Les négociations qui se sont déroulées entre l’Iran et les États-Unis au Pakistan samedi et dimanche 11 et 12 avril, qui ont été menées par le vice-président américain J. D. Vance et le président du parlement iranien Mohammad Ghalibaf, n’ont pas abouti à un accord.

  • La diplomatie pakistanaise a qualifié l’état des pourparlers d’impasse, mais pas à un point mort, et les deux parties ont continué d’échanger des propositions par l’intermédiaire du Pakistan, de la Turquie et de l’Égypte. Une nouvelle série de pourparlers pourrait avoir lieu dès la fin de la semaine. 
  • Selon les dernières informations, le Pakistan et les États-Unis auraient demandé à l’Iran de suspendre l’enrichissement d’uranium pendant 20 ans. Dans une réponse officielle envoyée le 13 avril, les Iraniens ont déclaré qu’ils accepteraient une suspension pouvant aller jusqu’à 5 ans.
  • Selon la partie américaine, la question de savoir si Téhéran accepterait de renoncer à l’enrichissement d’uranium et de céder ses stocks existants d’uranium enrichi constituait le principal point de blocage qui empêchait la conclusion d’un accord. Téhéran aurait accepté un « processus de dilution contrôlé » de ses stocks de 408,6 kg d’uranium enrichi à 60 %.
  • L’Iran envisagerait aussi de suspendre temporairement ses transports maritimes via le détroit d’Ormuz afin d’éviter de défier le blocus américain, et de compromettre ainsi une nouvelle série de pourparlers 1.

Plusieurs éléments suggèrent que de nouvelles négociations et un accord préliminaire sont possibles.

  • En effet, la durée des négociations, qui se sont prolongées pendant 21 heures à Islamabad, ne laisse pas penser à des blocages de principe. Si les positions des deux parties restent très éloignées, il est probable qu’un rapprochement significatif ait néanmoins été réalisé.
  • Il est également très probable que le mandat de négociation de J. D. Vance ait été modifié en cours de route, Trump exigeant des conditions maximalistes ou estimant qu’un blocus du détroit d’Ormuz contraindrait Téhéran à plus de concessions. 
  • À titre d’exemple, sur la question nucléaire, Vance a déclaré que l’Iran voulait avoir « le droit à l’enrichissement », comparant la situation à celle de son épouse qui aurait le droit de faire du parachute, mais qui ne sautait pas pour autant d’un avion, parce ce qu’ils en avaient convenu de l’opposé ensemble. Cette déclaration laisse ainsi potentiellement entendre qu’il y aurait déjà une formule d’entente avec l’Iran.
  • Selon des sources citées par Axios, les Iraniens pensaient être sur le point de conclure un accord préliminaire dimanche matin, et auraient été déstabilisés par le retrait américain 2.

Le fait que des négociations soient menées à ce niveau de représentation est déjà très significatif. Aucun vice-président des États-Unis n’avait en effet participé à une négociation directe avec l’Iran depuis 1979. Depuis Carter et Walter Mondale, il est toutefois assez courant pour les vice-présidents américains de se voir confier d’importantes responsabilités en matière de politique étrangère.

  • Lorsque William Burns a commencé à participer aux négociations nucléaires avec les Iraniens, en 2008, il n’était que directeur du Moyen-Orient au département d’État, et le fait qu’il parlait directement aux Iraniens était déjà considéré comme un événement en soi 3.
  • La première fois que Barack Obama et Hassan Rohani se sont parlé au téléphone, en 2013, a également été considérée comme une conversation « historique » 4.
  • Au cours des négociations visant à ressusciter l’accord de Vienne sur le nucléaire iranien, l’administration Biden avait surtout mené des pourparlers indirects par l’intermédiaire des Européens.
  • L’Iran considère déjà les négociations d’Islamabad, malgré leur absence de résultat immédiat, comme un succès diplomatique.
  • La déclaration de l’ambassadeur iranien au Pakistan est à ce titre révélatrice : « Les pourparlers d’Islamabad ont posé les bases d’un processus diplomatique qui, si la confiance et la volonté sont renforcées, peut créer un cadre durable pour les intérêts de toutes les parties ». On peut donc supposer qu’une partie de la diplomatie iranienne souhaite normaliser les négociations avec les États-Unis, désormais à un niveau de représentation supérieur.

L’histoire longue et complexe des négociations nucléaires avec l’Iran suggère toutefois que la méthode expéditive de Trump pourrait considérablement compliquer la tâche des négociateurs à court terme.

Même si la phase la plus intense du conflit ne reprend pas, il est très probable que les deux pays se soient engagés dans un cycle de pressions mutuelles — les États-Unis via le blocage du détroit d’Ormuz, l’Iran par l’influence sur les prix du pétrole —, avec une possibilité de reprise des opérations militaires à tout moment.

  • Les négociations nucléaires, qui se sont tenues depuis 2003, ont toujours été marquées par leur lenteur et leur technicité.
  • Le 21 octobre 2003, au début des négociations à l’initiative de trois pays européens (dits « E3 » : la France, l’Allemagne et le Royaume-Uni), une déclaration commune est prononcée à Téhéran. Elle est le fruit de plusieurs mois d’échanges et d’une visite préalable de diplomates européens de premier plan à Téhéran, qui a servi à préparer la visite de leurs ministres. Une année de négociations supplémentaires a ensuite permis d’aboutir à l’Accord de Paris, en novembre 2004.
  • En novembre 2013, un accord intérimaire a été trouvé entre le groupe des négociateurs E3+3 (E3 + la Chine, la Russie et les États-Unis), à l’issue de plusieurs mois de négociations et de plusieurs années de pourparlers secrets menés par William Burns à Oman avec l’Iran. 
  • Il aura ensuite fallu plus de deux années de négociations techniques pour parvenir à l’accord sur le nucléaire iranien, le JCPOA, le 14 juillet 2015, dont Donald Trump s’était retiré de façon unilatérale en mai 2018. 
  • Aujourd’hui, ces discussions sont encore plus complexes en raison de la question du détroit d’Ormuz, que l’Iran entend contrôler en prélevant un droit de péage. L’administration américaine a par ailleurs élargi le périmètre des négociations pour y inclure le programme balistique et le soutien de l’Iran à ses proxys dans la région.
Sources
  1. Ben Bartenstein, « Iran Weighs Pausing Hormuz Shipping to Avoid Derailing Talks », Bloomberg, 14 avril 2026.
  2. Barak Ravid, « U.S. asked Iran to freeze uranium enrichment for 20 years, sources say », Axios, 13 avril 2026.
  3. « US attends historic Iran meeting », BBC, 29 juillet 2008.
  4. Jeff Mason et Louis Charbonneau, « Obama, Iran’s Rouhani hold historic phone call », Reuters, 28 septembre 2013.