Thunder Tiger Corp. est une entreprise publique taïwanaise fondée en 1979, spécialisée dans le secteur des modèles réduits radiocommandés. Depuis 2015, elle produit des systèmes de véhicules sans pilote, comme des drones (UAV) et des véhicules sous-marins télécommandés (ROV), via sa division TTROBOTIX.

La semaine dernière, l’entreprise a dévoilé à plusieurs médias l’un de ses derniers modèles de drone d’attaque : le « Papa Delta ».

  • Le design de l’engin est librement inspiré du Shahed 136 iranien, dont le premier prototype a été présenté au début des années 2000.
  • À un coût de production estimé à 6 000 euros, le Shahed constitue une arme peu chère et qui nécessite relativement peu de ressources et de main-d’œuvre.

Sa simplicité et son efficacité, éprouvée au combat en Ukraine mais également dans le Golfe, ont conduit plusieurs pays à tenter de développer leurs propres variantes.

Thunder Tiger Corp. a dévoilé peu de détails sur les caractéristiques du Papa Delta. Des documents de présentation précisent que le coût de l’engin est de quelques dizaines de milliers de dollars, et qu’il est fabriqué à partir d’aluminium embouti. Un représentant de l’entreprise a sous-entendu qu’il était capable de parcourir de longues distances et de « frapper des villes en Chine depuis Taïwan » 1

Le Papa Delta est le dernier engin d’une série de drones dont le design semble très largement inspiré du Shahed iranien.

  • La Russie produit depuis 2023 des milliers de Geran-2 dans l’usine d’Alabuga, dans le Tatarstan, construite avec l’aide de Téhéran.
  • L’Ukraine a développé plusieurs variantes du Shahed, comme l’UAS SETH, qui reprend le fuselage de l’engin iranien mais qui embarque un moteur électrique.
  • En mars, dans le cadre de la guerre contre l’Iran, les États-Unis ont dévoilé le Low-Cost Uncrewed Combat Attack System (LUCAS), un système low-cost qui dispose d’un terminal Starlink intégré.

Le directeur général de Thunder Tiger Corp., Gene Su, considère les drones low-cost comme l’une des meilleures armes à disposition de Taïwan pour faire face à une potentielle invasion chinoise. Selon Su, la puissance de ces armes asymétriques constitue l’une des principales leçons de la guerre en Ukraine et en Iran, deux pays qui ont fait face à des armées bien plus puissantes militairement 2.

  • Suite au lancement de l’invasion russe de l’Ukraine, en 2022, le gouvernement taïwanais a lancé l’initiative « Drone National Team » (無人機 國家隊), qui vise à renforcer les capacités taïwanaises en matière de production de drones 3.
  • En 2024, Taipei a étendu ce programme pour favoriser le développement de chaînes de valeur qui ne comportent pas de composants chinois, via des investissements dans l’industrie taïwanaise et des partenariats avec des pays tiers.
  • Taïwan aurait déjà atteint l’objectif de production de 180 000 drones par an qu’il s’était fixé, et viserait une production de 1,2 million d’unités par an d’ici 2030 4.
Sources
  1. Colin Demarest, « Shahed fever spreads to Taiwan », Axios, 27 mai 2026.
  2. Kinling Lo, « Some Taiwanese drone math ahead of the Xi-Trump visit », Rest of World, 8 mai 2026.
  3. Jonathan Harman, « Taiwan’s Emerging Indigenous Drone Industry—An Overview », Global Taiwan Brief Vol. 11, Issue 3, avril 2026.
  4. « Taiwan eyes 100,000 drones a month », Taipei Times, 22 mai 2026.