Y a-t-il une équipe dans cette Coupe du monde capable de battre la France ? C’est la question que l’on se pose depuis le début du tournoi, et qui revient à chaque étape franchie par l’équipe de Deschamps, qui montre à chaque fois un visage différent de sa force.

  • Contre la Suède, en huitièmes de finale, elle a dominé le jeu avec une grande facilité.
  • Contre le Paraguay, elle n’a pas pu jouer avec la même fluidité, face à une équipe qui a tout fait pour casser le rythme, multipliant les fautes et les provocations. La France a alors gagné en s’adaptant.
  • Hier contre le Maroc, ce fut un entre-deux : les combinaisons entre attaquants n’ont pas fonctionné à leur meilleur niveau, mais la sélection a compensé autrement. Face à un bloc médian marocain qui cherchait à fermer les espaces, les Bleus ont su frapper dans les rares occasions où ils ont pu prendre leurs adversaires de vitesse.

Les deux buts de Mbappé et Dembélé sont splendides, de véritables chefs-d’œuvre de technique de frappe. Mais contrairement à ce qu’il peut sembler, ce ne sont pas « seulement » des actes individuels déconnectés du contexte tactique.

  • Le but de Mbappé naît d’un excellent pressing offensif de Rabiot, et de l’intensité avec laquelle l’équipe a remporté une série de secondes balles sur le côté gauche, étouffant la contre-attaque marocaine avant même qu’elle ne commence.
  • Le 2-0, lui, naît de l’application d’un principe clef du football moderne : attirer les adversaires d’un côté du terrain pour déplacer ensuite le ballon rapidement de l’autre. Koundé remet en jeu sur la droite, mais c’est Olise qui désorganise le pressing adverse grâce à sa capacité extraordinaire à voir dans son dos, et, sous pression, les appels dans la profondeur de Mbappé et Dembélé.

En trois matchs à élimination directe, la France n’a pas encaissé le moindre but. Et en comptant la phase de groupes, elle n’a jamais été menée au score.

  • Avec leurs buts d’hier, Mbappé et Dembélé en sont respectivement à 8 et 5 réalisations. La France devient seulement la deuxième équipe en un demi-siècle à aligner deux joueurs à au moins 5 buts dans la même Coupe du monde, après le Brésil en 2002 : Ronaldo 8 et Rivaldo 5, les mêmes totaux que Mbappé et Dembélé, qui ont encore deux matchs devant eux.
  • Et puis il y a Olise, en tête du classement des passeurs décisifs avec 5 passes – à une unité du record de Pelé sur une seule édition du tournoi.

Ce Mondial réserve une curieuse rivalité à distance entre Messi et Mbappé, qui semblent se répondre en miroir.

  • Ils co-mènent le classement des buteurs avec 8 buts chacun, et hier Mbappé a fait exactement ce qu’avait fait Messi contre l’Égypte : rater un penalty en première mi-temps, avant de signer un but magnifique en seconde.
  • Bounou est ainsi devenu le gardien ayant arrêté le plus de penalties dans l’histoire des Coupes du monde : 4. Selon les données de The Athletic, en comptant les séances de tirs au but, Bounou a arrêté 31 des 106 penalties auxquels il a fait face, soit un taux d’arrêt supérieur à 29 %.

Pour le Maroc, cette élimination est douloureuse. On a le sentiment que l’équipe aurait pu atteindre les demi-finales pour la deuxième fois consécutive, et qu’elle a simplement eu la malchance de tomber sur la France trop tôt.

Le résultat d’hier nous donne une première certitude : au moins une équipe européenne sera en finale, puisque la première demi-finale opposera la France au vainqueur du match EspagneBelgique, qui se joue ce soir à 21h.

Les équipes africaines, elles, sont désormais toutes éliminées.

  • D’un certain point de vue, ce Mondial a été une réussite pour l’Afrique : 9 équipes sur 10 ont passé la phase de groupes.
  • Mais on aurait pu s’attendre à un meilleur résultat, d’autant que le continent a vu sa représentation augmenter, passant de 5 places lors des précédents Mondiaux à 9 (+ 1 via le barrage intercontinental) cette année.
  • L’objectif était qu’au moins trois équipes africaines atteignent les huitièmes pour la première fois de l’histoire – seules deux y sont parvenues : le Maroc et l’Égypte.
  • Les performances du Cap-Vert et de la République démocratique du Congo resteront dans l’histoire, et il est indéniablement positif de voir autant d’équipes différentes atteindre un bon niveau. Mais aucune ne parvient encore à franchir le cap de l’excellence.
  • Depuis 2002, le Ghana, le Sénégal et le Maroc ont chacun atteint les huitièmes à deux reprises ; l’Algérie, le Nigeria et l’Égypte, une fois.
  • Mais jamais le Cameroun, ni la Côte d’Ivoire. Et on attendait davantage du Nigeria, un pays de 235 millions d’habitants.

Dans les années 1990, alors que le football prenait son essor à l’échelle mondiale, le Nigeria et le Cameroun semblaient être deux grandes puissances en devenir, portées par leurs succès olympiques et par des joueurs qui s’imposaient comme jamais dans les clubs européens. Trente ans plus tard, la réalité est tout autre : ces promesses n’ont pas été tenues sur la durée. Cette année, aucun des deux pays ne s’est qualifié pour la Coupe du monde.

  • Le continent africain compte de nombreuses équipes de niveau moyen compétitif, sans qu’aucune ne parvienne toutefois à franchir le palier supérieur pour s’installer durablement parmi les meilleures au monde.
  • Comme l’a noté Jonathan Wilson dans le Guardian, la pyramide du football africain s’élargit, mais elle ne grimpe pas vraiment.