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Aujourd’hui, le Zhejiang est qualifié de « précurseur de la modernisation à la chinoise » (Zhongguoshi xiandaihua de xianxingzhe). Ce titre prestigieux (et unique) lui a été conféré par Xi Jinping lui-même, en septembre 2023, lors d’une visite dans la province. Trois mois plus tard, les autorités provinciales ont commencé à utiliser officiellement cette appellation 1. Depuis lors, le Zhejiang est présenté comme un modèle de modernisation que les autres provinces se doivent, sinon d’imiter, du moins d’étudier pour s’en inspirer. Cette province de l’Est de la Chine constitue ainsi aujourd’hui un laboratoire pilote pour les futures politiques nationales dans des domaines aussi divers que l’évolution de l’emploi due à la révolution technologique et industrielle, la « prospérité commune » (gongtong fuyu) et la réduction des inégalités socio-économiques, la gestion du vieillissement démographique, la protection de l’environnement et le respect de la nature, ainsi que la stabilité politique. En d’autres termes, le Zhejiang, érigé en province modèle, s’inscrit dans une stratégie de modernisation globale, dont il a été le foyer d’expérimentation et qui est désormais progressivement étendue à l’ensemble du pays. Le rôle personnel de Xi dans cette stratégie ne saurait être sous-estimé et met en lumière, s’il en était besoin, la concentration des pouvoirs entre les mains du leader chinois.
Le Zhejiang est l’une des provinces les plus développées de Chine : son PIB (environ 1 320 milliards de dollars en 2025) est le quatrième plus important du pays, après le Guangdong, le Jiangsu et le Shandong ; son PIB par habitant (près de 20 000 dollars) est le cinquième plus élevé après Pékin, Shanghai, le Jiangsu et le Fujian. Ce n’est ni une province très étendue (105 500 kilomètres carrés, 25e parmi les provinces chinoises), ni très peuplée (67 millions d’habitants, 7e rang). Mais historiquement, depuis au moins la dynastie Song (Xe-XIIIe siècles), le nord du Zhejiang – Hangzhou fut un temps la capitale des Song du Sud de 1138 à 1276 – et le sud du Jiangsu sont plus prospères et culturellement plus raffinés que le reste de l’Empire. À compter de la fin de la dynastie Qing (ou mandchoue), la proximité du Zhejiang avec Shanghai, principal centre économique, a fortement contribué à son développement. Après le lancement de la politique de réformes et d’ouverture par le Parti communiste à la fin des années 1970, Deng Xiaoping avait coutume de dire : « Si vous voulez voir le capitalisme, allez à Wenzhou ! » De fait, depuis lors, cette ville du sud du Zhejiang est devenue un modèle d’entrepreneuriat privé, imité par la suite par de nombreuses autres régions du pays. Et Hangzhou, célèbre pour la beauté de son « lac de l’Oest » (Xihu), est aujourd’hui une capitale provinciale très dynamique, abritant un grand nombre d’entreprises de haute technologie telles qu’Alibaba ou DeepSeek, qui a lancé en janvier 2025, un modèle de langage de raisonnement en accès ouvert au retentissement mondial.
La stratégie dite des « deux huit » de Xi Jinping
L’élévation de la province du Zhejiang en 2023 au rang de « pionnier de la modernisation à la chinoise » n’est pas une coïncidence. En effet, Xi Jinping a été secrétaire du Parti du Zhejiang pendant près de cinq ans, de 2002 à 2007. Il connaît bien cette province, qu’il a notamment dirigée avec Li Qiang, qui a été à partir de 2004, son chef de cabinet (secrétaire général du comité provincial du Parti) et aujourd’hui Premier ministre. Xi y a introduit la « stratégie des Deux Huit » (Ba Ba Zhanlüe) en juillet 2003. Cette stratégie est constituée d’un ensemble de huit mesures visant à stimuler le développement économique en tirant parti de huit atouts existants : une économie à « propriété multiple », euphémisme pour désigner l’entrepreneuriat privé, en conservant cependant la propriété publique comme secteur principal ; l’approfondissement de l’intégration du Zhejiang dans la région du delta du Yangtsé dominée par Shanghai et une plus grande ouverture sur le monde ; l’accélération de l’édification d’une base industrielle manufacturière avancée ; la promotion de l’intégration entre les villes et les campagnes afin de réduire les disparités ; le renforcement de la protection de l’environnement et la création d’un « Zhejiang vert » ; la valorisation du littoral provincial pour développer une économie bleue ; la construction d’infrastructures clefs et l’amélioration de l’État de droit ; et la transformation du Zhejiang en une province culturelle et scientifique ainsi qu’en un pôle éducatif.
Il convient de mentionner ces huit mesures car nombre d’entre elles ont été reprises au niveau national et figurent les orientations de modernisation fixées à partir de 2021, année du centenaire du Parti. De plus, la « pensée économique de Xi Jinping » s’inspire largement de cette expérience.
Le 1er juillet 2021, Xi Jinping a déclaré que la Chine avait atteint son « premier objectif du centenaire », à savoir la « prospérité modérée » (xiaokang), et qu’il était temps de passer au « deuxième objectif du centenaire » de la modernisation, c’est-à-dire de la hisser au rang de « grand pays socialiste moderne » d’ici 2049, année du centenaire de la République populaire. Étroitement liée au « grand renouveau de la nation chinoise », cette deuxième étape de la modernisation chinoise privilégie un développement holistique dans les domaines économique, politique, culturel, social et écologique – appelé « plan intégré des cinq sphères » –, qui met l’accent sur la « prospérité commune », une croissance centrée sur le peuple et un progrès durable et pacifique, distinct des modèles occidentaux, le tout sous l’égide du Parti, bien entendu 2.
Un an plus tard, en octobre 2022, le XXe Congrès du Parti a réaffirmé le plan intégré des cinq sphères et a présenté les grandes caractéristiques de la « modernisation socialiste » de la Chine : une population nombreuse, une prospérité commune, un progrès matériel, culturel et éthique, l’harmonie entre l’humanité et la nature, ainsi qu’un développement pacifique, qui fait directement référence à la politique étrangère de la République populaire. La prochaine étape de la modernisation comprend également la poursuite d’un développement de haute qualité 3, la mise en place d’une « démocratie populaire intégrale » 4 (une nouvelle forme de « léninisme consultatif », selon l’expression du politologue Steve Tsang 5), et l’enrichissement de la vie culturelle du peuple 6.
C’est donc dans ce contexte qu’en septembre 2023 Xi Jinping a promu le Zhejiang au rang de « pionnier de la modernisation à la chinoise ». Cela signifie qu’officiellement la province doit s’atteler tout particulièrement à la mission d’explorer de nouvelles voies pour un développement de haute qualité, la construction d’un urbanisme moderne et la revitalisation des zones rurales. Elle doit y parvenir en approfondissant les réformes, en misant sur un développement axé sur l’innovation et en construisant de manière globale une zone pilote destinée à promouvoir la « prospérité commune ».
Les expériences conduites au Zhejiang
C’est ainsi que diverses expériences menées dans le Zhejiang, dont plusieurs ont été lancées lorsque Xi Jinping dirigeait la province, ont été rétrospectivement présentées comme des modèles pour le reste du pays, certaines d’entre elles avant même 2023.
La première de ces expériences concerne les hautes technologies. Grâce à Alibaba, Hangzhou est devenue depuis au moins deux décennies la « capitale du e-commerce » (dianshang zhi du) de la Chine. En 2003, Xi Jinping a par ailleurs lancé un projet appelé le « Zhejiang numérique » (shuzi Zhejiang), l’un des éléments centraux de la « stratégie des Deux Huit », afin d’accélérer la modernisation de la province. Cette stratégie a directement contribué à l’émergence de nombreuses entreprises de haute technologie, parmi lesquelles ce que l’Internet chinois appelle les « six petits dragons de Hangzhou » (Hangzhou liu xiaolong), un regroupement informel de start-ups technologiques actives notamment dans le domaine de l’IA, comprenant DeepSeek, Game Science, Unitree Robotics, DEEP Robotics, BrainCo et Manycore Tech.
Pour mémoire, indiquons que Game Science (Youxi kexue) est le développeur du jeu vidéo à succès « Black Myth : Wukong » ; Unitree Robotics (Yushu keji) est célèbre pour ses chiens robots et ses robots humanoïdes ; DEEP Robotics (Yunshenchu keji) construit lui aussi des robots quadrupèdes intelligents ; BrainCo (Qiangnao keji) est une société d’interfaces cerveau-ordinateur non invasives et Manycore Tech (Qunhe keji) est une société de logiciels de conception 3D.
Plus tard, en 2010, le gouvernement de Hangzhou a lancé le Plan Aiglon » (chuying jihua), destiné à soutenir les jeunes entreprises scientifiques et technologiques. Le projet a consisté à collaborer avec des incubateurs pour identifier les entreprises technologiques prometteuses et proposer des financements publics ainsi que d’autres formes d’aide, notamment aux startups créées par des jeunes diplômés ou des étudiants revenus de l’étranger. Unitree a notamment bénéficié d’un soutien initial, ainsi que de subventions publiques du district urbain de Binjiang à Hangzhou. En 2019, le Zhejiang est devenu la première province à mettre en œuvre le système dit « des chefs de chaîne » (lianzhangzhi), un modèle d’organisation originaire de Changsha, dans le Hunan, qui renforce le contrôle de l’État-Parti sur les chaînes d’approvisionnement grâce à une structure impliquant une étroite coordination entre d’une part les hauts fonctionnaires locaux, les « chefs de chaîne » (lianzhang), et d’autre part les entreprises chefs de file de chaque filière, les « maîtres de chaîne » (lianzhu). La même année, Hangzhou a commencé à financer et à soutenir la recherche fondamentale en intelligence artificielle 7. En d’autres termes, l’expérience ou le modèle du Zhejiang place le Parti-État au cœur de sa stratégie de modernisation, ce qui correspond précisément à l’intention de Xi : tout en encourageant l’entrepreneuriat privé, il est essentiel de maintenir le Parti communiste au sommet du système politique et économique chinois.
La deuxième expérience du Zhejiang concerne les talents, ou ce que les autorités du Zhejiang ont appelé la formation des « trois équipes » (sanzhi duiwu) : « une équipe de cadres de haut niveau, une équipe de talents innovants et d’entrepreneurs de haut niveau, et une main-d’œuvre hautement qualifiée ». Élément important de la « stratégie des Deux Huit », la formation des talents a été fortement encouragée plus récemment par Yi Lianhong, secrétaire du Parti du Zhejiang de 2022 à 2024, et d’autres responsables provinciaux, puis par Wang Hao, alors gouverneur, et devenu son successeur en octobre 2024, avant de servir de modèle à l’échelle nationale 8.
L’expérimentation du Zhejiang comprend également un projet ambitieux de modernisation des zones rurales lancé par Xi Jinping en 2003, « Projet de démonstration de mille villages et d’assainissement de dix mille villages ». Le 1er janvier 2024, le Comité central du PCC et le Conseil des affaires d’État (le gouvernement central) ont adopté un « Avis sur la promotion efficace de la revitalisation globale des zones rurales par l’apprentissage et l’application de l’expérience » de ce projet 9. Cette décision vise notamment à garantir la sécurité alimentaire, à prévenir tout retour de la pauvreté et à améliorer le niveau de développement des campagnes.
En matière de prospérité commune, dès le 20 mai 2021, autrement dit avant que le Zhejiang ne soit promu au rang de province pionnière, la direction du Parti et le Conseil d’État avaient approuvé un « Avis sur le soutien au développement de haute qualité du Zhejiang et la construction d’une zone de démonstration pour la prospérité commune » 10. S’inspirant de la « stratégie des Deux Huit » du Zhejiang et prenant cette province comme modèle, cette politique vise à réduire les disparités régionales, entre zones rurales et urbaines, et de revenus, en allouant davantage de ressources aux campagnes, aux communautés locales, aux régions relativement sous-développées et aux populations en difficulté. La stratégie vise également à améliorer le bien-être de la population, en facilitant notamment l’accès à l’éducation préscolaire et la scolarisation des enfants ainsi que l’accès à l’emploi, aux soins médicaux, aux services aux personnes âgées, au logement et au soutien aux personnes vulnérables. La méthode promue par le gouvernement central consiste à améliorer le système de répartition des revenus, à mieux coordonner le développement régional urbain et rural, à promouvoir une « culture socialiste avancée », à protéger l’environnement et à moderniser la gouvernance sociale.
Aujourd’hui, le Zhejiang est également présenté comme un modèle de développement culturel. Fin juillet 2025, le gouvernement provincial a célébré le 20e anniversaire de la décision prise par Xi Jinping en 2005 de faire du Zhejiang une « grande province culturelle ». Les festivités ont été relayées au niveau national par un article de l’agence de presse officielle Xinhua intitulé : « La magnifique pratique de la construction d’une nation culturellement forte : chronique des 20 années de promotion continue du développement culturel au Zhejiang dans le cadre de la “stratégie des Deux Huit” » 11.
Le Zhejiang sert aussi de modèle pour l’embellissement du pays. En août 2005, Xi Jinping, alors secrétaire du Parti de la province, a visité le village de Yu, site pittoresque et destination touristique du district d’Anji. Il y a déclaré : « Les eaux claires et les montagnes verdoyantes sont elles-mêmes des montagnes d’or et d’argent. » C’est l’origine de la « théorie des deux montagnes » (liangshan linian), une formule qui a depuis été reproduite dans de nombreuses autres régions de Chine, par exemple au village de Liangjiahe, dans le Shaanxi, près de Shijiazhuang, dans le Hebei, ou encore à Xingli, une baie à Xiamen, dans le Fujian. En août 2025, à l’occasion du 20e anniversaire de la visite de Xi Jinping au village de Yu, un long article de l’agence officielle Xinhua présentant ces déclarations concluait : « Née en Chine et ouverte sur le monde, la théorie des “deux montagnes” guide la transformation progressive du beau rêve chinois d’une coexistence harmonieuse entre l’humanité et la nature et contribuera sans aucun doute à la construction d’une communauté de destin pour l’humanité et à la protection de notre planète. » 12. Aujourd’hui, la référence à la « communauté de destin pour l’humanité » est devenue incontournable quel que soit le sujet abordé, soulignant à la fois la concentration du pouvoir entre les mains du secrétaire général du PCC et l’émergence d’un nouveau culte de la personnalité dans la Chine de Xi Jinping 13.
Enfin, le choix de Hangzhou par Xi Jinping pour accueillir le sommet du G20 en septembre 2016 n’était pas anodin. Le gouvernement chinois y a diffusé un message d’ouverture et d’intégration vis-à-vis du reste de la communauté internationale, visant clairement à présenter la Chine comme un pays soutenant la mondialisation économique, le développement durable et une coordination politique renforcée entre les États membres du G20 14. Le Zhejiang est désormais présenté comme un modèle de la stratégie chinoise d’« internationalisation », une province qui a fortement encouragé ses entreprises à développer leurs activités à l’étranger et à s’internationaliser.
Étudier auprès du Zhejiang
Le Zhejiang est devenu non seulement un laboratoire d’expérimentation locale, mais aussi un centre national de formation à la « modernisation à la chinoise ». Xi Jinping et d’autres anciens hauts responsables du Zhejiang sont devenus des mentors pour les autres provinces, ce qui a manifestement favorisé leur propre ascension.
Par exemple, deux des quatre municipalités relevant directement du pouvoir central sont dirigées par des cadres ayant travaillé auparavant au Zhejiang : Chongqing, dont l’actuel secrétaire du Parti, Yuan Jiajun, a été gouverneur du Zhejiang (2017-2020) puis secrétaire du Parti (2020-2022) ; Tianjin, dont le secrétaire du Parti, Chen Min’er, a travaillé au Zhejiang pendant plus de 30 ans et est proche de Xi Jinping. Shanghai a par ailleurs eu pour maire, de 2020 à septembre 2026, Gong Zheng, vice-gouverneur du Zhejiang de 2008 à 2013 puis secrétaire du Parti de Hangzhou de 2013 à 2015.
Les visites d’étude au Zhejiang se sont intensifiées en 2025. Au cours des huit premiers mois de l’année, sept délégations gouvernementales, dont celles des régions administratives spéciales de Hong Kong et de Macao, ont effectué des voyages d’étude au Zhejiang pour s’inspirer de sa mise en œuvre de la « modernisation à la chinoise » et en particulier des « six petits dragons » de Hangzhou.
Combien de Zhejiang la Chine de Xi peut-elle édifier ?
La grande question est de savoir si les autres provinces chinoises peuvent reproduire l’expérience du Zhejiang devenue une véritable réussite. De toute évidence, nombre d’entre elles souhaitent développer leurs propres industries de haute technologie, de l’IA à la robotique en passant par le commerce électronique et la voiture électrique, former ou attirer leurs propres talents et améliorer leur système de protection sociale. Cette amélioration inclut depuis mai 2026 l’intégration progressive des quelque 300 millions de migrants qui vivent en villes mais ne bénéficient pas encore des mêmes avantages sociaux que les citadins détenteurs d’un « hukou », c’est-à-dire du livret de résidence urbain. Néanmoins, il est peu probable que toutes les provinces chinoises puissent imiter pleinement le Zhejiang. D’une part, les disparités régionales en termes de niveau de développement économique et de ressources financières restent un obstacle majeur, notamment dans un contexte de crise du secteur immobilier. Ainsi, dans le Zhejiang, l’écart de revenus entre les zones urbaines et rurales est de 1,81, bien inférieur à la moyenne nationale de 2,31. Pékin est parfaitement conscient de cette réalité et demande aux autres provinces de s’inspirer à leur manière et avec souplesse des « zones pilotes de prospérité commune » de la province modèle 15.
D’autre part, est-il stratégique que chaque province se dote d’un nombre d’entreprises de haute technologie équivalent à celui du Zhejiang ? À plusieurs reprises, dès 2025, Xi Jinping a mis en garde les gouvernements locaux non seulement contre la tentation de développer des industries redondantes, notamment dans les domaines des véhicules électriques et de l’IA, mais aussi contre une « concurrence désordonnée » et une expansion inconsidérée 16. L’un des problèmes majeurs de l’économie chinoise aujourd’hui est ce que l’on appelle « l’involution » (neijuan), cette concurrence féroce entre les provinces et entre les entreprises dans de nombreuses industries d’avenir, des véhicules électriques aux panneaux solaires en passant par les semi-conducteurs.
La prospérité commune et une meilleure redistribution des richesses demeurent un objectif clef du Parti communiste de Xi Jinping. Cependant, compte tenu des difficultés financières que rencontrent actuellement de nombreuses collectivités territoriales, notamment en raison de la crise du secteur immobilier, il est peu probable que toutes les provinces soient en mesure d’offrir le même niveau d’accès à des soins de santé abordables, à une éducation gratuite et, plus largement, à une protection sociale aussi étendue. Autrement dit, le ralentissement économique et la stagnation de la consommation en Chine risquent d’empêcher les autres provinces de développer un système de protection sociale aussi complet que celui mis en place progressivement dans le Zhejiang.
On peut aussi rappeler que, tout en promouvant la prospérité commune, la redistribution et la réduction des inégalités sociales, Xi Jinping s’oppose à la mise en place d’un « État-providence » car, selon lui, le « welfarisme » entretient « l’oisiveté » (福利主义养懒汉) 17. L’autre motivation de cette déclaration est sans doute qu’en dépit de son prodigieux développement économique, la Chine n’a pas les moyens de financer un tel système.
Enfin, ce que Xi appelle la « démocratie populaire intégrale » vise avant tout à renforcer la légitimité du Parti au sein de la société. Dans le Zhejiang, comme dans les autres régions et villes développées du pays, à l’instar de Shanghai, des mécanismes de consultation de la société ont progressivement émergé à la base, contribuant au maintien de la stabilité sociale. Mais il faudra du temps avant que de tels mécanismes ne soient mis en place et activés dans le reste du pays. Quoi qu’il en soit, le PCC restera le seul décideur en matière politique.
En somme, si l’expérience du Zhejiang constitue un précédent utile pour le reste de la Chine, il s’agit davantage d’un ensemble de réussites et de sources d’inspiration que d’un modèle applicable à l’ensemble du pays. Cela n’empêche pas Xi Jinping de faire de sa promotion une priorité.
Sources
- Weidong Hong, « Chinese-style Modernisation : Why Zhejiang Matters », RSIS Commentary, n° 226/2025, 18 novembre 2025.
- Xi Jinping, « Speech at a Ceremony Marking the Centenary of the Communist Party of China », 1er juillet 2021.
- Le Développement de haute qualité est l’un des objectifs du XVe plan quinquennal (2026-2030) qui insiste sur la qualité du développement plutôt que sur le taux de croissance.
- La démocratie populaire intégrale est un concept lancé par Xi Jinping en 2019 et développé dans un livre blanc en 2021. Il s’agit de développer les mécanismes de consultation de la société, évidemment sous la direction du Parti communiste.
- Le léninisme consultatif est un concept dont la paternité revient en 2009 à Steve Tsang, aujourd’hui professeur à la School of Oriental and African Studies à Londres, et que j’ai repris pour qualifier la démocratie populaire intégrale de Xi Jinping.
- Xi Jinping, « Full text of the report to the 20th National Congress of the Communist Party of China », 16 octobre 2022 ; voir aussi Jean-Pierre Cabestan, « Xi Jinping and China’s whole-process democracy : A new form of consultative Leninism », China Information, pp. 1-26, 2025.
- Sunny Cheung, « DeepSeek, Unitree, and the Six Dragons : Hangzhou’s Plan to Shape Technology’s Future », China Brief Notes, Jamestown Foundation, 19 mars 2025.
- « 勇当中国式现代化的先行者 浙江在全面深化改革中推动高质量发展 », China Daily, 26 août 2024.
- « 中共中央 国务院关于学习运用“千村示范、万村整治”工程经验有力有效推进乡村全面振兴的意见 », Xinhua, 1 janvier 2024. (en chinois).
- « 中共中央国务院关于支持浙江高质量发展建设共同富裕示范区的意见 », Xinhua, 10 juin 2021 (en chinois).
- « 建设文化强国的壮美实践——浙江20年持续推进文化建设“八项工程”纪事 », Xinhuanet, 29 juillet 2025. (en chinois).
- « The ‘Two Mountains’ theory is changing China and leading the era », Xinhua, 14 août 2025, (en chinois).
- « Xi Jinping : Advance modernization in a harmonious coexistence between humanity and nature through the construction of a beautiful China » (en chinois), discours prononcé le 17 juillet 2023, Qiushi, 1 janvier 2024.
- « G20 Leaders’ Communique Hangzhou Summit », Ministry of Foreign Affairs, People’s Republic of China, 6 septembre 2016.
- « This is how to build a demonstration zone for common prosperity », People’s Daily, 11 juin 2021, (en chinois).
- « Xi Jinping warns Chinese officials against over-investment in AI and EVs », Mercury Technology Solution, 18 juillet 2025 ; « Xi Warns Officials Against Chasing ‘Reckless’ Expansion in China’s GDP », Bloomberg, 15 décembre 2025.
- « Full Text : Xi Jinping’s Speech on Boosting Common Prosperity », Caixin, 19 octobre 2021.