Les champions sont en grande forme. C’est sans doute la principale leçon de la dernière nuit de cette Coupe du monde, marquée par les débuts de plusieurs des équipes les plus attendues du tournoi : la France et l’Argentine, finalistes de l’édition 2022, mais aussi la Norvège, l’un des outsiders les plus sérieux de cette Coupe du monde.

  • Kylian Mbappé a inscrit un doublé et conduit les Bleus à une victoire (3-1) face au Sénégal, dans un match où les Lions de la Teranga ont montré davantage que ne le suggère le score final.
  • Erling Haaland a lui aussi marqué deux fois pour sa toute première apparition en Coupe du monde. La Norvège, de retour dans la compétition après 28 ans d’absence (sa dernière participation remontait à 1998, avant même la naissance de son attaquant vedette), s’est imposée 4-1 face à un Irak combatif. Haaland a confirmé sa réputation de buteur : il a trouvé le chemin des filets dès son quatrième ballon touché dans un Mondial.
  • Enfin, Lionel Messi a poursuivi là où il s’était arrêté en 2022. Après avoir inscrit deux buts lors de la finale victorieuse face à la France avant de soulever le trophée, l’Argentin a lancé son tournoi avec un triplé contre l’Algérie, une performance dont la portée dépasse largement le résultat du match. À quelques jours de son 39e anniversaire, Messi est devenu le joueur le plus âgé à réussir un triplé en Coupe du monde, a rejoint l’Allemand Miroslav Klose en tête du classement des meilleurs buteurs de l’histoire de la compétition avec 16 réalisations, et est devenu le premier joueur à disputer six éditions différentes du tournoi, soit un record que Cristiano Ronaldo pourrait égaler aujourd’hui.
  • De quoi relancer, une fois encore, le débat sur le plus grand joueur de l’histoire du football.
  • La portée historique du record de Messi a peut-être été le mieux résumée par Arsène Wenger. Commentant le triplé de l’Argentin, l’ancien entraîneur d’Arsenal a souligné à la fois sa longévité et sa capacité d’adaptation : « Je ne sais pas si le jeune Messi, avec sa vitesse explosive et son dribble, était meilleur que le Messi expérimenté que nous voyons aujourd’hui, qui contrôle chaque instant du match grâce à son intelligence et sa compréhension du jeu. Très peu de joueurs progressent avec l’âge comme il l’a fait ».

C’est aujourd’hui au tour de Cristiano Ronaldo (41 ans) et de Luka Modrić (40 ans) de faire leur entrée dans la compétition. L’attention se portera particulièrement sur le milieu croate. Si rien n’a encore été annoncé officiellement, cette Coupe du monde pourrait être sa dernière grande compétition.

  • Dans les prochains jours, chacun de ses gestes, de ses ouvertures et de ses lectures du jeu mériteront une attention particulière, car ils pourraient être parmi les derniers.
  • Modrić est l’un des plus grands milieux de terrain de l’histoire du football, l’homme qui a remporté le Ballon d’Or en 2018, mettant fin à une décennie de domination partagée entre Messi et Cristiano Ronaldo.
  • La Croatie affrontera l’Angleterre ce soir à 22h (heure française). Les deux sélections se sont affrontées à 9 reprises au cours des 20 dernières années, notamment lors de la demi-finale du Mondial 2018 en Russie, remportée par les Croates après prolongation pour décrocher leur billet pour la finale face à la France.
  • Cette fois, toutefois, la Croatie ne semble plus disposer des mêmes ressources pour viser les sommets. Elle aborde cette Coupe du monde comme l’occasion de créer un dernier souvenir collectif et de refermer avec dignité le cycle de son sélectionneur Zlatko Dalić et de sa génération dorée (Modrić, Pasalić, Kramarić, Kovačić), qui a décroché une deuxième puis une troisième place lors des deux derniers mondiaux.
  • En face, l’Angleterre suscite de grandes attentes. Régulièrement placée dans le dernier carré des grandes compétitions sans parvenir à remporter de titre, elle reste notamment sur deux finales perdues lors des deux derniers championnats d’Europe. Les Three Lions arrivent cette fois parmi les favoris, portés par un Harry Kane auteur d’une saison exceptionnelle de 61 buts avec le Bayern Munich.

À 19h, ce sera au tour du Portugal de débuter sa compétition.

  • Face à la République démocratique du Congo, l’obstacle paraît, sur papier, abordable. Il sera néanmoins intéressant d’observer cette sélection portugaise, souvent placée un cran derrière les principaux favoris alors qu’elle possède probablement l’un des effectifs les plus complets du tournoi.
  • Autour de Cristiano Ronaldo, le milieu de terrain portugais impressionne particulièrement. On y retrouve Bernardo Silva et Bruno Fernandes, deux des meilleurs milieux de Premier League, accompagnés de Vitinha et João Neves, devenus les moteurs du Paris Saint-Germain, vainqueur de deux Ligues des champions consécutives.
  • Au cours des deux dernières années, le Portugal a confirmé son statut de candidat crédible aux grandes compétitions. Lors de l’Euro 2024, il n’avait été éliminé qu’aux tirs au but en quart de finale par la France. Il a ensuite remporté la Ligue des nations après avoir successivement battu la Croatie, l’Allemagne et l’Espagne.

Quelques observations et points d’intérêt

  • Donald Trump est resté, jusqu’à présent, relativement discret dans les stades de la Coupe du monde. Il pourrait cependant jouer un rôle clef lors de la cérémonie de clôture. Selon la radio britannique TalkSport, la FIFA aurait demandé au président américain de remettre personnellement le trophée au capitaine de l’équipe victorieuse après la finale du 19 juillet, comme cela avait déjà été le cas lors de la Coupe du monde des clubs l’an dernier. Le protocole actuel prévoit pourtant que le trophée soit placé sur un piédestal avant d’être directement saisi par le capitaine vainqueur.
  • Cette Coupe du monde est aussi celle de la longévité. Huit joueurs ont déjà 40 ans ou les atteindront pendant le tournoi, un record absolu dans l’histoire de la compétition. À titre de comparaison, seulement 7 quadragénaires avaient participé à l’ensemble des Coupes du monde disputées entre 1930 et 2022. Les progrès de la médecine sportive, de la nutrition et des méthodes d’entraînement permettent désormais à de nombreux joueurs de prolonger leur carrière au plus haut niveau.
  • Il s’agit aussi de la Coupe du monde des diasporas. Sur les 1 248 joueurs engagés dans le tournoi, 289 représentent une sélection différente de leur pays de naissance, soit près d’un quart des participants. La France est de loin le principal exportateur de talents : 99 joueurs nés sur le territoire français participent à cette Coupe du monde, mais seuls 23 portent le maillot des Bleus. Les 76 autres sont répartis dans douze sélections différentes.
  • Il n’y a pas que les joueurs qui vivent loin de leur pays d’origine. Une part importante des supporters de l’Argentine se trouve par exemple au Bangladesh. Hier soir, les images des célébrations après le triplé de Messi ont une nouvelle fois rappelé l’ampleur mondiale de la passion qu’il suscite.
  • Pourquoi le Bangladesh soutient-t-il autant l’Argentine ? L’explication remonte en grande partie à Diego Maradona et à ses deux buts légendaires inscrits contre l’Angleterre lors du Mondial 1986. La « Main de Dieu » et le « But du siècle » ont été perçus comme une forme de revanche symbolique après la guerre des Malouines. Au Bangladesh, ancienne colonie britannique où la mémoire du colonialisme demeure vive, beaucoup se sont identifiés à cette équipe argentine qui venait d’infliger à l’Angleterre une défaite aussi spectaculaire qu’humiliante. Une sympathie transmise de génération en génération et renforcée, depuis deux décennies, par les exploits de Messi.
  • L’équipe d’Iran, de son côté, continue de composer avec un environnement particulièrement difficile. Après son match de la nuit dernière contre la Nouvelle-Zélande, la sélection iranienne a dû quitter le territoire américain immédiatement pour regagner son camp de base au Mexique, sans pouvoir passer la nuit sur place pour récupérer. « Nous aurions dû arriver deux jours avant le match, mais cela ne nous a pas été permis ; nous aurions également dû rester cette nuit pour récupérer et repartir demain à midi », a dénoncé le sélectionneur iranien Amir Ghalenoei, avant d’ajouter : « Notre équipe est la plus maltraitée de cette Coupe du monde ».