Parmi les 81 pays qui ont mis en place des mesures pour faire face aux perturbations énergétiques provoquées par la guerre en Iran et la fermeture du détroit d’Ormuz, 28 se trouvent en Europe, selon les données recueillies par l’Agence internationale de l’énergie. 

  • Les pays européens – et, plus largement, les pays riches – ont majoritairement adopté des mesures temporaires qui visent à alléger l’impact de la hausse des prix de l’énergie pour les consommateurs.
  • Ainsi, en Allemagne, le gouvernement a réduit les taxes sur l’essence et le diesel et limité les stations-services à une seule augmentation des prix par jour. En Italie, les entreprises du transport et de la pêche bénéficient d’allégements fiscaux ciblés, et les entreprises agricoles de crédits d’impôts spécifiques.
  • Aux États-Unis, face à la perspective d’une fermeture prolongée du détroit d’Ormuz, Donald Trump a déclaré qu’il était favorable à une suspension temporaire des taxes sur le carburant.
  • Il s’agirait de la première fois qu’une telle mesure est prise depuis 1956. Depuis le début de la guerre, le prix moyen du gallon d’essence aux États-Unis a augmenté de 52 %, passant de moins de 3 dollars fin février à 4,5 dollars au mardi 12 mai.
  • Les taxes fédérales ne représentent toutefois que 18,4 centimes par gallon d’essence et leur suspension ne permettrait d’amortir que 12 % de la hausse des prix 1.

Dans les pays en développement, et notamment en Asie, la région la plus impactée par la chute des exportations énergétiques en provenance du Golfe 2, les marges de manœuvre fiscales limitées ont conduit les gouvernements à principalement mettre en place des mesures destinées à limiter la consommation.

  • Parmi les 43 pays qui se sont fixés pour objectif de consommer moins de pétrole et de gaz pour faire face à la crise énergétique, 18 se trouvent en Asie.
  • C’est notamment le cas des principales économies de la région comme l’Inde, dont la compagnie aérienne Air India a annoncé la semaine dernière qu’elle allait réduire cet été ses vols internationaux, l’Indonésie, qui tente d’accélérer le passage aux biocarburants, ou bien la Corée du Sud, où le gouvernement demande aux propriétaires de véhicules particuliers de ne pas circuler un jour par semaine.

La Chine fait figure d’exception dans la région.

  • Pékin a en effet réglementé les prix de l’essence raffiné sur le marché intérieur, mais n’a pas demandé aux consommateurs de réduire leur consommation.
  • Les réserves stratégiques chinoises de pétrole se sont maintenues à un niveau stable depuis le début de la guerre, autour de 1,8 milliards de barils de brut.
  • Les importations de pétrole brut ont toutefois chuté de 20 % en avril, et de 13 % pour le gaz, alors que la majorité des navires qui avaient pu passer le détroit d’Ormuz avant le début de la guerre sont arrivés à destination au cours du mois de mars 3.

Les conséquences de la guerre pourraient durablement affecter l’image des États-Unis en Asie, au bénéfice de la Chine. Lorsque Obama avait tenté d’expliquer à Xi Jinping la victoire de Trump à l’élection présidentielle de 2016, ce dernier lui aurait répondu : « Si un dirigeant immature plonge le monde dans le chaos, le monde saura qui blâmer » 4.

  • Selon le dernier sondage de l’Institut ISEAS-Yusof Ishak, plus de la moitié (52 %) des personnes interrogées en Asie du Sud-Est indiquent désormais préférer s’aligner sur Pékin plutôt que sur Washington, contre 48 % en 2025.
Sources
  1. Suspension of the Federal Gas Tax : In Brief, U.S. Congressional Research Service, 15 mai 2026.
  2. Près de la moitié (46 %) des importations de pétrole brut de la région transitent via le détroit d’Ormuz, contre seulement 5 % pour l’Europe et 12 % pour les Amériques.
  3. « China’s Energy Imports Plunge as War Chokes Hormuz Shipments », Bloomberg, 9 mai 2026.
  4. David Pierson, « The Lecturer and Philosopher King : Xi Jinping Behind Closed Doors », The New York Times, 13 mai 2026.