Trump a lancé la politique chinoise de son second mandat par une offensive commerciale sans précédent, en portant les droits de douane sur les produits en provenance du pays à 145 %. Ces taux ont depuis été considérablement réduits, notamment en raison du recours de la Chine aux restrictions d’exportation de terres rares comme levier de négociation.

Depuis, plusieurs incohérences rendent l’action de Washington peu lisible.

  • À titre d’exemple, en matière de semi-conducteurs, Trump a publiquement approuvé la vente de puces Nvidia H200 à la Chine 1, alors que son administration les considérait comme une menace pour la sécurité nationale lorsqu’elles étaient introduites clandestinement dans le pays.
  • Le Pentagone a inscrit plusieurs entreprises technologiques chinoises sur une liste noire pour leur coopération avec l’Armée populaire de libération, avant de retirer cette liste sans explication.
  • Dans le même temps, l’administration a augmenté la pression sur le Panama afin d’évincer un opérateur portuaire hongkongais 2.
  • Alors que le narratif visant à présenter Taïwan comme une vulnérabilité (le secrétaire au Trésor a déclaré que la concentration de la production de puces à Taïwan constituait un point de faiblesse pour l’économie mondiale) gagne du terrain au sein de l’administration, Trump a approuvé, en décembre 2025, des ventes d’armes à Taïwan pour un montant de 11 milliards de dollars et un deuxième paquet est actuellement à l’étude. 

Ces dernières semaines, plusieurs mesures pourraient être perçues comme visant spécifiquement Pékin.

  • En imposant un blocus aux navires transportant du pétrole iranien, la Maison-Blanche cherche à accroître le coût de la guerre pour l’Iran, mais aussi pour la Chine, qui dépend du détroit d’Ormuz pour près de 45 % de ses approvisionnements en pétrole.
  • Le 23 avril, la marine américaine a arraisonné dans l’Océan Indien un pétrolier iranien transportant du brut destiné à la Chine.

Washington renforce aussi sa présence en Asie-Pacifique.

  • Du 20 avril au 8 mai, plusieurs milliers de soldats américains prennent part à l’exercice Balikatan, co-organisé par les Philippines avec les États-Unis. Pékin a dénoncé une tentative visant à « perturber la sécurité régionale », et menacé de suspendre « l’aide » énergétique aux Philippines.
  • La semaine dernière, le Pentagone a signé un partenariat majeur de coopération en matière de défense avec l’Indonésie.
  • L’accord, qui porte sur les systèmes maritimes, sous-marins et autonomes, pourrait conduire des avions américains à patrouiller au-dessus du détroit de Malacca et d’autres routes maritimes en mer de Chine du Sud.
  • Ce détroit est l’un des principaux goulets d’étranglement du commerce maritime mondial. Il est particulièrement clef pour Pékin, dont les trois-quarts des approvisionnements maritimes en brut y transitent chaque année. 

Hier, jeudi 23, le principal conseiller technologique de Trump, Michael Kratsios, a accusé des « entités chinoises » de mener des campagnes visant à « distiller » — soit à voler — les capacités américaines dans le domaine de l’intelligence artificielle 3.

  • Pékin a annoncé aujourd’hui prévoir de soumettre tout investissement américain dans ses entreprises technologiques à un accord préalable du gouvernement 4.
  • Cette mesure, qui fait suite au rachat fin décembre de la start-up d’IA chinoise Manus par Meta, vise à limiter les risques de fuites technologiques vers l’étranger — notamment les États-Unis.
  • Washington avait limité l’an dernier les investissements américains dans des entreprises chinoises par crainte de contribuer au développement technologique de Pékin, notamment dans le domaine de l’IA.

Ces évolutions interviennent en amont d’une visite particulièrement attendue de Trump en Chine, les 14 et 15 mai, lors de laquelle l’administration espère obtenir des concessions économiques. Ces dernières annonces et mesures pourraient être perçues à Washington comme un moyen de pression avant le voyage, alors que, pour le moment, Pékin — qui a dépassé les États-Unis dans les taux d’approbation à l’échelle mondiale en 2025 — semble en position de force.

Sources
  1. Alexandra Alper, Nvidia has not yet sold its H200 AI chips to China, Lutnick says, Reuters, 22 avril 2026.
  2. Panama supreme court cancels Hong Kong company’s canal contracts, The Guardian, 30 janvier 2026.
  3. MEMORANDUM FOR THE HEADS OF EXECUTIVE DEPARTMENTS AND AGENCIES, Maison-Blanche, 23 avril 2026.
  4. « China to Curb US Investment in Tech Companies After Meta Deal », Bloomberg, 24 avril 2026.