Une frappe balistique iranienne a touché ces dernières vingt-quatre heures la base aérienne d’Ali Al Salem au Koweït, blessant légèrement plusieurs ressortissants américains et endommageant sérieusement deux drones d’attaque MQ-9 Reaper, selon une source disposant d’une connaissance directe de l’attaque citée par Bloomberg 1.

  • D’après la source anonyme, la défense antiaérienne koweïtienne a intercepté le missile à courte portée de type Fateh-110, capable d’emporter une charge de 500 kilogrammes.
  • Des débris en chute libre ont toutefois atteint la base : au moins cinq personnes – des sous-traitants et des militaires d’active – ont été légèrement blessées. 
  • Un drone de combat MQ-9 Reaper aurait été totalement détruit, un second sévèrement endommagé. Chaque appareil de ce type coûte autour de 30 millions de dollars. 

Depuis le déclenchement de la guerre le 28 février, Téhéran a tiré plus de 1 850 missiles balistiques sur des cibles régionales. 

  • Le dernier bilan du Département de la Défense pour l’Opération Epic Fury fait état de 14 morts américains et de 409 blessés. 
  • Le conflit a également épuisé une part importante des stocks américains de munitions de précision (JASSM-ER, Tomahawk, ainsi que les intercepteurs THAAD, PAC-3 et SM-3 Block IIA).

La frappe intervient alors que Trump a déclaré hier, vendredi 29 mai, sur Truth Social « être prêt à trancher » sur l’accord préliminaire avec Téhéran.

  • Une réunion d’environ deux heures dans la Situation Room s’est cependant conclue sans annonce selon une source anonyme 2.
  • Le projet d’accord, tel qu’il a été révélé en exclusivité par Barak Ravid pour Axios, reposerait sur un mémorandum d’entente de 60 jours 3. Il prévoit la réouverture du détroit d’Ormuz sans péages, le déminage par l’Iran sous trente jours, la levée progressive du blocus naval américain et certaines dérogations aux sanctions permettant à Téhéran de vendre librement son pétrole. En contrepartie, l’Iran s’engagerait à ne plus jamais poursuivre son programme nucléaire militaire et à entamer des négociations sur la disposition de son stock d’uranium hautement enrichi. Le texte inclurait également la fin de la guerre entre Israël et le Hezbollah au Liban, un point critiqué par Benjamin Netanyahou lors d’un échange téléphonique avec le président américain.
  • L’agence iranienne Fars, proche des Gardiens de la Révolution, a dans la foulée contesté plusieurs éléments présentés par Trump, affirmant que Téhéran rouvrirait le détroit « selon des arrangements qu’il déterminera lui-même » et exigerait un versement immédiat de 12 milliards de dollars d’avoirs gelés, version que les responsables américains démentent.

Pour comprendre pourquoi la frappe sur Ali Al Salem ne contredit pas, du point de vue iranien, la perspective d’un accord, il faut se référer à l’analyse publiée par le politologue Vali Nasr dans le Financial Times 4

  • Selon lui, la lecture dominante à Téhéran, partagée largement à travers le spectre politique, est que les concessions américaines apparaissent trop belles pour être vraies. Leur objectif perçu : endormir la vigilance iranienne avant de « finir le travail ».

Le chercheur et historien américano-iranien expose la doctrine de dissuasion sur trois fronts élaborée par la République islamique :

  • D’abord, le détroit d’Ormuz, dont Téhéran peut accepter la réouverture mais refuse de céder le contrôle, surtout si les Houthis yéménites venaient à comprimer simultanément le trafic en mer Rouge lors d’un futur conflit. La perception des péages permettrait par ailleurs de fragiliser le régime de sanctions secondaires américaines.
  • Ensuite, le dossier nucléaire : l’Iran consentirait éventuellement à suspendre l’enrichissement, mais à condition que les concessions demeurent réversibles. Conserver le contrôle de son stock d’uranium hautement enrichi, fût-il dilué, lui permettrait de rester à quelques semaines d’une éventuelle percée — argument présenté par les responsables iraniens comme le seul moyen de dissuader Washington de revenir à la guerre.
  • Enfin, faire payer un prix à l’Amérique. Selon Nasr, les Gardiens estiment qu’à elle seule la facture d’une guerre déjà chiffrée à 29 milliards de dollars et 14 vies américaines peut modifier le calcul présidentiel. La frappe sur Ali Al Salem, qui détruit du matériel coûteux, s’inscrit dans cette logique d’attrition.