La menace que fait peser Téhéran pourrait pousser les marines occidentales à déployer des systèmes semi-autonomes pour localiser puis neutraliser d’éventuelles mines, plutôt que des navires exposant leur équipage à des frappes.

  • Depuis 2022, les drones sont de plus en plus utilisés pour des opérations de déminage, notamment en Ukraine, où l’armée russe a posé des millions de mines dans l’est et le sud du pays, ainsi qu’en mer Noire.
  • Depuis quatre ans, des entreprises ukrainiennes développent divers modèles de drones dédiés au repérage et à la cartographie des mines marines, comme le TLK-150 de Toloka.
  • L’entreprise produit également des engins offensifs dotés de charges explosives, comme le TLK 1000 et le TLK 400, qui ont notamment servi à détruire des bâtiments à quai dans la base russe de Novorossisk, en mer Noire, en décembre.

Depuis les années 2010, plusieurs start-ups occidentales (britanniques, allemandes, françaises et américaines surtout) développent également des drones semi-autonomes dédiés à des missions de déminage en mer. Ces drones pourraient être utilisés dans le détroit d’Ormuz.

  • L’an dernier, le groupe français Thales a ainsi livré aux marines française et britannique les premiers exemplaires de son système de déminage maritime autonome, développé dans le cadre du projet franco-britannique MMCM (Maritime Mine Counter Measures).
  • Ce système est composé d’un drone naval de surface, de sonars utilisés pour détecter les mines et les cartographier, d’un robot téléopéré, utilisé pour neutraliser les mines, ainsi que d’un centre d’opération déployable sur un bateau-mère ou bien sur une base à terre.
Système de déminage maritime autonome, développé dans le cadre du projet franco-britannique MMCM (Maritime Mine Counter Measures). ©Thales/Shaun Roster/Thales

D’autres entreprises, comme l’allemand Atlas Elektronik, le britannique Kraken Technology Group ou l’américain Ocean Infinity, développent elles aussi des systèmes destinés à accomplir des missions similaires, mais qui présentent des caractéristiques diverses 1.

  • Le SeaFox d’Atlas Elektronik consiste en un drone sous-marin qui peut être déployé depuis un autre navire ou un autre drone de surface, auquel il est relié par un câble à fibre optique ;
  • le Katfish de Kraken Technology consiste quant à lui en un sonar sous-marin équipé d’un aileron lui permettant d’évoluer dans diverses profondeurs, et qui peut être tracté par un drone autonome via un câble standard ;
  • le NeedleFish d’Ocean Infinity, dont plusieurs systèmes sont déjà utilisés pour surveiller les eaux du Koweït, est quant à lui un drone de surface équipé de capteurs qui peut être opéré depuis des bases situées sur la côte 2.
Systèmes Katfish et USV-LARS de Kraken Technology intégrés au drone sous-marin ARCIMS de TKMS Atlas UK. © Kraken Technology Group

L’efficacité de ces systèmes est étroitement liée à leur capacité de déploiement ainsi qu’aux performances de leurs sonars. Une fois qu’une potentielle mine est détectée, généralement en raison de sa forme cylindrique, ce même engin ou bien un robot téléopéré, selon le système, doit prendre le relais pour confirmer son identification et la faire exploser. 

  • Cette tâche peut être laborieuse, notamment si elle est effectuée dans un environnement hostile au sein duquel les drones deviennent des cibles potentielles.
  • Certains systèmes doivent en effet retourner aux navires pour télécharger leurs données s’ils ne sont pas en contact avec des contrôleurs humains et peuvent être limités par l’autonomie de leurs batteries 3.
  • Par ailleurs, ces drones n’existent pour l’instant qu’en nombre limité : la marine britannique n’a reçu que quatre systèmes produits par Thales l’an dernier.

Contrairement aux mines de contact, utilisées depuis plus d’un siècle, les mines à influence (magnétique et/ou acoustique, qui explosent à « l’influence » du passage d’un navire) sont plus difficiles à détecter. Celles-ci se trouvent en effet à moins de cent mètres de profondeur et peuvent être posées depuis n’importe quel navire civil ou militaire.

  • Selon Stéphane Audrand, il faudrait environ 300 mines pour assurer un minage efficace du détroit d’Ormuz, ce qui représente près de 5 % de l’arsenal iranien disponible.
  • Un faible nombre suffit toutefois à paralyser une voie maritime. C’est d’autant plus le cas dans le détroit d’Ormuz, où les eaux sont relativement peu profondes.
Sources
  1. Charles Clover et Sylvia Pfeifer, « Sweeping the strait : the companies gearing up to clear the Gulf of mines », Financial Times, 18 mai 2026.
  2. Ocean Infinity launches NeedleFish USV in Kuwait, Ocean Infinity, 2 juillet 2025.
  3. Gerry Doyle et Alex Wickham, « Mine-Sweeping Drones Don’t Eliminate The Risks For Clearing Hormuz », Bloomberg, 16 mars 2026.