Pour un front républicain européen

Contre le front néonationaliste européen, nous devons construire un front républicain à l’échelle continentale

Dans l’effet domino néonationaliste, l’Italie risque d’être la prochaine pièce à tomber. Il devient donc urgent d’organiser une réponse politique à l’échelle continentale. Emmanuel Macron pourrait aujourd’hui contribuer à entraver le rapprochement entre le Movimento 5 Stelle et la Ligue du Nord en Italie. C’est la première fois qu’il a l’occasion de démontrer aussi nettement son ambition plusieurs fois revendiquée pour une politique européenne.


La France connaît bien le Front républicain. Avant même que le nom n’apparaisse en 1956, les républicains de la Troisième République savaient s’unir par-delà leurs divergences pour renverser les mouvements et les hommes dont les ambitions menaçaient la République naissante. En 2017 de nouveau, et bien que certains responsables politiques se soient refusés à le dire explicitement, une majorité de Français a fait le choix d’un candidat qu’elle ne désirait peut-être pas mais dont il était acquis qu’il ne menaçait pas une certaine conception de la politique et une certaine idée de l’Europe.

Grâce à la discipline du front républicain, l’élection d’Emmanuel Macron a paru arrêter l’effet domino commencé par le vote en faveur du Brexit et l’élection de Donald Trump. Pourtant un autre effet domino, peut-être même plus dangereux pour la continuité du projet européen, semble être en marche dans le contexte incendiaire d’une crise économique dont les effets ne sont toujours pas maîtrisés et d’une crise géopolitique dont on ne sait encore pas mesurer l’envergure.

Après la Pologne et la Hongrie, depuis quelques mois l’Autriche offre aux néonationalistes européens un laboratoire inédit, grâce à un gouvernement qui réunit l’extrême droite et le centre-droit dans une formule hybride du libéral-conservatisme teinté de résonances sectaires et identitaires. Cette force s’incarne également en Allemagne, où le premier parti d’opposition, l’AfD, est ouvertement xénophobe.

Cet européisme raciste et confessionnel pourrait être la source d’un succès politique. Il faut prendre la mesure de cette inquiétante tendance continentale, qui pourrait devenir majoritaire et infléchir vers l’extrême droite le sens du projet européen.

C’est contre une Europe blanche, chrétienne de façon seulement folklorique que doit s’ériger un front républicain européen.

C’est aujourd’hui en Italie que ce front doit trouver le premier champ où mener bataille.

 

L’Italie et l’effet domino néonationaliste

Le contexte politique italien semble montrer tous les signes qui laisseraient penser à un effet domino néonationaliste.

Les élections du 4 mars dernier ont vu le bouleversement du système politique italien, avec le succès électoral du Movimento 5 Stelle et la victoire relative de la Ligue du Nord. À cause d’une loi électorale proportionnelle et du système constitutionnel italien, pour former un gouvernement le Movimento doit toutefois chercher un allié, en espérant obtenir le soutien d’un Berlusconi ressorti très affaibli de la séquence électorale et pour la première fois en minorité dans sa propre coalition.

Les 5 étoiles sont un mouvement récent, fluide. La formule politique de cette sorte de Démocratie chrétienne 2.0 paraît particulièrement instable et indéterminée. Sa ligne paraît suspendue entre les nombreux clins d’œil récents aux exigences de la technocratie européenne et un populisme dangereux, il y a quelques temps encore fortement eurosceptique et complotiste.

À cause aussi de la totale imperméabilité du Parti Démocrate à toute négociation, le Movimento se trouve sur le point d’accepter de signer une alliance avec la Ligue du Nord, un parti autrefois régionaliste, devenu néonationaliste depuis la prise de pouvoir du lepéniste Matteo Salvini. Cette alliance achèverait cette transition, et entérinerait la création d’un Front national européen.

Une deuxième pièce tomberait ainsi dans l’effet domino néonationaliste. Car il ne faut pas négliger ceci : les néonationalistes disposent aujourd’hui d’une stratégie politique à l’échelle continentale. Comme le montre la déclaration de Marine Le Pen, au lendemain du succès de son allié, Matteo Salvini : « Le Front National entend poursuivre et intensifier ses contacts et alliances à l’échelle européenne. Il est de notre devoir de chercher à substituer à cette Union anti-européenne un projet fondé sur le respect de la liberté des nations et de la volonté de leurs citoyens. Scrutin après scrutin, il apparaît de plus en plus évident que cet objectif pourrait être atteint lors des prochaines élections européennes ! ».

 

L’appel du Movimento

Il y a quelques jours, le journaliste italien Salvatore Merlo, repris par la presse internationale, a montré l’intérêt de la part du Movimento, de s’approprier une ligne européiste, certes “dégagiste”, mais ouverte à une coopération au niveau continental, en cherchant une alliance avec le projet européiste lancé par Emmanuel Macron.

La réaction confuse de l’Europe En Marche qui semblait dresser un barrage définitif à tout projet d’alliance avec le Mouvement Cinq étoiles a forcé le bureau du mouvement à réagir de manière tout aussi confuse, en faisant retirer le communiqué de presse qui condamnait le Movimento et en prenant ses distances de toute déclaration ne provenant pas directement de la structure d’En Marche, en faisant preuve d’une volonté de “non-ingérence” dans les affaires qui nous paraît avoir été sollicitée par nombreux membres du PD.

La Ligue du Nord est la première force politique à se féliciter de cette prise de position inerte. Le début des consultations pour la création d’un nouveau gouvernement est prévu ce mercredi. L’alliance entre la Ligue et le Movimento, qui aurait pour conséquence de porter à la tête de l’Italie un gouvernement d’extrême droite pourrait contribuer à déterminer la ligne politique du Movimento sur le sujet européen de manière durable.

Pourtant, la possibilité que le Movimento suive une voie similaire à celle du mouvement d’Alexis Tsipras, une tsiprisation, n’est pas à exclure. Les tentatives de normalisation de sa ligne politique, certes encore insuffisantes, ont été multiples dans les derniers temps. Les ignorer, en ce moment décisif, serait coupable. À l’alliance continentale pensée par les néonationalistes, il faut opposer un mouvement contraire : un front républicain européen.  

 

Pour un front républicain européen

À l’heure où l’affaire de Bardonecchia et de nombreuses dissensions géopolitiques semblent brouiller définitivement en Italie l’image européiste du Président de la République, Emmanuel Macron a dès aujourd’hui, à quelques jours du lancement de sa Grande marche européenne, l’occasion de démontrer concrètement son ambition pour le continent et son attachement à une politique européenne en dehors des considérations nationales.

En exprimant son ouverture au niveau européen à une convergence avec le Movimento, pourvu que celui-ci adopte des positions pro-européennes, En Marche entraverait d’une manière importante un rapprochement du parti italien avec l’extrême droite, en contribuant à un coup d’arrêt important de l’effet domino néonationaliste.

Toutes et tous les européistes doivent s’engager contre l’ouverture d’un nouveau front néonationaliste en Italie.

La France connaît bien le Front républicain. Le moment est venu de partager cette discipline politique à l’échelle du continent. Il en va du futur de l’Europe et de la continuité de l’idée que la France donne d’elle-même 


Signataires : 

Gilles Gressani, président du Groupe d’études géopolitiques ; Mathéo Malik, secrétaire général du Groupe d'études géopolitiques ; Baptiste Roger-Lacan, directeur éditorial de La lettre du dimanche  Mathieu Roger-Lacan, éditeur du Grand continentFrançois Expert membre du Groupe d'études géopolitiques

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