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Le 17 février, une vidéo surprenante du siège moscovite du Roskomnadzor, l’organe de censure numérique russe, a été publiée sur les réseaux sociaux. On y entendait une déclaration tonitruante de Sergueï Mironov, député et président du parti Russie Juste, qui tournait en boucle depuis une enceinte portative cachée à proximité de l’immeuble 1. Son propos s’adressait précisément aux censeurs de l’Internet russe : « Qui est responsable du ralentissement de Telegram ? Allez donc au front, dans la zone de l’opération militaire spéciale ! Qu’est-ce que vous êtes en train de faire, imbéciles ? J’appelle les choses par leur nom. Imbéciles ! ».

Relayée par plusieurs médias sans que ceux-ci puissent en certifier l’authenticité, cette vidéo a été qualifiée de faux généré par intelligence artificielle par des sites proches du Kremlin 2. Quoi qu’il en soit, un fait demeure : les restrictions numériques en Russie ont suscité une telle vague d’indignation qu’il paraît désormais crédible qu’un haut responsable politique, ancien président de la chambre haute du Parlement russe, profère des insultes à l’encontre du pouvoir. 

Depuis plusieurs mois, le Kremlin a déclaré la guerre à Telegram, l’application de messagerie la plus populaire en Russie et dans de nombreux pays de l’espace post-soviétique. Le 10 avril 2026, on recensait 95 % d’anomalies 3 sur Telegram, un chiffre supérieur à celui d’applications comme WhatsApp et Instagram, pourtant interdites dans un pays qui a désigné le groupe Meta comme une organisation « extrémiste et terroriste 4 ».

Le cas de Telegram s’inscrit dans le cadre d’une politique numérique plus large qui a connu un véritable tournant à la fin de l’année 2025. Les coupures d’Internet se multiplient, jusque dans la capitale ; le pouvoir investit des ressources considérables dans le blocage des VPN et met tout en œuvre pour contraindre les citoyens à utiliser une application mise en place par l’État.

Ces ambitions de contrôle total ont un coût politique. 

Elles ont déclenché un débat public sans précédent en Russie depuis le début de la guerre, donnant lieu à des manifestations protéiformes de citoyens jusqu’alors passifs ou silencieux, et suscitant des critiques et des contestations jusque dans les médias loyalistes et au sein des plus hautes sphères de l’État. Ce qui est inédit dans la configuration actuelle, c’est que le pouvoir se retrouve face à une coalition hétéroclite d’acteurs indépendants, voire concurrents, qui comprend des opposants issus de la société civile, des représentants de l’élite politique soucieux de conserver leurs outils de communication avec leurs administrés, des blogueurs que l’on considérait volontiers comme dépolitisés, ainsi que des pro-guerre inquiets, comme certains soldats, des effets de la disparition de Telegram au front. L’Internet souverain à la russe parviendra-t-il à accomplir ce que ni la guerre ni la mobilisation militaire n’ont réussi à faire : fragiliser réellement le pouvoir russe et provoquer une rupture au sein même des élites ?

La patiente construction d’un Internet souverain

Les initiatives de ce début d’année s’inscrivent dans un processus long d’une quinzaine d’années. Dès les Printemps arabes et les révélations d’Edward Snowden, les autorités russes se sont convaincues de la nécessité d’un contrôle plus étroit du Runet, l’Internet russe. 

À partir de 2014, une série de dispositifs législatifs ont imposé des contraintes croissantes aux opérateurs et aux plateformes, notamment en matière d’aménagement de portes dérobées 5 et de communication des clefs de chiffrement aux services de sécurité. Une étape importante a été franchie avec la loi de 2019 sur le Runet souverain, qui entendait « donner à l’État les moyens techniques et juridiques non seulement de contrôler les paquets de données entrant et sortant du territoire russe, mais également ‘d’isoler’ le réseau du reste du monde en cas de menace extérieure 6 ». Il s’agissait aussi, dans une logique défensive, d’assurer le fonctionnement du Runet en cas de déconnexion du réseau mondial depuis l’extérieur. Bien conscient du risque de « sanctions numériques » et de la dépendance du pays aux serveurs et infrastructures étrangères, l’État entendait faire en sorte que les utilisateurs russes ne soient pas isolés en cas de restriction ou de coupure de l’accès à l’Internet mondial. Cette loi a surtout permis de mettre en œuvre les « moyens techniques de neutralisation des menaces » (Tekhnicheskie Sredstva Protivodeystviya Ugrozam, TSPU), des équipements sous contrôle du Roskomnadzor permettant d’inspecter et de filtrer le trafic en temps réel sans intervention du fournisseur d’accès. 

Le Runet repose ainsi sur trois piliers techniques : le routage du trafic, le filtrage et la priorisation. En d’autres termes, l’État se laisse la possibilité d’exiger des opérateurs qu’ils reconfigurent les tables de routage selon les besoins du moment, de vérifier, ralentir ou bloquer le trafic, et enfin de définir des « listes blanches » — services publics, banques ou infrastructures critiques — qui continuent de fonctionner en cas de blocage délibéré du reste du réseau. Les sites des services publics, du Parquet, du ministère des Situations d’urgence, de VKontakte et Ozon — respectivement le Facebook et l’Amazon russes —, de banques comme Sberbank ou Alfabank, d’opérateurs téléphoniques comme Megafon, d’hébergeurs de vidéos comme Rutube et de moteurs de recherche comme Yandex, font ainsi partie des services placés sur la « liste blanche » du ministère du Développement numérique. 

Ces différents dispositifs de contrôle et de surveillance ne manqueront pas de suggérer une analogie avec le modèle développé en Chine.

Fin 2015, le Premier ministre russe de l’époque, Dmitri Medvedev, était présent à la Conférence mondiale sur la gouvernance d’Internet, organisée à Wuzhen. C’est également à cette époque que les premiers exercices de simulation de déconnexion du Runet de l’infrastructure mondiale ont eu lieu, ainsi que le premier accord entre les gouvernements russe et chinois sur la coopération en matière de cybersécurité, fondée sur le principe de la « souveraineté numérique ».

En avril 2016, une conférence de la « Ligue de l’Internet sûr » — un groupe de pression russe financé par l’oligarque ultraconservateur Konstantin Malofeev — a accueilli à Moscou une importante délégation chinoise comprenant notamment Fang Binxing, surnommé le « père du Grand Pare-Feu chinois ».

En 2017 et 2019, des fuites d’enregistrements de réunions secrètes entre des responsables du Roskomnadzor et l’Administration du cyberespace de la Chine ont révélé les coulisses de cette coopération. Les responsables russes ont ainsi eu recours au savoir-faire technique de leurs homologues chinois en matière de contournement des VPN et de Tor 7, de régulation des plateformes de messagerie et de décryptage du trafic Internet chiffré. En retour, les responsables chinois manifestaient un intérêt marqué pour les techniques russes de régulation des médias et de gestion de la contestation populaire 8.

On ne saurait cependant réduire les initiatives russes à une pâle imitation d’un modèle dans lequel la Chine avait une indéniable avance. Les autorités russes ont su développer leur propre système,  privilégiant la criminalisation massive et l’intimidation générale plutôt que des techniques de blocage discrètes et sophistiquées. Elles se sont par ailleurs appuyées sur leur propre écosystème d’entreprises privées, dont les logiques de financement et de contrôle étatiques sont à la fois plus souples et plus opaques qu’en Chine. L’exemple de l’entreprise de technologie numérique VK suffit à le montrer : si elle n’est pas formellement une entreprise publique, elle est bel et bien passée sous le contrôle de l’État grâce à des rachats d’actions par Gazprom, sa société d’assurance Sogaz et le conglomérat industriel public Rostec. Elle est aujourd’hui dirigée par Vladimir Kirienko, fils du directeur adjoint de l’administration présidentielle.

L’État russe ne se contente plus d’établir une hiérarchie entre les ressources qu’il valide, celles qu’il tolère et celles qu’il interdit : il se donne peu à peu les moyens de traduire cette hiérarchie dans les faits. 

Guillaume Lancereau

Le coup de force de l’hiver 2026

La séquence 2025-2026 marque une première étape dans la réalisation de ce projet de longue haleine. Le 26 mars, la version publique de l’application de messagerie MAX, développée par l’entreprise VKontakte, a été présentée. MAX ne dispose d’aucun chiffrement de bout en bout, ce qui permet aux services de sécurité de procéder à une surveillance de masse de ses utilisateurs.

Les autorités ne se sont pas contentées de proposer ce nouveau produit sur un marché concurrentiel où il n’avait aucune chance de succès ; elles ont au contraire rendu son usage obligatoire dans une série de domaines, notamment pour le personnel de santé, les élèves, les étudiants, les enseignants et les employés des institutions publiques. Une décision cruciale a été son rattachement aux Gosuslugi, l’application mobile des services publics, qui exige désormais le recours à MAX pour confirmer certaines demandes et vérifier l’identité des utilisateurs.

D’autres projets sont à l’étude : l’usage obligatoire de MAX pour valider certaines opérations bancaires, signer des contrats de travail ou obtenir des documents administratifs à caractère professionnel, ou encore l’évolution vers un outil combinant paiements en ligne, services publics, transports, accès aux médias et services judiciaires 9. Le FSB disposerait ainsi d’un instrument de contrôle généralisé, offrant des perspectives inédites en matière de surveillance et de répression. En même temps, cette application, dont le FSB lui-même a reconnu la vulnérabilité aux piratages, expose l’ensemble des utilisateurs à des fuites de données, un phénomène universel dans la Russie contemporaine.  De fait, elle est d’ores et déjà exploitée pour diverses escroqueries en ligne, tout comme Telegram.

Le volet répressif de ce Runet souverain s’incarne dans une série de décrets adoptés fin 2025 et entrés en application début 2026 10. Le principe de défense numérique qu’ils dessinent consiste moins en une coupure d’Internet généralisée qu’en la possibilité offerte au Roskomnadzor, au FSB et au ministère du Développement numérique de réorienter le trafic en temps réel en cas de menace grave, c’est-à-dire de dégrader l’accès aux services étrangers sans altérer le fonctionnement des ressources russes, selon le principe évoqué de la « liste blanche ». Ces nouvelles dispositions permettent également au FSB de demander à un opérateur de déconnecter immédiatement un utilisateur suspecté d’activité illégale ou identifié comme une menace potentielle — les motifs concernés allant ici de la diffusion de « fausses informations » à l’usage d’un VPN. Par ailleurs, le Roskomnadzor s’affranchit de l’obligation d’obtenir une décision judiciaire pour bloquer certains contenus, la suspicion d’une menace réelle suffisant à justifier son intervention. Enfin, depuis le 1er janvier 2026, de nouvelles normes imposent aux organisations de diffusion d’informations la conservation des données relatives à toutes les interactions des utilisateurs pendant trois ans.

La mise en place de ce nouvel appareil législatif et technique marque par ailleurs l’apogée d’une lutte acharnée des autorités russes contre l’application Telegram. Depuis plusieurs années, le Roskomnadzor développe un argumentaire quelque peu similaire à celui que mobilisent les partisans d’un Internet régulé en Europe : la plateforme multiplierait les infractions, tout en ignorant les demandes de suppression de contenus illicites. Dans la configuration russe, ces reproches tiennent au fait que l’organisation refuse de fournir ses clefs de chiffrement aux autorités, de censurer les appels aux manifestations non autorisées et d’effacer les contenus « extrémistes ou terroristes » — notamment produits par des groupes et médias d’opposition en exil. En somme, les autorités russes présentent désormais l’application comme un repaire d’opposants, de terroristes et de criminels, voire comme le cheval de Troie de l’OTAN sur le terrain numérique. Ces motifs ont finalement abouti à l’annonce d’un blocage total de Telegram à partir du 1er avril.

Évaluer les effets probables de ces mesures dans un avenir proche, voire leurs effets concrets dans la configuration actuelle, reste un exercice délicat. Pavel Dourov, qui a tout intérêt à démontrer la fidélité des utilisateurs à son propre service, affirmait le 4 avril que 65 millions de Russes continuaient d’utiliser Telegram via un VPN. Selon une étude du Centre Levada, 49 % des Russes déclaraient utiliser Telegram au début de l’année, contre 53 % un an auparavant, soit une baisse assez peu significative au regard des efforts des autorités et du niveau record d’anomalies enregistrées sur l’application depuis le mois de mars 11. Enfin, les récentes déclarations de hauts responsables russes affirmant que le Roskomnadzor se doterait bientôt des moyens techniques de restreindre ou de bloquer tout trafic Internet via VPN ont été balayées par les experts comme des déclarations d’intentions au mieux fantaisistes, au pire totalement déconnectées de la réalité. Ces derniers soulignent notamment que, si le Roskomnadzor a appris à détecter les connexions VPN via certains protocoles, d’autres permettent encore de masquer le trafic. La situation se présente ainsi comme une sorte de course de fond technique, dans laquelle les plus optimistes prévoient que de nouveaux protocoles verront immanquablement le jour à chaque fois que le Roskomnadzor se rendra capable de bloquer les précédents 12.

Enfin, une série de déclarations officielles confirme que ces réformes ne sont qu’un premier pas vers un système entièrement verrouillé. Le 25 mars, le ministère du Développement numérique a annoncé un plan visant à multiplier par 2,5 la capacité de traitement des équipements TSPU, avec un budget supplémentaire de 15 milliards de roubles 13. Dix jours plus tard, le ministère a adressé à plus de vingt entreprises russes actives dans le secteur du numérique, dont Yandex, VK, Ozon, Wildberries et Sber, un guide contenant des indications techniques sur les moyens de détecter les services VPN sur les appareils des utilisateurs et de bloquer leur accès aux plateformes. Ce guide prévoit également la création d’une nouvelle « liste blanche » pour les VPN d’entreprise utilisés dans le cadre du travail à distance 14.

L’année 2026 marque donc le point de départ d’un Internet souverain opérationnel en Russie. Sans qu’il s’agisse pour l’heure d’un système totalement fermé, le système fait l’objet d’une centralisation croissante, permettant de soumettre l’accès aux services et à l’information aux décisions des autorités en temps réel. L’État ne se contente plus d’établir une hiérarchie entre les ressources qu’il valide, celles qu’il tolère et celles qu’il interdit ; il se donne peu à peu les moyens techniques de traduire cette hiérarchie dans les faits. 

Les remous de la société civile 

Ces mesures de contrôle et de répression ont suscité un mouvement de contestation dont l’ampleur avait été sous-estimée par les autorités.

Pour de nombreux Russes qui se tenaient jusqu’alors à l’écart des débats sur la sécurité et la censure numériques, le déclencheur semble avoir été la vague de coupures d’Internet survenue à Moscou en mars 2026. Cette situation a été d’autant plus difficilement vécue par les Moscovites que les coupures semblaient erratiques et aléatoires, tandis que les autorités gardaient le plus grand silence. Les hypothèses les plus farfelues, parfois teintées de complotisme, ont alors commencé à circuler, ce qui représente sans doute une réaction logique à la conjonction de trois facteurs : une situation perçue comme une absurdité, une absence totale de communication des autorités et un culte du secret entretenu de manière structurelle aux plus hauts échelons de l’État.

Ces coupures ont surtout eu pour effet de faire entrer la politique du Kremlin au cœur de la vie quotidienne d’une population considérée comme largement dépolitisée. Elles ont provoqué des dysfonctionnements généralisés dans les paiements par carte, les services de transport, les livraisons, les systèmes internes du métro et des administrations, entraînant des coûts économiques importants pour de nombreuses entreprises, dans les secteurs les plus variés. En quelques semaines, les Moscovites, qui se pensaient et se sentaient préservés des excès répressifs de l’État russe tant qu’ils gardaient leurs distances avec toute forme de politique, ont réalisé que la texture même de leur expérience quotidienne dépendait en réalité du bon vouloir de l’État 15. Ce mécontentement s’est ajouté à un mouvement de mobilisation plus large ancré dans la société civile et visant à lutter contre les pratiques liberticides et répressives de l’État russe. 

L’année 2026 marque donc le point de départ d’un Internet souverain opérationnel en Russie. Sans qu’il s’agisse pour l’heure d’un système totalement fermé, le système fait l’objet d’une centralisation croissante.

Guillaume Lancereau

Mi-mars, Dmitri Kissiev, ancien chef du quartier général de campagne de Boris Nadejdine, opposant à Vladimir Poutine dont la candidature à l’élection présidentielle de 2024 a été invalidée au dernier moment par les autorités, a appelé à des manifestations nationales pour un Internet libre dans différentes villes du pays, fixant la date au 29 mars, en référence à l’article 29 de la Constitution russe qui garantit la liberté d’expression. Le mouvement du Cygne écarlate (Alyj Lebed’), composé principalement de très jeunes, voire de mineurs, a alors émergé en ligne, annonçant disposer d’une quarantaine de volontaires et d’une équipe de juristes préparant des demandes d’autorisation de rassemblement. Celles-ci ont été déposées dans 28 villes, mais ont été refusées ou révoquées au dernier moment par les autorités. Parallèlement, des dizaines de vidéos appelant à participer aux rassemblements du 29 mars ont fait leur apparition sur TikTok 16.

À l’approche de la grande journée de mobilisation, plusieurs membres du Cygne écarlate ont été arrêtés. Le jour dit, la police était présente sur la place Bolotnaïa,  à Moscou pour bloquer l’accès et contrôler l’identité des passants. À Saint-Pétersbourg, les forces de l’ordre avaient installé des barrières sur la place Lénine, où se sont réunies plusieurs dizaines de personnes ; au moins deux d’entre elles ont été arrêtées. Des manifestants ont également été dispersés ou arrêtés à Kalouga, Voronej, Ekaterinbourg et Rostov-sur-le-Don 17. À Ekaterinbourg, deux adolescents ont déclaré à la presse avoir été emmenés au commissariat et frappés par des policiers après avoir été pris, à tort, pour des participants à un rassemblement 18. Au total, on estime que 27 personnes ont été arrêtées à travers le pays, dont 18 à Moscou 19.

Cette journée d’action est cependant loin d’épuiser la liste des mobilisations citoyennes, qui ont parfois contraint les autorités à inventer les prétextes les plus abscons pour intimider les possibles participants ou les placer en détention : 

  • Le 17 mars, Viktor Guiline, un militant de 80 ans, a été arrêté, retenu une nuit au poste de police puis condamné à une amende de 20 000 roubles pour avoir participé à un rassemblement non autorisé avec une pancarte : « Vladimir Poutine ! J’exige le rétablissement de la liberté de pensée et d’expression : Internet 20 ! ».
  • Le 18 mars, le Parti libéral-démocrate de Russie a exclu de la Douma le député Andreï Svintsov, vice-président de la commission parlementaire chargée de la politique de l’information ; il était notamment accusé de porter atteinte à la réputation du parti par ses commentaires critiques à propos du blocage de Telegram 21.
  • Les 26 et 27 mars, des tribunaux de Moscou ont condamné quatre citoyens, dont trois étudiants, à 15 jours de détention pour participation à un « événement non autorisé contre le blocage d’Internet sur la place Bolotnaïa 22 ».
  • Le 30 mars, un militant de Tomsk, Anton Issakov, a été condamné à 14 jours de détention pour organisation d’un rassemblement contre les blocages. Lorsqu’il avait déposé sa déclaration de rassemblement, les autorités avaient eu recours à diverses formes d’intimidation, le convoquant au poste de recrutement militaire pour mise à jour de ses informations et le menaçant de poursuites pénales pour diffusion de « fausses informations 23 ».
  • Après avoir passé deux jours de détention préventive en prévision des actions du 29 mars, le militant Alekseï Popov, ancien membre de l’équipe électorale de Boris Nadjedine, a déposé une demande officielle de rassemblement contre les blocages et la censure d’Internet. Le 13 avril, un tribunal de Iakoutsk a exhumé de sa page VKontakte une publication de 2021 demandant la libération d’Alekseï Navalny pour lui infliger une amende 24.
  • Le 15 avril, le tribunal de Tcheliabinsk a condamné deux militants maoïstes à dix jours d’incarcération pour avoir posté une banderole lisant : « Maoïstes, les Russes ont besoin de communications ! Non au blocage de Telegram 25 ! »

La fronde des blogueurs 

Un deuxième pôle de mécontentement regroupe des acteurs du monde des médias qui, jusqu’alors, conservaient une posture loyaliste vis-à-vis du Kremlin, voire cultivaient délibérément une forme d’apolitisme ostentatoire.

Le mois de mars a vu la publication d’une série d’articles critiques dans des titres de presse que l’on considérerait difficilement comme des supports d’opposition — puisqu’un contenu légal en Russie ne saurait être considéré comme un contenu d’opposition.  Le 22 mars, la rédaction du Moskovski Komsomolets dénonçait ainsi l’attitude infantilisante et contradictoire des autorités : après avoir prétendu accorder toute leur confiance au peuple et s’appuyer entièrement sur lui lors du déclenchement de la guerre, elles démontraient par leurs pratiques qu’elles considéraient en réalité les Russes « comme des petits enfants incapables, dénués de raison », auxquels on pouvait bloquer arbitrairement l’accès à Internet sans même fournir d’explication 26. Un éditorial de la Nezavissimaïa Gazeta allait dans le même sens, en soulignant que les restrictions d’Internet risquaient d’empêcher la Russie de s’intégrer dans le nouvel ordre technologique mondial. Déniant aux élites des appareils de sécurité, les siloviki, le « droit exclusif d’interdire le fonctionnement d’un secteur technologique clef dans la construction de l’avenir du pays », la publication comparait même ces restrictions à la politique des dernières années du stalinisme qui avait amené l’Union soviétique à empêcher les recherches en génétique et en robotique, accumulant ainsi un retard considérable pour des motifs idéologiques 27. Le lendemain, un autre éditorial du même journal, portant sur la lutte contre les « matériaux extrémistes » en ligne poussait la critique encore plus loin, en s’ouvrant sur les mots : « Les gens sont parfaitement capables de distinguer le bien du mal sans l’intervention permanente des agents de l’État et des forces de l’ordre 28. »

Les dernières mesures des autorités russes présentent enfin une spécificité notable : la mobilisation des influenceurs, des acteurs réputés peu critiques, voire apolitiques, mais dont la force de frappe médiatique représente une menace sérieuse pour le Kremlin. Une vidéo de Victoria Bonya a ainsi cumulé 30 millions de vues sur Instagram : l’influenceuse y déclarait depuis Monaco que le peuple russe avait « peur de Poutine », qu’un « immense mur » s’était dressé entre eux et le président, lequel n’était tout simplement pas au courant de l’état réel du pays et des souffrances de la population. D’autres influenceuses suivies par plusieurs millions d’abonnés ont emboîté le pas en dénonçant les décisions arbitraires du gouvernement, la « chasse aux blogueurs » et l’absence d’alternative réelle depuis les blocages successifs d’Instagram et de Telegram 29.

Les autorités russes ont su développer leur propre système de surveillance, misant moins sur des techniques de blocage discret que sur la criminalisation massive et l’intimidation générale.

Guillaume Lancereau

Siloviki et piarshiki : la fracture au sein des élites 

Si cette vague de mobilisation ne concernait que des citoyens isolés, le Kremlin aurait peu de souci à se faire. Il pourrait alors utiliser ses outils habituels, qui lui ont permis de réprimer toute forme de contestation citoyenne, de la place Bolotnaïa aux manifestations contre la guerre en Ukraine. La question des blocages numériques se présente toutefois sous un jour différent, car elle semble liguer une partie de l’élite russe contre lui.

Pour être aux ordres du Kremlin, les principaux responsables économiques et politiques du pays ne lui font pas pour autant confiance. Plusieurs indices signalent en particulier qu’ils sont loin de se méprendre sur les finalités de l’application MAX. Une source proche du Kremlin explique ainsi que des fonctionnaires, députés et dirigeants d’entreprises publiques achètent spécialement des cartes SIM et des téléphones secondaires pour y installer MAX. Ils seraient unanimes à « considérer qu’installer MAX sur son propre téléphone revient à le confier au FSB 30 ».

Au-delà de la protection des données personnelles, l’enjeu fondamental tient surtout au rôle de Telegram dans la communication politique. Depuis des années, les hauts fonctionnaires sont incités par leurs spécialistes en communication, les piarshiki (de l’anglais PR, « public relations »), à créer leurs propres chaînes pour communiquer avec la population civile. Les élèves de l’École des gouverneurs ont été formés à la gestion des comptes Telegram pour diffuser des contenus favorables à leur politique et l’administration présidentielle elle-même s’appuyait sur cet outil pour communiquer avec les citoyens et les entreprises à des fins électorales. Pour les députés et les gouverneurs, cette application populaire est donc un moyen de communication indispensable. Tant que leurs administrés restent rétifs à la migration forcée de Telegram à MAX, ces responsables en payent le coût politique.

Il suffit de comparer le nombre d’abonnés de leurs chaînes respectives sur Telegram et MAX pour s’en rendre compte : à la Douma, le record d’abonnés sur une chaîne Telegram est détenu par Adam Delimkhanov, député tchétchène du parti Russie Unie, avec 1,7 million d’abonnés ; sur MAX, sa chaîne n’en compte que 5 800. Même le député le mieux loti, le président de la Douma, Viatcheslav Volodine, ne compte que 103 000 abonnés sur MAX, contre 1,3 million sur sa chaîne Telegram 31. Il en va de même pour les gouverneurs, dont on estime qu’ils perdent 80 % de leur audience sous l’effet de la politique du Kremlin : une personnalité politique aussi centrale que le président tchétchène Ramzan Kadyrov, qui compte 2 millions d’abonnés sur Telegram, n’en totalise ainsi que 10 000 sur MAX, soit 0,5 % de son audience précédente 32. Il n’est donc pas surprenant que des personnalités aussi variées que le vice-président de la Douma, Vladislav Davankov, le porte-parole du président, Dmitri Peskov, ainsi que des partis loyalistes comme Russie Juste et Nouvelles Personnes, aient demandé aux autorités d’interrompre, ou au moins de modérer, cette politique.

La situation actuelle met ainsi en lumière une nouvelle fissure au sein de l’appareil d’État. D’un côté, certains responsables et technologues politiques pro-Kremlin ont toutes les raisons de rester favorables au statu quo ante et de promouvoir le retour à Telegram, outil éprouvé de mobilisation électorale et de communication politique quotidienne. À l’approche des élections de septembre 2026 à la Douma, les députés craignent de se voir amputés de ce médium politique précieux, sans autre justification que l’obstination paranoïaque des censeurs du FSB et du Roskomnadzor. À cette logique civique s’oppose la logique martiale des siloviki, les divers organes de sécurité, qui considèrent désormais Telegram comme un espace de contestation du pouvoir, d’organisation d’actions extrémistes et de diffusion d’informations gênantes 33. Selon ces derniers, les récriminations de responsables politiques soucieux de lisser leur image auprès du public manifestent surtout leur naïveté ou leur indifférence criminelle aux menaces bien réelles pesant sur l’État russe.

La guerre sans Telegram 

Les adversaires de cette réforme disposent pourtant d’un argument de poids, qui invaliderait l’argumentaire des siloviki  : Telegram n’est pas seulement un outil de communication pour la population civile, c’est aussi une application utilisée au front. Les soldats y recourent quotidiennement pour coordonner leurs actions, échanger des renseignements et des contenus de géolocalisation. C’est par cette application que les unités d’assaut communiquent le repérage de certaines cibles pour demander l’envoi d’un drone ou un tir d’artillerie ; par elle également qu’ils envoient des photos de la cible au poste de commandement pour rendre compte du résultat ; par elle enfin que les soldats restent en contact avec le reste de la société, dont leurs familles, et avec les communautés et milieux en ligne pro-guerre (la Z-sphère) auxquels ils transmettent des informations confidentielles et des vidéos choquantes, parfois contre rémunération. Plus loin de la zone de front, Telegram est également utilisé pour envoyer rapidement des notifications push en cas d’alertes aériennes, ce que ne permet pas l’application MAX, comme s’en inquiétait récemment le gouverneur de la région frontalière de Belgorod. Pour toutes ces raisons, les militaires en activité assurent que l’application demeure le moyen de communication par excellence parmi les troupes.

Le Kremlin n’en reste pas moins déterminé à appliquer sa décision. Dès le mois de février, les autorités ont lancé une campagne de dissuasion de l’usage de Telegram parmi les troupes. Le FSB l’a inaugurée avec un message affirmant que les Forces armées ukrainiennes utiliseraient les contenus de Telegram pour obtenir des informations sur les troupes ennemies et des cibles civiles potentielles. Cette campagne s’est poursuivie sur certains médias d’État, avec des interviews de soldats et de commandants mettant en garde contre les risques liés à Telegram et assurant — contre tous les faits disponibles — que les soldats y avaient déjà renoncé 34

Ces annonces ont suscité l’ire de la blogosphère pro-guerre (les Z-blogery 35). L’un de ses membres est allé jusqu’à assimiler les décisions du Kremlin à une restauration du rideau de fer, voire l’institution d’un véritable « camp de concentration numérique 36 ». D’autres s’inquiètent d’un scénario de blocage total de Telegram qui conduirait inévitablement à l’annulation de l’offensive estivale russe.

Indépendamment des questions militaires, certains soldats et volontaires s’indignent de cette politique répressive pour des motifs politiques. Pour certains, cette indignation relève surtout d’un décalage entre les motivations de leur propre engagement et la furie répressive de l’État russe, selon la logique : « Je n’ai pas signé pour ça. » L’un d’eux demandait à ce propos : « Pourquoi je me suis cassé le cul à apporter de l’aide humanitaire ? À fournir des communications ? Pour qu’on devienne une putain de Corée du Nord 37 ? ». Au-delà de leur engagement personnel, d’autres s’inquiètent enfin de voir le pouvoir russe effriter le consensus idéologique qu’il avait lui-même patiemment construit, sans autre motivation que des objectifs irréalistes et contre-productifs. Evguéni Rasskazov (nom de code « Topaz »), un ancien combattant du détachement néo-nazi Roussitch, écrivait à ce propos : 

« On voit une masse énorme d’anciens loyalistes et patriotes convaincus basculer dans l’opposition. Certains osent même déverser leur colère sur les soldats. L’immense travail de sensibilisation, l’union nationale, l’alignement sur le pouvoir, tous ces résultats absolument inédits dans l’histoire de la Russie contemporaine partent d’un coup à la poubelle. Surtout aux yeux des jeunes et, sur ces questions, ce sont bien les jeunes qui sont les juges pertinents. La vérité, c’est que des vers stupides et répugnants s’affairent à détruire le pays. À l’ère de l’information, ce qu’ils font revient à peu près à faire exploser une bombe nucléaire dans leur propre capitale au nom de la ‘sécurité’ et des ‘valeurs traditionnelles 38’ ».

Les ambitions de contrôle total du Kremlin ont un coût politique. Elles ont alimenté des manifestations protéiformes de citoyens jusqu’alors passifs ou silencieux.

Guillaume Lancereau

La défiance et la peur

L’ensemble de cette configuration nous renseigne en retour sur les conditions du consensus social et politique en Russie. Rien ne semble suffisant pour mobiliser l’opinion publique et susciter un mouvement de protestation : l’emprisonnement, la torture et l’assassinat d’opposants, la corruption généralisée d’élites captant toutes les richesses du pays, ou encore la censure des films, des livres et de la presse. À l’inverse, il suffit de couper la 5G et de bloquer des applications de communication pour provoquer une indignation générale.

Il faut donc en déduire que la condition sine qua non de l’adhésion ou de l’indifférence à la politique du Kremlin est le sentiment de normalité. Tant que l’existence quotidienne se poursuit sous ses formes habituelles, tant que les crimes et malversations du pouvoir restent une trame de fond relativement lointaine, le Kremlin a toute latitude pour agir. Nous retrouvons ainsi des conclusions avancées à propos des calculs militaires du pouvoir russe, qui s’est assuré de faire porter l’essentiel de la charge létale de sa guerre sur les populations les plus fragiles et d’éviter une mobilisation générale impopulaire afin de s’assurer que la guerre demeure, pour la population civile, un phénomène lointain, presque insensible ou imperceptible au quotidien 39.

La question est désormais de savoir si le pouvoir est prêt à assumer le risque politique que représentent ces mesures. Des sources proches des sphères dirigeantes assuraient la semaine dernière que le Kremlin s’apprêtait à faire machine arrière et réduire l’ampleur des blocages au vu de leurs effets sur l’opinion publique. On sait que Vladimir Poutine est, paradoxalement pour quelqu’un en mesure de fixer les résultats des élections présidentielles, un dictateur obsédé par sa propre cote de popularité, qui a chuté ces derniers mois à 68 %, soit le niveau le plus bas depuis le début de la guerre 40. Si les autorités choisissaient toutefois d’assumer ce risque et de se couper encore davantage de leur population, il leur faudrait donc un motif valable : selon certains observateurs, il pourrait s’agir d’une préparation de l’environnement numérique aux réactions négatives que ne manquerait pas de susciter une vague de mobilisation partielle de réservistes, voire d’un renforcement plus systématique des moyens étatiques de contrôle numérique en prévision d’un futur conflit avec l’OTAN 41.

Dans un cas comme dans l’autre, la configuration actuelle révèle une fragilité bien réelle : le Kremlin aurait sans doute les plus grandes difficultés à reproduire l’opération politique de 2022, qui lui a permis de rallier la quasi-totalité des élites à son entreprise guerrière en ne s’aliénant qu’une fraction minoritaire de la population.

Sources
  1. « “Вы что делаете, идиоты ?” — неизвестные используют Миронова в акциях у зданий РКН », The Insider, 17 février 2026.
  2. « Сообщения о “кричащем” у РКН Миронове оказались фейком », Gazeta.Ru, 17 février 2026.
  3.  Par anomalie, on entend ici un dysfonctionnement du trafic Internet détecté statistiquement : service extrêmement lent, connexion instable ou impossibilité d’accéder à certains messages ou certaines fonctionnalités.
  4. « Блокировка Telegram дошла почти до 100 % », Агентство, 10 avril 2026.
  5. Une porte dérobée est un dispositif qui permet d’accéder à un système informatique ou à des communications en contournant les mécanismes normaux de sécurité (notamment le chiffrement).
  6. Kevin Limonier, « Vers un ‘Runet souverain’ ? Perspectives et limites de la stratégie russe de contrôle de l’Internet », EchoGéo, n°56, 2021.
  7. Tor (acronyme de The Onion Router) est un réseau et un logiciel permettant de faire transiter son trafic Internet à travers plusieurs relais afin de masquer l’identité et la localisation de l’utilisateur.
  8. Daniil Belovodyev, Andrei Soshnikov, Reid Standish, Systema, « Exclusive : Leaked Files Show China And Russia Sharing Tactics On Internet Control, Censorship » Radio Free Europe / Radio Liberty, 5 avril 2023.
  9. Анастасия Горохова, « Год с Max. Россиян всеми силами пытаются загнать в “национальный мессенджер” — и сделать так, чтобы жить без него было сложно », Новая газета Европа, 29 mars 2026.
  10. « Суверенный интернет : что меняется с 1 марта 2026 года и как это затронет пользователей », Habr, 4 mars 2026.
  11. « Аудитории различных источников информации : частота использования и доверие в марте 2026 года », Левада-Центр, 7 avril 2026.
  12. « В Госдуме пообещали заблокировать VPN в РФ в течение полугода. “Говорить о полном ограничении — нелепо” — эксперт », The Insider, 13 mars 2026.
  13. « Фильтры переключают скорость », Коммерсант, 25 mars 2026.
  14. « Минцифры признало сложность выявления VPN на iPhone », РБК, 5 avril 2026.
  15. Никита Аронов, « ‘Они убили все конкурентные преимущества Москвы’. Как российская столица перестала быть цифровым городом из-за отключения интернета », The Insider, 19 mars 2026.
  16. « В TikTok появились десятки роликов с призывом выйти на улицу 29 марта. В этот день экс-глава штаба Надеждина и анонимная группа анонсировали митинги против блокировок », Агентство, 16 mars 2026.
  17. « В Москве в день несостоявшейся акции против блокировок задержали 14 человек ; задержания также были в Петербурге, Воронеже и Калуге » Медиазона, 29 mars 2026.
  18. « Двое подростков из Екатеринбурга рассказали об избиении полицейскими, которые сочли их участниками митинга против блокировки Telegram », Медиазона, 1er avril 2026.
  19. « Список задержанных на акциях против блокировок интернета по городам », ОВД-Инфо, 29 mars 2026.
  20. « 80‑летнего активиста из Перми оштрафовали на 20 тысяч рублей за акцию против блокировок интернета », Медиазона, 17 Mars 2026.
  21. « Из ЛДПР исключили депутата Госдумы Андрея Свинцова, который часто комментировал блокировку Telegram », Медиазона, 18 mars 2026.
  22. « Двух москвичей арестовали на 15 суток за неповиновение силовикам на ‘несанкционированном мероприятии против блокировок интернета на Болотной площади’ », Медиазона, 27 mars 2026.
  23. « Суд арестовал на 14 суток активиста из Томска Антона Исакова, который организовывал митинг против блокировок », Медиазона, 30 mars 2026.
  24. « Суд в Якутске оштрафовал экс‑главу штаба Надеждина за репост пятилетней давности с требованием освободить Навального », Медиазона, 13 avril 2026.
  25. « Суд в Челябинске арестовал двоих маоистов на 10 суток из‑за баннера против блокировки Telegram », Медиазона, 15 avril 2026.
  26. « Россию раскачивают по запрещенным брошюрам : борьба с реальностью в новостях недели », Московский Комсомолец, 22 mars 2026.
  27. « Ограничения интернета мешают РФ вписаться в новый технологический уклад », Независимая газета, 24 mars 2026.
  28. « Об абсурдных последствиях запретительных мер », Независимая газета, 25 mars 2026.
  29. « Лояльные властям РФ медийные деятели один за другим выступают против блокировок », The Insider, 15 avril 2026.
  30. « Российские чиновники покупают отдельные сим-карты и телефоны для установки Max », Медиазона, 17 mars 2026.
  31. « Каналы в Max завели меньше половины депутатов с каналами в Telegram », Агентство, 23 mars 2026.
  32. « Из-за блокировки Telegram губернаторы потеряют 80 % аудитории своих каналов », Агентство, 23 mars 2026.
  33. Андрей Перцев, « Спор прагматиков. Как далеко зайдет раскол в российской власти из-за блокировки Telegram », Carnegie Politika, 31 mars 2026.
  34. Вячеслав Епуряну, « На штурм с VPN. Как блокировка Telegram помешала российским военным », The Insider, 15 avril 2026.
  35. « Блокировки интернета настроили против властей даже ее сторонников. Ультрапатриоты говорят о ‘цифровом концлагере’ », Важные истории, 3 avril 2026.
  36. СОЛДАТСКАЯ ПРАВДА, Telegram, 3 avril 2026.
  37. leib_hussar, Telegram, 3 avril 2026.
  38. Говорит ТопаZ, Telegram, 31 mars 2028
  39. Владислав Иноземцев, « Путинская « Cмертономика’ », Riddle Russia, 10 juillet 2023 ; également Владислав Иноземцев, « Смертономика 2.0 : почему система начинает буксовать », Riddle Russia, 5 mars 2026.
  40. « Высокопоставленные чиновники просят Кремль ослабить блокировки интернета и прогнозируют политические риски », Важные истории, 14 avril 2026.
  41. « Russian Offensive Campaign Assessment », Institute for the Study of War, 12 mars 2026.