilité autour d’un bassin maritime. Elle se veut un cadre régional complétant, dans un espace donné, les politiques bilatérales de l’Union avec chaque pays riverain, sans pour autant remplacer ces politiques24. Ce modèle est sans doute pertinent pour la Mer Noire, en raison de sa diversité. Il est symptomatique qu’il ne s’agit ici que d’une « Synergie » et non pas d’une vraie coopération régionale. C’est en effet dans la droite ligne de la politique de la Commission vers cet espace depuis 1960 ; que l’on songe à la Coopération balkanique ou la méfiance avec laquelle a été accueillie l’initiative turque de l’Organisation de coopération économique de la Mer Noire. Si l’Union ne souhaite pas créer ou encourager de véritable coopération régionale dans l’Europe du Sud-est et au-delà la région Mer Noire, c’est qu’elle souhaite elle-même devenir la seule forme d’intégration possible de la région.

De plus, à la différence de la dimension nordique ou même de l’Union pour la Méditerranée (processus de Barcelone), l’Union européenne est en rivalité dans cet espace avec une grande puissance : la Russie. Sous le couvert de la promotion de la démocratie et la construction d’État Nation viable, l’UE tente de s’aménager une sphère d’influence aux dépends de la Russie. Moscou l’a bien compris, au vu de ses réactions négatives face à la mise en place de la Politique Européenne de Voisinage (PEV), puis de la Synergie Mer Noire25. Cependant, la Russie n’a pu empêcher l’Europe communautaire de devenir le premier partenaire commercial de la région.

2012

Proportion des importations en provenance des pays de l’UE27 en %26

Ukraine

30,9

Moldavie

44,48

Turquie

36,95

Géorgie

30,93

Arménie

23,74

Azerbaïdjan

27,66

Biélorussie

19,96

Région

30,66

À cette pénétration économique vient se superposer des accords politiques : la PEV, puis la Synergie et enfin le Partenariat oriental marquent la volonté de l’Union de s’investir dans la région.

La Russie s’est montrée très réservée vis-à-vis de cette dernière politique de l’Union dans son « étranger proche ». Il faut comprendre que Moscou sait qui est à l’origine de ce partenariat : des pays qui, au sein de l’Union, lui sont hostiles. D’une façon générale, ces États membres soutiennent la stratégie de néo-containment de l’administration Bush face à la résurgence de la puissance russe. A ce néo-containment coïncide une « Neu Ostpolitik »27. L’objectif est toujours le même : contenir la Russie.28 Les États membres comme l’Allemagne ou l’Italie, soucieux de ne pas irriter la Russie, prônent une approche basée sur les valeurs, évacuant toute idée de faire de la « géopolitique ». Ainsi, deux écoles s’affrontent au sein de l’UE, cette division traverse les États membres, mais aussi le Parlement européen29. La Commission, quant à elle, synthétise ces deux tendances, ce qui donne des politiques qui peuvent paraitre au premier abord hésitantes, mais qui, si on prend le temps de les observer avec l’œil de l’historien, n’ont pas changé depuis les cinquante dernières années.

Les solutions prônées par le Partenariat oriental et avant lui la PEV de la mise en place d’Accords d’association, de zone de libre-échange et d’ouverture des visas, est dans la droite ligne de la stratégie qui fut adoptée pour arrimer la Grèce et la Turquie au camp occidental. L’intégration au marché européen devant assurer la fin de l’isolation économique, prélude à l’intégration politique. Ce fut le cas pour la Grèce, pour les anciennes républiques socialistes, la question est toujours ouverte pour la Turquie.

Ici, les six États concernés par ce partenariat – l’Ukraine, la Biélorussie, la Moldavie, la Géorgie, l’Arménie et l’Azerbaïdjan – représentent 76 millions d’habitants, le gros morceau étant l’Ukraine, avec ses 46 millions d’habitants. 600 millions d’euros d’aides ont été alloués pour la période courant jusqu’en 2013, montant assez faible étant donné la pauvreté et la fragilité de ces États, seul l’Azerbaïdjan, sorte d’émirat pétrolier, fait figure d’exception économique30.

L’Union en proposant l’association à toute la région prépare son intégration dans la sphère occidentale. Elle utilise ainsi des techniques éprouvées par l’expérience de Guerre froide puis par l’élargissement consécutif à la fin de la division de l’Europe. Ce faisant, il est clair qu’elle souhaite se créer son champ d’influence, au détriment de la Russie, en s’engageant dans « l’étranger proche » de Moscou. Certes, la doctrine d’association est fixée dès 1960, certes, la Commission, malgré tous les évènements et changements de l’histoire récente, est toujours retournée aux mêmes modes opératoires pour transformer sa périphérie, mais il faut concéder que jusqu’en 2013 et l’élargissement à la Croatie, cette « recette » semble marcher.

Cependant, si la PEV semble finalement devoir être un consensus accepté à l’intérieur de l’Union pour les pays de l’Est, celle-ci ne semble pas être suffisante pour amener ces pays à mettre en place les réformes nécessaires pour la transition démocratique et vers l’économie de marché.

La stagnation politique et économique des États du pourtour de la Mer Noire semble démontrer que la simple association ne permet pas forcément de réformer l’État associé selon les critères de l’Union.

D’un autre côté, les négociations d’adhésion de la Turquie, l’affirmation par l’Ukraine de son « identité européenne », le « désir européen » des gouvernements du Caucase, et l’arrivée enfin de l’UE dans cet espace à partir de 2007 donne à réfléchir sur l’expansion de la politique d’élargissement de l’UE à l’égard de ses voisins.

Ce qui transparait derrière les hésitations de l’Union dans sa politique vis-à-vis de la région Mer Noire, c’est l’hésitation entre deux options : soit cette région est une région européenne, auquel cas, la définition du XVIIIe siècle de la Mer Noire serait devenue totalement obsolète –« une grande mer asiatique »31 et en quelque sorte, la région Mer Noire aurait alors achevé son voyage vers l’Ouest. Soit elle la considère comme une « marche »32 dans laquelle elle projette son influence, ou comme un « confins »33 la protégeant du monde extérieur.

Perspective géopolitique de l’UE dans la région Mer Noire : demain

Jusqu’en 2014 au moins, la Commission reste certaine de la validité d’une stratégie d’extension qui – nous l’avons vu – fait recette depuis plus de deux siècles au moins. Ainsi, après la Mer Égée, la Mer Noire, ne serait plus une « grande mer d’Asie » mais un « lac européen » et le processus d’expansion de l’européanisation aurait atteints l’Asie centrale et la Mésopotamie tout en coupant définitivement la Russie de la Méditerranée et du Moyen-Orient.

La crise de l’État grec depuis 2010, le « sauvetage » de Chypre en 2012, le refus –provisoire- de faire entrer Roumanie et Bulgarie dans l’espace Schengen, nous montre que le processus peut être long. Le putsch manqué et l’épuration en cours en Turquie questionne aussi sur la permanence de l’instabilité politique d’un pays associé à la Communauté depuis quarante ans. La révolution et la guerre civile en Ukraine entre pro-russe et pro-européen interroge sur les capacités réelles de l’UE à aider un pays en situation de crise grave. Il est significatif que tous ces pays se trouvent concentrés en Europe du Sud-est et sur les bords de la Mer Noire.

À l’heure ou ces lignes sont écrites, la PEV et le Partenariat oriental sont en pleine révision. Les défis turcs et russes pèsent sur le bilan que l’on peut tirer de la Politique orientale de l’Union européenne. Il est significatif que cette dernière hésite alors que le Conseil et les États membres ont repris la main et que la division entre Europe occidentale et Europe centrale joue en plein.

La crise ukrainienne a échaudé les capitales européennes. Elles reprochent à la Commission d’avoir péché par arrogance en mettant Kiev en demeure de choisir entre Union européenne et eurasienne. Le Conseil doit donc reprendre la main34.

On est loin de la communication au Conseil de la Commission sur la stratégie d’élargissement en 2010, qui prédisait triomphalement que dans les quinze années à venir, toute la périphérie orientale de l’Union devrait être économiquement intégrée à l’Union, avec la Turquie35.

Au regard des évènements récents, ces objectifs semblent devoir être abandonnés. L’intervention de la Russie en Syrie et sa capacité à y déployer une force militaire est de fait un échec pour la politique européenne dans la région. Les difficultés pour la Commission d’admettre que la Turquie ne peut plus sérieusement être considérée comme un États candidat doivent être expliqué par les objectifs de l’institution dans ce pays et dans la région : une Turquie qui sort des négociations est un échec géopolitique pour l’UE.

Cependant, il ne faut pas se laisser prendre par les obstacles et péripéties immédiate mais regarder dans le moyen terme et le long terme.

La crise grecque de 1967, la question chypriote à partir de 1974 ou le putsch turc en 1981 n’ont pas amené à un retrait de la Communauté dans la région ou à un inversement des alliances ou à une guerre ouverte régionale. Au contraire, la Grèce intègre la Communauté en 1981, la Turquie pose sa candidature en 1986 et l’Empire soviétique s’effondre en 1991. Si l’on veut faire de la prospective pour la présence de l’Union européenne dans la région, il ne faut certes pas écarter le présent mais il faut aussi tenir compte du temps long.

Les deux cents dernières années nous renseignent sur la manière que l’Occident a d’aborder la question de la Mer Noire, toujours avec la même constance, tendue vers les mêmes objectifs, la CEE puis l’UE et ses politiques dans la région ne sont qu’une nouvelle émanation de cette tendance lourde.

Partant de cela, on peut être certain que lorsque l’UE aura réglé ses problèmes internes, elle réaffirmera la doctrine d’association pour la région Mer Noire. La remise à plat du Partenariat oriental ne correspond pas seulement à la division de l’Ukraine et aux hésitations de Bruxelles pour la région, il faut le lier aux problèmes internes de l’UE : immigration, division Est-Ouest, question de l’intégration ou Brexit.

Pour la Mer Noire, la phase actuelle est similaire à celle des années 1945 – 1960 ou 1990 – 2007, les États d’Europe occidentale sont centrés sur leurs territoires, leurs problématiques internes et délaissent quelque peu la périphérie orientale.

Cependant, avec la crise sur l’arc Tbilissi- Odessa depuis 2008 qui mine les relations avec Moscou, et celle des migrants qui depuis l’été 2015 met les relations avec la Turquie à l’épreuve, l’Union a pris conscience de sa vulnérabilité sur ses frontières orientales. Les interventions de Moscou ont non seulement retardé pour plusieurs années la pénétration de l’OTAN dans la région, mais au sein de l’Union aussi le rêve de faire de la Mer Noire « un grand lac européen »36 semble s’évanouir.

Avec la définition des nouvelles politiques, de la Synergie Mer Noire, mais encore plus avec le Partenariat oriental qui régionalise un peu plus les coopérations dans l’espace Mer Noire, l’UE semble vouloir certes intégrer économiquement tous les acteurs mais aussi créer une sorte de « frontière épaisse »37 à ses « marches » qui serait liée à Bruxelles par des accords de coopération.

La Turquie, la Géorgie, l’Ukraine, l’Arménie, l’Azerbaïdjan, la Moldavie sont les derniers pays de la périphérie du Sud-Est à se trouver hors de l’Union. De leur côté les pays de l’Europe du Sud-est sont membres où en voie d’intégration38. Les pays encore à l’extérieur sont souvent présentés dans la presse comme étant des « marches » ou les « confins »39. Une telle perception reviendrait à une consolidation dans l’esprit des Européens de l’idée que les limites du territoire de l’Europe intégrée sont presque atteintes. La définition d’une « marche » ou des « confins » l’atteste.

Cela renvoie à une définition classique de la puissance et reviendrait à renvoyer l’Union à celle-ci.

Alors même que Jean Monnet nous mettait déjà en garde, il y a plus de quarante ans, contre une telle évolution : « Dans mon esprit, une impression prédomine sur toutes les autres. La voici : l’unité en Europe ne crée pas un nouveau genre de grande puissance ; c’est une méthode d’introduction d’un changement en Europe, et par conséquent, dans le monde. Les gens, plus souvent à l’extérieur de la Communauté européenne qu’au sein de celle-ci, sont tentés de considérer la Communauté européenne comme un État potentiel du XIXe siècle, avec toutes les connotations que cela implique. Mais nous ne sommes pas au XIXe siècle et les Européens ont construit la Communauté européenne dans le but précis de trouver un moyen de sortir des conflits auxquels a conduit la philosophie du XIXe siècle »40.

C’est tout l’enjeu et la difficulté de la région Mer Noire pour l’Union européenne : comment réussir à y développer une doctrine du XXIe siècle alors que l’approche de Bruxelles reste formatée par deux siècles d’Histoire et cinquante ans de pratique ?Screenshot 2017-08-24 23.44.37



1 Archives Historique des Communautés Européennes, EN 2788, Personnel, Émile Noël à l’attention de Monsieur Missir, Le contentieux gréco-turc à la vieille de l’adhésion de la Grèce aux Communautés, Bruxelles, 15 septembre 1980

2 Georges CASTELLAN, Histoire des Balkans : XIVe – XXe siècle, Fayard, Paris, 1999

3 René GROUSSET, L’Empire des steppes. Attila, Gengis-khan, Tamerlan, Paris : Editions Payot, quatrième édition, 1965

4 Voir le Journal de référence : Journal of Southeastern European and Black Sea Studies, Published/Hosted by Frank Cass & Co. Ltd.

5 Jacques-Alain Sedouy, Le Concert européen : aux origines de l’Europe (1814 – 1914), Fayard, 2009

6 Alain GOUTTMAN, La Guerre de Crimée 1853 -1856 : La première guerre moderne, Librairie académique Perrin, Coll. Tempus, 2006

7 Archives Organisation du Traité de l’Atlantique Nord, (AOTAN) Décision finale sur le MC 48/3, Mesure de mise en application du concept stratégique pour la défense de la zone OTAN, MC 48/3 (Final), 8 décembre 1969

8 Georges PRÉVÉLAKIS, Géopolitique de la Grèce, Edition Complexe, 2005

9 Foreign Relation of the United-State, (FRUS), 1964- 1968, Volume XVII, Europe de l’Est, document 171, Intelligence Information Cable, Bucarest, 21 novembre 1968

10 AHCE, BAC 1/1971 27/2, Commission, DG1, Association à la Communauté de pays en voie de développement, Bruxelles, le 3 septembre 1959

11 Ibid.

12 Dans Union de l’Europe occidentale Assemblée-Commission des Affaires générales : L’année politique en Europe Rétrospective 1962. Mars 1963. Paris : Union de l’Europe occidentale Assemblée-Commission des Affaires générales.

13 Address of Mr. Jean Rey, President of the Group on Foreign Relations of the Commission of the European Economic Community, at the Federal Bar Association’s Institute on the Legal Aspect of the European Community, Washington D. C., February 11, 1960: The European Community – A Pillar of the Free World

14 Ibid.

15 AHCE, BAC BAC 1/1971 27, Direction générale I, Note, l’association de la Grèce et le problème général de l’association, Op. Cit.

16 EN 139, Sec. (72) 990, Noël, SG, Secret, 8 mars 1972, note à l’attention de MM. Membres de la Commission, objet : Conférence au sommet : préparation de la réunion ministérielle du 20 mars 1972, cité dans Gérard BOSSUAT, Emile Noel, Op. Cit. page 293

17 Annie JAFALIAN ; « La Mer Noire : un centre de gravité stratégique », Questions internationales, juillet-août 2005, n°14, pp. 62-63

18 « L’Europe va rentrer, comme l’on rentre chez soi, dans son Histoire et sa Géographie » François MITTERRAND, vœux du Président de la République aux Français, 31 décembre 1989, document ina, http://www.ina.fr/video/CAB90000172 vu le 09.04.2013

19 Ludwig Roger, « LA COMMISSION EUROPÉENNE FACE AUX TENSIONS GRÉCO-TURQUES : de la Crise de Chypre au début des négociations d’adhésion de la Grèce. Une tentative de pacification inaboutie ? », Matériaux pour l’histoire de notre temps, 2012/4 (N° 108), p. 52-57. URL : https://www.cairn.info/revue-materiaux-pour-l-histoire-de-notre-temps-2012-4-page-52.htm

20 Le Monde, « La Mer Noire et le rêve d’un grand lac européen », POINT DE VUE, 23.03.05

22 Eric Hoesli, A la conquête du Caucase, Epopée géopolitique et guerre d’influence, édition des Syrtes, 2006 qui s’en étonne.

23 La Synergie de la Mer Noire, http://www.mae.ro/fr/node/4981 consulté le 5.03.2013

24 La dimension septentrionale est un programme de l’Union européenne ayant pour objectif une coopération transfrontalière des pays d’Europe du Nord et de la Russie entre eux. Initiée en 1997 par Paavo Lipponen, alors Premier Ministre de la Finlande, la dimension septentrionale couvre aussi bien la Scandinavie que les pays baltes et la région de Saint Pétersbourg. La Pologne et l’Allemagne sont également directement concernées à l’occasion.

Reflet des changements politiques survenus dans cette région du monde dans les années 1990, la dimension septentrionale se veut un pendant nordique au partenariat euro-méditerranéen (Euromed). À l’usage, elle a suscité moins d’adhésions que celui-ci, l’intégration de la région sur les plans politique et économique étant un fait acquis depuis la chute du Mur de Berlin.

25 Par exemple : La volonté de la Russie de participer aux phases préparatoires des décisions en matière de sécurité européenne se retrouve dans la relation avec l’OTAN, où son souhait fut matérialisé par l’établissement du Conseil OTAN-Russie créé lors du sommet de Rome le 28 mai 2002. Ceci étant acquis, les démarches entreprises auprès de l’UE pour l’octroi d’un statut équivalent dans le domaine de la PESD furent repoussées avec fermeté. I. FACON, Les relations de sécurité entre l’UE et la Russie. Une nouvelle donne ? dans La politique étrangère de la Russie et l’Europe. Enjeux d’une proximité, sous la direction de Tanguy de Wilde et Laetitia Spetschinsky, Institut d’études européennes, 2004 et CONFERENCE à l’INSTITUT EGMONT ; Fostering Democracy and Development in the Black Sea Region: perspective, policies and prospects, Bruxelles, 27 mai 2008

27 Iris KEMPE, “A New Ostpolitik, priorities and Realities of Germany’s EU Council Presidency”, N°4 August 2007, CAP

28 http://www.diploweb.com/L-UE-face-a-la-Russie-combien-de.html, aussi la formulation par ces nouveaux États membres d’une telle politique « témoigne de leur intégration réussie dans le processus de formulation de la politique extérieure de l’UE. » dans http://www.diploweb.com/UE-Partenariat-Oriental-quelles.html vu le 10 février 2011

29 Entretient avec un membre du Cabinet du Président Schultz, le 7 octobre 2013, Bruxelles

30 Ibid

31 Encyclopédie ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers, La Mer Noire ou mer Majeure, page 366, 10ième Tome, 1770, Paris.

32 La Marche est avant tout un terme militaire de l’Histoire du Haut Moyen-Age, les historiens de cette période nous mettent en garde contre l’utilisation de ce terme pour l’UE. Cependant, étant donné que la question du devenir de la région Mer Noire pour l’UE reste encore posée nous nous permettons de l’utiliser. Voir Matthias Schnettger, « Le Saint-Empire et ses périphéries : l’exemple de l’Italie. « In: Histoire, économie et société. 2004, 23e année, n°1. Les espaces du Saint-Empire à l’époque moderne. pp. 7-23. Pour la définition en elle-même : une marche est un fief créé dans une zone frontalière, soit après conquête ou par détachement d’un autre territoire, et auquel le souverain attribue une fonction particulière de défense contre les territoires voisins.

Les marches désignent à l’origine de nombreux territoires frontaliers de l’empire carolingien. Par extension, le terme a également désigné une province frontalière, militarisée ou non. Dans Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition, 1932-1935

33 Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition, 1932-1935, Op. Cit. Le terme est des plus appropriés pour l’Europe du Sud-Est pendant la Guerre froide, la région étant la zone où se terminé le Bloc occidental et où commençait le Bloc oriental, dans le terme confin il n’y a pas de notion de mouvement, tout comme les confins de l’Empire Austro-Hongrois, il s’agissait d’une observation mutuelle entre deux adversaires. Nous pouvons aussi renvoyer au terme de « confiné » qui a la même racine et signifie « reléguer » ou « toucher » D’après Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition, 1932-1935

34 Entretien avec un membre du cabinet du Président du Parlement européen, décembre 2015

35 Martinez Erades Guillermo, Entretien du 2 Décembre 2008 à Bruxelles et COM(2010) 660, Commission européenne, communication au Parlement et au Conseil européen, stratégie d’élargissement et principaux défis, 2010/2011, Bruxelles le 9 novembre 2010

36 Le Monde, Op. Cit.

37 Gwénaëlle LE GUILLOU, L’Union Européenne et la Turquie, publication du centre de recherche Européenne Université Rennes I, édition Apogée, 1999

38 La Croatie intègre l’Union en juin 2013.

39 En italien : confini ou margine sont utilisés surtout pour l’Afrique du Nord : Il Fatto Quotidiano, “Da Rabat a Bamako, la violenza ai confini dell’Europa rischia di travolgerci” di Fabio Marcelli, 15 febbraio 2013, En Allemand: Grenze, on hésite à qualifier l’Ukraine par exemple de confin ou marge, Dmytro Zlepko Die Ukraine – diesseits oder jenseits der europäischen Grenzen?.Politische Studien 405, Januar/Februar 2005

40 Jean Monnet, “A ferment of change”, Journal of Common Market Studies, vol. 1, n°1, p. 203-11, 1962