En l’espace de quelques jours, principalement hier, jeudi 30 juillet, 40 000 à 50 000 migrants, pour la plupart des jeunes hommes marocains, sont illégalement entrés sur le territoire espagnol à Ceuta, une ville autonome située sur la côte marocaine, dans le détroit de Gibraltar.

Cet afflux massif de migrants, inédit dans l’histoire récente du pays, représente plus de la moitié de la population de l’exclave, qui s’élève à 84 000 habitants.

  • La plupart de ces migrants sont arrivés par la mer, à la nage ou sur des embarcations de fortune, en contournant la digue qui sépare les deux territoires.
  • L’ampleur de cette arrivée est quatre à cinq fois supérieure à la crise migratoire de 2021, lorsqu’environ 10 000 migrants avaient illégalement franchi la frontière.
  • Les autorités espagnoles ont dénombré 19 morts au vendredi 31 juillet. Plusieurs centaines de migrants sont également entrés dans la ville autonome espagnole de Melilla, située à 200 kilomètres à l’Est.

Les raisons expliquant cet afflux massif sont à ce stade incertaines. L’extrême sécurisation de la frontière entre Ceuta et le territoire marocain suggère que ce mouvement a pu être provoqué par une décision de Rabat, en réaction à la visite de Pedro Sánchez en Algérie le 20 juillet.

  • Il ne s’agit pas de la première fois que le Maroc utilise ses ressortissants comme un moyen de pression sur Madrid : en 2021, l’afflux de 10 000 Marocains à Ceuta avait eu lieu quelques semaines après l’hospitalisation en Espagne du secrétaire général du Front Polisario, Brahim Ghali, qui avait provoqué l’ire de Rabat.
  • Après la convocation de l’ambassadeur espagnol au Maroc, une rumeur a commencé à se répandre dans le pays selon laquelle les autorités marocaines avaient relâché les contrôles à la frontière de Ceuta, conduisant à l’afflux de plusieurs milliers de Marocains, pour la plupart des jeunes.
  • Les forces de sécurité espagnoles décrivaient une « passivité inhabituelle » de la part de la gendarmerie marocaine, qui d’ordinaire lutte contre l’immigration illégale vers l’Espagne dans le cadre d’accords signés avec Madrid.

Le 8 juillet, la Cour suprême espagnole a jugé dans un arrêt que le régime de refoulement immédiat à la frontière ne pouvait pas s’appliquer aux migrants interceptés en mer alors qu’ils tentaient de rejoindre Ceuta ou Melilla à la nage, contrairement à ceux qui franchissent la frontière par voie terrestre.

  • Des sources au sein du gouvernement espagnol estiment que, malgré cette décision, un accord pourrait être trouvé « sans obstacles juridiques majeurs » pour organiser le retour des migrants entrés à Ceuta et Melilla ces derniers jours 1.
  • Plusieurs centaines de ces ressortissants marocains avaient déjà entamé leur retour vendredi 31 au matin, accompagnés par l’armée espagnole, notamment en raison du manque d’infrastructures suffisantes pour les accueillir.
  • L’ambassade du Maroc en Espagne a imputé hier, jeudi 30, cet afflux massif de migrants à des « organisations criminelles », tout en affirmant que sa collaboration avec Madrid sur les questions migratoires était « exemplaire ».
Sources
  1. Carlota Guindal, « Una sentencia del Supremo provoca un alud de migrantes en Ceuta y obliga a activar al Ejército », La Vanguardia, 31 juillet 2026.