À la fin du mois de mars, et ce pour la première fois depuis février 2022, suite au lancement de l’invasion à grande échelle de l’Ukraine, la confiance en Poutine mesurée par le Centre Panrusse d’étude de l’opinion publique (VTsIOM), un institut de sondage officiel russe, est passée sous la barre des 75 % en Russie.

Depuis, la tendance a continué de s’accélérer.

  • Seulement 73,8 % des Russes sondés par VTsIOM disaient avoir « absolument » ou « plutôt » confiance en Poutine au 5 avril.
  • La côte de popularité du président russe a ainsi chuté de 3,5 points en un mois, et de 7,6 points depuis le 1er décembre dernier.
  • On retrouve une tendance similaire dans l’approbation du mandat de Poutine dans la dernière enquête menée par VTsIOM, entre le 30 mars et le 5 avril : 67,8 %, contre 75,1 % entre fin janvier et début février 1.

Plusieurs hypothèses permettent d’expliquer cette chute soudaine et inhabituelle depuis 2022.

  • Tout d’abord, la guerre israélo-américaine contre l’Iran a davantage diminué les attentes concernant la conclusion d’un accord de paix avec l’Ukraine et la trêve de deux jours à l’occasion du week-end de la Pâques orthodoxe n’a pas débouché sur un cessez-le-feu plus durable.
  • La guerre pèse sur l’économie et la population, d’autant plus que l’amélioration des capacités ukrainiennes de frappe en profondeur contribuent à rapprocher le front de la population.

Ces dernières semaines, le gouvernement russe a également renforcé ses restrictions d’accès à plusieurs services de messagerie — Telegram et WhatsApp notamment — afin d’inciter la population à utiliser son application officielle « Max ».

  • Cumulée à des coupures d’Internet de plus en plus fréquentes, également dans les grandes villes, comme à Moscou, et à la volonté du Kremlin de restreindre l’utilisation de VPN, qui permettent de contourner les restrictions, cette politique contribue à une hausse du ressentiment vis-à-vis du pouvoir russe.

Ces enquêtes, si elles n’auront pas d’impact électoral sur les élections législatives à venir, qui devraient avoir lieu d’ici le mois de septembre, indiquent néanmoins qu’une part croissante de la population ose témoigner de son opposition à Poutine.
Selon le politologue russe Abbas Gallyamov : « Les chiffres ne constituent pas un indice de confiance, mais un indicateur de peur. La cote de confiance est une question ouverte du VTsIOM dans laquelle, au moment du sondage, on ne mentionne pas le nom de Poutine au répondant, ce qui lui permet simplement de ne pas citer le président parmi les personnalités politiques auxquelles il fait confiance. Le fait de ne pas avoir à dire explicitement « non » à Poutine permet au répondant d’exprimer son attitude réelle envers le chef de l’État » 2.