Si les flux de pétrole du Golfe ne reprennent pas dans les prochaines semaines, les pénuries de carburant devraient provoquer des chocs macroéconomiques en Asie 1.
Passé le début de l’été, fin juin, c’est en Europe que la situation énergétique pourrait commencer à considérablement se dégrader.
- L’Agence internationale de l’énergie (AIE) estime que les pertes d’approvisionnement ont entraîné une baisse de 246 millions de barils des réserves mondiales de pétrole en mars et en avril 2.
- Selon le département de l’Énergie américain, faute d’une reprise du trafic dans le détroit d’Ormuz, les réserves devraient continuer de diminuer à un rythme de 8,5 millions de barils par jour au cours du deuxième trimestre 2026 3.
- Cela correspondrait à une chute des réserves mondiales de plus de 260 millions de barils uniquement pour le mois de mai.
Le prélèvement annoncé de 400 millions de barils dès le début du mois de mars par les pays membres de l’AIE, la présence en mer avant la guerre d’une grande quantité de de brut chargé sur des pétroliers, ainsi que la hausse des exportations américaines ont jusqu’à présent permis de limiter les tensions sur les marchés et de compenser une partie de la perte d’approvisionnement.
Ces mesures ne suffiront toutefois pas à absorber les effets d’une fermeture prolongée du détroit d’Ormuz.
- Selon un scénario de la banque américaine J.P. Morgan, si le détroit reste bloqué pendant plusieurs semaines, les stocks des pays de l’OCDE devraient atteindre des « niveaux de tension opérationnelle » dès le mois de juin.
- En septembre, des seuils dits « minimaux opérationnels » pourraient être franchis : il s’agit du stade où les réserves permettent seulement de garantir le fonctionnement des oléoducs, des réservoirs de stockage et des terminaux d’exportation.
La hausse du prix du baril a été atténuée par le niveau élevé des réserves mondiales de pétrole détenues par les gouvernements et l’industrie. En février, plus de 8 milliards de barils étaient en effet disponibles, soit leur niveau le plus haut depuis une décennie.
- À la fin du mois d’avril, ces réserves étaient tombées à 7,8 milliards de barils. Elles pourraient atteindre 7,6 milliards d’ici la fin de la semaine prochaine 4.
- Le niveau des réserves mondiales est étroitement lié au prix du baril : plus elles sont basses, plus la pression sur les marchés augmente.
- La semaine dernière, le PDG d’Aramco, Amin Nasser, avertissait quant à l’accessibilité d’une partie seulement de ces réserves pour la consommation.
Selon Nasser, seulement 2 millions de barils par jour peuvent être prélevés en Europe et aux États-Unis, ce qui correspond à environ 6,5 % de la consommation journalière (environ 31 millions de barils par jour) 5.
- Les États-Unis n’ont relâché à ce jour que 80 millions de barils sur les 172 millions qu’ils s’étaient engagés à mettre sur le marché début mars.
- Si l’administration Trump prélevait les 92 millions de barils restants, la réserve stratégique de pétrole américaine tomberait à son niveau le plus bas depuis 1982.
Les réserves stratégiques chinoises se sont quant à elles maintenues à un niveau stable depuis le début de la guerre, autour de 1,8 milliards de barils de brut, soit 3 fois le nombre de barils en réserve aux États-Unis et en Europe (environ 560 millions).
Sources
- Grant Smith et Yongchang Chin, « Iran War Is Draining World’s Oil Buffer at an Unprecedented Pace », Bloomberg, 9 mai 2026.
- Oil Market Report, Agence internationale de l’énergie, 13 mai 2026.
- Short-Term Energy Outlook May 2026, U.S. Energy Information Administration, 12 mai 2026.
- Spencer Kimball, « Global oil stockpiles could hit record lows if Strait of Hormuz remains closed », CNBC, 16 mai 2026.
- Verity Ratcliffe, « Saudi Aramco warns fuel stocks heading for ‘critically low levels’ », Financial Times, 11 mai 2026.